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SIXIEME ANNÉE N°3957

 

265ème jour de l'année

   


Mardi
22
Septembre 1897

 Le scandale des Folies-Bergère évité - 15 avril 1897

Le scandale
des Folies-Bergère évité

Une indisposition de commande.
Intervention du préfet de police. — Exhibition interdite

Le Gaulois — 15 avril 1897

Le Gaulois avait signalé avec une indignation légitime les débuts prochains, sur la scène des Folies-Bergère, de l'ex-princesse et nos confrères, convaincus comme nous du scandale formidable que cette exhibition devait fatalement soulever, nous avaient emboîté le pas. Notre juste appel a été entendu. La « débutante » ne débutera pas. Nous en sommes un peu la cause et nous nous en félicitons hautement. En cette circonstance, M. Lépine a droit à nos remerciements et nous les lui marchanderons d'autant moins qu'on sait que les fonctionnaires de la république nous donnent rarement l'occasion de les féliciter.

On lira plus loin à la rubrique du « Courrier -des spectacles » la note officielle que le théâtre des Folies-Bergère nous a adressée pour nous faire savoir que l'ex-princesse ne débutait .pas ce soir sur la scène de la rue Richer.

Cette note nous montre la débutante empêchée par un état maladif d'une certaine gravité. Il y est question d'influenza, de fièvre intense, de complication pulmonaire. A la vérité, et fort heureusement pour l'héroïne en cause, sa santé est excellente et les raisons pour lesquelles les amateurs de scandales ne. la verront pas ce soir sont à un ordre-tout à fait différent.. Les voici dans toute leur simplicité.. Hier matin, M. Marchand, directeur des-Folies-Bergère, était appelé chez le préfet de police, qui lui demandait officieusement de renoncera faire débuter celle qui sur l'affiche devait porter le nom de l'ex-princesse.

Le scandale, prétendait le préfet, serait extraordinaire et des renseignements qui lui étaient fournis, il ressortait que la débutante serait huée, qu'une foule de gens s'étaient procurés des sifflets à roulette et qu'on lui jetterait à la face des lapins vivants, des pelures de pommes de terre et d'autres objets innommables.

M. Marchand répondit au préfet qu'il redoutait autant que lui ce scandale et que si la « débutante » consentait à renoncer à ses projets de paraître sur son théâtre,  il s'en montrerait fort heureux pour sa part. D'ailleurs il craignait si fort les manifestations brutales qu'il avait interdit qu'on servit aucune consommation dans la salle et qu'il avait fait supprimer les petits bancs et les lorgnettes automatiques.

— Puisque vous partagez mon avis lui, dit le préfet, voyez l'ex-princesse, et tâchez qu'elle ne soit pas hostile à nos sages projets.

» D'ailleurs, je vais la convoquer pour ce soir, six heures, et je vous prie de revenir à mon cabinet à la même heure. »

Puis, congédiant M. Marchand, le préfet ajouta :

— Allons, je commence à croire que nous parviendrons peut-être à éviter tout scandale.

A six heures précisés, M. Marchand arrivait à l'hôtel du boulevard du Palais, où, depuis un quart d'heure, la débutante l'avait précédé. L'héroïne fut reçue la première. Le préfet fit valoir à ses yeux les motifs les plus sérieux qui devaient la détourner de s’exhiber à la foule. Comme la « débutante » semblait ne pas goûter ces raisons et qu'elle prétendait avoir le droit de débuter, le préfet lui fit comprendre qu'il ne voulait prendre officiellement aucune mesure vexatoire avant la représentation, mais que si celle-ci était scandaleuse, ce qui était absolument certain, il se verrait dans la nécessité cruelle de sévir en fermant le théâtre où elle aurait eu lieu et en invitant peut-être la «débutante » a quitter le territoire français — mesure qu'il la suppliait de ne pas l'obliger à employer.

Puis, très amicalement, très paternellement, M. Lépine insista sur des questions d'ordre privé.

Il fut éloquent et persuasif, car à six heures et demie précises, l'ex-princesse, très émue, renonçait à paraître sur la scène des Folies-Bergère.

Ce début à sensation n'aura donc pas lieu, et le scandale que nous redoutions et qui eût été plus formidable que nul ne peut le soupçonner, est heureusement étouffé.

La Presse a quelquefois du bon !

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En quittant l'hôtel du Palais, Mme Clara Ward est rentrée à son hôtel, où à peine installée, elle a reçu la visite d'un médecin, elle n'a pas eu de peine à jouer le rôle de malade qui doit expliquer au public sa décision de ne pas paraître aux Folies, car elle était effectivement souffrante.

Le docteur a indiqué l'ordonnance suivante:
Prendre par jour, en deux ou trois fois, deux à trois cuillers à potage de la potion suivante, diluée dans un verre de tisane de mauve :

    Acétate d'ammoniaque 15 gr
    Alcool de racine d'aconit 30 gouttes
    Sirop de codéine 100 gr.
    Eau de fleurs d'oranger 40 gr.

Mme Clara Ward n'a pas décidé encore si elle resterait à Paris ou si elle repartirait pour Berlin, où des offres brillantes lui sont faites par la Belle-Alliance, un music-hall renommé sur les bords de la Sprée.

Ce que nous savons, c'est qu'aujourd'hui même l'héroïne de ce petit roman doit aller poser chez un de nos grands photographes dans le costume suggestif qu'elle devait endosser aux Folies-Bergère.

Enfin, cette tragédie finit heureusement en opérette Mme Clara Ward renonce au théâtre, en France du moins, et rentre ainsi dans la vie privée. Nous n'avons plus à nous occuper d'elle, et nous espérons bien qu'il en sera toujours ainsi.

Ajoutons que Mme Clara Ward qui s'est sagement abstenue d'envoyer du papier timbré au Gaulois aurait moins sagement décidé d'en adresser à un de nos confrères.

Maubersac

 LA TÉLÉGRAPHIE SANS FILS

LA TÉLÉGRAPHIE SANS FILS

Supposez qu'au siècle dernier quelqu'un fût venu dire, non pas même au premier venu de nos pères, mais à d'Alembert, à Diderot, ou à tel autre de ces encyclopédistes dont le prodigieux cerveau portait en germe la prescience divinatoire de toutes les possibilités futures, qu'un jour viendrait où rien qu'avec une mince tige de métal tendue sur des poteaux, on pourrait correspondre instantanément de ville à ville et échanger à distance, en quelques minutes, avec précision et sûreté, des nouvelles ou des ordres il y a tout lieu de croire que cet utopiste eût été pris pour un mystificateur ou pour un fou.

Cependant, la prédiction s'est réalisée, l'utopie est devenue un service public, et nous trouvons tout simple aujourd'hui que non seulement les signaux télégraphiques, mais la voix téléphonée, c'est-à-dire la parole elle-même, avec ses nuances, ses inflexions, son timbre, tout ce qui lui donne la personnalité, circulent couramment sur fils à travers le monde.

Ce miracle, qui laisse si bas au-dessous de lui les plus audacieuses conceptions des thaumaturges et des magiciens, est si bien entré dans nos mœurs, que nous en usons, avec la sérénité de l'habitude, comme d'une chose due, comme d'un rouage normal et nécessaire de notre civilisation compliquée (laquelle, du reste, ne saurait plus s'en passer), et que, blasés sur son invraisemblance, nous cherchons sans cesse à lui trouver des perfectionnements plus invraisemblables encore.

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Si scabreux, cependant, qu'il soit d'expliquer la façon dont ce je ne sais quoi d'indivisible et d'impondérable qui est l'électricité peut être véhiculé, avec la rapidité de l'éclair, sans se perdre ni s'égarer en route, le long d'un brin de fer, de cuivre ou de bronze, ce fil constituait encore, tout de même, un lien matériel où raccrocher notre compréhension désorientée comme qui dirait le point d'appui dont Archimède prétendait avoir besoin pour soulever l'univers.

Mais voici qu'à présent un jeune ingénieur de vingt-deux ans, ce Marconi dont le nom est sur toutes les lèvres, se fait fort de transmettre électriquement n'importe quel message sans avoir recours au vague et fragile intermédiaire de ce fil ténu qui semblait jusqu'ici l'itinéraire obligé de tous les télégrammes. Et les retentissantes expériences instituées en Italie, en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, sont là pour attester que Marconi n'a pas chanté plus haut que la lyre. C'est bel et bien à travers l'espace vide et nu, sans guide ni relai d'aucune sorte, comme qui dirait par un sortilège télépathique, ou plutôt par l'opération du Saint-Esprit, que les points et les traits de l'alphabet Morse se peuvent désormais propager de l'appareil transmetteur à l'appareil récepteur, en dépit des obstacles interposés, éveillant ainsi la pensée à distance, en vertu d'une suggestion mystérieuse analogue à celle qui fait détoner — par sympathie — deux cartouches de dynamite.

Nous sommes, à ce qu'il semble, en pleine sorcellerie. Ce n'est, cependant, qu'une apparence, et, si inattendue, si extraordinaire qu'elle soit, la découverte de Marconi n'a rien de surnaturel. Ella est même pour peu qu'on la dégage de la gangue des complications secondaires qui en obnubilent le principe -relativement assez facile à expliquer.

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Au fond, ce nouveau système de télégraphie sans fils — infiniment supérieur aux tentatives plus ou moins ingénieuses de Bourbouze, de Blake, de Rathenau, de Somzée, de Preece — n'est qu'un avatar original de la télégraphie… optique. Il n'y a pas là-dedans l'ombre d'un paradoxe: c'est l'expression — indirecte, peut-être, et un peu cherchée, mais exacte — de la réalité.

Le rayon lumineux, qui est l'unique instrument de la télégraphie optique, n'a pas besoin, lui non plus, de fils conducteurs. C'est tout seul, de par l'énergie sui generis qui lui est propre, et conformément aux lois qui régissent la propagation des ondes vibratoires, qu'il franchit l'espace et s'en va frapper au loin l'œil du guetteur, dans des conditions particulières et suivant des règles préétablies dont on a tôt fait de déchiffrer le sens conventionnel. Pourquoi ne ferait-on pas aussi bien avec les radiations électriques ce qu'on fait ainsi couramment avec les radiations lumineuses ?

En réalité, il n'y a pas entre la lumière et l'électricité de différences fondamentales. Toutes les formes de l'énergie, d'ailleurs — ceci est aujourd'hui de notoriété classique — sont non seulement parentes et solidaires, mais convertibles et réciproquement transmuables. On peut les considérer comme des modalités diverses d'une seule et unique force toujours de l’éther qui vibre, en fin de compte, sous les espèces et apparences d'ondulations ne se distinguant guère entre elles que par le rythme, l'amplitude, la fréquence ou la rapidité, et susceptibles de se substituer, le cas échéant, les unes aux autres.

Indiscutable en ce qui concerne les relations mutuelles de la chaleur, de la lumière, du magnétisme, de l'électricité, de l'affinité chimique, sinon même de la force vitale, cette doctrine est encore plus vraie, si l'on peut dire, au point de vue spécial de la comparaison des ondes électriques et des ondes lumineuses, dont le célèbre physicien allemand Herz ne pas confondre avec Cornelius! a démontré naguère l'absolue identité, déjà pressentie par Maxwell et Faraday. Non seulement, les ondes électriques sont animées de la même vitesse — 186,400 milles (75,000 lieues) par seconde — que les ondes lumineuses, mais leur réflexion, leur réfraction, leur polarisation, leurs interférences, etc., relèvent des mêmes lois et se manifestent par d'identiques phénomènes. Tant et si bien qu'on peut, sinon les confondre, au moins les assimiler : c'est une seule fée en deux personnes.

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Dès lors, l'obscur problème s'élucide, et le paradoxe tourne au truisme. La télégraphie électrique sans fils ne diffère de la télégraphie optique vulgaire que parce que les rayons lumineux visibles y sont remplacés par des rayons électriques invisibles. C'est simple comme bonjour… en théorie. En pratique, par exemple, il n'en va pas tout à fait de même, et ce n'est pas un mince mérite d'avoir su rendre la découverte industrielle.

Le Figaro n'étant pas un journal illustré, il m'est impossible de décrire complètement ici les appareils délicats à l'aida desquels s'obtiennent ces résultats merveilleux. Je me bornerai donc à en donner un aperçu schématique, en quelque sorte, exempt à la fois des détails trop arides et des explications trop fastidieuses.

Tout d'abord, le transmetteur ce n'est qu'un radiateur de Herz. Imaginez deux grosses sphères de cuivre fixées diamétralement dans une boîte étanche pleine d'huile, chacune étant respectivement en regard d'une autre boule de cuivre plus petite, à la distance de quelques millimètres. Le tout est relié, d'une part à une batterie de piles, d'autre part à un manipulateur Morse, permettant d'ouvrir et de fermer tour à tour le circuit avec un simple mouvement de doigt. Lorsque le circuit est fermé, de fortes étincelles jaillissent entre les grosses et les petites sphères de cuivre, autour desquelles se forme, ipso facto, ce qu'on appelle un « champ électrique », c'est-à-dire une série d'ondes concentriques qui s'étalent à perte de vue, tout à fait de la même façon que les vagues et vaguelettes provoquées par la chute d'une pierre à la surface d'un lac. Ces ondes suivent la fortune de la source d'énergie qui les déchaîne, et dont elles subissent les variations périodiques. C'est-à-dire que, si les étincelles cessent de jaillir, il n'y aura plus de « champ électrique», et les ondes cesseront de se produire, pour reparaître aussitôt que, le circuit étant refermé, le radiateur va recommencer à manifester son influence.

On aura ainsi une succession d'intermittences faciles à métamorphoser, sous forme de traits ou de points, de longues ou de brèves, en signaux conventionnels, et tout à fait semblables aux éclats et aux éclipses du foyer lumineux de la télégraphie optique.

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Malheureusement, ces signaux ne sont pas, comme les signaux lumineux, perceptibles à l'œil et pas plus à l'œil armé d'une lunette qu’a l'œil nu. Il a fallu, pour les recueillir, créer artificiellement un nouveau sens, dont Marconi a dû emprunter l'organe au physicien français Branly.

C'est le récepteur — qu'on appelle aussi cohéreur on saura tout à l'heure pourquoi.

Il consiste essentiellement en un petit tube de verre où l'on a fait le vide, et qui renferme en son milieu, entre deux plaques métalliques, une pincée de poussière de nickel et d'argent, avec des traces de mercure. A l'état normal, cette poussière, dont les particules sont en désordre, peut être considérée comme isolante, c'est-à-dire qu'elle laisse malaisément passer un courant électrique. Qu'elle vienne, par contre, à être impressionnée par une de ces radiations électriques dont je viens de parler, immédiatement les molécules s'ordonnent, se pressent, .« cohérent », et, devenues du coup conductrices, se laissent traverser par un faible courant.

Dès lors, l'affaire est dans le sac. Le « cohéreur », en effet, est placé dans le circuit local d'une pile qui commande un relai télégraphique. Quand il est frappé par les ondulations intermittentes irradiées par les sphères de cuivre, le courant passe, le relai télégraphique est influencé et le signal recueilli. Et, comme en même temps un petit marteau heurte le tube de verre et « décohère » le métal pulvérulent, le récepteur dont la sensibilité est calculée de façon à s'harmoniser, à s'accorder, avec la puissance du radiateur est immédiatement paré pour recevoir une nouvelle onde électrique, partant un nouveau signal, et ainsi de suite…

Cela fait l'effet — pour en revenir à ma comparaison favorite avec la télégraphie optique —  d'un œil dont la lumière commanderait à distance, et juste à point, le clignotement opportun.

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Telle est l'essence intégrale du télégraphe sans fils de Marconi.

Cet appareil magique ne porte encore qu'à 15 kilomètres, mais il n'y a pas de raison raisonnable pour qu'on ne puisse pas espérer en allonger indéfiniment la portée. Et déjà l'Américain Nicholas Tesla — un autre « voyant » de géante envergure — parle d'essais réussis à 32 kilomètres. En tout cas, la télégraphie sans fils ne redoute ni la pluie, ni le vent, ni la neige, ni l'orage. Elle n'est arrêtée par aucun obstacle, les ondes électriques épousant au plus près, à ce qu'il paraît, les sinuosités du sol. Marconi va même jusqu'à affirmer qu'il peut faire passer ses impalpables dépêches à travers les portes les mieux closes ce qui, somme toute, après les rayons Roentgen, n'a plus rien d'inadmissible.

Tout arrive, en effet, au siècle où nous sommes, tout et même mieux encore !

Émile Gautier.
Le Figaro — 22 septembre 1897

L'actualité dramatique

 Le drame de la place des Vosges

Le drame de la place des Vosges.

C'est à un sentiment de jalousie rétrospective qu'a obéi M. François Béchet, ouvrier bijoutier, demeurant, rue Saint-Martin, en cherchant à attenter aux jours de M. Louis Portal, courtier en vins, domicilié, 19, place des Vosges.

M. Portal, qui est âgé de trente-cinq ans et est très connu Bercy, où sa profession l'appelle quotidiennement, est marié depuis deux ans environ et père d'un bébé de quelques mois. L'appartement qu'il occupe, place des Vosges, est des plus luxueux; il paie, d'ailleurs, un loyer annuel de six mille francs. Il parait qu'avant de convoler en justes noces, M. Portal aurait entretenu d'intimes relations avec une de ses petites cousines, mariée depuis à M. Béchet. Sa conduite à l'égard de la jeune femme aurait même été des plus incorrectes. Bref, hier matin, vers huit heures, on sonnait fébrilement à la porte de l'appartement de M. Louis Portai. Ce lut la bonne qui vint ouvrir à l'obstiné carillonneur. M. Portal, s'il vous plait, demande le matinal visiteur.

— Monsieur est encore couché, répondit la bonne, et il ne reçoit d'ailleurs personne avant neuf heures. Si vous voulez vous présenter à cette heure-là, monsieur vous recevra.

— Je suis très pressé et ne puis attendre. J'ai une très importante commande à faire et je suis persuadé que, si vous faites part à votre maître du but de ma visite, il me recevra aussitôt.

En même temps le visiteur sortit un portefeuille de sa poche et en tira une carte de visite portant le nom suivant: « François Béchet, ouvrier bijoutier. »

La bonne prit la carte qui lui était tendue et alla prévenir M. Portal. Quelques secondes après, elle revenait, priant M. Béchet d'attendre quelques instants. M. Portal passa à la hâte son pantalon et une jaquette et vint au-devant de son prétendu client.

— Je vous prie de m'excuser, lui dit-il, de vous avoir fait attendre; vous désireriez, m'a-t-on dit, faire, une commande de vins.

— Oui, déclara M. Béchet qui, regardant alors bien en face le négociant en vins, lui dit: « C'est bien à M. Portai lui-même que j'ai l'honneur de parler ? »

— A lui-même, répondit simplement le négociant.

Béchet s'arma alors de son revolver et fit feu à trois reprises sur le courtier en vins M. Portai fut atteint au bras gauche, le second projectile l'effleura au côté droit et la troisième balle ne fit que lui enlever un petit lambeau d'oreille.

M. Portai conserva son sang-froid il courut à sa chambre à coucher et prit son revolver pour riposter à l'agression dont il venait d'être victime. Quand il revint dans son antichambre, François Béchet avait disparu. Dans sa précipitation, celui-ci avait laissé chez le courtier en vins son chapeau et son revolver.

M. Carlier, commissaire de police du quartier de l'Arsenal, prévenu du drame qui venait de se dérouler, se rendit au n° 19 de la place des Vosges, et saisit l'arme et la coiffure du meurtrier.

En même temps- M. Carlier télégraphiait au service de Sûreté et des agents de M. Cochefert étaient aussitôt envoyés à la recherche de l'ouvrier bijoutier.

D'ailleurs, on n'eut pas la peine d'arrêter François Béchet; il vint lui-même se constituer prisonnier dans l'après-midi au service de Sûreté.

Il résulte de l'enquête à laquelle s'est livré M. Cochefert, que l'ouvrier bijoutier n'ignorait pas les relations ayant existé jadis entre M. Portai et sa femme. Celle-ci, au cours d'une scène de jalousie, aurait même avoué à son mari qu'elle aimait toujours le courtier en vins. D'où la colère de François Béchet.

Bref, les causes de ce drame sont tellement délicates, que nous n'y insisterons pas davantage.

Les blessures de M. Portal sont peu graves. Quant à l'ouvrier bijoutier, il a été gardé à la disposition de la justice.

Le Matin — 14 avril 1897

 Un grand entrepreneur de travaux

Un grand entrepreneur de travaux publics du quinzième arrondissement était victime, depuis plusieurs mois, de vols dont se rendaient coupables quelques-uns de ses charretiers qui, détournant des marchandises qu'ils étaient chargés de transporter, les revendaient à des tâcherons Un employé de l'entrepreneur, nommé Firmin Perrot, s'en étant aperçu, signala le fait à son patron. Celui-ci ne voulut pas porte plainte; il se contenta de prendre des mesures pour empêcher désormais lés détournements signalés.
Mais les charretiers apprirent que Perrot les avait dénoncés et ils jurèrent de se venger. Trop lâches pour le faire eux-mêmes, ils confièrent le soin de leur vengeance à des charretiers travaillant chez d'autres entrepreneurs. Ceux-ci, non moins lâches, se mirent à. cinq pour tomber sur le malheureux employé, au moment où il passait rue Péclet, une rue presque toujours déserte. Le pauvre garçon fut mis en piteux état par ces misérables qui s'enfuirent comme une volée d'urubus quand arrivèrent les agents, attirés par les appels de la victime. C'est dans un état très grave que le blessé a été transporté chez lui, rue de Vaugirard.
La police est à la recherche des cinq agresseurs, qui ne tarderont pas à être arrêtés.

Le Figaro - 3 août 1897

 RAFLE DE VAGABONDS

RAFLE DE VAGABONDS

Un charmeur de rats

La Sûreté a opéré l'avant-dernière nuit une rafle parmi les vagabonds qui cherchent un abri sous les ponts. Quarante-cinq individus ont été arrêtés. Sous le pont des Arts, les agents se sont livrés à véritable chasse à l'homme pour s'emparer des vagabonds abrités dans les ferments servant de soutien au tablier du pont. Pour ne pas tomber dans la Seine, les malheureux qui passent la nuit sous ce pont s'accrochent avec leur ceinture et leurs bretelles. Lorsqu'ils ont vu les agents, ils se sont sauvés d'arche en arche pour gagner l'autre rive, mais des agents les y attendaient et les ont capturés au fur et à mesure de leur arrivée.

Parmi les individus arrêtés se trouve un type très curieux, un nommé Émile Schwartz, âge de quarante ans, qui est sans domicile depuis vingt ans. Schwartz qui parcourt la France à pied, de village en village, est un barnum d'un nouveau genre. Il montre des souris blanches et des rats, qu'il loge sur sa poitrine, au-dessus de la ceinture de son pantalon. En même temps que lui, les agents ont amené à la Sûreté ses pensionnaires. Une odeur insupportable due aux croûtes de fromages avariées et aux fruits gâtés dont Schwartz nourrissait rais et souris, s'échappait des poches du vieux vagabond.

Quand on a fouillé Schwartz, les inspecteurs durent sortir de leur asile rats et souris et les déposer à terre. Chose curieuse, aucun de ces animaux ne se sauva et tous se groupèrent autour de leur maître. Ils attendirent derrière la porte du cabinet de M. Cochefert que leur maître sortit de chez le chef de la Sûreté.

Schwartz a été remis en liberté hier matin, et il a quitté la Sûreté avec ses rats et ses souris, qui y avaient trouvé un asile momentané.

Le Gaulois — 10 septembre 1897

Dans l'actualité du ...

 20 septembre

Lundi
20 septembre 1897

Retour à Paris de M. Félix Faure

Paris, 20 septembre, Le président de la République, accompagné de M. Le Gall et du commandant de la Garenne, est arrivé hier à Paris, venant du Havre, à quatre heures quarante-cinq. M. Félix Faure a été reçu sur le quai de la gare par le vice-amiral Besnard, ministre de la marine; le général Hagro, secrétaire général de la présidence; le commandant Humbert, officier de sa maison militaire, MM. Hattu, sous-chef de cabinet du président du conseil, représentant M. Méline, Laurent, secrétaire général de la préfecture de police ; Crozier, directeur du protocole de Roujoux, attaché au protocole; Giboulet et Vétillard, chef et sous-chef du mouvement de ta Compagnie de l'Ouest. Après s'être entretenu quelques instants avec l'amiral Besnard, le président de la République est monté dans son landau, dans lequel ont pris place le général Hagron et M. Le Gail.

M. Félix Faure a été respectueusement salué par une foule nombreuse qui stationnait dans la cour d'arrivée et aux abords de la gare.

Le président de la République est arrivé à cinq heures à l'Élysée, sur lequel le pavillon national a été hissé immédiatement.


Lendemain de voyage.

M. Félix Faure a reçu du roi de Siam le télégramme suivant :

 

Londres, 18 septembre. A Monsieur le Président de la République française, au Havre.

Je m'empresse de vous envoyer les nouvelles de mon heureuse arrivée et je vous prie de nouveau d'accepter pour la France l'expression de mes remerciements les plus sincères à cause de la si cordiale réception que votre gouvernement vient de m'accorder. C'est avec la reconnaissance la plus profonde que je garderai les souvenirs de votre bienveillante personne, et je vous prie d'agréer l'expression de mon amitié très sincère.

CHOULALONGKORN.

 

Le Président de la République a répondu au roi de Siam par le télégramme suivant :

 

A Sa Majesté le roi de Siam, Choulalongkorn, à Londres

Je suis heureux d'apprendre que Votre Majesté a accompli heureusement sa traversée et suis très touché des remerciements qu'elle veut bien m'adresser, ainsi qu'au gouvernement de la République,, pour l'accueil que nous lui avons fait en France. Je la prie de croire à mes sentiments de sincère amitié.

F. FAURE.

Encore un infanticide.

On a découvert, hier après- midi, dans une fosse d'aisances, 118, avenue des Ternes, le cadavre d'un enfant pouveaurné qui à été transporté à la Morgue.

On croit que la coupable est une bonne au service d'un ménage habitant le quartier et qui est partie depuis peu pour la province.


Une bataille dans un fiacre

Une véritable bataille a eu lieu hier rue de Maubeuge : la chose n'a rien d'anormal, mais ce qui est plus étrange, c'est que le théâtre de la lutte a été... un fiacre.

Un ingénieur, M. Armand Blanchard, qui donnait depuis quelque temps des signes d'aliénation mentale, avait été invité par des inspecteurs de police à monter en voiture, tous le prétexte d'aller devant la commission du Panama. Mais, rue de Maubeuge, M. Blanchard perdant toute confiance, se mit à battre ses gardiens. Ceux-ci durent se défendre, et la foule, ne comprenant rien à ce manège, prenait déjà parti pour le malheureux fou, lorsque le cocher à qui des recommandations avaient été faites, prévint les passants de ce dont il s'agissait. Ligotté, M. Blanchard a pu être conduit à l'infirmerie du Dépôt.


Vol d'un scaphandre.

Un vol assez original a été commis, hier, sur la Seine. On a dérobé à M. Gustave, Gânet, scaphandrier, qui travaille en. ce moment près du pont d'Austerlitz, son costume en caoutchouc, son casque, ses sandales de plomb et ses contrepoids, ainsi que ses tuyaux respiratoires.

M. Ganel avait commis l'imprudence de laisser tous ces objets dans la cabine de son bateau. Il est allé conter sa mésaventure à M. Yendt, commissaire de police du quartier de la Salpêtrière.


LES CAFÉS CARVALHO

Les naturalistes nous enseignent que le café est de la famille des rubiacées ceci ne vous laissera pas indifférent, lorsque vous saurez que le quinquina appartient à la môme famille de plantes. Vous comprendrez alors pourquoi le café est un tonique et un stimulant de premier ordre et vous tiendrez à l'avoir bon et pur.

Les cafés Carvalho que l'on trouve en boîtes cachetées dans les bonnes maisons résument ces deux qualités.


Un riche Américain, M. John W. de passage à Paris, s'était rendu, samedi dernier, chez un banquier de la rue Laffitte pour toucher un chèque de 15,000 francs. On suppose qu'il a été suivi toute cette journée, car, hier matin,un individu de nationalité anglaise qu'il avait rencontré, la veille, au musée du Louvre l'aborda sur la terrasse d'un café du boulevard et, sous un prétexte quelconque, amena l'Américain a sortir de sa poche le portefeuille renfermant les quinze billets de mille francs, s'en empara et prit la fuite avant que l'étranger, stupéfait, eût pu se mettre à sa poursuite, Le signalement de l'habile pickpocket a été envoyé au service de sûreté.


Enfoncés, les « cent-kilos »!

L'Association américaine des hommes gras vient de fêter, à Gregory's Point près de Norwalk, dans le Connecticut, le trentième anniversaire de sa fondation.

Plus nombreux et plus mastodontesques que jamais, les ventripotents sociétaires. Suivant la coutume, les réjouissances ayant débuté par un pesage général, à douze reprises la bascule gémit sous des poids supérieurs à quatre cents livres.

Soudain monta sur le plateau, sûr d'un facile triomphe, un hôtelier de Brooklyn mesurant trois mètres quatre-vingt-huit de tour de taille; Mais l'on dut lui décerner Je prix sans savoir exactement quel nombre inimaginable de kilos il recélait dans ses flancs ballonnés. Trop faible, la bascule s'était effondrée, emportant parmi ses débris le secret de la jauge du prince des colosses.

sans titre 1

 21 septembre

Mardi
21 septembre 1897

Le président de la République n'a pas séjourné longtemps à l'Élysée. Rentré du Havre dimanche soir, à cinq heures, il a quitté Paris hier matin, par le train de neuf heures, à la gare de l’Est, pour faire à Nangis, avec M. Hanotaux, le comte de Montebello et un officier de sa maison militaire, l'ouverture de la chasse au faisan.

M. Félix Faure était de retour par le train de cinq heures vingt-cinq.


C'est probablement demain, mercredi, que Mme Félix Faure partira du Havre pour s'installer au château de Rambouillet.


M. Barthou, ministre de l'intérieur, a accepté la présidence du comice agricole dé Mauléon, qui aura lieu le 10 octobre. De grandes fêtes sont organisées à cette occasion.


Comme quoi l'on peut gagner, tout en se promenant, la forte somme de 17 fr. 55.

Un cultivateur de Macornay, dans le Jura, M. Jean-Baptiste Laurent, a découvert sous une pierre, dans un chemin pierreux que suivent les vaches pour se rendre aux pâturages de la côte de Mancy, cent dix-sept vipereaux, de la grosseur d'un ver de terre et longs de 12 à 15 centimètres.

M. Laurent a fait part de sa trouvaille à qui de droit pour toucher la prime de 0 fr. 15 cent. par tête.


CRANSAC, 21 septembre. La neige a fait sa première apparition dans les régions montagneuses de l'Aveyron. Elle est tombée à Rieupeyroux et dans les environs.


Accident de bicyclette

Un élève en pharmacie, M. François Dumoulin, demeurant rue de la Tour, à Passy, a été victime, avant hier matin, d'un grave accident.

Monté à bicyclette, M. Dumoulin se dirigeait vers le bois de Boulogne, lorsqu'à l'angle des rues de Passy et de Boulainvilliers il fut pris en écharpe par un fiacre et renversé sur le pavé. Les roues du véhicule lui passèrent sur le corps.

M. Dumoulin a été transporté dans un état assez grave à l'hôpital Beaujon. Dans sa chute, il s'était casse l'épaule gauche.


UNE FIANCÉE PRÉCOCE

Le jury autrichien — Verdict sa ns précédent.

VIENNE, 20 septembre. De notre correspondant particulier. Un sieur Heissing, tanneur de son état, passa quelques mois de l'année dernière à Troppau, où il demeura chez une veuve ayant une fille unique, âgée alors de treize ans et trois mois.

Malgré l'âge de l'enfant, Heissing noua avec elle des relations dont la conséquence est que cette jeune personne sera mère à quatorze ans.

Poursuivi pour détournement de mineure, l'accusé, a comparu devant la cour d'assises de Vienne, et il s'est justifié en présentant la petite demoiselle comme sa fiancée qu'il réhabilitera, en l'épousant, allégation qui a été confirmée par la mère, laquelle donne son consentement au mariage.

Satisfait de cette explication, le jury a déclaré le prévenu non coupable a l'unanimité.

Stupéfait de cette réponse, le président de la cour imagina que la question posée au jury avait pu manquer de clarté et la renouvela sous une forme aussi précise que possible. Le jury rendit le même verdict à l'unanimité. En conséquence, la cour n'a eu qu'à prononcer l'acquittement.


UN AVIS PRÉCIEUX

Le professeur H. James Miller vient de s'assurer le monopole exclusif, pour le Louvre dentaire, d'une série de dents artificielles qui laissent bien en arrière tout ce qu'on a fait jusqu'ici. Avec ces dents, plus d'opérations douloureuses, plus de corps étrangers dans la bouche, sur le palais ou les gencives; aucun risque de les casser, car elles sont aussi dures que le diamant. En dehors de la mastication parfaite et de la prononciation facile, elles assurent la fraîcheur de l'haleine et l'hygiène de la bouche. C'est un progrès réel que tout le monde est à même de constater de visu, car M. H. James Miller renseigne gracieusement ceux qui s'adressent à lui, 75, rue, de Rivoli, au Louvre dentaire,

sans titre 1

A. ALLAISLe bon mot
d'Alphonse Allais

 Pour arriver dans la vie, il faut du culot, des relations et de la publicité.


246. En 1897, nommé par M. Méline, M. Paul Doumer prît les fonctions de gouverneur général de l’Indochine. Il succèdait à M. Armand Rousseau et demeurait en fonction jusqu'en 1902.
Lord Russel vient d'annoncer au Parlement anglais qu'un bill viendrait prochainement renforcer le pouvoir des autorités locales sur le contrôle des aliments. Le bon billet qu'ont les Anglais si cela se passe comme chez nous-Il y a longtemps que nous sommes faits, à ces grandes promesses.
Le meilleur contrôle des aliments est encore de s'assurer un bon estomac par l'usage de l'eau de Pougues.
 L’invasion des femmes

L’invasion des femmes

Nous avons eu, il y a quinze siècles, l'invasion des Barbares nous avons aujourd'hui l'invasion des femmes, avec des Attilas en corset et des Alarics en jupons.

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 Le cyclone d'Asnieres

Le cyclone d'Asnières

18 juin 1897

Beaucoup de Parisiens ont maudit l'averse qui les surprenait hier soir à cinq heures. C'est cependant à cette pluie diluvienne que des centaines d'habitants de Colombes et d'Asnières doivent de ne point figurer sur la liste des victimes du cyclone qui s'abattit à la même heure sur la banlieue nord-ouest de Paris, y faisant sur deux cents mètres de large et dix kilomètres de longueur, une traînée de dévastation furieuse.

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Le drame de Saint-Denis.

Un drame terrible vient de se passer, rue du Corbillon, à Saint-Denis.
Au n° 11 de cette rue, dans un petit logement composé de trois pièces habitait la famille Charmillon, composée du mari, Émile Charmillon, âgé de trente ans, employé à la Compagnie du Nord ; de sa femme, blanchisseuse, âgée de vingt-sept ans, et de leur fille Blanche, âgée de trois ans.

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Le drame de Villejuif

Dans notre dernière heure nous relations le meurtre commis à Villejuif par un aliéné nommé Emile Belin sur un autre fou, Charles Pringot, sous-prétexte que celui-ci empêchait son voisin de salle de dormir.

 BEAU DIMANCHE

BEAU DIMANCHE

On avait projeté d’aller å la campagne,

Mais il plut... Adieu donc les châteaux en Espagne !

Et comme on ne savait que faire, grande soeur

Dit: « Prenons un bon bain de Congo, tous en chœur !» 

Gabrielle T... au savonnier Victor Vaissier,

Nouvelles à la main

Nos domestiques - MADAME. — C’est bien, ma fille.

Nos domestiques.
MADAME. — C’est bien, ma fille. Vos certificats sont bons. Vous me convenez.., et maintenant sachez que votre maître est un colonel.
LA BONNE. — Parfait, madame... J’adore les militaires !...

 La logique de Calino

La logique de Calino

« —Je suis bien aise de m'appeler Calino, car si je m'appelais Bidermann ou Richter, on supposerait que je suis Allemand or, comme je ne le suis pas, cela me serait désagréable. »

 On parle de quelques amis absents

On parle de quelques amis absents. Calino risque à son tour cette observation :
— C'est ce pauvre X qui vieillit. Il a tellement changé qu'hier, en passant près de moi, il ne m'a pas reconnu !

Chalumeau vient de servir de témoin au mariage

Chalumeau vient de servir de'témoin au mariage d'un ami qui régularisait une liaison déjà ancienne..
— Mon. cher, lui a-t-il dit après la cérémonie, tout bien considéré, tu as eu raison. Je n'aurais pas osé te donner un pareil conseil, mais je t'approuve de l'avoir suivi.

 Les deux adversaires se rendant

Les deux adversaires se rendant au lieu de rendez-vous dans le bois de Vincennes, se rencontrent au guichet de la gare de la Bastille.

X... demande un billet aller et retour.

― Vous êtes donc bien sûr de revenir ? dit Z... narquois.

— Absolument sûr.

— Alors je vous fais des excuses, poursuit Z... subitement radouci.


Echos et nouvelles

 Et la pluie continuait de tomber

Et la pluie continuait de tomber !

Depuis que le pluviomètre à l'usage des observatoires a été inventé, c'est-à-dire depuis plus de deux cents ans, il ne s'est jamais rencontré, paraît-il, un mois de septembre aussi mouillé qu'en l'an de grâce 1897.

Aussi les météorologistes sont fort embarrassés d'expliquer ce phénomène. Songez donc que l'observatoire de la tour Saint-Jacques a enregistré dans l'après-midi d'hier, de midi à trois heures seulement, 10 millimètres d'eau ! Cela représente une moyenne de 100 mètres cubes d'eau par hectare.

On essaye de nous consoler en nous rappelant le souvenir de journées plus désagréables encore, celle du 10 septembre de l'année dernière, par exemple, qui, par suite d'une trombe, de funeste mémoire, nous gratifia de 50 millimètres d'eau dans le court espace de deux heures et demie. Mais toutes ces consolations ne valent pas un bon parapluie !

Le Gaulois — 7 septembre 1897

 A la Chambre - Fig 4 /02/97

A la Chambre...

Pour une fois, on s'est occupé, au Palais-Bourbon, d'une question d'actualité.
La Commission de la réforme judiciaire s'est, en effet, réunie et elle a examiné le projet du ministre de la justice, dont l'adoption simplifierait singulièrement les vieux rouages judiciaires qui, par ces temps de bicyclettes et d'automobiles, grincent comme des roues de vieille diligence.

. Darlan, qu'il faut féliciter de s'attacher à ces réformes d'ordre pratique au lieu de se perdre dans les réformes à fracas qui n'aboutissent jamais, a clairement exposé à la Commission les avantages de son projet et les excellentes raisons qu'il a données paraissent avoir très favorablement impressionné les commissaires. Il est donc probable que la réforme aboutira prochainement.
Ce n'est pas les justiciables qui s'en plaindront !

Le Figaro - 4 février 1897

 La peine de mort - Le gaulois - 4 janvier 1897

La peine de mort.

L'électrocution, n'ayant pas remplacé la potence avec assez d'avantages, une commission a été nommée outre-mer pour rechercher un procédé plus « humain» et plus pratique à la fois. Cette commission, après un an de travaux, vient de se prononcer en faveur de l'asphyxie par le gaz d'éclairage. Un de ses membres déclare que c'est par le gaz seul que l'on peut obtenir les résultats demandés en vain à l'électricité. Certes, la mort ne sera pas instantanée, mais on pourrait exécuter doucettement les assassins dans leur sommeil, sans douleur, sans qu'ils s'en doutent. Nous verrons si ce système « humain» pour les criminels, sera adopté.

Le gaulois - 4 janvier 1897

 Divan japonais - Fig. 12/01/97

Petites nouvelles

Plus de deux cents personnes n'ont pu trouver place hier soir dans la jolie salle du Divan japonais, et c'est ainsi tous les soirs depuis la rentrée du poète-chansonnier Gaston Habrekorn.

Fig. 12/01/97

 Peau humaine bien saine à vendre - APL 14/02/97

Petite nouvelle de l'étranger...

Une jeune femme californienne vient de mettre sa peau en vente pour greffes médicales. Il y a environ un an, elle permit à un ami d'en prélever un lambeau pour une opération de ce genre ; ayant constaté qu'elle était capable de résister à la douleur, résultat d'une pareille ablation, et que sa peau était très saine et se reconstituait facilement, elle lança des circulaires à tous les médecins de San-Francisco, les informant qu'elle avait de la peau humaine bien saine à vendre. Elle a maintenant autant de commandes qu'elle peut en désirer, à raison de 4 dollars par pouce carré.
Nous sommes devenus pratiques depuis les temps de saint Barthélémy.

APL – 14 février 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

Le Journal de 1897

Le journal de 1897 et des environs doit être vu avec un exploreur prenant en charge la mise en colonnes.
Chaque page se crée quand vous la consultez.
Les textes en ligne sont des reflets de la société française de la fin du XIXème siècle. La question est : "le Monde change-t-il vraiment ?".

                 Bonne lecture

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