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Dans l'actualité des ...

 24 mars

Mercredi
24 mars 1897

Le président du Sénat et Mme Loubet donneront, lundi prochain 29 mars, au Petit-Luxembourg, un bal pour lequel des invitations personnelles ont été envoyées.


Grand déjeuner d'adieu offert hier au restaurant Noël-Peter's, du passage des Princes, à un des plus distingués attachés du Protocole promu à Vienne. Comme témoignage de sympathie, toutes les directions étaient représentées à ce banquet, parfait et réussi de tous points. Au dessert, le nouveau ministre a porté un toast chaleureux à ses chefs et à la réussite de ses amis, dans leur délicate et difficile carrière.


M. Eugène Mir, sénateur de l'Aude, administrateur du Crédit foncier, vient de donner sa démission de président et de membre du conseil d'administration de la Compagnie des chemins de fer départementaux.


Les organisateurs de la vachalcade de Montmartre se sont réunis, hier, pour causer des premières dispositions relatives à la fête qu'ils nous préparent pour la fin de mai.

MM. Willette, et Pelez ont repris la tête du mouvement, et la meilleure entente règne, de nouveau, entre tous les membres du comité.

On commencera à parler groupes et chars dans la séance de mardi prochain.


Un scandale.

Une femme Isabelle Trouvet, âgée de quarante-cinq ans, plumassière, ayant demeuré, 9, rue Godefroy-Cavaignac, s'évanouissait, hier, vers quatre heures de l'après-midi, sur la place Voltaire. Son enfant, âgé de cinq ans, s'agenouillait en pleurant à ses côtés. Les gardiens de la paix la transportèrent au poste et téléphonèrent aux ambulances urbaines à diverses reprises. A cinq heures, ne voyant rien venir, ils conduisirent la malheureuse, revenue à elle, chez M. Leygonie, commissaire de police, qui la fit admettre d'urgence à l'hôpital Saint-Antoine.

Les habitants du quartier témoins du fait sont décidés à adresser une protestation à la direction de l'Assistance publique.


Un drame de la misère.

Mme veuve Huguener, ménagère, âgée de trente-cinq ans, mère de deux enfants, demeurant 32, rue de la Tourtille, se trouvant depuis trois mois sans ouvrage, se calfeutrait, hier après-midi, dans sa chambre, allumait un réchaud de charbon, puis se couchait dans son lit, tenant ses deux enfants dans ses bras.

L'odeur de l'oxyde de carbone donna l'éveil aux voisins, qui enfoncèrent la porte et trouvèrent la malheureuse et ses deux bébés râlant.

M. Girard, commissaire de police, prévenu, fit donner des soins aux victimes, qui ont été transportées à l'hôpital Tenon. Mme veuve Huguener a avoué qu'avant d'allumer le réchaud, elle avait pris de l'absinthe et avait fait absorber à ses enfants une décoction de pavots.


Gentlemen ! hâtez-vous si vous voulez profiter du premier choix des rares et nouvelles étoffes pour costumes 69,50 fr. On se les dispute, dans les somptueux magasins du High Life Tailor, 112, rue Richelieu, Coin du boulevard.


Les arbres bourgeonnent, les hirondelles vont arriver; voici donc le printemps; c'est le moment de surveiller son estomac et de réparer les désordres occasionnés par les réceptions et les diners de l'hiver, en buvant à tous ses repas de l'eau de Saint Galmier, la plus digestive des eaux de table.


L'Argus de la Presse fournit aux artistes, littérateurs, savants, hommes politiques, tout ce qui parait sur leur compte dans les journaux et revues du monde entier.

Il est le collaborateur indiqué de tous ceux qui préparent un ouvrage, étudient une question, ou s'occupent de statistique.

 25 mars

Jeudi
25 mars 1897

Le président de la République, en souvenir de la visite des souverains russes en France, et comme témoignage de ses sympathies personnelles, vient d'envoyer à M. de Kartzoff, consul général de Russie à Paris, un superbe groupe en biscuit de Sèvres La Comparaison de l'Amour.


CONSOMMATION DE CONFETTI

M. Émile Gautier, Petit Journal, écrit :

D'après une statistique, que j'ai là, sous les yeux, et qui paraît sérieuse, on n'estime pas à moins de deux cent .mille kilogrammes le poids des confetti jetés dans Paris rien que durant les trois jours de fête du dernier Bœuf gras. A 300 au gramme (soit 300,000 au kilo), cela donne, en chiffres ronds, 60 milliards, 60,000 millions de confetti.

Il faut 10 confetti l'un sur l'autre pour faire un millimètre d'épaisseur, 10,000 pour faire un mètre les 60 milliards superposés représenteraient donc la bagatelle de 6 millions de mètres, soit 6,000 kilomètres, a vingt mille fois la hauteur de la tour Eiffel

Un confetti mesure environ 6 millimètres de large; ce qui revient à dire que, mis. bout à bout, les 60 milliards de rondelles en question constitueraient un chapelet de 360 millions de mètres, soit « neuf fois le tour de la terre».


Un dîner, suivi de réception, sera offert, le 10 du mois prochain, par M. Darlan, ministre de la justice, aux présidents et vice-présidents des Chambres, aux ministres et aux chefs des corps et des compagnies judiciaires.


LE TRAMWAY DES BARBARES

Du Gaulois

On a repris sur la chaussée des Champs-Élysées les travaux du tramway qui avaient été interrompus depuis deux jours.

Pour comble, on vient de s'apercevoir que les deux voies qui traversent l'avenue sont séparées par un espace d'environ deux mètres, qui doit être diminué.

Les travaux dureront encore davantage, et c'est la seule réponse que le conseil municipal a trouvé à faire aux mécontents.


Hier matin, au Salon du Champ-de-Mars, le jury a commencé ses opérations.

M. Carolus Duran, président de la section de peinture, s'étant récusé afin de pouvoir donner- tout son temps à la préparation de son exposition, M. Béraud a été élu président M. Billotte, vice-président. MM. Barau et Prouvé ont été élus secrétaires.


LES PÉTROLEURS

Du Gaulois

Il serait peut-être bon d'interdire à certaines heures certaines allées du Bois aux voitures automobiles. Tout le monde sait, en effet, qu'il est impossible de répondre du cheval le plus sage, surpris brusquement par l'arrivée inattendue d'une bruyante voiture mécanique. Ceci tuera cela, disent les pratiques mécaniciens, il importe beaucoup que ce soit là un langage figuré.


Les deux célèbres patineurs viennois, Mme De Szabo et M. Carl Euler, sont chaque soir applaudis avec enthousiasme au Palais de Glace des Champs-Élysées, ainsi que P. Daley, dont les exercices à bicyclette sur la piste de glace stupéfient tous les cyclistes. Samedi soir aura lieu la dernière séance des patineurs viennois et mercredi prochain 31 mars fermeture annuelle du Palais de Glace.

 26 mars

Vendredi
26 mars 1897

La Température

Le baromètre se relève rapidement sur l'ouest de l'Europe et les fortes pressions du Sud-Ouest se propagent sur toute la France. Néanmoins le vent est très fort de l'Ouest sur nos côtes de la Manche, où la mer est houleuse. Des pluies sont tombées dans le nord et le centre de l'Europe; en France on n'en signale nulle part.

La température, en baisse sur l'ouest du continent, donnait hier à Paris 12° au-dessus le matin à huit heures, 16° à midi et 17° à deux heures 17° à Alger et 14° au-dessous de I zéro à Moscou.


Lord Salisbury, venant de Londres par Calais, est arrivé hier soir à sept heures à Paris. Il a été reçu sur le quai de la gare du Nord par sir Edmund Monson, ambassadeur d'Angleterre.

M. Ph. Crozier, directeur du protocole, a salué le premier ministre anglais, au nom de M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères.

Lord Salisbury est descendu à l'ambassade d'Angleterre.


De Saint-Pétersbourg

« On assure que le prince Louis-Napoléon, récemment nommé commandant du régiment Alexandra-Feodorovna, sera promu au grade de général au mois de mai prochain, tout en conservant son commandement actuel. Cette nomination sera très bien vue dans les hautes sphères militaires où le prince Louis-Napoléon est entouré des plus chaleureuses sympathies. »


De Nice

La reine d'Angleterre a reçu avant-hier la visite du général Zurlinden, commandant du 15è corps d'armée. Dans la soirée, Sa Majesté a reçu le grand-duc et la grande-duchesse Pierre Nicolaïevitch.

La reine d'Angleterre, accompagnée de la princesse Béatrice et de la princesse Victoria de Schleswig-Holstein, s'était rendue, la veille, à Beaulieu, chez la marquise de Salisbury, à la villa La Bastide, où Sa Majesté a pris le thé.


MM. Carolus Duran, Billotte et le bureau de la Société nationale des beaux-arts ont invité le président de la République à assister, le 23 avril, à l'inauguration du Salon. M. Félix Faure a répondu qu'il ne pourrait, en raison de son voyage dans la région vendéenne, visiter l'exposition le jour de son ouverture, mais qu'il s'y rendrait dès son retour à Paris.


Le préfet de police et Mme Lépine recevront mardi prochain, à neuf heures et demie du soir, à l'hôtel de la préfecture de police.


N'est-il pas vraiment merveilleux de pouvoir transformer en un clin d'œil en voyage, en excursion, à la chasse, partout, l'eau potable ordinaire en une eau alcaline gazeuse, digestive et excellente à boire ? C'est là, cependant, un miracle des plus aisés avec les Comprimés de Vichy, fabriqués avec le sel Vichy-État (sel naturel retiré des sources de l'État), et offrant ainsi, sous le plus petit volume, la plupart des propriétés de l'eau des Célestins, de la Grande-Grille et de l'Hôpital.


Du Matin

C'est tout bombardés de confetti que les membres de l'Académie française sont venus prendre séance, hier, après-midi, non plus pour procéder au travail ordinaire du dictionnaire, mais pour s'entretenir de la double élection académique de la semaine prochaine.

Pour le fauteuil de M. J. Simon restent en présence, après les désistements successifs de MM. Delafosse et Francis Charmes MM. Émile Zola, Jules Noirit (de Bazas), Ferdinand Fabre, comte de Mun. Tout pronostic ici serait hasardé.

Il n'en est pas de même du second fauteuil, celui de M. Challemel-Lacour, où M. Gabriel Hanotaux n'a pour compétiteurs que MM. Émile Zola, Henri Second et Antoine Mosatille.

La double élection aura lieu jeudi le 1er avril, à une heure.


De Monte-Carlo

Peu de pays existent où les sports soient plus en honneur que sur ce ravissant littoral méditerranéen où le corps, trouvant une nouvelle vigueur dans l'air pur qui l'environne, exige des dépenses de forces qu'on ne saurait mieux appliquer qu'à ces exercices salutaires, avec juste raison si à la mode.

De tous les sports, l'escrime est un de ceux qui comptent le plus d'adeptes aussi rien d'étonnant à ce qu'elle soit l'objet d'un culte spécial. L'année dernière, à Monte-Carlo, en un mémorable assaut, deux maîtres, le français Rue et l'Italien Pini, ont rivalisé d'adresse et de science. Cette année, les organisateurs de la grande fête d'escrime ont ménagé une sensationnelle rencontre entre deux tireurs dont la renommée n'est plus à faire Kirchoffer, le vainqueur du grand tournoi international de 1896, et Antonio Conte, le célèbre maître italien dont les récents assauts ont été unanimement admirés. A qui restera. la victoire? Qui l'emportera, l'École française ou l'École italienne, à la soirée d'armes du 31 mars ? A côté de ces deux champions figureront en bonne place des amateurs d'une réelle valeur. En outre, Charlemont fils, le grand professeur de boxe française, a promis son concours. En des assauts de boxe anglaise se mesureront aussi plusieurs des premiers professionnels d'outre-Manche.


Pastilles Poncelet

N°2 ― Le feuilleton du journal

 M. Lefrançois baissa de nouveau la tête

M. Lefrançois baissa de nouveau la tête, non par humilité, mais par prudence. Il sentit la nécessité de dissimuler à Mgr Espérandieu la contraction atroce de ses mâchoires qui se serrèrent comme celles d'un loup. Ses mains nouées firent craquer leurs phalanges, et d'une voix qui s'enrouait de colère, il dit :

— Je vois bien. Monseigneur, que votre parti est pris, mais le mien aussi. Je ne me laisserai pas faire la guerre sans me défendre. Vous allez déchaîner le scandale. Le curé de Favières s'est jeté très imprudemment dans des affaires de construction, pour l'École libre, qui le mèneront loin s'il n'est pas aidé puissamment par vous... Car il est inutile qu'il compte sur la municipalité. Nous sommes comptables des deniers de nos commettants et nous ne les emploierons pas à subventionner des entreprises hostiles au gouvernement... Nous sommes républicains à Favières...

— Eh ! monsieur le maire, dit le prélat, on l'est aussi à l'Évêché... Vous savez bien que nous ne faisons pas d'opposition.

— Je sais, Monseigneur, que vous êtes très fin, et que vous conduisez très habilement votre barque...

— C'est celle de saint Pierre, qui était un pauvre pêcheur, et, comme tous les apôtres, un homme du peuple. Monsieur le maire, le clergé a pour premier devoir d'être humble et de se rapprocher des humbles. Les heureux de la terre n'ont pas besoin de lui, tandis que les déshérités, les souffrants, les désespérés sont ses clients habituels. Qui s'occupera des petits enfants et qui les instruira si les curés ne s'en chargent pas ?

— Nous, Monseigneur.

— Oui, mais vous ne leur apprendrez pas à faire leur prière. La culture de l'esprit est excellente, mais celle de l'âme est indispensable. Quelle douleur pour nous de voir que l'éternel malentendu persiste et que vous et vos amis vous demeuriez convaincus qu'il est impossible d'être bon républicain tout en allant à la messe ! Voyons, mon cher monsieur Lefrançois, vous qui avez une véritable supériorité intellectuelle, ne donnerez-vous pas l'exemple de la modération et de la conciliation ? Ce serait un beau rôle à jouer, et digne de vous tenter.

— Que diraient mes électeurs ?

— Est-ce donc uniquement pour satisfaire votre parti que vous pensez, que vous agissez ? Ah ! monsieur le maire, vous voulez être conseiller général, puis député... Et c'est mon pauvre curé de Favières que vous méditez d'offrir en holocauste à vos sectaires de l'arrondissement... pour, sa tête à la main, demander ce salaire !... Non ! Vous ne l'aurez pas !

L'évêque riait, mais une émotion savamment dissimulée faisait trembler sa voix. Il leva sa main fine, ornée de l'anneau pastoral, et menaçant le maire avec un geste gracieux

— Prenez garde ! Je recruterai des alliés contre vous, dans votre propre maison. La charmante Mme Lefrançois ne fera pas cause commune avec tous vos affreux radicaux. Je la mettrai dans mes intérêts, et je la crois très puissante...

— Ma femme ne sera pas si sotte que de se mêler à ces affaires, grogna le maire. Elle sait à quoi s'en tenir sur mes sentiments à l'égard du curé, et tout ce qu'elle pouvait tenter en sa faveur elle l'a essayé. Elle le connaît de longue date... Elle sait qu'il me hait. Si vous comptez sur son appui. Monseigneur, vous vous trompez singulièrement. Au fond, je crois qu'elle ne serait pas fâchée de voir partir l'abbé Daniel...

— Comment ! les femmes elles-mêmes le lapideraient, ce pauvre enfant ? Voyons, monsieur Lefrançois, combien doit-il ? Vous devez connaître le chiffre, vous y avez intérêt.

— Monseigneur, le curé de Favières a répondu pour quarante-deux mille francs, sur lesquels il n'a pas le premier sou... Si vous connaissez un banquier qui les lui prêtera avec sa soutane comme seul gage, indiquez-le-lui, il en est temps...

— Quarante-deux mille francs ! Et qui sont dus ?

— A de petits entrepreneurs : maçons, menuisiers, peintres...

— Ces braves gens attendront...

— Ils attendent déjà, depuis deux ans... Voulez-vous, Monseigneur, voir saisir votre curé ? Ce sera un spectacle édifiant !

— Monsieur le maire, dit Mgr Espérandieu avec gravité, si j'avais la somme nécessaire, l'abbé Daniel la recevrait demain pour faire face à ses engagements; mais je suis pauvre. Cet argent a été dépensé pour la gloire de Dieu, soyez sûr que Dieu y pourvoira.

— Amen ! dit le maire, avec un ricanement.

Il se leva, ramassa son chapeau, frappa le tapis de son bâton, et se courbant ironiquement devant l'évêque :

— Monseigneur, vous vous rappellerez, un jour, que j'étais venu vous apporter la paix et que vous l'avez repoussée.

— Parce que vous me l'avez offerte au prix d'une injustice.

— Vous regretterez votre refus, mais il sera trop tard.

— Monsieur le maire, ma conscience sera toujours en repos. Je souhaite qu'il en soit de même de la vôtre.

Il se leva, fit à son dur interlocuteur un signe de tête, pour indiquer que l'audience était terminée, et svelte, dans sa robe violette, glissant plutôt que marchant, il le reconduisit jusqu'à la porte. Là, comme le maire radical lui lançait un dernier regard de marchandage, il sourit, et de ses doigts évangéliquement réunis, il lui envoya sa bénédiction. Lefrançois se secoua, comme s'il avait été chargé d'un mauvais sort, il grommela quelques paroles, qui n'étaient ni bienveillantes ni révérencieuses, et hors de la présence de l'évêque il descendit l'escalier de l'Évêché, et regagna son cabriolet qui l'attendait dans la cour.

GEORGES OHNET
A suivre...
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