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27 décembre

Lundi
27 décembre 1897

M. André Lebon, ministre des colonies, vient de faire paraître à Londres, sous le titre Modern France, un ouvrage qui lui a été commandé par un grand éditeur anglais et qui est un résumé de l'histoire politique de la France de 1789 à 1897. Cet ouvrage a paru il y a quelques jours; il est édité en langue anglaise, mais il paraît avoir été écrit en français par M. Lebon et traduit en anglais par les soins de la librairie qui l'a édité.


M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères, outre le troisième volume de son histoire de Richelieu, qu'il continue petit à petit, vient de mettre la dernière main à son discours de réception à l'Académie française l'éloge de M. Challemel-Lacour, qu'il a été appelé à remplacer.


Parmi les légendes qui ont la vie dure, il faut citer celle qui prétend que les jours commencent à croître à partir du décembre, erreur d'autant plus difficile à déraciner qu'elle repose sur un dicton populaire, et Dieu sait si les dictons populaires sont tenaces 1 « A la Sainte-Luce, le jour croît du saut d'une puce », dit la sagesse des nations. Il n'en est rien, pourtant. Le jour augmente bien le soir, à partir du 15, mais il diminue le, matin et le gain du soir ne compense-pas là perte du matin, d'où une décroissance sensible jusqu'au 25 décembre.

Ce n'est pas à là Noël, pourtant, que les jours augmentent, mais deux jours après, le 27, et cette augmentation, qui n'est d'abord que d'une minute, a toujours lieu le soir, le soleil persistant à se lever à la même heure, du décembre au 5 janvier. Le 6 janvier, changement complet le jour, qui ne grandissait que le soir, se décide enfin à grandir en même temps le matin, d'une minute, il est vrai, mais l'élan est donné et il ne s'arrêtera que le 22 juin prochain. Il y a donc un écart de près de trois semaines entre la légende qui place au 15 décembre la croissance des jours et la science qui la fixe au 27 décembre et au 6 janvier.


Chacun sait que les nombreux agrandissements successifs des grands magasins Dufayel et le nombre extraordinaire de clients qui va augmentant de jour en jour, sont dus à l'immense choix des marchandises se trouvant dans les magasins et au principe de cette maison de vendre tous les articles uniformément bon marché, dans ses magasins de Paris et Versailles, tout en les garantissant trois années.


LA BRISE EXOTIQUE balaye la ride d'un coup d'aile, et emporte les taches de rousseur sur son souffle réparateur de la beauté.

Parfumerie Exotique, 35, r. du 4-Septembre.


Grande foule tous les jours dans les magasins « A la Paix », 34, avenue de l'Opéra, où amateurs et acheteurs sont unanimes à rendre justice aux efforts des directeurs qui ont su mettre à la portée de toutes les bourses les verreries et meubles d'art d'Émile Gallé, les faïences grand feu de Laurent-Desrousseaux, les Carrier-Belleuse, etc.

 28 décembre

Mardi
28 décembre 1897

Peut-être ?

Une expérience thérapeutique saisissante, et dont les résultats acquis sont déjà considérables, se poursuit silencieusement, depuis plusieurs mois déjà, à l'Institut médical, 28, rue de La Boëtie, à Paris. La tuberculose, attaquée vigoureusement par un traitement rationnel, semble céder et, dans les milieux scientifiques, on paraît concevoir la possibilité de juguler la terrible maladie. En tout cas, il est d'ores et déjà certain que les poitrinaires du premier et du second degré sont curables.

La méthode employée n'a rien de mystérieux ou de charlatanesque elle consiste purement et simplement en l'application simultanée de trois manières bien connues du monde médical, et dont les résultats individuels étaient déjà satisfaisants les inhalations de formaldéhyde, les injections sous-cutanées de sérum de bouc, et enfin l'adjonction du bain électrique statique.

Le pouvoir antiseptique puissant de l'aldéhyde formique est bien connu. De l'aveu de tous les spécialistes en matière dé tuberculose, son action sur le bacille de Koch est décisive. La difficulté, qu'on pouvait croire insurmontable, gisait dans l'application. On sait, en effet, que l'inspiration des vapeurs de formol, à l'état pur, provoque de violents accès de toux, des picotements intolérables des muqueuses, et qu'on ne soumettrait pas impunément des organes respiratoires délicats ou malades à leur efficace toxicité microbienne. Il a donc fallu découvrir un moyen terme, et ce n'est pas un des moindres mérites de l'Institut médical de Paris que d'avoir mis en pratique la combinaison de la formaldéhyde et du gaz acide carbonique, cet anesthésique, dont l'association rend possibles des inhalations quotidiennes de vingt-cinq minutes et plus. Le bacille de Koch, combattu directement dans les cavernes où il prolifère, voit si rapidement s'affaiblir sa vitalité qu'il cesse de se reproduire en un court laps de temps. Les expectorations débilitantes ne tardent pas à s'atténuer et le malade, de ce chef, ressent déjà un soulagement marqué.

Les lecteurs du Figaro n'ont point oublié les polémiques passionnées auxquelles donna lieu la découverte des injections sous-cutanées. Il est admis aujourd'hui que leur action dynamique est considérable et que le seul fait d'introduire, par la voie hypodermique, quelques centimètres d'eau distillée dans l'économie humaine provoque un relèvement considérable des forces. Si au lieu de l'aqua simplex on emploie un sérum stérilisé suivant les procédés en usage à l'Institut Pasteur, et que de plus ce sérum soit extrait du sang du bouc, l'animal essentiellement réfractaire à la tuberculose, le bacille de Koch, atteint à nouveau dans sa vitalité, baignant dans un liquide impropre à sa fécondation, s'étiole à son tour dans une anémie salutaire au sujet qu'il épuisait par sa présence.

C'est l'assemblage des deux traitements précités qui constitue la base actuelle de la thérapeutique employée à l'Hôpital des jeunes poitrinaires de Villepinte, ou la mortalité est descendue dans des proportions si probantes. Malgré cela, l'institut médical de la rue de La Boëtie adjoint encore aux deux premiers un troisième mode de procéder qui consiste en l'application au relèvement du malade des curieuses propriétés de l'effluva statique. Sous l'influence de l'électricité statique, action sur les causes de laquelle on n'est encore qu'imparfaitement fixé, le sujet reprend sa vitalité, sa résistance s'accentue et il n'est pas rare de voir des gens littéralement aux abois se redresser, reconquérir l'appétit et engraisser avec rapidité de plusieurs kilogrammes.

Les premiers résultats du traitement inauguré par l'Institut médical de Paris sont tellement concluants, les contre-expériences sont tellement favorables, qu'il est permis de tout espérer. La Phtisie pulmonaire serait-elle enfin vaincue? Peut-être!

Dr P Langevin.

29 décembre

Mercredi
29 décembre 1897

La laïcisation par le jouet.

Un, magasin de nouveautés fait figurer cette année dans son catalogue de jouets et articles d'étrennes un jouet représentant une classe enfantine, avec tables, pupitres, tableau noir, etc.

Le catalogue porte la mention École laïque mais, juste au-dessous, on peut lire cet avis « Avec religieuses, un franc en plus », qui permet aux parents catholiques de transformer la laïque en école chrétienne.

Alors, pourquoi n'avoir pas tout simplement intitulé le jouet « École » ?


Des fleurs, des rubans, des liqueurs…, des ivresses… plaisirs, des yeux et du palais : quelles plus ravissantes étrennes choisir que les paniers Cusenier, et combien en est-il qui soient mieux accueillies partout, puisque la mode s'en est mêlée et qu'il est de bon, ton d'offrir cette année l'une des dernières et merveilleuses créations de la Grande Distillerie Cusenier !


Il faut être riche pour avoir le droit de s'asseoir à la Bourse!

On va mettre ces jours-ci en adjudication une quinzaine de nouveaux strapontins que nos boursiers vont se disputer et dont le loyer annuel varie de 160 à 2,000 francs! C'est pour rien, comme on

Aussi le domaine de la Ville, qui ne néglige pas les petits bénéfices, augmente-t-il d'année en année le nombre de ces sièges aussi utiles qu'inélégants et sales. Il n'y en avait que 60 lorsqu'on les inaugura en 1889 aujourd'hui, il y en a plus du double.

L'inquiétude est grande pour les messieurs désireux de donner aux dames et aux jeunes filles des cadeaux inédits de bon goût et à des prix raisonnables. C'est « A la Pensée » qu'ils devront aller. Toute dame connaît le cachet et la distinction de cette maison et elle appréciera sûrement le cadeau qui portera cette marque. Si on n'a pas le temps de se déplacer, demander l'Écho de la Pensée.


Au moment du jour de l'an, chacun a tant de cadeaux et de dépenses à faire que son budget est souvent insuffisant. Nous croyons être utiles à nos lecteurs en leur rappelant qu'ils trouveront le moyen de tout concilier en lissant la brochure explicative du système de vente par abonnement de l'administration Dufayel. Cette brochure leur sera portée franco sur leur demande. S'ils le préfèrent, un employé en civil ira leur donner tous renseignement à domicile.


Beaucoup de personnes ignorent qu'en Angleterre on trouve à vendre les vieilles fausses dents hors d'usage. La maison Fraser, fondée en 1833, à Ipswich (Angleterre), est la plus importante pour l'achat de cet article, et pour faciliter les affaires avec la France, elle vient d'ouvrir une succursale à Dieppe. Quiconque dispose de vieilles fausses dents peut donc les envoyer par la poste à l'adresse de R. D. et J.-B. Fraser, rue Jehan-Véron, 5, à Dieppe. MM. Fraser enverront immédiatement un chèque pour le prix le plus élevé qu'ils pourront les payer ou indiqueront par lettre leur valeur; et si leur estimation ne satisfait pas, ils retourneront les dents.


La caractéristique de notre fin de siècle est de se porter de plus en plus vers la science. Aussi la vogue des étrennes est-elle toute à la jumelle Flammarion, qui doit son grand succès au patronage de l'illustre astronome. Rappelons que c'est chez Fischer, 19, avenue de l'Opéra, et nulle part ailleurs, que se trouve, à partir de 20 francs, ce chef-d'œuvre de goût et d'optique.


LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES

L'année qui prend fin a vu, renaître cette vieille querelle c'est entre les hommes de sport que, cette fois, s'est élevé le débat les athlètes de jadis l'emporteront-ils sur ceux de maintenant ? Loin de nous la prétention d'apporter une solution à ce problème, cependant, on nous permettra de croire que les modernes peuvent effacer les exploits de leurs devanciers, car ils ont à leur portée le plus précieux des adjuvants, le Byrrh.


Les étrennes.

Pour le jour de. l'an, les serres des grands fleuristes préparent des merveilles., Chez Louis Dallé, rue Pierre-Charron, c'est une véritable féérie de plantes vertes, d'orchidées, de muguets et d'azalées, de gerbes et de paniers fleuris. L'habile horticulteur parisien, qui a reçu la médaille d'or unique pour les fleurs à l'Exposition de Bruxelles, est, cette année encore, à la hauteur de ses précédents succès.


Qu'on choisisse comme cadeau d'étrennes ce qu'on voudra, il faut toujours et quand même des bonbons. Et, tant qu'à faire, mieux vaut offrir les meilleurs, c'est-à-dire ceux de Pihan.

De tous les points de la France, de toutes les parties du monde, d'ailleurs, les lettres de commande affluent, 4, rue du Faubourg-Saint-Honoré, demandant à Pihan ses délicieux bonbons en chocolat et ses adorables sacs, bourses, fantaisies de tout genre, pour lesquels il est sans rival.


Pastilles Poncelet

N°2 ― Le feuilleton du journal

 M. Lefrançois baissa de nouveau la tête

M. Lefrançois baissa de nouveau la tête, non par humilité, mais par prudence. Il sentit la nécessité de dissimuler à Mgr Espérandieu la contraction atroce de ses mâchoires qui se serrèrent comme celles d'un loup. Ses mains nouées firent craquer leurs phalanges, et d'une voix qui s'enrouait de colère, il dit :

— Je vois bien. Monseigneur, que votre parti est pris, mais le mien aussi. Je ne me laisserai pas faire la guerre sans me défendre. Vous allez déchaîner le scandale. Le curé de Favières s'est jeté très imprudemment dans des affaires de construction, pour l'École libre, qui le mèneront loin s'il n'est pas aidé puissamment par vous... Car il est inutile qu'il compte sur la municipalité. Nous sommes comptables des deniers de nos commettants et nous ne les emploierons pas à subventionner des entreprises hostiles au gouvernement... Nous sommes républicains à Favières...

— Eh ! monsieur le maire, dit le prélat, on l'est aussi à l'Évêché... Vous savez bien que nous ne faisons pas d'opposition.

— Je sais, Monseigneur, que vous êtes très fin, et que vous conduisez très habilement votre barque...

— C'est celle de saint Pierre, qui était un pauvre pêcheur, et, comme tous les apôtres, un homme du peuple. Monsieur le maire, le clergé a pour premier devoir d'être humble et de se rapprocher des humbles. Les heureux de la terre n'ont pas besoin de lui, tandis que les déshérités, les souffrants, les désespérés sont ses clients habituels. Qui s'occupera des petits enfants et qui les instruira si les curés ne s'en chargent pas ?

— Nous, Monseigneur.

— Oui, mais vous ne leur apprendrez pas à faire leur prière. La culture de l'esprit est excellente, mais celle de l'âme est indispensable. Quelle douleur pour nous de voir que l'éternel malentendu persiste et que vous et vos amis vous demeuriez convaincus qu'il est impossible d'être bon républicain tout en allant à la messe ! Voyons, mon cher monsieur Lefrançois, vous qui avez une véritable supériorité intellectuelle, ne donnerez-vous pas l'exemple de la modération et de la conciliation ? Ce serait un beau rôle à jouer, et digne de vous tenter.

— Que diraient mes électeurs ?

— Est-ce donc uniquement pour satisfaire votre parti que vous pensez, que vous agissez ? Ah ! monsieur le maire, vous voulez être conseiller général, puis député... Et c'est mon pauvre curé de Favières que vous méditez d'offrir en holocauste à vos sectaires de l'arrondissement... pour, sa tête à la main, demander ce salaire !... Non ! Vous ne l'aurez pas !

L'évêque riait, mais une émotion savamment dissimulée faisait trembler sa voix. Il leva sa main fine, ornée de l'anneau pastoral, et menaçant le maire avec un geste gracieux

— Prenez garde ! Je recruterai des alliés contre vous, dans votre propre maison. La charmante Mme Lefrançois ne fera pas cause commune avec tous vos affreux radicaux. Je la mettrai dans mes intérêts, et je la crois très puissante...

— Ma femme ne sera pas si sotte que de se mêler à ces affaires, grogna le maire. Elle sait à quoi s'en tenir sur mes sentiments à l'égard du curé, et tout ce qu'elle pouvait tenter en sa faveur elle l'a essayé. Elle le connaît de longue date... Elle sait qu'il me hait. Si vous comptez sur son appui. Monseigneur, vous vous trompez singulièrement. Au fond, je crois qu'elle ne serait pas fâchée de voir partir l'abbé Daniel...

— Comment ! les femmes elles-mêmes le lapideraient, ce pauvre enfant ? Voyons, monsieur Lefrançois, combien doit-il ? Vous devez connaître le chiffre, vous y avez intérêt.

— Monseigneur, le curé de Favières a répondu pour quarante-deux mille francs, sur lesquels il n'a pas le premier sou... Si vous connaissez un banquier qui les lui prêtera avec sa soutane comme seul gage, indiquez-le-lui, il en est temps...

— Quarante-deux mille francs ! Et qui sont dus ?

— A de petits entrepreneurs : maçons, menuisiers, peintres...

— Ces braves gens attendront...

— Ils attendent déjà, depuis deux ans... Voulez-vous, Monseigneur, voir saisir votre curé ? Ce sera un spectacle édifiant !

— Monsieur le maire, dit Mgr Espérandieu avec gravité, si j'avais la somme nécessaire, l'abbé Daniel la recevrait demain pour faire face à ses engagements; mais je suis pauvre. Cet argent a été dépensé pour la gloire de Dieu, soyez sûr que Dieu y pourvoira.

— Amen ! dit le maire, avec un ricanement.

Il se leva, ramassa son chapeau, frappa le tapis de son bâton, et se courbant ironiquement devant l'évêque :

— Monseigneur, vous vous rappellerez, un jour, que j'étais venu vous apporter la paix et que vous l'avez repoussée.

— Parce que vous me l'avez offerte au prix d'une injustice.

— Vous regretterez votre refus, mais il sera trop tard.

— Monsieur le maire, ma conscience sera toujours en repos. Je souhaite qu'il en soit de même de la vôtre.

Il se leva, fit à son dur interlocuteur un signe de tête, pour indiquer que l'audience était terminée, et svelte, dans sa robe violette, glissant plutôt que marchant, il le reconduisit jusqu'à la porte. Là, comme le maire radical lui lançait un dernier regard de marchandage, il sourit, et de ses doigts évangéliquement réunis, il lui envoya sa bénédiction. Lefrançois se secoua, comme s'il avait été chargé d'un mauvais sort, il grommela quelques paroles, qui n'étaient ni bienveillantes ni révérencieuses, et hors de la présence de l'évêque il descendit l'escalier de l'Évêché, et regagna son cabriolet qui l'attendait dans la cour.

GEORGES OHNET
A suivre...
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