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SIXIEME ANNÉE N°3013

 

52ème jour de l'année

   


Mercredi
21
Février 1897

 Le scandale des Folies-Bergère évité - 15 avril 1897

Le scandale
des Folies-Bergère évité

Une indisposition de commande.
Intervention du préfet de police. — Exhibition interdite

Le Gaulois — 15 avril 1897

Le Gaulois avait signalé avec une indignation légitime les débuts prochains, sur la scène des Folies-Bergère, de l'ex-princesse et nos confrères, convaincus comme nous du scandale formidable que cette exhibition devait fatalement soulever, nous avaient emboîté le pas. Notre juste appel a été entendu. La « débutante » ne débutera pas. Nous en sommes un peu la cause et nous nous en félicitons hautement. En cette circonstance, M. Lépine a droit à nos remerciements et nous les lui marchanderons d'autant moins qu'on sait que les fonctionnaires de la république nous donnent rarement l'occasion de les féliciter.

On lira plus loin à la rubrique du « Courrier -des spectacles » la note officielle que le théâtre des Folies-Bergère nous a adressée pour nous faire savoir que l'ex-princesse ne débutait .pas ce soir sur la scène de la rue Richer.

Cette note nous montre la débutante empêchée par un état maladif d'une certaine gravité. Il y est question d'influenza, de fièvre intense, de complication pulmonaire. A la vérité, et fort heureusement pour l'héroïne en cause, sa santé est excellente et les raisons pour lesquelles les amateurs de scandales ne. la verront pas ce soir sont à un ordre-tout à fait différent.. Les voici dans toute leur simplicité.. Hier matin, M. Marchand, directeur des-Folies-Bergère, était appelé chez le préfet de police, qui lui demandait officieusement de renoncera faire débuter celle qui sur l'affiche devait porter le nom de l'ex-princesse.

Le scandale, prétendait le préfet, serait extraordinaire et des renseignements qui lui étaient fournis, il ressortait que la débutante serait huée, qu'une foule de gens s'étaient procurés des sifflets à roulette et qu'on lui jetterait à la face des lapins vivants, des pelures de pommes de terre et d'autres objets innommables.

M. Marchand répondit au préfet qu'il redoutait autant que lui ce scandale et que si la « débutante » consentait à renoncer à ses projets de paraître sur son théâtre,  il s'en montrerait fort heureux pour sa part. D'ailleurs il craignait si fort les manifestations brutales qu'il avait interdit qu'on servit aucune consommation dans la salle et qu'il avait fait supprimer les petits bancs et les lorgnettes automatiques.

— Puisque vous partagez mon avis lui, dit le préfet, voyez l'ex-princesse, et tâchez qu'elle ne soit pas hostile à nos sages projets.

» D'ailleurs, je vais la convoquer pour ce soir, six heures, et je vous prie de revenir à mon cabinet à la même heure. »

Puis, congédiant M. Marchand, le préfet ajouta :

— Allons, je commence à croire que nous parviendrons peut-être à éviter tout scandale.

A six heures précisés, M. Marchand arrivait à l'hôtel du boulevard du Palais, où, depuis un quart d'heure, la débutante l'avait précédé. L'héroïne fut reçue la première. Le préfet fit valoir à ses yeux les motifs les plus sérieux qui devaient la détourner de s’exhiber à la foule. Comme la « débutante » semblait ne pas goûter ces raisons et qu'elle prétendait avoir le droit de débuter, le préfet lui fit comprendre qu'il ne voulait prendre officiellement aucune mesure vexatoire avant la représentation, mais que si celle-ci était scandaleuse, ce qui était absolument certain, il se verrait dans la nécessité cruelle de sévir en fermant le théâtre où elle aurait eu lieu et en invitant peut-être la «débutante » a quitter le territoire français — mesure qu'il la suppliait de ne pas l'obliger à employer.

Puis, très amicalement, très paternellement, M. Lépine insista sur des questions d'ordre privé.

Il fut éloquent et persuasif, car à six heures et demie précises, l'ex-princesse, très émue, renonçait à paraître sur la scène des Folies-Bergère.

Ce début à sensation n'aura donc pas lieu, et le scandale que nous redoutions et qui eût été plus formidable que nul ne peut le soupçonner, est heureusement étouffé.

La Presse a quelquefois du bon !

*
*      *

En quittant l'hôtel du Palais, Mme Clara Ward est rentrée à son hôtel, où à peine installée, elle a reçu la visite d'un médecin, elle n'a pas eu de peine à jouer le rôle de malade qui doit expliquer au public sa décision de ne pas paraître aux Folies, car elle était effectivement souffrante.

Le docteur a indiqué l'ordonnance suivante:
Prendre par jour, en deux ou trois fois, deux à trois cuillers à potage de la potion suivante, diluée dans un verre de tisane de mauve :

    Acétate d'ammoniaque 15 gr
    Alcool de racine d'aconit 30 gouttes
    Sirop de codéine 100 gr.
    Eau de fleurs d'oranger 40 gr.

Mme Clara Ward n'a pas décidé encore si elle resterait à Paris ou si elle repartirait pour Berlin, où des offres brillantes lui sont faites par la Belle-Alliance, un music-hall renommé sur les bords de la Sprée.

Ce que nous savons, c'est qu'aujourd'hui même l'héroïne de ce petit roman doit aller poser chez un de nos grands photographes dans le costume suggestif qu'elle devait endosser aux Folies-Bergère.

Enfin, cette tragédie finit heureusement en opérette Mme Clara Ward renonce au théâtre, en France du moins, et rentre ainsi dans la vie privée. Nous n'avons plus à nous occuper d'elle, et nous espérons bien qu'il en sera toujours ainsi.

Ajoutons que Mme Clara Ward qui s'est sagement abstenue d'envoyer du papier timbré au Gaulois aurait moins sagement décidé d'en adresser à un de nos confrères.

Maubersac

 Le testament de Nobel - Fig 7 janv 1897

Le testament de Nobel

On avait annoncé que l'ingénieur suédois récemment décédé, M. Alfred Nobel, inventeur de la dynamite, avait légué toute sa fortune à l'Université de Stockholm. Il n'en est rien. En effet, le seul testament valable, écrit et signé à Paris par M. Nobel, le 27 novembre 1895, en présence de quatre de ses compatriotes, a été ouvert à Stockholm le 30 décembre dernier et contient, outre des legs d'un ensemble de deux ou trois millions, institués en faveur d'une vingtaine de personnes, parents, amis et serviteurs du défunt, les dispositions suivantes :

« De tout le restant de ma fortune réalisable, il sera disposé ainsi qu'il suit: le capital réalisé en valeurs sûres par les liquidateurs constituera un fonds dont la rente sera annuellement distribuée à ceux qui, pendant l'année écoulée, auront rendu les plus éminents services à l'humanité.

» La rente sera divisée en cinq parts égales qui seront attribuées

» La première à celui qui, dans le domaine de la physique, aura fait la découverte ou l'invention la plus importante

» La seconde: à celui qui, dans le domaine de la chimie, aura fait la découverte ou l'amélioration la plus importante

» La troisième: à celui qui aura fait la découverte la plus importante dans le domaine de la physiologie ou de la médecine

» La quatrième: à celui qui, dans le domaine des lettres, aura produit l'œuvre la plus haute dans le sens idéal;

» La cinquième: à celui qui aura agi le plus ou le mieux pour la fraternité des peuples, pour la suppression ou la diminution des armées permanentes et pour la constitution ou la propagation des Congrès de la paix.

» Les deux premiers prix (physique et chimie) seront décernés par l'Académie des sciences de Suède celui des travaux physiologiques ou médicaux par l'institut Carolin, de Stockholm le prix littéraire par l'Académie suédoise, et celui pour la propagation de la paix, par une Commission de cinq membres, élus par le Storthing (diète) norvégien.

» C'est ma volonté expresse qu'on ne s'inspire, pour l'attribution de ces prix, d'aucune considération de nationalité, afin que le plus digne reçoive la récompense, qu'il soit scandinave ou non. »

La fortune réalisable de M. Nobel consiste en propriétés à Paris et à San Remo, et, pour la plus grande partie, en valeurs déposées chez des particuliers, au domicile du défunt à Paris et dans des banques à Londres, à Paris, à Berlin, à Saint-Pétersbourg et à Stockholm. Il se passera quelque temps avant que tout soit réglé et qu'on puisse donner le chiffre exact de la fortune laissée par

M. Nobel. Mais on reste certainement au-dessous de la vérité en estimant à près de cinquante millions de francs le capital destiné exclusivement aux magnifiques fondations que nous avons énumérées plus haut. Si ces prévisions sont réalisées, chacun des prix annuels fondés par M. Nobel se monterait donc à près de 300,000 francs.

C'est, comme on le voit, la plus importante récompense que, jusqu'à présent, un homme ait eu, en même temps, la pensée et le pouvoir d'instituer. Le testament, dont nous venons de faire connaître les clauses principales, restera comme un superbe monument d'amour de l'humanité et, à ce titre, garantira contre l'oubli le nom respecté de M. Alfred Nobel.

Le Figaro - 7 janvier 1897

L'actualité dramatique

 UN DRAME AU VITRIOL - La Matin – 6 janvier 1897

UN DRAME AU VITRIOL

A Neuilly — Après la séparation — A la recherche du mari.

Les époux Victor Droguers, demeurant, 109, boulevard Bineau, à Neuilly, se séparaient aimablement, il y a quelque temps, pour cause d'incompatibilité d'humeur. Le mari continuait à habiter Neuilly et la femme allait demeurer, 20, rue Lécuyer, à Montmartre.

Hier matin, Mme Droguers venait retrouver son mari pour régler avec lui diverses questions d'intérêt.

Malheureusement, Victor Droguers n'avait pas accepté la séparation de gaîté de cœur. Une vive discussion surgit entre les deux époux. Le mari supplia sa femme de reprendre la vie commune, la menaçant, si elle refusait, de la tuer et de se jeter ensuite dans la Seine. La femme resta inébranlable dans sa résolution. M. Droguers sortit alors de sa poche un flacon de vitriol et en jeta le contenu au visage de sa femme; puis, affolé par l'acte qu'il venait de commettre, il prit la fuite.

Aux cris poussés par la victime, des voisins accoururent.

Mme Droguers fut transportée à l'hôpital Beaujon, où l'on constata qu'elle avait l'œil gauche perdu. Elle est, en outre, complètement défigurée.

Quant au mari, il a disparu; on craint qu'il n'ait mis son projet de suicide à exécution, et des recherches vont être faites dans la Seine pour découvrir son cadavre.

La Matin – 6 janvier 1897

 Le suicide impossible

Le suicide impossible

Une jeune femme, Mlle Marie-Louise P..., demeurant rue de La Rochefoucauld, apprenait avec désespoir ces jours-ci le mariage de son ami, M. Alfred M...

— Tu m’abandonnes, lui écrivait-elle, le soir même. Je ne me sens plus le courage de vivre. Poison ou revolver, demain je serai morte.

M. M…, en recevant cette lettre, courut chez la jeune femme et eut avec elle une dernière entrevue au cours de laquelle il réussit à substituer des car touches à blanc à celles dont le revolver de Mlle P... était chargé.

Il alla ensuite chez le pharmacien de la désespérée et le pria de ne lui délivrer aucun médicament dangereux.

Or, hier, Mlle P.... se rendait chez le pharmacien et lui demandait du chlorhydrate de morphine. On lui remit une fiole contenant de l’eau distillée. Mlle P... l’avala en toute confiance, mais, rentrée chez elle, voyant que cela ne lui faisait aucun effet, elle se tira deux coups de revolver à la tète.

On juge de son étonnement en constatant qu’elle n’était pas blessée. Une heure après, M. Cornette, commissaire de police, qui avait été prévenu de ses essais de suicide obtenait la promesse qu’elle ne recommencerait plus ses dangereuses tentatives.

Le Gaulois — 18 août 1897

 RAFLE DE VAGABONDS

RAFLE DE VAGABONDS

Un charmeur de rats

La Sûreté a opéré l'avant-dernière nuit une rafle parmi les vagabonds qui cherchent un abri sous les ponts. Quarante-cinq individus ont été arrêtés. Sous le pont des Arts, les agents se sont livrés à véritable chasse à l'homme pour s'emparer des vagabonds abrités dans les ferments servant de soutien au tablier du pont. Pour ne pas tomber dans la Seine, les malheureux qui passent la nuit sous ce pont s'accrochent avec leur ceinture et leurs bretelles. Lorsqu'ils ont vu les agents, ils se sont sauvés d'arche en arche pour gagner l'autre rive, mais des agents les y attendaient et les ont capturés au fur et à mesure de leur arrivée.

Parmi les individus arrêtés se trouve un type très curieux, un nommé Émile Schwartz, âge de quarante ans, qui est sans domicile depuis vingt ans. Schwartz qui parcourt la France à pied, de village en village, est un barnum d'un nouveau genre. Il montre des souris blanches et des rats, qu'il loge sur sa poitrine, au-dessus de la ceinture de son pantalon. En même temps que lui, les agents ont amené à la Sûreté ses pensionnaires. Une odeur insupportable due aux croûtes de fromages avariées et aux fruits gâtés dont Schwartz nourrissait rais et souris, s'échappait des poches du vieux vagabond.

Quand on a fouillé Schwartz, les inspecteurs durent sortir de leur asile rats et souris et les déposer à terre. Chose curieuse, aucun de ces animaux ne se sauva et tous se groupèrent autour de leur maître. Ils attendirent derrière la porte du cabinet de M. Cochefert que leur maître sortit de chez le chef de la Sûreté.

Schwartz a été remis en liberté hier matin, et il a quitté la Sûreté avec ses rats et ses souris, qui y avaient trouvé un asile momentané.

Le Gaulois — 10 septembre 1897

Dans l'actualité du ...

 19 février

Vendredi
19 février 1897

UN INCIDENT A LA CHAMBRE

Un incident s'est produit, hier soir, à la fin de la séance de la Chambre, au moment où M. Georges Berry demandait la mise à l'ordre du jour de sa proposition tendant créer un signe distinctif pour les anciens combattants de 1870.

— Voilà qui retarde de vingt-six ans, fit observer M. Du Perier de Larsan.

—Si vous avez oublié 1870, nous nous en souvenons! répondit M. Marcel Habert. — Cela m'étonne; car, moi, j'y étais, tandis que vous, vous n'y étiez pas ! répliqua le député de la Gironde, qui ajouta « Voilà encore le hanneton qui se remue! »

— Qu'avez-vous dît ? alla alors demander à-M.-de Larsan, le -député de Seine-et-Oise.

— Ce n'est- peut-être pas parlementaire, mais j'ai dit ce qu'il m'a plu, répliqua derechef le député-:de la Gironde.

— Vous êtes un insolent ! s'écrie M. Marcel Habert.

Ajoutons que des amis étant intervenues de part et d'autre, l'incident n'a pas eu de suites.


GUILLAUME II ET LE TSAR

BERLIN, 18 février. D'un correspondant. Dans certains cercles politiques, on dit que l'empereur Guillaume aurait manifesté le désir devoir le tsar. Il se pourrait qu'il vint en mars à Saint-Pétersbourg. Une correspondance active est échangée entre Berlin et Saint-Pétersbourg.


Messidor, le beau drame lyrique d'Émile Zola, -musique, d'Alfred Bruneau, dont la première représentation a lieu ce soir à l’Opéra; paraît aujourd'hui chez l'éditeur Eugène Fasquelle.


A l'occasion du carnaval, les élèves des lycées et collèges sortiront le samedi 27 février, à trois heures de l'après-midi, et rentreront le mercredi soir 3 mars, à l'heure ordinaire.

Les classes et conférences du mercredi sont reportées suivant l'usage, au jeudi.


Le roi des Belges est attendu, vers la fin du mois, à Villefranche, où viennent de commencer les travaux de clôture de la propriété d'environ .cent mille mètres carrés qu'il a acquise moyennant francs. Les frais de construction du mur d'enceinte seulement s'élèveront à près de cent mille francs.


Le ministre de l'intérieur et M. Louis Barthou ont offert, hier soir; un grand dîner aux ambassadeurs et aux membres du cabinet.

Mme Louis Barthou, qui portait une élégante toilette en satin jaune paille, avec corsage garni de dentelles en vieil Angleterre, diamants et grands papillons ornés de pierreries, avait sa droite le baron de Mohrenheim et à sa gauche le comte de Munster.

Le ministre de l'intérieur avait à sa droite Mme la baronne de Mohrenheim et à sa gauche Mme la comtesse Tornielli.

La musique de la garde républicaine s'est fait entendre pendant le repas, après lequel a eu lieu une très brillante réception.


Au moment où le spiritisme préoccupe à un si haut degré l'opinion publique, ou lés théories contraires sur le sujet déconcertant font verser des flots d'encre et passionnent le lecteur, l'œuvre étrange de Paul Guiraud, la Conversion de Gaston Ferney (roman spirite), nous semble appelée à un immense succès de librairie.


Hier matin a eu lieu, l'usine à gaz: de la Villette, en présence de nombreuses personnalités du monde scientifique, le lancer du ballon-sonde l’Aérophile. Il s’agit, on le sait, d'expériences méthodiques entreprises par MM. Hermite et Besançon en vue de déterminer les conditions physiques des couches les plus élevées de l'atmosphère, celles que la raréfaction de l'air rend inabordables aux aéronautes.

L'ascension d'hier est la troisième du genre. A dix heures douze minutes, l’Aérophile, muni d'une série d'appareils enregistreurs les plus perfectionnées, s'est enleva dans les airs, atteignant, du premier bond une grande hauteur. On pense -qu'il a dû atterrir dans l'après-midi en Allemagne.


LE SPORT DE L'AVENIR

De Nice au Vélo

Cet après-midi, au tournant du boulevard Carnot, près du couvent de Saint-Martin, l'automobile de M. Albert Gauthier filait à toute vitesse dans la descente, qui est fort dangereuse à cet endroit, quand elle est tombée dans un ravin de plusieurs mètres de profondeur.

La cause de cet accident est due à un omnibus qui venait en sens inverse en prenant la droite. Le mécanicien ne put se rendre maître de sa direction et alla heurter contre le parapet

Le mécanicien, qui était seul dans la voiture; a été dangereusement blessé; on craint même pour sa vie, Quant à l'automobile elle est complètement défoncée.


ACCIDENT DE BICYCLETTE

Marseille, 18 février. D'un correspondant. M. Polvi, gendarme en retraite, est mort, aujourd'hui, à la suite d'un accident de bicyclette.

Ce matin, vers dix heures, il approchait du village, des Aygalades, quand sa machine buta contre une grosse pierre. M. Polvi fut projeté à quelques mètres. Son front heurta, violemment contre le sol. La mort a été presque instantanée.

sans titre 1

 20 février

Samedi
20 février 1897

LA SITUATION EN CRÈTE

La nouvelle du jour est la résistance incontestable des puissances à la proposition, dont l'empereur Guillaume a pris l'initiative, de faire le blocus du Pirée.

Le premier, lord Salisbury a refusé de suivre sur ce terrain l'empereur d'Allemagne, avant de s'être assuré de l'opinion des cabinets de Paris, de Saint-Pétersbourg, de Vienne et de Rome. Il est hors de doute, pour des raisons connues, que la France et la Russie se rencontreront avec l'Angleterre pour calmer les ardeurs de l'Empereur.

En admettant même, ce qui n'est pas prouvé, que celui-ci rencontre un appui auprès de ses alliés d'Autriche et d'Italie, le concert européen se trouverait ainsi partagé en deux fractions numériquement égales.

Ce serait suffisant pour faire écarter toute éventualité de blocus, une mesure de cette gravité ne pouvant être prise que d'un commun accord.

On assure même que déjà l'Italie refuse aussi son assentiment.

Mais les puissances n'en auront que plus d'autorité pour faire entendre à la Grèce de sages conseils et obtenir d'elle que le retrait de ses troupes de débarquement coïncide avec le retrait des troupes turques. Ce résultat acquis, l'Allemagne ne refusera certainement pas de discuter la question de l'autonomie Crétoise, et la combinaison que nous avons prévue dès le premier jour — le prince Georges gouverneur général de l'Ile et tributaire du Sultan — sera bien près d'aboutir. Le départ annoncé de l'empereur François-Joseph pour le cap Martin peut être interprété, on en conviendra, comme une précieuse indication en faveur d'une solution pacifique.


LE DRAME DE LA RUE MOUFFETARD

Nous avons dit avant-hier qu'une jeune ouvrière., Gabrielle Krier, avait été blessée grièvement d'un coup de revolver par un individu qui avait pris la fuite. Gabrielle Krier est morte hier à l'hôpital de la Pitié. La Sûreté avait été chargée de rechercher le meurtrier, que l'on avait vu en compagnie de deux femmes à la terrasse d'un café de la rue Mouffetard. M. Cochefert a. arrêté hier, route stratégique, à Auteuil, un nommé Pelorget dit Petit Pierre, qui avoue avoir tiré un coup de revolver sur Gabrielle Krier parce qu'elle l'avait dédaigné.


Mirabeau disait que le pot-au-feu du peuple était la base des Empires. Avant lui, Henri IV, qui était Béarnais.et malin, rêvait de voir chaque dimanche le paysan avoir sa poule au pot. Bref, en tous temps, la principale préoccupation a été de bien manger et surtout de la bonne cuisine. Or, combien y en a-t-il comme Julien, le restaurateur du n° 3, boulevard des Capucines, qui puissent donner satisfaction aux estomacs les plus délicats, les plus capricieux ? Allez-y une fois, vous y retournerez toujours et donnerez l'adresse à vos amis.


ÉCHOS DU MATIN

Vers la fin du mois prochain, l'impératrice Eugénie se rendra, à bord de son yacht, à Ajaccio, où elle passera environ une semaine.


En raison des travaux exécutés à l'Élysée pour les bals des 25 février et 11 mars, Mme Félix Faure ne recevra pas aujourd'hui samedi.


Ce soir

Dîner, suivi de réception, offert par le président du Sénat et Mme Loubet aux membres du cabinet et des bureaux des deux Chambres.

Bal à l'Hôtel de Ville.


Le préfet de la Seine, accompagné de M. Quennec, chef du service du personnel de la préfecture de la Seine, s'est rendu, hier après-midi, à la mairie du treizième arrondissement, où il a été reçu par M. Thomas, maire, et ses adjoints.

M. de Selves a visité ensuite l'hôpital de la Salpêtrière.


Des courses de bicyclettes sont organisées dans le luxueux sous-sol de l'Olympia, sur d'ingénieux appareils baptisés du nom de cyclodrome.

Des coureurs célèbres sont engagés; les attractions sont nombreuses, rien ne manque pour obtenir un grand succès.


Invraisemblable, mais authentique.

Du Gaulois

Le pont Neuf était hier encombré d'une foule compacte, qui semblait anxieusement suivre un événement palpitant sauvetage, peut-être ? Non pas.

Un des infortunés pêcheurs qui s'obstinent à tremper leur ni dans l'eau de Seine venait de retirer un poisson vivant, parfaitement constitué et long comme la main t

Grand sujet de discussion, les partisans du tout à l'égout en tirant une conclusion favorable, ses adversaires interprétant cette capture comme le suicide du dernier goujon dégoûté !

sans titre 1

A. ALLAISLe bon mot
d'Alphonse Allais

 Il y a des circonstances où il faut s’abstenir de jouer à la bourse, aux courses, au baccarat ou à la roulette : primo, quand on n’a pas les moyens et secundo, quand on les a.


316. Le Figaro du 8 janvier 1897 indiquait que Mme Tarpet, professeur au Conservatoire, avait donné la veille une matinée enfantine qui a fait la joie des bébés.
L'INVULNÉRABILITÉ
Aux approches de l'automne, il est bon de prendre quelques mesures préventives contre les rhumes, coryzas, maux de gorge, etc.
Ou s'en préserve à coup sur en aspirant chaque matin un peu d'eau de Bi-Borax tiède.
Par l'usage constant de cette précaution si simple, les muqueuses deviennent à peu prés invulnérables.
On trouve le Bi-Borax oriental chez tous les épiciers.
 Trio avorteur

LE TRIO AVORTEUR

(Le jeune officier,
sa sœur, sa maitresse)
par

Gaston LEROUX

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 Les foins Theuriet

Les foins

par M. André Theuriet
de l'Académie Française

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L'homme aux 18 coups de revolver

Le commissaire de police du quartier du Mail recevait, hier matin, une longue épitre dans laquelle le signataire, habitant le quartier d'Auteuil, lui annonçait qu'il allait se suicider dans son quartier parce qu'il connaissait sa discrétion.

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L'incendie de Maisons-Alfort

Un incendie considérable a éclaté, l'avant-dernière nuit, à Maisons-Alfort, détruisant une usine importante et faisant de nombreuses victimes. L'usine est une distillerie appartenant à M. L. Plasse, fabricant d'absinthe et d'amers, rue de Créteil, en face du pont de Charenton, derrière l'école vétérinaire.

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 RÉGÉNÉRESCENCE

RÉGÉNÉRESCENCE

On me dit : «Nous nageons en pleine décadence !»

Et moi, je vous réponds : « Voyez, de toutes parts,

Ces vigoureux sportsmen, ces lurons, ces gaillards,

Qui doivent au «Congo» santé, fraîcheur, vaillance !

Bernard B. au savonnier Victor Vaissier

Nouvelles à la main

Une bien jolie coquille cueillie

Une bien jolie coquille cueillie dans un grand journal du centre :
" Grand dîner, hier soir, chez le président de la République. Mme Félix Faure avait à sa droite M. X... et à sa gauche la gare de Sceaux. »
La gare de Sceaux pour le garde des sceaux !

 Le docteur à une de ses clientes

Le docteur à une de ses clientes
— Et votre mari, comment va-t-il? Toujours ses maux d'estomac. Il fume trop et prend trop d'apéritifs. Vous devriez le gronder sévèrement.
— C'est que, docteur. il souffre de l'estomac, mais il ne souffre pas de reproches

 Le Président de la République vi

Le Président de la République vient de visiter un hôpital et a laissé en se retirant une somme destinée à procurer aux pauvres malades un petit surcroît à leur ordinaire.
L'un d'eux se plaint de n'être pas compris dans la distribution.
— Votre état ne le permet pas, lui répond un interne; mais comme vous avez droit à douze sangsues, on va vous en poser dix-huit

 On faisait devant un directeur d

On faisait devant un directeur de théâtre l'énumération de tous les droits qui sévissent sur nos scènes modernes les droits du mari, les droits de la femme, les droits de l'enfant.
— Vous oubliez les droits d'auteur et le droit des pauvres, ceux qui nous touchent le plus et que nous touchons le moins.

 Les deux adversaires se rendant

Les deux adversaires se rendant au lieu de rendez-vous dans le bois de Vincennes, se rencontrent au guichet de la gare de la Bastille.

X... demande un billet aller et retour.

― Vous êtes donc bien sûr de revenir ? dit Z... narquois.

— Absolument sûr.

— Alors je vous fais des excuses, poursuit Z... subitement radouci.


Echos et nouvelles

 Et la pluie continuait de tomber

Et la pluie continuait de tomber !

Depuis que le pluviomètre à l'usage des observatoires a été inventé, c'est-à-dire depuis plus de deux cents ans, il ne s'est jamais rencontré, paraît-il, un mois de septembre aussi mouillé qu'en l'an de grâce 1897.

Aussi les météorologistes sont fort embarrassés d'expliquer ce phénomène. Songez donc que l'observatoire de la tour Saint-Jacques a enregistré dans l'après-midi d'hier, de midi à trois heures seulement, 10 millimètres d'eau ! Cela représente une moyenne de 100 mètres cubes d'eau par hectare.

On essaye de nous consoler en nous rappelant le souvenir de journées plus désagréables encore, celle du 10 septembre de l'année dernière, par exemple, qui, par suite d'une trombe, de funeste mémoire, nous gratifia de 50 millimètres d'eau dans le court espace de deux heures et demie. Mais toutes ces consolations ne valent pas un bon parapluie !

Le Gaulois — 7 septembre 1897

 Diplomatie — 1897

Diplomatie — On vient de faire au ministère des affaires étrangères un relevé curieux c'est celui des lettres reçues ou expédiées par les bureaux du quai d'Orsay pour le service de notre politique extérieure.

Durant l'année 1896 le nombre des lettres tant reçues qu'expédiées s'est élevé à 159,161. D'après les calculs qui sont en cours, ce chiffre dépassera en 1897 le nombre de 170,000. Il y a une corrélation évidente entre le nombre des correspondances échangées et l'activité de notre action diplomatique. C'est à ce point de vue que la statistique en question est intéressante. Les 159,161 lettres correspondant à l'année 1896 se partagent en 75,053 reçues au quai d'Orsay et 84,108 expédiées par le ministère. Les lettres expédiées de Paris sont envoyées par la poste, dans le plus grand nombre des cas. Toutefois, lorsqu'elles ont un caractère confidentiel, elles sont expédiées par valise, et enfin au cas où elles constituent des documents importants, elles sont transportées par des courriers de cabinet. Durant l'année 1896 il a été envoyé 6,220 lettres par les valises diplomatiques et 3,952 par courriers de cabinet.

Le Figaro – 15 décembre 1897

 Oscar Wilde - 1897

De Londres

« Oscar Wilde doit sortir définitivement de la prison de Reading demain matin. Avant d'aller se fixer en Italie, il séjournera pendant quelque temps à Paris où un grand journal lui aurait, parait-il, fait des offres brillantes de collaboration. »
Il est à peine besoin de dire que le grand journal dont il s'agit n'est pas le Figaro.

Le Figaro - 4 mai 1897

 UN BON EXEMPLE - Fig 12/01/97

UN BON EXEMPLE

Comme tous les ans, après l'inventaire, M. Maurice Schwob, propriétaire des maisons des 100,000 Chemises, a réuni hier soir son nombreux personnel en un banquet chez Bonvalet.
Au dessert, M. Schwob a annoncé à ses collaborateurs que les affaires de l'exercice clos lui permettaient, comme les années précédentes, de distribuer des gratifications d'après le système habituel créé par la maison.
Cette fête commerciale, d'un aspect vraiment familial, a été des plus gaies et ne s'est terminée que fort tard dans la soirée.
On voudrait voir se propager des réunions semblables appelées à resserrer les liens entre les chefs de maison et leur personnel. C'est il y a sept ans que M. Schwob a commencé à distribuer à ses employés des gratifications basées sur les bénéfices et à les réunir dans une fête ; depuis, gratifications et réunions ont toujours eu lieu et il est bien probable qu'il en sera ainsi longtemps encore.

Le Figaro – 12 janvier 1897

 Domestiques Londres - 1897

Angleterre

On ne s'est pas ennuyé, l'autre jour, à la cour de police de Bow-Street, à Londres.
Les bonnes faisaient les frais d'une partie de l'audience, mais ces frais leur ont été remboursés. Notre confrère Montécourt nous nous donne le résumé de ces débats.
L'une, Annie Stamp, engagée par M. Pardrington et renvoyée par madame, en l'absence de son mari, assignait sa maîtresse en dommages-intérêts.
Le juge, sir John Bridge, lui a donné gain de cause.
« Certes, dit son jugement, il semble, à première vue, que le gouvernement intérieur de la maison appartienne à la femme, mais ce n'en est pas moins le mari qui est responsable de l'existence commune et qui gagne l'argent du ménage. A ce titre, il a bien le droit de s'occuper de ce qui s'y passe. Il est, dirai-je, le premier ministre et la femme n'est qu'un sous-secrétaire d'Etat. Elle n'a pas qualité pour rompre un contrat conclu par son mari, et l'engagement d'une domestique est un contrat comme un autre. Jugement et indemnité pour la plaignante. »
Une autre bonne, Margaret Dahill, avait été congédiée par Mme Franklin, sa patronne, parce qu'elle avait un policeman pour amoureux.
- Ce n'est pas là, déclare sir John, un motif suffisant pour renvoyer une domestique.
La défenderesse ne saurait émettre la prétention de n'avoir à son service que des bonnes insensibles à l'amour.
- Nullement, répond Mme Franklin. Ma dernière bonne avait pour amoureux un grenadier rouge et je n'y ai jamais trouvé à redire. Mais je ne veux pas d'un policeman.
- Préférez-vous que vos bonnes introduisent chez vous des cambrioleurs ou des pick-pockets ? Allez, madame, vous devriez encore vous estimer trop heureuse que cette jeune fille eût porté son choix sur un brave homme qui, après avoir veillé sur la sécurité publique par devoir, sera encore venu veiller sur votre domicile particulier par amour.
Et Mme Franklin a été condamnée à payer deux semaines de gages à titre de dommages-intérêts. Autant de gagné pour la dot de Margaret quand elle épousera son policeman.

APL - 3 octobre 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

Le Journal de 1897

Le journal de 1897 et des environs doit être vu avec un exploreur prenant en charge la mise en colonnes.
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Les textes en ligne sont des reflets de la société française de la fin du XIXème siècle. La question est : "le Monde change-t-il vraiment ?".

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