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SIXIEME ANNÉE N°4031

 

339ème jour de l'année

   


Samedi
5
Décembre 1897

 Le scandale des Folies-Bergère évité - 15 avril 1897

Le scandale
des Folies-Bergère évité

Une indisposition de commande.
Intervention du préfet de police. — Exhibition interdite

Le Gaulois — 15 avril 1897

Le Gaulois avait signalé avec une indignation légitime les débuts prochains, sur la scène des Folies-Bergère, de l'ex-princesse et nos confrères, convaincus comme nous du scandale formidable que cette exhibition devait fatalement soulever, nous avaient emboîté le pas. Notre juste appel a été entendu. La « débutante » ne débutera pas. Nous en sommes un peu la cause et nous nous en félicitons hautement. En cette circonstance, M. Lépine a droit à nos remerciements et nous les lui marchanderons d'autant moins qu'on sait que les fonctionnaires de la république nous donnent rarement l'occasion de les féliciter.

On lira plus loin à la rubrique du « Courrier -des spectacles » la note officielle que le théâtre des Folies-Bergère nous a adressée pour nous faire savoir que l'ex-princesse ne débutait .pas ce soir sur la scène de la rue Richer.

Cette note nous montre la débutante empêchée par un état maladif d'une certaine gravité. Il y est question d'influenza, de fièvre intense, de complication pulmonaire. A la vérité, et fort heureusement pour l'héroïne en cause, sa santé est excellente et les raisons pour lesquelles les amateurs de scandales ne. la verront pas ce soir sont à un ordre-tout à fait différent.. Les voici dans toute leur simplicité.. Hier matin, M. Marchand, directeur des-Folies-Bergère, était appelé chez le préfet de police, qui lui demandait officieusement de renoncera faire débuter celle qui sur l'affiche devait porter le nom de l'ex-princesse.

Le scandale, prétendait le préfet, serait extraordinaire et des renseignements qui lui étaient fournis, il ressortait que la débutante serait huée, qu'une foule de gens s'étaient procurés des sifflets à roulette et qu'on lui jetterait à la face des lapins vivants, des pelures de pommes de terre et d'autres objets innommables.

M. Marchand répondit au préfet qu'il redoutait autant que lui ce scandale et que si la « débutante » consentait à renoncer à ses projets de paraître sur son théâtre,  il s'en montrerait fort heureux pour sa part. D'ailleurs il craignait si fort les manifestations brutales qu'il avait interdit qu'on servit aucune consommation dans la salle et qu'il avait fait supprimer les petits bancs et les lorgnettes automatiques.

— Puisque vous partagez mon avis lui, dit le préfet, voyez l'ex-princesse, et tâchez qu'elle ne soit pas hostile à nos sages projets.

» D'ailleurs, je vais la convoquer pour ce soir, six heures, et je vous prie de revenir à mon cabinet à la même heure. »

Puis, congédiant M. Marchand, le préfet ajouta :

— Allons, je commence à croire que nous parviendrons peut-être à éviter tout scandale.

A six heures précisés, M. Marchand arrivait à l'hôtel du boulevard du Palais, où, depuis un quart d'heure, la débutante l'avait précédé. L'héroïne fut reçue la première. Le préfet fit valoir à ses yeux les motifs les plus sérieux qui devaient la détourner de s’exhiber à la foule. Comme la « débutante » semblait ne pas goûter ces raisons et qu'elle prétendait avoir le droit de débuter, le préfet lui fit comprendre qu'il ne voulait prendre officiellement aucune mesure vexatoire avant la représentation, mais que si celle-ci était scandaleuse, ce qui était absolument certain, il se verrait dans la nécessité cruelle de sévir en fermant le théâtre où elle aurait eu lieu et en invitant peut-être la «débutante » a quitter le territoire français — mesure qu'il la suppliait de ne pas l'obliger à employer.

Puis, très amicalement, très paternellement, M. Lépine insista sur des questions d'ordre privé.

Il fut éloquent et persuasif, car à six heures et demie précises, l'ex-princesse, très émue, renonçait à paraître sur la scène des Folies-Bergère.

Ce début à sensation n'aura donc pas lieu, et le scandale que nous redoutions et qui eût été plus formidable que nul ne peut le soupçonner, est heureusement étouffé.

La Presse a quelquefois du bon !

*
*      *

En quittant l'hôtel du Palais, Mme Clara Ward est rentrée à son hôtel, où à peine installée, elle a reçu la visite d'un médecin, elle n'a pas eu de peine à jouer le rôle de malade qui doit expliquer au public sa décision de ne pas paraître aux Folies, car elle était effectivement souffrante.

Le docteur a indiqué l'ordonnance suivante:
Prendre par jour, en deux ou trois fois, deux à trois cuillers à potage de la potion suivante, diluée dans un verre de tisane de mauve :

    Acétate d'ammoniaque 15 gr
    Alcool de racine d'aconit 30 gouttes
    Sirop de codéine 100 gr.
    Eau de fleurs d'oranger 40 gr.

Mme Clara Ward n'a pas décidé encore si elle resterait à Paris ou si elle repartirait pour Berlin, où des offres brillantes lui sont faites par la Belle-Alliance, un music-hall renommé sur les bords de la Sprée.

Ce que nous savons, c'est qu'aujourd'hui même l'héroïne de ce petit roman doit aller poser chez un de nos grands photographes dans le costume suggestif qu'elle devait endosser aux Folies-Bergère.

Enfin, cette tragédie finit heureusement en opérette Mme Clara Ward renonce au théâtre, en France du moins, et rentre ainsi dans la vie privée. Nous n'avons plus à nous occuper d'elle, et nous espérons bien qu'il en sera toujours ainsi.

Ajoutons que Mme Clara Ward qui s'est sagement abstenue d'envoyer du papier timbré au Gaulois aurait moins sagement décidé d'en adresser à un de nos confrères.

Maubersac

 LES MISÈRES DE L'OCTROI

LES MISÈRES DE L'OCTROI

Lorsque, l'année dernière, M. Émile Zola signala le zèle excessif des agents de l'octroi qui, après avoir sans scrupules essuyé leurs mains à ses chemises et à ses chaussettes, avaient été sur le point de les tremper dans son bocal de cornichons, l'administration protesta contre la susceptibilité irréfléchie du célèbre écrivain. On formulait bien un regret courtois qu'un gabelou; peut-être désireux de connaître les dessous de son auteur favori, n'eût pas apporté plus de discrétion dans l'accomplissement de ses devoirs. Mais on fit remarquer que l'administration, également préoccupée de la tranquillité du public et de la sauvegarde de ses droits, avait adopté pour règle de ne visiter que deux ou trois valises choisies au hasard, à l'arrivée de chaque train. Dans ces conditions, il était nécessaire d'entretenir une crainte salutaire dans l'âme des fraudeurs et d'explorer les colis avec une minutie dont les victimes devaient se consoler en songeant qu'elles payaient pour les autres.

Si ces libérales instructions ont existé, elles ont été singulièrement modifiées. Je rentrais l'autre jour de Bruxelles par l'express qui arrive à Paris vers six heures du matin. Nous étions une trentaine de voyageurs n'ayant que des bagages portés à la main. Pas une valise n'a échappé à la visite. Deux dames ont dû ouvrir un de ces sacs en maroquin gros comme un dictionnaire qui contiennent juste un nécessaire de toilette. Et quelle visite ! Le contenu de ma valise était réduit au strict minimum: un costume de rechange, un nécessaire de toilette, des chaussures et très peu de linge. Pas une boîte, pas le moindre paquet pouvant paraître suspect. Si, un seul, composé par quatre volumes de Bœdecker. Non content de retourner chemises, gants, chaussettes, de sonder mes bottines, le gabelou m'a obligé à sortir ces bouquins de leur enveloppe il avait flairé du bœuf fumé!

Tout le monde a dû subir des investigations semblables. Et comme la Compagnie du Nord, ne prévoyant pas ce zèle, a placé à cette sortie une banquette sur laquelle tiennent à peine quatre valises, les trois quarts des voyageurs en sont réduits à étaler leurs bagages à terre.

— Ce n'est point notre faute, nous avons des ordres, me fit observer très poliment un douanier, tandis que son chef traitait avec beaucoup moins de courtoisie les nombreuses femmes, peu expertes en distinctions fiscales, étonnées d'avoir à supporter les vexations de l'octroi après avoir été si libéralement traitées par la douane.

Car une comparaison s'impose. L'homme distingué qui se trouve à la tête de l'administration des douanes, tout en défendant, comme il convient, les intérêts du Trésor, a su mettre ses agents en garde contre les tracasseries inutiles. M. Pallain croit inutile de molester tous les Français qui se présentent à la frontière dans l'espoir d'augmenter les recettes du Trésor de quelques pauvres billets de mille francs. A l'octroi de Paris, on a une théorie contraire tout agent qui ne dresse pas un nombre minimum de procès-verbaux est mal noté.

Résultat on cherche dans les sacs à parapluies des touristes un saucisson qu'on n'y trouve jamais. En revanche, nous apprenons périodiquement l'arrestation d'un industriel qui fraudait l'octroi depuis plusieurs années pour des centaines de mille francs.

Les ronds-de-cuir qui sont à la tête de l'octroi de Paris imprimeront peut-être une nouvelle direction à leurs agents le jour où ceux-ci auront eu la maladresse de pincer un conseiller municipal.

Fernand Honoré
Le Figaro — 20 septembre 1897

L'actualité dramatique

 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

 LE DÉPÔT DE SAINT ANTOINE DE PAD

LE DÉPÔT DE SAINT ANTOINE DE PADOUE

Une dame d'une soixantaine d'années, mise avec une simplicité de bon goût.se présentait, hier matin, devant le guichet du caissier de la succursale de la Banque de France, rue Monsigny.

— Monsieur, dit-elle au caissier, je viens réclamer six millions de francs déposés ici à mon nom par saint Antoine de Padoue. Veuillez, je vous prie, me compter cette somme en billets de mille francs, cela me sera plus facile pour l'emporter.

La pauvre femme a été conduite, sous un prétexte quelconque, chez M. Péchard, commissaire de police, qui l'a envoyée à l'infirmerie du Dépôt. Elle a dit se nommer Victorine Pierçon. Elle a eu, paraît-il, autrefois, une fortune importante qu’elle a perdue dans de malheureuses spéculations. Douée d'une foi ardente, elle avait tant prié le bienheureux saint de la faire rentrer en possession de son argent, a-t-elle dit au commissaire, qu'elle était persuadée que sa prière avait été exaucée.

Grande a été sa désillusion en apprenant le contraire.

Le Figaro - 22 août 1897

 RAFLE DE VAGABONDS

RAFLE DE VAGABONDS

Un charmeur de rats

La Sûreté a opéré l'avant-dernière nuit une rafle parmi les vagabonds qui cherchent un abri sous les ponts. Quarante-cinq individus ont été arrêtés. Sous le pont des Arts, les agents se sont livrés à véritable chasse à l'homme pour s'emparer des vagabonds abrités dans les ferments servant de soutien au tablier du pont. Pour ne pas tomber dans la Seine, les malheureux qui passent la nuit sous ce pont s'accrochent avec leur ceinture et leurs bretelles. Lorsqu'ils ont vu les agents, ils se sont sauvés d'arche en arche pour gagner l'autre rive, mais des agents les y attendaient et les ont capturés au fur et à mesure de leur arrivée.

Parmi les individus arrêtés se trouve un type très curieux, un nommé Émile Schwartz, âge de quarante ans, qui est sans domicile depuis vingt ans. Schwartz qui parcourt la France à pied, de village en village, est un barnum d'un nouveau genre. Il montre des souris blanches et des rats, qu'il loge sur sa poitrine, au-dessus de la ceinture de son pantalon. En même temps que lui, les agents ont amené à la Sûreté ses pensionnaires. Une odeur insupportable due aux croûtes de fromages avariées et aux fruits gâtés dont Schwartz nourrissait rais et souris, s'échappait des poches du vieux vagabond.

Quand on a fouillé Schwartz, les inspecteurs durent sortir de leur asile rats et souris et les déposer à terre. Chose curieuse, aucun de ces animaux ne se sauva et tous se groupèrent autour de leur maître. Ils attendirent derrière la porte du cabinet de M. Cochefert que leur maître sortit de chez le chef de la Sûreté.

Schwartz a été remis en liberté hier matin, et il a quitté la Sûreté avec ses rats et ses souris, qui y avaient trouvé un asile momentané.

Le Gaulois — 10 septembre 1897

Dans l'actualité du ...

 3 décembre

Vendredi
3 décembre 1897

LA QUESTION DREYFUS

BERNE, 2 décembre. -Les journaux suisses rapportent que le colonel de Schwarzkoppen eut une conversation sur l'affaire Dreyfus, aux manœuvres françaises en 1895, avec- le lieutenant-colonel Chauvet, qui y représentait la Suisse.
Dans cette conversation, l'attaché militaire allemand aurait dit au- colonel Chauvet qu'il était personnellement convaincu de l'innocence du capitaine Dreyfus.


De Londres

« Après avoir passé une quinzaine de jours au Savoy Hotel, LL. AA. RR. le duc et la duchesse d'Orléans partent aujourd'hui pour Sandringham, où ils seront les hôtes du prince et de la princesse de Galles jusqu'à vendredi. »


La reine d'Angleterre vient de faire venir au château de. Windsor un phonographe qui sera certainement un des plus curieux souvenirs historiques de ce siècle,
Ce précieux appareil est destiné à recueillir de la bouche de Her Gracious Majesty quelques messages parlés dont les générations futures pourront prendre connaissance au British Muséum qui aura la garde du phonographe.
Si l'exemple de la reine Victoria trouvait des imitateurs, la besogne des historiens du dix-neuvième siècle serait singulièrement facilitée, mais le calme des bibliothèques en pâtirait.


C'est une mode aujourd'hui de déjeuner à l'eau d'Évian, source Cachât, et de réserver le vin pour le repas du soir. Les personnes chargées d'affaires ou de soucis se trouvent particulièrement bien de ce régime qui leur laisse la tête libre, le raisonnement clair et l'esprit dispos.


Les crises successives que nous traversons ont amené les gens du monde à faire une étude sérieuse de la vie pratique. C'est à la suite de cette enquête fort intelligente que la clientèle des grands tailleurs, dont les notes s'enflent comme la grenouille de la fable, a considérablement diminué, et nous attribuons ce résultat aux efforts des maisons dont High-Life Tailor, 112, rue Richelieu, est le type accompli et qui, pour le prix invariable de 69 fr. 50, livrent des costumes aussi élégants qu'inusables.


Quand il donna l'ordre d'exécuter son roi, Cromwell n'avait pas été à la selle depuis huit jours, et les destinées de l'Angleterre eussent sans doute été tout autres si le farouche protecteur avait connu le rafraîchissant Sedlitz dosimétrique Burggraëve. Exigez le flacon carré avec le portrait du docteur et le nom du préparateur Numa Chanteaud.

sans titre 1

 4 décembre

Samedi
4 décembre 1897

L'ASSASSINAT DE LA RUE PIERRE-LE-GRAND

M. le docteur Vibert a procédé hier matin à l'examen de la blessure ayant provoqué fa mort de Marie Bigot, la femme galante assassinée rue Pierre-le-Grand.

On n'a pu connaître, à l'examen de la blessure, la nature de l'instrument qui a servi à l'assassin. L'arme a perforé la boite crânienne et pénétré sur une longueur de sept centimètres dans le cervelet.

Le rapport de M. le docteur Vibert a été transmis hier à M. le juge d'instruction Louiche. Le cadavre de Marie Bigot a été placé dans l'appareil frigorifique, en vue d'une confrontation, au cas où l'assassin serait arrêté.

On n'a toujours recueilli aucun indice et la police ne suit aucune piste.


Demandez dans tous les restaurants le « Pain Richelieu 1892 ».


DISPARITION
D'UN GARÇON DE RECETTES

M. Augustin-Frédéric Lamarre, âgé de soixante cinq ans, garçon de recettes du Comptoir d'escompte depuis plusieurs années, a disparu depuis mardi sans que les recherches faites pour le retrouver aient abouti.

Lamarre était chargé de la tournée de Villejuif et de Gentilly. Mardi, jour d'échéance, il partit à sept heures, son portefeuille bourré de soixante-cinq mille effets à toucher.

On attendit vainement son retour au Comptoir d'escompte et chez lui, à Malakoff, 7, rue d'Epinay. Retraité de la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest, Lamarre était d'une probité incontestable et incontestée. L'hypothèse d'un accident paraît inadmissible. On eût transporté le blessé dans un hôpital et l'administration eût été informée.

L'hypothèse d'un assassinat est donc seuls vraisemblable et c'est sur elle que porte l'enquête ouverte par la sûreté.

On parait convaincu que Lamarre a été tué dans une maison où il était allé encaisser ses effets. Il aurait disparu à Bicêtre, après avoir touché une somme de trente mille francs.

Voici le signalement de M. Lamarre taille au-dessus de la moyenne, forte corpulence, teint coloré, cheveux gris abondants, forte moustache grise, vêtements bourgeois dé couleur sombre, chapeau de feutre.


La coquille malencontreuse.

On a pu voir, sur les murs de Paris comme à la porte de toutes les mairies de France, une affiche gigantesque publiant le dernier discours prononcé par le président du Conseil, ministre de l'agriculture, dans les séances des 13-20 novembre dernier.

Ce discours relate, au milieu des ripostes des membres de l'opposition, les débats qui viennent d'avoir lieu à la Chambre des députés, sur les améliorations prochaines de la situation des agriculteurs qui produisent du blé. Or il est question d'une série de mesures qui « feront baisser le prix du blé » Mystère ! Nos agriculteurs se plaignent déjà suffisamment de ne point vendre leur blé assez cher.

Or la même affiche, placardée dans les campagnes, parle de mesures destinées à faire « hausser le prix du blé ». C'est l'imprimerie de la Chambre des députés qui est fautive. On s'est aperçu de la « coquille » au milieu du tirage de l'affiche. Un ordre venu du ministère a décidé, pour ne pas grever le budget par un nouveau tirage, que les affiches portant « baisser le prix du blé » seraient placardées dans les villes, car on ne les lit pas; les affiches sans faute ont été réservées aux campagnes, où elles sont commentées avec le plus vif intérêt par les cultivateurs.


On lit dans « le Temps »

La maison Félix Potin.

Le bruit s'était répandu à diverses reprises que la maison Félix Potin était devenue, comme d'antres entreprises parisiennes, la propriété d'une Société financière étrangère.

Les récents agrandissements de ses magasins des boulevards de Sébastopol et Malesherbes semblaient avoir rendu à ce bruit quelque consistance.

Nous avons demande aux directeurs de cette importante maison ce qu'il y avait de bien fondé dans ce bruit, qui ne laissait pas d'inquiéter ceux qui, pour l'avenir économique de notre pays, redoutent l'invasion des capitaux étrangers.

Aux bureaux de la direction générale, boulevard de Sébastopol, où nous a fait une réponse catégorique

La maison Félix Potin n'a jamais cessé d'appartenir aux enfants de M. Félix Potin père, son fondateur. »


Les crises successives que nous traversons ont amené les gens du monde à faire une étude sérieuse de la vie pratique. C'est à la suite de cette enquête fort intelligente que la clientèle des grands tailleurs, dont les notes s'enflent comme la grenouille de la fable, a considérablement diminué, et nous attribuons ce résultat aux efforts des maisons dont High-Life Tailor, 112, rue Richelieu, est le type accompli et qui, pour le prix invariable de 69 fr. 50, livrent des costumes aussi élégants qu'inusables.

sans titre 1

A. ALLAISLe bon mot
d'Alphonse Allais

 Quand il suffit d'un rien, on n'a pas besoin de grand-chose.


343. Un violent orage éclata sur Paris le 18 juin 1897 à cinq heures du soir.
Le café de la Paix vient d'inaugurer les nouveaux soupers-concerts que le Tout-Paris réclamait depuis longtemps. Une musique exquise, des menus excellents et variés, une cave irréprochable et des prix modestes, tel est le problème que M. Ledoyen, le nouveau propriétaire du café de la Paix, a résolu pour la plus grande satisfaction du public élégant.
 Léa d'Asco

Léa d'Asco

A propos de sa tentative de suicide

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 LES SENSATIONS D'UN PENDU

Les sensations d'un pendu

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Drame passionnel

Le passage Verdeau, qui va de la rue Grange-Batelière à la rue du Faubourg-Mont-martre, a été, hier matin, le théâtre d'une scène dramatique

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Un drame de la jalousie

Léon Moynet, âgé de quarante ans, journalier, et Eugénie Jannin, femme Bossin, d'un an plus jeune, vivaient ensemble depuis plusieurs mois. Ils occupaient, 4, impasse de l'Astrolabe, une chambre au quatrième étage. Le faux ménage avait vécu très uni jusqu'à ces jours derniers ; mais Moynet, ayant cru s'apercevoir qu'un de ses voisins se montrait plus empressé qu'il ne fallait auprès de sa maîtresse

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 Savon historique

SAVON HISTORIQUE

Doux Congo, fin savon, l'élu de la Victoire,

on célèbre parfum embaumera l'histoire,

Alors tes rivaux, obscurs et confondus,

Seront, depuis longtemps, oubliés... et fondus.

Paul Sincère au savonnier parisien V. Vaissier

Nouvelles à la main

 A l'école

A l'école

Le professeur.

— Quelle est la plus haute manifestation de la vie animale ?.

Les élèves réfléchissent et se taisent. Le jeune Camus, tout à coup :

– –M'sieu ! c'est la girafe !

 Dans un salon

Dans un salon, un calamiteux bavard se cramponne au bras d'un monsieur et, interminablement, l'assomme de banalités sentencieuses :

— Voyez-vous, poursuit-il, la vie est une partie de cartes. Si l'on n'a pas beaucoup d'atouts, il faut au moins se garder à carreau.

— Et écarter les importuns achève brusquement la victime à bout de patience, en saluant et en gagnant le large.

 Fragment de conversation, saisi au passage

Fragment de conversation, saisi au passage, entre un socialiste bien connu pour sa haine de la ploutocratie et un monsieur correct, mais plein de méfiance
LE SOCIALISTE, plutôt obséquieux. : — Je vous assure, monsieur le comte, que la haute finance se méprend sur nos intentions.

 M

M. pharmacien à Saint-X. vient réclamer à un client guéri le montant d'une note.

— Hélas répond l'ex-malade, je n'ai pas d'argent..

— Avez-vous au moins gardé les fioles et les bouteilles ?...

— Oui monsieur.

— Ah ! Dieu soit loué ! Alors je ne perds rien !

 Les deux adversaires se rendant

Les deux adversaires se rendant au lieu de rendez-vous dans le bois de Vincennes, se rencontrent au guichet de la gare de la Bastille.

X... demande un billet aller et retour.

― Vous êtes donc bien sûr de revenir ? dit Z... narquois.

— Absolument sûr.

— Alors je vous fais des excuses, poursuit Z... subitement radouci.


Echos et nouvelles

 Et la pluie continuait de tomber

Et la pluie continuait de tomber !

Depuis que le pluviomètre à l'usage des observatoires a été inventé, c'est-à-dire depuis plus de deux cents ans, il ne s'est jamais rencontré, paraît-il, un mois de septembre aussi mouillé qu'en l'an de grâce 1897.

Aussi les météorologistes sont fort embarrassés d'expliquer ce phénomène. Songez donc que l'observatoire de la tour Saint-Jacques a enregistré dans l'après-midi d'hier, de midi à trois heures seulement, 10 millimètres d'eau ! Cela représente une moyenne de 100 mètres cubes d'eau par hectare.

On essaye de nous consoler en nous rappelant le souvenir de journées plus désagréables encore, celle du 10 septembre de l'année dernière, par exemple, qui, par suite d'une trombe, de funeste mémoire, nous gratifia de 50 millimètres d'eau dans le court espace de deux heures et demie. Mais toutes ces consolations ne valent pas un bon parapluie !

Le Gaulois — 7 septembre 1897

 Dentiste - Fig. 24/05/97

Nous avons signalé, ces jours derniers, la démonstration faite 21, rue Lauriston, devant un groupe de médecins, par un dentiste américain. Ajoutons que cette expérience est parfaitement concluante et que le docteur américain Sylvestre est le seul de tous les dentistes qui pose les dents artificielles directement sur la gencive, sans attache ni racine. Cette opération est faite sans la moindre douleur et les dents posées par ce procédé sont d'un naturel qui défie l'examen le plus méticuleux. C'est véritablement une invention merveilleuse et, inappréciable au point de vue de la beauté comme de la santé.

Le Figaro - 24 mai 1897

 Les personnes superstitieuses - APL - 24 janvier 1897

Les personnes superstitieuses ont vu, avec effroi, l'année 1897 commencer un vendredi. Celles qui rougiraient de leur pusillanimité apprendront volontiers que le prince de Bismarck, l'ex-chancelier de fer, partage avec elles cette faiblesse de pensée. Il n'entreprend qu'à contre-cœur une affaire le vendredi. Il a gardé surtout le souvenir d'un vendredi qui lui valut toute sorte de désagréments.
C'était  à Versailles, le 25 novembre 1870. La Russie réclamait alors, pour prix de sa neutralité, la révision du traite de 1856 qui avait interdit la mer Noire à ses navires de guerre, et l'Angleterre, se refusant à perdre le bénéfice des victoires de Crimée, avait envoyé à Versailles Odo Russell pour protester contre cette prétention. Bismarck tenait à ménager égale- ment la Russie et l'Angleterre. Il accorda une entrevue à Odo Russell ; mais, lorsque celui-ci se présenta, Bismarck, occupé, le fit prier d'attendre et Russell, froissé, se retira. Le chancelier en fut fort ému :
— De ce quart d'heure de retard, s'écria- t-il, dépend peut-être la paix de l'Europe ! Et, en toute hâte, il courut chez le roi. Dans l'antichambre, il rencontra un ambassadeur qui lui communiqua une lettre d'importance secondaire, mais que Bismarck dut lire et discuter. Une heure encore se perdit ainsi.
 —Pendant ce temps., disait le chancelier, j'aurais dû conférer avec le roi, envoyer des dépêches de la plus haute importance. Ces contretemps pouvaient avoir pour l'Europe entière des conséquences désastreuses. En vérité, il n'y a qu'un vendredi qui puisse me donner de pareilles inquiétudes ! Le vendredi m'a toujours été fatal !

APL - 24 janvier 1897

 Les Hongrois ont trouvé un moyen fort original - 1897

Les Hongrois ont trouvé un moyen fort original pour honorer leurs artistes.
Les nouveaux billets de mille florins, que vient d'émettre la Banque austro-hongroise, portent comme effigie l’image du « rossignol » du Théâtre national de Budapest, de la célèbre Louise Bliagi, qui depuis tantôt vingt-cinq ans est choyée du public de la capitale hongroise. Désormais, il ne lui sera que plus doux de recevoir de ces petits billets doux de mille, où elle pourra se mirer à son aise.
Les Hongrois n'ont plus à nous envier nos « louis », ils ont leurs « louises ».

Le Figaro - 2 aout 1897

 Le petit tramway, attelé d'un seul cheval - 1897

Le petit tramway, attelé d'un seul cheval, qui conduit d'Auteuil à Saint- Sulpice fait la joie de tous les boutiquiers qui ont le bonheur d'habiter sur son parcours.
Il leur fournit, sans bourse délier, un si amusant spectacle, se renouvelant une dizaine de fois dans la journée, que les propriétaires parlent vaguement d'une augmentation de loyer.
Lorsque le petit tramway est vide, son fougueux coursier s'élance comme une flèche et dévore l'espace. Mais lorsqu'il est au complet, c'est une autre affaire. Le coursier ne peut plus démarrer et les voyageurs bénévoles se mettent à pousser la voiture devant eux. On se relaye, à tour de rôle, par groupe de cinq ou six, et au bout de quelques heures, on arrive sans autre incident notable à destination.

Le Figaro - 2 aout 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

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