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SAVIEZ-VOUS QUE...

C'est la création de la rivière et des lacs du bois de Boulogne qui fit perdre aux prairies de la Glacière son caractère de lieu de rendez-vous pour les amateurs de patinage.


Le 9 octobre 1923, le quotidien Paris-Soir rapportait , qu'avenue d'Ivry, Mme veuve Marie Buronifesse, 73 ans, demeurant rue de la Pointe d'Ivry avait glissé sur une épluchure de banane et s'était blessée si grièvement qu'elle fut transportée à la Pitié.


Le Paris-Soir du 24 octobre 1932 rapportait que, rue de la Glacière, un magasin de jouets affichait sur sa porte cette pancarte : « Ici on remplace les mauvaises têtes » et commentait en écrivant : « Quel dommage que cette chirurgie miraculeuse ne puisse encore s'appliquer qu'aux belles poupées de porcelaine rose ! »

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C'est arrivé dans le 13ème

 Malheureuse mère - 1899

Malheureuse mère

Le Gaulois ― 12 mars 1899

Des agents ont trouvé hier matin, évanouie sur  un banc, boulevard Arago, une femme âgée d'une trentaine d'années, assez pauvrement vêtue et qui tenait dans ses bras une petite fille âgée d'un an.

La pauvre femme, qui mourait de faim, ainsi que son enfant, fut transportée à  l'hôpital Cochin.

Elle a déclaré qu'elle avait perdu il y a deux mois son mari et que depuis lors elle était plongée avec sa petite fille dans la plus affreuse misère. Il y a deux jours, elle avait quitté la ville qu'elle habitait et était venue à pied à Paris.


 Une femme carbonisée

Une femme carbonisée.

Le Matin - 24 novembre 1900

Une dame Michel, âgée de quatre-vingts ans, habitant 44, avenue de Choisy, a été trouvée, hier soir à dix heures et demie, presque entièrement carbonisée. L'octogénaire habitait, comme sous-locataire des époux Ladret, marchands de vin, qui tiennent un établissement à l'adresse susindiquée, une petite chambre au premier étage. Mme Ladret n'ayant pas vu, hier, selon son habitude, la vieille femme vaquer à ses occupations ordinaires, fit part à M. Remongin, commissaire de police, de ses inquiétudes. Le magistrat, accompagné du docteur Gresset, arriva aussitôt et fit enfoncer la porte. L'enquête conclut à une mort accidentelle.

On suppose, en effet, que Mme Michel, en voulant allumer sa chaufferette avec un morceau de journal, a communiqué le feu à ses vêtements. Elle s'est ensuite dirigée vers la fenêtre, afin d'appeler au se- cours, mais ses appels n'ont pas été entendus. C'est en cherchant à ouvrir la porte derrière laquelle on a trouvé son cadavre qu'elle paraît avoir succombé à l'asphyxie. Le docteur Gresset estime, en effet, que l'octogénaire était morte lorsque son corps a commencé à brûler.


Une promenade dans le 13ème

 Le long de la Bièvre

Le long de la Bièvre

LA RUELLE DES GOBELINS. — LE PASSAGE MORET. — LE CHAMP DE L'ALOUETTE.

Le Figaro — 10 décembre 1905

Il est neuf heures du matin et le pâle soleil de décembre n'a pu percer l'enveloppe d'épais brouillards qui encapuchonne Paris c'est une ébauche de ville bleuâtre qui se silhouette imprécise, comme estompée, dans un ciel gris vaguement teinté de rose. Par un temps pareil, les promenades sont difficiles et semblent monotones. Il faut cependant aujourd'hui que nos lecteurs s'arment de courage et chaussent des bottines à double semelle; mais nous n'oserions vraiment engager les gracieuses Parisiennes qui nous font le très grand honneur de nous consulter à tenter semblable promenade, car nous irons en un pays de misère, rempli de vieux souvenirs, mais aussi de mauvaises odeurs; les ruelles y sont étroites et glissantes, les autos n'y pénètrent pas c'est boueux, c'est gluant. Mais par contre, je ne sais rien de plus pittoresque, de plus impressionnant que ce vieux quartier de Bièvre que nous allons parcourir ce matin. Le brouillard même, ce brouillard qui décolore les plus beaux paysages parisiens, prend ici sa revanche il atténue des hideurs, dissimule des misères, jette ses voiles mauves sur des tristesses et revêt d'un grand caractère tragique ce décor de pauvreté et de dur labeur. À quelques mètres de la Manufacture des Gobelins, au numéro 15 du boulevard Arago, s'ouvre la rue des Marmousets suivons-la et quelques pas plus loin nous tombons dans une ruelle étonnante, une des pi us étranges de cet étrange quartier, la ruelle des Gobelins étranglée entre un mur lépreux, crevassé et un quai semé d'ordures, la Bièvre y voit le jour pour la dernière fois avant de disparaître tout près de là, dans de nauséabonds trous noirs.

La malheureuse rivière, qui depuis son entrée à Paris n'a cessé d'être condamnée aux plus répugnantes besognes, est hideuse à voir. Teinte de tous les tons, jaune, verte, rouge, elle charrie d'immondes détritus traquée, asservie, exploitée sans trêve par tous les corroyeurs, les teinturiers, les mégissiers, les peaussiers qui depuis des siècles peuplent ce quartier, la Bièvre a successivement actionné de lourdes roues, lavé des peaux sanglantes, nettoyé d'écœurants résidus tous les acides, toutes les scories, toutes les écumes de la cuisine chimique qui s'élabore dans ces usines, sont venus s'y déverser et la rivière déshonorée s'engloutit dans cette ruelle des Gobelins sous une entrée de voûte sombre, coupée de barreaux de fer. Au numéro 19, une porte étroite s'ouvre dans un mur sale c'est l'entrée du passage Moret.

Engageons-nous dans ce dédale de bicoques, de resserres à cuir, de marchands de vin minables, dont l'un arbore cette enseigne alléchante « Au caveau de l'île des Singes » là-bas, au bout, derrière une barrière de bois, coule le second bras de la Bièvre; « coule » est un mot, je n'ose dire impropre, dans un tel milieu, le vrai, c'est que la Bièvre s'étale là, stagnante, presque sans reflet sous le ciel, moirée de tâches rondes et huileuses; des paquets d'écume en émergent comme de larges feuilles de nénufar putréfiées. De grosses bulles viennent crever au ras de cette eau qui semble empoisonnée; dans l'air, c'est un relent d'ammoniaque, de barège et de tan.

À droite, à gauche, entre la rivière et les murs d'usines, dans des chaudières cabossées cuisent des peaux de bêtes, qui ensuite iront macérer tout près, dans des cuves de tan, rouges comme des cuves de sang, et des pistons projettent des jets horizontaux de vapeur qui paraissent surgir de la muraille nitreuse. Au fond, de hautes maisons de bois, aux, toits plats, aux carcasses ajourées, ouvertes à tous les vents, dressent leurs tristes silhouettes; là sont suspendues dans l'air des milliers de peaux de lapin, racornies, séchées et qui s'entre-choquent avec des claquements de bois; puis, étonnante antithèse, à quelques pas, au numéro 7 delà ruelle des Gobelins, derrière une haute porte charretière, s'érigent à demi enterrées dans les remblais et les gravois les ruines sculptées d'un pavillon dont M. de Julienne, l'ami de Watteau, avait fait un rendez-vous de chasse ou quelque galant vide-bouteille, et c'est une délicieuse impression que de retrouver, tout ruinés qu'ils soient, ce rappel de beauté, cette fleur de pierre au milieu de hideurs sur lesquelles les cheminées d'usine crachent des paquets de fumées noires.

Depuis des siècles, la Bièvre, que Huysmans a magnifiée dans des pages admirables, a subi bien des transformations, et je ne parle même pas du temps merveilleux que cite Rabelais, au chapitre xxn du Pantagruel, où il raconte l'origine étonnante de « celui ruisseau qui de présent passe à Saint-Victor, auquel Gobelin teinct l'écarlate. », mais sous Louis-Philippe c'était encore, paraît-il, un endroit charmant. Alfred Delvau nous montre tout ce quartier « formant une sorte de petite Suisse en miniature, une vallée verdoyante où coulait la Bièvre entre deux bordures de saules ». Jules César, assurait-on, avait apprécié le vin savoureux des vignes du clos Croulebarbe. —  D'ailleurs, depuis le dix-huitième siècle jusqu'en 1830 les violons avaient grincé dans les guinguettes voisines « la Belle Moissonneuse », « le Grand Vainqueur », « les Deux Edmond », et l'on y dansait au son des crincrins.

Dans la Femme de trente ans, Balzac avait célébré «la vallée profonde, peuplée de fabriques à demi villageoises, clairsemée de verdure, arrosée par les eaux brunes de la Bièvre ou des Gobelins », et, dans les Misérables, Hugo avait dépeint « ce seul endroit où Ruysdael serait tenté de s'asseoir, un pré vert traversé de cordes tendues où des loques sèchent au vent des palissades délabrées, un peu d'eau entre des peupliers, des femmes, des rires, des voix; à l'horizon, le Panthéon, le Val-de-Grâce, noir, trapu, fantasque, amusant, magnifique, et au fond le sévère faîte carré des tours de Notre-Dame. C'est le champ de l'Alouette, c'est ici qu'Ulbach tua la bergère d'Ivry »

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C'est en effet dans cette plaine immense, glaiseuse, dénudée, inculte, sous laquelle aujourd'hui coule la Bièvre en un canal souterrain, plus loin que les jardins des Gobelins, derrière les palissades de la rue Croulebarbe, que se déroula, le 25 mai 1827, un crime passionnel qui révolutionna Paris. Un pauvre diable, à peu-près fou, Honoré Ulbach, y poignarda par jalousie une jeune fille, Aimée Millot. La petite Aimée était « modeste et sage », chacun l'aimait dans le quartier où on la voyait, un grand chapeau de paille sur la tête et un livre à la main, garder sous les ormes du boulevard d'Italie les chèvres de sa maîtresse, Mme Detrouville, femme à principes, et qui ne badinait pas sur « les choses de la vertu ». On appelait Aimée « la bergère d'Ivry ». En 1827, il y avait encore à Paris des bergères, et elles étaient vertueuses — Ils s'aimaient cette humble idylle fit jaser, Mme Detrouville, avertie, ordonna à sa bergère de rompre toutes relations avec Ulbach et de lui restituer les pauvres cadeaux qu'elle en avait reçus « deux oranges, une demi-bouteille de cassis et un joli fichu rosé », expliquant que « toute jeune fille qui reçoit des présents des hommes doit les payer de sa vertu ». Aimée avait obéi. — Le 25 mai à dix heures du matin, Ulbach, fou de colère et de jalousie, après avoir acheté, rue Descartes, près de l'Ecole polytechnique, chez un brocanteur « un couteau qui ne ployait pas », s'était caché derrière les arbres du boulevard pour y attendre la pauvre petite bergère. Elle arrive avec ses chèvres et repousse Ulbach qui, affolé de rage, la frappe de cinq coups de couteau, s'enfuit et va se terrer dans un ignoble garni de la rue du Chantre, près du Palais-Royal la police le recherchait vainement lorsqu'il vint, de lui-même, se livrer au commissaire « C'est moi qui ai fait l'assassin !... » Il avait la veille écrit une lettre folle à Mme Detrouville « Femme acariâtre, vous mettez entrave à notre félicité. Songez à bien faire ce que je vous prescris de faire je vous envoie cinq francs, rendez-vous de suite à l'église d'Ivry et faites-lui dire une messe en l'honneur de ses malheurs et des miens !... »

Les journaux épiloguent sur le crime. « Les femmes surtout maudissaient l'assassin, tout en le plaignant peut-être », et la girafe, nouvellement « inaugurée » au Jardin des plantes, fut délaissée pour le drame du champ de l'Alouette. Le 10 septembre i827, Ulbach expia son forfait à sept heures et demie du matin il fut extrait de la prison de Bicêtre, et à quatre heures du soir le sinistre cortège partit de la Conciergerie pour la place de Grève où Ulbach monta sur l'échafaud.

Les arbres de la rue Croulebarbe sont abattus, la Bièvre coule sous terre, les herbages où paissaient les chèvres de la bergère d'Ivry sont remplacés par des couches de mâchefer qui forment sous le pied une boue fétide et noire; seul un souvenir subsiste de ce décor dramatique: une ancienne folie du dix-huitième siècle, construite en 1762 par un financier, Le Prêtre de Neufbourg. Lamentable, crevassée, ouverte aux pluies du ciel, elle achève de s'effondrer au bout de la rue Croulebarbe, à l'angle du boulevard d'Italie — aujourd'hui boulevard Auguste-Blanqui — et de la rue Edmond Gondinet (les hasards des baptêmes de rues offrent de ces amusants contrastes). Malgré son délabrement, cette « folie Le Prêtre » garde encore une jolie silhouette et c'est comme un fantôme oublié de la gaieté d'autrefois qui reviendrait secouer des grelots vides et jeter des fleurs fanées sur ce coin de désolation, d'horreur et de pauvreté.

Georges Cain.
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