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Dans l'actualité des ...

 12 mars

Vendredi
12 mars 1897

Le président de la République a promis, hier matin, aux représentants de la Loire-Inférieure, de visiter le département au cours du voyage qu'il fera, en avril, dans la région vendéenne.

Par-contre, en raison de la session parlementaire, il ne pourra ouvrir, le mois suivant, le concours régional de Bourges.


Pour se guérir et se préserver des rhumes, toux, bronchites, catarrhes, grippe, asthme, pour se fortifier les bronches, l'estomac et la poitrine, il suffit de prendre à chaque repas deux Gouttes livoniennes de Trouette-Perret.


UN MARIAGE À BICYCLETTE

MARSEILLE, 11 mars. De notre correspondant particulier. Cet après-midi, un mariage à bicyclette a eu lieu à notre Hôtel de Ville. Le fait est sans précédent ici.

A trois heures, le marié, Pécolle, arrivait on bicyclette, bientôt suivi de Mlle Lateurre, en bicyclette également, avec une escorte de témoins du invités, tous en culotte de soie blanche.

M. Bally, adjoint au maire, a procédé à l'union des deux fervents de la pédale, n'oubliant pas la formule que la femme doit suivre son mari, même à bicyclette.

Après la cérémonie, M. et Mme Pécolle ont quitté leurs bicyclettes et sont montés en tandem, suivis par toute la noce. Les machines, naturellement, étaient toutes ornées de fleurs d'oranger.


Encore plus de monde, hier soir, s'il est possible, que le 25 février, au dernier grand bal de la saison, à l'Élysée.

Le président de la République, Mme et Mlle Faure recevaient, suivant l'usage, les invités,, l'entrée du salon des aides de camp. Mme Faure portait une robe de soie brochée bien; celle de Mlle Lucie Faure était de moire blanche brodée de perles.

Comme d'habitude; un salon et un buffet spéciaux avaient été réservés au corps diplomatique. Le haut personnel des ambassades et des légations était à peu près au complet.


L'HEURE LÉGALE

M. Boudenoot vient de saisir la Chambre d'une proposition tendant à compléter la loi du 15 mars 1891, qui a substitué l'heure unique de Paris aux heures locales diverses variant de l'est à l'ouest, par la disposition suivante :

L'heure légale, en France et en Algérie, est l'heure, temps moyen, do Paris, retardée de 9 minutes 21 secondes.

Le député du Pas-de-Calais rappelle les ennuis qu'on éprouve des changements d'heures aux frontières, et il fait ressortir qu'il suffirait de retarder, en effet, de 9 minutes 21 secondes notre heure légale ou, ce qui revient au même, de 4 minutes 21 secondes l'heure intérieure de nos chemins de fer, de manière à les mettre toutes deux en concordance de fait avec l'heure de l'Europe occidentale.


Avis vient d'être donné par le préfet de la Seine au conseil de fabrique de l'église Saint-Pierre-de-Montmartre d'abandonner l'édifice, l'un des plus vieux, de Paris, et dont l'état de délabrement constitue un sérieux danger pour la sécurité des fidèles.

Provisoirement, le service du culte sera assuré par l'agrandissement- et l'aménagement, à cet effet, de la salle du catéchisme.

Afin d'assurer la construction de la nouvelle église, le curé sera obligé de vendre le terrain du Calvaire.


Tous les admirateurs de Jules Simon voudront lire les Derniers Mémoires, des autres. Cet ouvrage posthume, qui parait aujourd'hui à la librairie Ernest Flammarion, fait suite aux deux volumes parus, il y a quelques années, sous les titres de Mémoires des autres et Nouveaux Mémoires des autres.

 13 mars

Samedi
13 mars 1897

On continue à s'entretenir, en Russie, de la visite probable que le président de la République doit faire au tsar, l'été prochain.

A ce propos, il est question, dans les milieux militaires et administratifs de Moscou, de rendre à la France les affûts et boulets de canon pris en 1812 et conservés, depuis, au Kremlin.

Ce serait, là, affirment les promoteurs de ce nouveau témoignage d'amitié, la meilleure façon de reconnaître la restitution récemment faite par la France à la Russie de différents trophées militaires provenant de la guerre de Crimée, notamment des bannières de l'église d'Eupatoria.


Ce soir samedi, au Palais, de Glace des Champs-Élysées, grande soirée de gala, parée et costumée, pour les adieux de miss Mabel Davidson, avec concours de costumes originaux pour les dames patineuses ou non.

Huit prix, s'élevant à trois mille francs, seront décernés par un jury composé de MM. Forain, Caran d'Ache, A. Guillaume, Paul Renard et Jules Roques.

Le Tout-Paris élégant et mondain sera, ce soir, au Palais de Glace.


La plupart des salons et cabinets particuliers du restaurant Larue ont été retenus pour cette nuit par nos jolies patineuses qui, au sortir de la grande fête de gala parée et costumée que donne aujourd'hui le Palais de Glace, viendront joyeusement terminer leur soirée en cet élégant cabaret également réputé pour l'ordonnance de ses menus et l'excellence, de sa cave.


Les choses les plus abracadabrantes, si elles ont Oller pour auteur, nous paraîtront toujours vraisemblables.

Qui se serait imaginé, qu'un jour, parmi les nombreuses attractions déjà existantes dans le musée Oller, on établirait des courses de bicyclettes ?

C'est chose faite aujourd'hui et nos plus jolies mondaines ne dédaignent pas de matcher sur le cyclodrome du sous-sol de l'Olympia.


Mordue par son chien.

Mlle Jeanne Pierny, la gracieuse divette des Folies-Dramatiques, a été mordue, ces jours derniers, par son carlin favori. Il parait que l'animai était enragé.

Mite Pierny, en présence de cette affreuse révélation, s'est immédiatement rendue à l'Institut Pasteur pour y suivre le traitement antirabique.


La péniche-poubelle.

Une péniche, chargée d'ordures ménagères, remontait la Seine, hier matin, remorquée par un vapeur. Au quai de Passy, une voie d'eau se déclara et le bateau fut aussitôt amarré mais pas assez solidement cependant pour qu'il ne coulât à pic quelques, instants après.

M. Paulin Foucher, patron de la péniche, a eu juste le temps de quitter son bord avec sa femme. Ils ont même dû regagner la berge à la nage.


LA. REINE D'ANGLETERRE A NICE

La Reine d'Angleterre est arrivée, hier, à midi quarante-cinq, à Toulon. Des mesures d'ordre avaient été prises et le service de police était assuré par trois commissaires et par la gendarmerie.

Sur les quais de la gare, les agents des chemins de fer dont la présence était strictement nécessaire étaient seuls admis.

Le public était peu nombreux et tenu à distance quelques personnes, toutefois, avaient réussi à monter dans des wagons placés sur une voie de garage, en face du train royal.

Le vice-consul d'Angleterre s'est approché du compartiment où se trouvait la Reine, qu'il a saluée respectueusement. A son tour, le sous-préfet de Toulon a été admis à présenter ses hommages à la souveraine, bien que celle-ci voyageât incognito.

Plusieurs gerbes de Heurs ont été remises à !a Reine, qui a remercié en inclinant la tête. Après la manœuvre, qui s'est effectuée dans le plus complet silence, te tram est reparti pour Nice à midi cinquante. Il est arrivé en cette ville à trois heures quarante-cinq minutes.

 14 mars

Dimanche
14 mars 1897

Funèbre bagage.

Les employés de l'octroi de service à la gare de l'Est ont fait arrêter hier matin une femme nommée Eugénie J. venant de Chaumont, qui portait dans un volumineux paquet, dont elle ne voulait point déclarer le contenu, le cadavre d'un enfant nouveau-né.

Cette mégère, qui est âgée de quarante-six ans et possède une certaine situation de fortune, a avoué avoir étranglé son enfant elle-même, le lendemain de sa naissance. Elle a été envoyée au Dépôt par M. Walter, .commissaire spécial de police.


Le conseil municipal de Niort vient de décider d'inviter le président de la République à venir visiter Niort, lors de son voyage en Vendée et en Bretagne, et a voté, à cet effet, un crédit de cinq mille francs.


L’ALCOOLISME EN BRETAGNE

Drame dans un cabaret — Un pari stupide.

Loudéac, 13 mars. De notre correspondant particulier. On annonce que cette semaine, à Saint-Connec. (canton de Mur-de-Bretagne), à la suite d'une altercation dans une auberge, un sabotier, nommé Vincent Ribouchon, a tué d'un coup de couteau au cœur le boucher Briend, qui laisse une veuve enceinte et quatre jeunes enfants.

Le prétexte de la querelle était des plus futiles : Ribouchon reprochait à Briend de l'avoir laissé payer de suite deux bolées de cidre. Le meurtrier a été arrêté aussitôt et écroué à la prison de Loudéac.

L'alcoolisme avait causé la veille, dans la même région, une mort non moins étrange : à la suite d'un pari stupide, un domestique de Clussulien, Pierre Boscher, âgé de vingt-cinq ans, but un litre d'eau-de-vie en une demi-heure. Quand il se leva de table, il chancela et tomba foudroyé.


LES RAYONS X DANS LES HÔPITAUX

Du Petit Journal

Le conseil municipal vient de mettre un crédit de 1,000 francs à la disposition de l'administration de l'hôpital Bichat pour organiser dans le service de chirurgie l'examen des malades par les rayons x.

C'est la première fois que la ville de Paris intervient ainsi directement comme propagatrice des méthodes de Crooks.

Mais il existe déjà depuis plus d'un an des laboratoires d'études par rayons x dans différents hôpitaux.

Le docteur Lannelongue, à l'hôpital Trousseau, fut un des premiers enthousiastes de la nouvelle méthode, puis les photographies obtenues par M. Londe à la Salpêtrière firent naître dans l'esprit du corps médical tout entier l'espoir de résultats merveilleux.

A la Charité et à Tenon, des laboratoires s'installèrent à l'aide de subventions de l'Assistance publique.

Mais les faibles résultats obtenus tout d'abord firent renoncer au projet qu'avait conçu l'administration d'installer de semblables laboratoires dans tous les établissements hospitaliers.

On était à la période des tâtonnements et les expériences Roentgens ne semblaient pas tout d’abord, avoir l'intérêt semblaient pas, a reconnu depuis.

A l'heure actuelle, après les chirurgiens, les médecins eux-mêmes se préoccupent de l'étude des rayons x.

Certains espèrent — et pourquoi non ? — arriver un jour à découvrir ainsi les localisations de lésions tuberculeuses.


Pastilles Poncelet

N°2 ― Le feuilleton du journal

 M. Lefrançois baissa de nouveau la tête

M. Lefrançois baissa de nouveau la tête, non par humilité, mais par prudence. Il sentit la nécessité de dissimuler à Mgr Espérandieu la contraction atroce de ses mâchoires qui se serrèrent comme celles d'un loup. Ses mains nouées firent craquer leurs phalanges, et d'une voix qui s'enrouait de colère, il dit :

— Je vois bien. Monseigneur, que votre parti est pris, mais le mien aussi. Je ne me laisserai pas faire la guerre sans me défendre. Vous allez déchaîner le scandale. Le curé de Favières s'est jeté très imprudemment dans des affaires de construction, pour l'École libre, qui le mèneront loin s'il n'est pas aidé puissamment par vous... Car il est inutile qu'il compte sur la municipalité. Nous sommes comptables des deniers de nos commettants et nous ne les emploierons pas à subventionner des entreprises hostiles au gouvernement... Nous sommes républicains à Favières...

— Eh ! monsieur le maire, dit le prélat, on l'est aussi à l'Évêché... Vous savez bien que nous ne faisons pas d'opposition.

— Je sais, Monseigneur, que vous êtes très fin, et que vous conduisez très habilement votre barque...

— C'est celle de saint Pierre, qui était un pauvre pêcheur, et, comme tous les apôtres, un homme du peuple. Monsieur le maire, le clergé a pour premier devoir d'être humble et de se rapprocher des humbles. Les heureux de la terre n'ont pas besoin de lui, tandis que les déshérités, les souffrants, les désespérés sont ses clients habituels. Qui s'occupera des petits enfants et qui les instruira si les curés ne s'en chargent pas ?

— Nous, Monseigneur.

— Oui, mais vous ne leur apprendrez pas à faire leur prière. La culture de l'esprit est excellente, mais celle de l'âme est indispensable. Quelle douleur pour nous de voir que l'éternel malentendu persiste et que vous et vos amis vous demeuriez convaincus qu'il est impossible d'être bon républicain tout en allant à la messe ! Voyons, mon cher monsieur Lefrançois, vous qui avez une véritable supériorité intellectuelle, ne donnerez-vous pas l'exemple de la modération et de la conciliation ? Ce serait un beau rôle à jouer, et digne de vous tenter.

— Que diraient mes électeurs ?

— Est-ce donc uniquement pour satisfaire votre parti que vous pensez, que vous agissez ? Ah ! monsieur le maire, vous voulez être conseiller général, puis député... Et c'est mon pauvre curé de Favières que vous méditez d'offrir en holocauste à vos sectaires de l'arrondissement... pour, sa tête à la main, demander ce salaire !... Non ! Vous ne l'aurez pas !

L'évêque riait, mais une émotion savamment dissimulée faisait trembler sa voix. Il leva sa main fine, ornée de l'anneau pastoral, et menaçant le maire avec un geste gracieux

— Prenez garde ! Je recruterai des alliés contre vous, dans votre propre maison. La charmante Mme Lefrançois ne fera pas cause commune avec tous vos affreux radicaux. Je la mettrai dans mes intérêts, et je la crois très puissante...

— Ma femme ne sera pas si sotte que de se mêler à ces affaires, grogna le maire. Elle sait à quoi s'en tenir sur mes sentiments à l'égard du curé, et tout ce qu'elle pouvait tenter en sa faveur elle l'a essayé. Elle le connaît de longue date... Elle sait qu'il me hait. Si vous comptez sur son appui. Monseigneur, vous vous trompez singulièrement. Au fond, je crois qu'elle ne serait pas fâchée de voir partir l'abbé Daniel...

— Comment ! les femmes elles-mêmes le lapideraient, ce pauvre enfant ? Voyons, monsieur Lefrançois, combien doit-il ? Vous devez connaître le chiffre, vous y avez intérêt.

— Monseigneur, le curé de Favières a répondu pour quarante-deux mille francs, sur lesquels il n'a pas le premier sou... Si vous connaissez un banquier qui les lui prêtera avec sa soutane comme seul gage, indiquez-le-lui, il en est temps...

— Quarante-deux mille francs ! Et qui sont dus ?

— A de petits entrepreneurs : maçons, menuisiers, peintres...

— Ces braves gens attendront...

— Ils attendent déjà, depuis deux ans... Voulez-vous, Monseigneur, voir saisir votre curé ? Ce sera un spectacle édifiant !

— Monsieur le maire, dit Mgr Espérandieu avec gravité, si j'avais la somme nécessaire, l'abbé Daniel la recevrait demain pour faire face à ses engagements; mais je suis pauvre. Cet argent a été dépensé pour la gloire de Dieu, soyez sûr que Dieu y pourvoira.

— Amen ! dit le maire, avec un ricanement.

Il se leva, ramassa son chapeau, frappa le tapis de son bâton, et se courbant ironiquement devant l'évêque :

— Monseigneur, vous vous rappellerez, un jour, que j'étais venu vous apporter la paix et que vous l'avez repoussée.

— Parce que vous me l'avez offerte au prix d'une injustice.

— Vous regretterez votre refus, mais il sera trop tard.

— Monsieur le maire, ma conscience sera toujours en repos. Je souhaite qu'il en soit de même de la vôtre.

Il se leva, fit à son dur interlocuteur un signe de tête, pour indiquer que l'audience était terminée, et svelte, dans sa robe violette, glissant plutôt que marchant, il le reconduisit jusqu'à la porte. Là, comme le maire radical lui lançait un dernier regard de marchandage, il sourit, et de ses doigts évangéliquement réunis, il lui envoya sa bénédiction. Lefrançois se secoua, comme s'il avait été chargé d'un mauvais sort, il grommela quelques paroles, qui n'étaient ni bienveillantes ni révérencieuses, et hors de la présence de l'évêque il descendit l'escalier de l'Évêché, et regagna son cabriolet qui l'attendait dans la cour.

GEORGES OHNET
A suivre...
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