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SIXIEME ANNÉE N°3990

 

298ème jour de l'année

   


Dimanche
25
Octobre 1897

 Le scandale des Folies-Bergère évité - 15 avril 1897

Le scandale
des Folies-Bergère évité

Une indisposition de commande.
Intervention du préfet de police. — Exhibition interdite

Le Gaulois — 15 avril 1897

Le Gaulois avait signalé avec une indignation légitime les débuts prochains, sur la scène des Folies-Bergère, de l'ex-princesse et nos confrères, convaincus comme nous du scandale formidable que cette exhibition devait fatalement soulever, nous avaient emboîté le pas. Notre juste appel a été entendu. La « débutante » ne débutera pas. Nous en sommes un peu la cause et nous nous en félicitons hautement. En cette circonstance, M. Lépine a droit à nos remerciements et nous les lui marchanderons d'autant moins qu'on sait que les fonctionnaires de la république nous donnent rarement l'occasion de les féliciter.

On lira plus loin à la rubrique du « Courrier -des spectacles » la note officielle que le théâtre des Folies-Bergère nous a adressée pour nous faire savoir que l'ex-princesse ne débutait .pas ce soir sur la scène de la rue Richer.

Cette note nous montre la débutante empêchée par un état maladif d'une certaine gravité. Il y est question d'influenza, de fièvre intense, de complication pulmonaire. A la vérité, et fort heureusement pour l'héroïne en cause, sa santé est excellente et les raisons pour lesquelles les amateurs de scandales ne. la verront pas ce soir sont à un ordre-tout à fait différent.. Les voici dans toute leur simplicité.. Hier matin, M. Marchand, directeur des-Folies-Bergère, était appelé chez le préfet de police, qui lui demandait officieusement de renoncera faire débuter celle qui sur l'affiche devait porter le nom de l'ex-princesse.

Le scandale, prétendait le préfet, serait extraordinaire et des renseignements qui lui étaient fournis, il ressortait que la débutante serait huée, qu'une foule de gens s'étaient procurés des sifflets à roulette et qu'on lui jetterait à la face des lapins vivants, des pelures de pommes de terre et d'autres objets innommables.

M. Marchand répondit au préfet qu'il redoutait autant que lui ce scandale et que si la « débutante » consentait à renoncer à ses projets de paraître sur son théâtre,  il s'en montrerait fort heureux pour sa part. D'ailleurs il craignait si fort les manifestations brutales qu'il avait interdit qu'on servit aucune consommation dans la salle et qu'il avait fait supprimer les petits bancs et les lorgnettes automatiques.

— Puisque vous partagez mon avis lui, dit le préfet, voyez l'ex-princesse, et tâchez qu'elle ne soit pas hostile à nos sages projets.

» D'ailleurs, je vais la convoquer pour ce soir, six heures, et je vous prie de revenir à mon cabinet à la même heure. »

Puis, congédiant M. Marchand, le préfet ajouta :

— Allons, je commence à croire que nous parviendrons peut-être à éviter tout scandale.

A six heures précisés, M. Marchand arrivait à l'hôtel du boulevard du Palais, où, depuis un quart d'heure, la débutante l'avait précédé. L'héroïne fut reçue la première. Le préfet fit valoir à ses yeux les motifs les plus sérieux qui devaient la détourner de s’exhiber à la foule. Comme la « débutante » semblait ne pas goûter ces raisons et qu'elle prétendait avoir le droit de débuter, le préfet lui fit comprendre qu'il ne voulait prendre officiellement aucune mesure vexatoire avant la représentation, mais que si celle-ci était scandaleuse, ce qui était absolument certain, il se verrait dans la nécessité cruelle de sévir en fermant le théâtre où elle aurait eu lieu et en invitant peut-être la «débutante » a quitter le territoire français — mesure qu'il la suppliait de ne pas l'obliger à employer.

Puis, très amicalement, très paternellement, M. Lépine insista sur des questions d'ordre privé.

Il fut éloquent et persuasif, car à six heures et demie précises, l'ex-princesse, très émue, renonçait à paraître sur la scène des Folies-Bergère.

Ce début à sensation n'aura donc pas lieu, et le scandale que nous redoutions et qui eût été plus formidable que nul ne peut le soupçonner, est heureusement étouffé.

La Presse a quelquefois du bon !

*
*      *

En quittant l'hôtel du Palais, Mme Clara Ward est rentrée à son hôtel, où à peine installée, elle a reçu la visite d'un médecin, elle n'a pas eu de peine à jouer le rôle de malade qui doit expliquer au public sa décision de ne pas paraître aux Folies, car elle était effectivement souffrante.

Le docteur a indiqué l'ordonnance suivante:
Prendre par jour, en deux ou trois fois, deux à trois cuillers à potage de la potion suivante, diluée dans un verre de tisane de mauve :

    Acétate d'ammoniaque 15 gr
    Alcool de racine d'aconit 30 gouttes
    Sirop de codéine 100 gr.
    Eau de fleurs d'oranger 40 gr.

Mme Clara Ward n'a pas décidé encore si elle resterait à Paris ou si elle repartirait pour Berlin, où des offres brillantes lui sont faites par la Belle-Alliance, un music-hall renommé sur les bords de la Sprée.

Ce que nous savons, c'est qu'aujourd'hui même l'héroïne de ce petit roman doit aller poser chez un de nos grands photographes dans le costume suggestif qu'elle devait endosser aux Folies-Bergère.

Enfin, cette tragédie finit heureusement en opérette Mme Clara Ward renonce au théâtre, en France du moins, et rentre ainsi dans la vie privée. Nous n'avons plus à nous occuper d'elle, et nous espérons bien qu'il en sera toujours ainsi.

Ajoutons que Mme Clara Ward qui s'est sagement abstenue d'envoyer du papier timbré au Gaulois aurait moins sagement décidé d'en adresser à un de nos confrères.

Maubersac

 Le centenaire du Haut de forme APL 24/01/97

Le centenaire du « Haut de forme »

Gloire au chapeau dit "haut de forme"
Qui prend ses cent ans aujourd'hui !
S'il eut cette faveur énorme.
Si pendant un siècle il a lui

Sous les rois ou la République,
Sans que ses bords plats ou troussés,
Son fond rigide ou mécanique
Aient jamais été repoussés,

C'est que cet objet plein de chance,
Qui fait notre crâne étoffé
D'une étrange protubérance,
Est né coiffé !
 
 

D'où vient exactement le chapeau dit « haut de forme » ou, en d'autres termes, « tuyau de poêle » ? Une tradition veut que cette coiffure ait  fait son apparition à Londres le 17 janvier 1797. Cette date est attestée par une historiette qui a fait le tour des magazines et qui nous revient.

Le premier porteur d'un tuyau de poêle aurait été John Hetherington, un mercier du Strand.

L'inventeur de ce modèle de coiffure, destinée à révolutionner le monde, sortit dans la rue, devant sa boutique, et aussitôt la foule de se rassembler. Il y eut des bousculades. Finalement, John Hetherington fut poursuivi devant le tribunal du lord-maire, sous l'inculpation d'avoir troublé la paix publique.

Il déclara pour sa défense qu'un citoyen anglais a le droit de se coiffer comme bon lui semble.

Le Times, dans un article en date du 16 janvier 1797, rend compte de ce procès et déclare que John Hetherington est dans son droit.

Quelques excentriques adoptèrent la nouvelle coiffure. Un membre de la famille royale ayant trouvé le chapeau à son goût, le " tuyau de poêle » devint à la mode. De l'Angleterre il passa sur le continent.

C'est la légende. Elle n'a qu'un défaut : c'est d'être en quelque désaccord avec la vérité. Mais qui ne sait que les légendes ont souvent ce malheur, ce qui ne les gêne nullement, d'ailleurs, pour faire leur chemin dans le monde.

Si les Anglais voulaient servir la vérité, il leur faudrait être, à deux points de vue, moins présomptueux. Ils se trompent en assignant une date à l'apparition de cette coiffure et ils se trompent encore en affirmant que ce fut d'abord chez eux qu'elle apparut. Tout au moins s'exagèrent-ils leur savoir. On ne sait pas plus où se montra le premier de ces chapeaux qu'on ne sait à quelle date.

Un seul fait reste acquis. C'est que le «tuyau de poêle » est éternel, tyrannique et indémontable. Il reste à la tête de la civilisation, détesté, haï et porté.

Un jour, Alphonse Karr essaya une protestation. C'était en province. Il mit une casquette de loutre. Elle lui avait coûté trois louis. On lui refusa l'entrée du cercle... Il insista, on fut impitoyable. Il n'était pas en tenue convenable. Furieux, il écrivit sur le registre des visiteurs : « Alphonse Karr de Paris, en casquette. » Mais, le lendemain, il revint en chapeau,

Plus fidèle à ses modes, M. Aurélien Scholl garde le bonnet de loutre qu'il a adopté. Il l'arbore dans le monde, au théâtre, et j'imagine au cercle, et personne ne s'avise qu'il n'est pas convenable. Mais l'exemple d'un homme d'esprit n'a point décidé la multitude qui garde son chapeau haut de forme. Elle le gardera sans doute longtemps. La laideur est un goût qu'on ne prend point sans peine, mais qu'on s'en défait donc lentement pour la peine qu'on a eu à la prendre !

Les Annales Politiques et Littéraires
24 janvier 1897

L'actualité dramatique

 Un drame rue Charles V

Un drame rue Charles V

Un terrible drame s'est passé hier, 2, rue Charles V, à la fabrique de parfums Brigot et Cie.

Cette maison de commerce avait été achetée au mois de janvier dernier par M. Eugène Bouly, âgé de trente-sept ans, demeurant, 20, boulevard Saint-Marcel. En prenant la direction de la maison, Bouly avait conservé l'ancien associé de M. Brigot, M. Charles Jacob, âgé de cinquante et un ans, demeurant, 50, avenue Ledru-Rollin.

La bonne intelligence ne dura pas longtemps entre les deux associés. M. Jacob reprochait à M. Bouly de ne pas être sérieux et de s'occuper beaucoup plus de ses plaisirs que de ses affaires. A chaque règlement de compte, c'est-à-dire à chaque fin de mois, les discussions recommençaient plus âpres et finissaient par se changer en véritables disputes.

Hier, 1er septembre, à trois heures de l'après-midi, Bouly était dans son bureau, lorsque Jacob arriva. Ils échangèrent quelques paroles au sujet de la balance du mois d'août, et, comme d'habitude, Jacob, constatant qu'elle était de moins en moins satisfaisante, s'emporta en reproches contre son associé :

— Comment voulez-vous que ça marche ? lui dit-il. Vous faites une noce carabinée au lieu de vous occuper de la maison. Ça ne peut pas durer comme ça

— Eh bien non, ça ne durera pas !... répliqua Bouly avec colère.

Et, fouillant dans un tiroir tout ouvert, il en sortit un revolver de gros calibre (12 millimètres) et fit feu trois fois sur son associé. L'une des balles alla se loger au plafond, une autre dans le mur, à hauteur d'homme. La troisième atteignit Jacob à la joue, au-dessous de la tempe et traversa le visage. Puis il se tira une seule balle qui entra par une tempe et sortit par l'autre.

Les deux hommes furent portés à l'Hôtel-Dieu. M. Jacob est salle Saint-Landry. Son état est très grave. Quant à Bouly, il est mort un quart d'heure après son arrivée. D'après les papiers trouvés sur Bouly, il avait l'intention de se suicider.

On a trouvé sur son bureau plusieurs lettres adressées à des amis et dans lesquelles il leur faisait ses adieux. A l'Hôtel-Dieu on a retiré de la poche de sa redingote une lettre de vingt pages expliquant longuement les raisons pour lesquelles il se décidait à mourir. Cette lettre a été remise à M. Briy, commissaire de police remplaçant M. Carlier, commissaire du quartier. Il avait préparé son revolver pour se tuer quand il aurait fini d'écrire. La fatalité a voulu que M. Jacob arrivât à ce moment et fut la première victime du drame qui se préparait.

Les scellés ont été apposés sur le bureau par le juge de paix de l'arrondissement.

Le Figaro — 2 septembre 1897

 Désespoir d'artiste

Désespoir d'artiste.

Claude Lantier, cet héroïque et navrant personnage de l'Œuvre, de Zola, que l'impuissance à réaliser ton idéal d'artiste entraîne petit à petit à la folie et pousse finalement au suicide, vient d'avoir son émule en la personne d'un jeune peintre, M. Jules Moland, descendant d'une ancienne famille française que la révocation de l'édit. de Nantes obligea à se réfugier en Autriche.

M. Jules Moland était venu à Paris, il y a environ deux ans, pour s'initier à l'art français ; il s'était installé dans un appartement luxueux, trop même, au n° 14 de la rue Gaillon.

Après avoir fréquenté le Louvre pendant plusieurs mois et étudié les maîtres des écoles picturales anciennes et modernes, il s'était jugé suffisamment sûr de lui-même pour produire à son tour une œuvre qui le «lasserait parmi les jeunes peintres actuels dont les noms reviennent le plus souvent sous la plume laudative des critiques d'art. Il se mit courageusement à la tâche, travailla d'arrache-pied des journées entières ; mais, hélas le soir venu, il était obligé de reconnaître que la couleur jetée fébrilement sur la toile était loin de réaliser l'œuvre qu'il portait en son cerveau.

Vingt fois il recommença son tableau et vingt fois il en arriva, à la pénible constatation de son impuissance. Cependant, son dernier effort ne lui avait pas paru être stérile. Pour se convaincre que cette fois, il en était arrivé à quelque chose d'exposable, il s'absenta pondant trois jours et revint devant son œuvre, pensant que l'éloignement lui permettrait de la juger non pas en artiste, mais en critique, « avec les yeux d'un autre », comme disent les peintres. Il trouva son tableau abominable, faux de tons et d'un dessin tout à fait enfantin. Alors une grande désespérance l'envahit, et, se voyant dans l'impossibilité de réaliser matériellement son œuvre idéale, il prit le parti de se donner la mort. M. Jules Moland s'étendit sur son lit, après avoir sabré à grands coups de pinceau son humiliant tableau, et il se tira une balle du revolver dans la tête. Le projectile dévia légèrement et ne lui lit pas la blessure mortelle souhaitée.

L'instinct de la conservation se manifesta- bientôt, et le jeune peintre, la tête ensanglantée, parut à la fenêtre, poussant des appels au secours. La concierge, des voisins, des passants montèrent à son appartement. Ils le trouveront assis dans un fauteuil, non loin de sa toile, affreusement barbouillée. Des soins lui furent prodigués sur place ; puis M. Jules Moland fut transporté à l'hôpital Saint-Louis.

L'état du malheureux, artiste été jugé si grave qu'on ne croit pas qu'il puisse survivre à sa blessure. L'extraction de la balle a été jugée impossible.

M. Péchard, commissaire de police du quartier Gaillon, a informé par dépêche la famille de M. Jules Moland de la tentative désespérée de cet infortuné jeune homme.

Le Matin — 26 août 1897

 RAFLE DE VAGABONDS

RAFLE DE VAGABONDS

Un charmeur de rats

La Sûreté a opéré l'avant-dernière nuit une rafle parmi les vagabonds qui cherchent un abri sous les ponts. Quarante-cinq individus ont été arrêtés. Sous le pont des Arts, les agents se sont livrés à véritable chasse à l'homme pour s'emparer des vagabonds abrités dans les ferments servant de soutien au tablier du pont. Pour ne pas tomber dans la Seine, les malheureux qui passent la nuit sous ce pont s'accrochent avec leur ceinture et leurs bretelles. Lorsqu'ils ont vu les agents, ils se sont sauvés d'arche en arche pour gagner l'autre rive, mais des agents les y attendaient et les ont capturés au fur et à mesure de leur arrivée.

Parmi les individus arrêtés se trouve un type très curieux, un nommé Émile Schwartz, âge de quarante ans, qui est sans domicile depuis vingt ans. Schwartz qui parcourt la France à pied, de village en village, est un barnum d'un nouveau genre. Il montre des souris blanches et des rats, qu'il loge sur sa poitrine, au-dessus de la ceinture de son pantalon. En même temps que lui, les agents ont amené à la Sûreté ses pensionnaires. Une odeur insupportable due aux croûtes de fromages avariées et aux fruits gâtés dont Schwartz nourrissait rais et souris, s'échappait des poches du vieux vagabond.

Quand on a fouillé Schwartz, les inspecteurs durent sortir de leur asile rats et souris et les déposer à terre. Chose curieuse, aucun de ces animaux ne se sauva et tous se groupèrent autour de leur maître. Ils attendirent derrière la porte du cabinet de M. Cochefert que leur maître sortit de chez le chef de la Sûreté.

Schwartz a été remis en liberté hier matin, et il a quitté la Sûreté avec ses rats et ses souris, qui y avaient trouvé un asile momentané.

Le Gaulois — 10 septembre 1897
sans titre 1
Le prince Nicolas de Monténégro a quitté hier Baden-Baden, où il vient de passer quelques jours, pour se rendre à Darmstadt.
sans titre 1

A. ALLAISLe bon mot
d'Alphonse Allais

 Il y a des femmes qui sont comme le bâton enduit de confiture de roses : on ne sait pas par quel bout les prendre.


341. Le 14 juin 1897, le Président de la République recevait, à six heures, S. A. R. l'infant dom Affonso, duc d'Oporto, qui se rendait à Londres pour représenter le roi de Portugal aux fêtes du jubilé de la Reine Victoria.
Le mois de juillet favorise les premières ascensions aux glaciers et aux pics de l'Engadine. Aussi le Maloja-Palace, devenu le centre élégant de cette splendide nature alpestre, est-il plein de touristes accourus des points les plus opposés. Dans cet établissement modèle, la Compagnie internationale des Grands Hétels offre une hospitalité é laquelle il ne manque rien de ce qui constitue aujourd'hui le vrai confort et le bon gout.
On peut s'y installer pour un ou deux mois, sans regretter jamais le mouvement des villes.
 Léa d'Asco

Léa d'Asco

A propos de sa tentative de suicide

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 la bombe du mystère

La bombe du mystère

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Tombolas anglaises

Le commerce parisien est le point de mire des escrocs anglais, aussi bien que des espagnols.
Il y a un mois, un fabricant de corsets de Paris, M. X. recevait de Londres une circulaire de la manufacture The Nubiene, dirigée par M. Geo Bornett.

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Les infortunes de Gravelot.

De son métier, Constant Gravelot est cocher de maison bourgeoise. Il habite ordinairement Château-Thierry et il était arrivé hier à Paris pour se rendre à la gare Montparnasse, où il devait prendre le train pour Parthenay.

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 OU LES GOUTS SE RENCONTRENT - l'univers illustré 1895

OÙ LES GOUTS SE RENCONTRENT

L'un préfère la brune et l'autre veut la blonde;

L'or charme celui-ci, cet autre aime le Vin ;

Celui-là court la gloire et les honneurs enfin.

Les savons du Congo plaisent à tout le monde;

Pierre Nix, au Savonnier Victor Vaissier.

Nouvelles à la main

Un professeur de géométrie trace une figure au tableau

Un professeur de géométrie trace une figure au tableau et les élèves en profitent pour s'amuser d'une façon bruyante. Alors, le professeur :
— Est-ce que cela ne va pas bientôt finir ?... Quand j'ai le dos tourné, je n'aime pas qu'on me rie au nez !...
Et, gravement, il continue sa théorie.

A la consultation :Mme M... fatigue son médecin

A la consultation :
Mme M... fatigue son médecin par des bavardages inutiles.
- Montrez-moi votre langue, lui dit le médecin.
- Mais, docteur...
- Montrez-moi votre langue!... J'aime mieux la voir que l'entendre! 

Nos domestiques - MADAME. — C’est bien, ma fille.

Nos domestiques.
MADAME. — C’est bien, ma fille. Vos certificats sont bons. Vous me convenez.., et maintenant sachez que votre maître est un colonel.
LA BONNE. — Parfait, madame... J’adore les militaires !...

 Le

Le « bon sens » de Calino est décidément inépuisable !

Hier, quelqu'un disait devant lui que le mois de janvier qui commence est placé dans le zodiaque sous le signe du Verseau.

— Alors, réplique vivement l'illustre gâteux, le mois de décembre sera placé sous le signe du Recto.

 Les deux adversaires se rendant

Les deux adversaires se rendant au lieu de rendez-vous dans le bois de Vincennes, se rencontrent au guichet de la gare de la Bastille.

X... demande un billet aller et retour.

― Vous êtes donc bien sûr de revenir ? dit Z... narquois.

— Absolument sûr.

— Alors je vous fais des excuses, poursuit Z... subitement radouci.


Echos et nouvelles

 Et la pluie continuait de tomber

Et la pluie continuait de tomber !

Depuis que le pluviomètre à l'usage des observatoires a été inventé, c'est-à-dire depuis plus de deux cents ans, il ne s'est jamais rencontré, paraît-il, un mois de septembre aussi mouillé qu'en l'an de grâce 1897.

Aussi les météorologistes sont fort embarrassés d'expliquer ce phénomène. Songez donc que l'observatoire de la tour Saint-Jacques a enregistré dans l'après-midi d'hier, de midi à trois heures seulement, 10 millimètres d'eau ! Cela représente une moyenne de 100 mètres cubes d'eau par hectare.

On essaye de nous consoler en nous rappelant le souvenir de journées plus désagréables encore, celle du 10 septembre de l'année dernière, par exemple, qui, par suite d'une trombe, de funeste mémoire, nous gratifia de 50 millimètres d'eau dans le court espace de deux heures et demie. Mais toutes ces consolations ne valent pas un bon parapluie !

Le Gaulois — 7 septembre 1897

 La reine Victoria et le chiffre 9 - 1897

La reine Victoria et le chiffre neuf.

Les personnes qui ont la religion des nombres et, particulièrement, celles qui croient aux vertus du chiffre neuf — neuf Muses, neuf planètes — apprendront avec intérêt que le chiffre neuf a joué un grand rôle dans la vie de la reine Victoria.

Le duc de Kent, père de la reine, faisait partie d'une famille de neuf enfants.

La reine est le neuvième souverain de l'Angleterre depuis la révolution de 1688.

Elle est née dans le dix-neuvième siècle, en 1819, date dont les chiffres additionnés font 19.

Elle est montée sur le trône en 1837, date dont les chiffres additionnés font, également 19, et elle avait alors dix-neuf ans.

Son mari était né en 1819.

Elle a eu neuf enfants.

Enfin, son fils aîné, né le 9 novembre, a épousé la fille de Christian IX de Danemark, laquelle avait alors dix-neuf ans.

Les Annales Politiques et Littéraires - juin 1897

 Psychologie du coureur bicycliste - 1897

Psychologie du coureur bicycliste

On s'est souvent demandé à quoi pensent les jeunes filles. Voilà qu'un reporter anglais s'est avisé de savoir à quoi pouvait bien penser le coureur bicycliste pendant ses exercices. Le célèbre Michaël a répondu et, comme tout ce qui est sincère et réellement éprouvé, sa réponse est un enseignement. M. Pierre Valdagne nous la donne telle quelle : le coureur velocipédique ne pense à rien.

Quoi! direz-vous, il ne pense même pas à arriver premier? Non... même pas. Il n'y pense pas parce qu'il ne peut pas : l'effort qu'il est obligé de donner absorbe toutes ses facultés musculaires et toutes ses facultés mentales. Vraiment il ne pense à rien.

Quant à ce qu'il éprouve, c'est tout à fait particulier. Le pédalage à haute pression enlève d'abord le sens de l'ouïe. Michaël déclare qu'après quelques tours de piste, il n'entend plus rien... à peine les avertissements de ses entraîneurs. Les cris de la foule, les hourras, les encouragements de la galerie, il les perçoit lointains, comme venant à lui à travers de considérables distances. Du reste, il ne voit rien. Vers le milieu de la course, il perd conscience de la lumière du jour Il lui semble être environné de nuit ; il avance dans l'obscurité la plus dense. Et enfin l'absence complète de renseignements que nous donne le coureur sur les derniers instants de la course nous permet de croire qu'à ce moment-là il n'y a plus, absolument, que ses pieds qui vivent en lui. Il ne reprend conscience de lui-même que peu à peu et longtemps après être descendu de machine.

Ce témoignage me semble d'une capitale importance. Il établit que la gloire et le succès ne s'attachent pas exclusivement aux travaux de l'esprit, et il y a là de quoi consoler bien des gens. On a dit que lorsqu'un peuple devenait trop intellectuel, il n'était pas loin de sa décadence. Rassurons-nous ! Les sports athlétiques, et la bicyclette en particulier, retarderont cette dégringolade. Les impressions d'un coureur sur piste nous donnent sur ce point toute quiétude.

APL - 19 décembre 1897

 Le temps

Le temps.

Il y a une phrase devenue depuis longtemps classique, et que les petits enfants commencent très correctement à bégayer.

Les saisons se détraquent !

Quand on a dit cela, on croit avoir expliqué la venue de quelques jours tièdes en hiver et celle de quelques brises fraîches en été. Ma foi, à force de dire que les saisons se détraquent on finit comme le Marseillais de la baleine par croire que c'est arrivé Notre système planétaire ne subirait-il pas, par hasard, une influence perturbatrice ?

A M. Faye, l'éminent astronome, nous avons demandé à ce sujet quelques éclaircissements Ce sont les concierges, nous a dit, en riant, l'aimable savant, qui croient au dérangement des saisons. En réalité, les saisons se portent aussi bien que possible. Elles suivent leur cours régulier et il n'y a pas lieu de s'étonner de la clémence de la température en ce mois de novembre. » Les hivers ne sont rigoureux que tous les dix ans et très rigoureux que tous les quarante ans. Les années intermédiaires, comme l'année 1897, jouissent d'une température assez douce. » D'ailleurs, conclut sagement notre savant interlocuteur, il se peut très bien, malgré la loi qui règle les hivers rigoureux, que nous ayons à nous plaindre, avant la fin de l'année, de la trop grande vivacité du froid. »

Donc, pour ne pas passer pour « concierge », ne répétons plus que les saisons se détraquent.

Le Gaulois — 21 novembre 1897

 APTITUDE UNIVERSELLE

APTITUDE UNIVERSELLE

Ce qui caractérise le véritable fonctionnaire français et surtout le haut fonctionnaire, c'est son aptitude universelle à toutes les fonctions.

Un employé supérieur de la marine peut parfaitement devenir préfet de police du jour au lendemain, et être remplacé à la marine par un receveur de l'enregistrement. Quand il sera préfet de police depuis quelques années, il faudra lui trouver un autre poste, attendu qu'un fonctionnaire a besoin de changer de temps en temps de fonction ; et pour utiliser sa connaissance approfondie des bas-fonds parisiens, on l'enverra ambassadeur à Constantinople, par exemple, ou à Vienne. Il y restera trois ou quatre ans, je suppose. Il apprendra la langue du pays l'allemand ou le turc et se créera des relations. Dès que la langue turque n'aura plus de secrets pour lui, surviendra un vaste mouvement administratif. L'ambassadeur à Constantinople sera nommé gouverneur du Tonkin. Au bout de six mois, il ne saura plus un mot de turc et Constantinople lui apparaîtra comme dans un rêve.

Tout cela ne l'empêchera pas, entre deux nominations, de devenir ministre de l'instruction publique et des beaux-arts ou bien de la guerre.

Et il finira peut-être sa carrière comme receveur général, à moins qu'on ne le choisisse pour diriger un théâtre subventionné, la Comédie-Française ou l'Opéra.

Mais qu'il soit directeur de l'Opéra ou préfet de police, ministre des beaux-arts ou gouverneur du Tonkin, il sera toujours traité d'habile administrateur et de dévoué fonctionnaire par une partie de l'opinion, tandis que l'autre le considérera comme le dernier des intrigants et une basse canaille.

Ce qui est exact pour les grands personnages l'est également pour les petits.

Aussitôt qu'un homme est entré dans l'administration française, ne serait-il encore qu'un piètre surnuméraire, il doit s'attendre à exercer dans sa vie toutes les fonctions et à être toujours à la hauteur de sa tâche.

Il doit connaître la finance, la diplomatie, l'agriculture, la colonisation, la- marine, la littérature,1 les travaux publics, etc. Enfin, il doit tout savoir et il, n'a qu'un moyen de s'en tirer, c'est de ne- rien savoir du tout. De là, les désordres périodiques que l'on constaté dans nos diverses administrations.

Alfred Capus.
Le Figaro — 21 septembre 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

Le Journal de 1897

Le journal de 1897 et des environs doit être vu avec un exploreur prenant en charge la mise en colonnes.
Chaque page se crée quand vous la consultez.
Les textes en ligne sont des reflets de la société française de la fin du XIXème siècle. La question est : "le Monde change-t-il vraiment ?".

                 Bonne lecture

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