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Dans l'actualité des ...

 2 janvier

Samedi
2 janvier 1897

Jour de l'an

Une foule considérable a circulé sur les grands boulevards, devant les baraques des Marchands de jouets.

Le temps, d'une douceur printanière a favorisé cette foire annuelle. En général les marchais ont fait d'excellentes recettes.

Les terrasses des cafés, à partir de cinq heures, présentaient l'aspect des après-midi d’été.

A dix heures du soir,  une forte ondée est venue contrarier les promeneurs.


Après avoir songé aux autres pendant toute cette semaine du jour de l'an, ne serait-il pas temps de songer à sa propre toilette ? Tous ceux -et à Paris ils sont nombreux - qui veulent être coiffés avec élégance, ne manqueront pas de passer chez Léon, rue Daunou, où ils trouveront les modèles les plus jolis et les plus légers. La nouvelle boite à chapeaux que Léon vient de faire breveter est, en outre, un des cadeaux les plus utiles qu'on puisse faire, et on sera heureux que nous ayons signalée. Léon a des succursales à Nice et à Monte-Carlo.


Nouvelles de Rome

La fièvre rhumatismale dont a été atteint le roi Humbert a disparu. Cependant, demain il ne pourra pas recevoir les ministres pour la signature ordinaire des décrets.

En télégraphiant au roi Humbert pour lui demander des nouvelles de sa santé, Guillaume II lui a annoncé qu'il avait décidé de se rendre, dans le courant de mars, en Italie avec l'Impératrice.


Les souverains allemands arriveront directement à Gênes, où ils trouveront le yacht impérial Hohenzollern qui les portera à Naples, à Palerme, à Catane, à Messine. Ils visiteront aussi Florence, où ils seront les hôtes du prince et de la princesse de Naples, au palais Pitti.

Il est probable qu'ils viendront aussi à Rome.


Le cardinal San-Felice, archevêque de Naples, candidat de la triple alliance à la tiare, est depuis ce matin à l'agonie. Une catastrophe est imminente.


L'administration des Beaux-Arts a fait procéder hier à la toilette du monument de Gambetta, place du Carrousel. Les couronnes vieilles et défraichies ont été enlevées.

Demain, à l'occasion de l'anniversaire de la mort de l'illustre tribun, de nombreuses délégations sa rendront place du Carrousel.


Les brouillards de Mars.

La planète Mars, dont la constitution se rapproche si sensiblement de celle de la terre, possède-t elle une atmosphère propre et partant offre-t-elle les conditions nécessaires pour être Habitable?

La question semble en partie résolue par de nouvelles et récentes observations dues à M. Flammarion. Le directeur de l'observatoire de Juvisy a constaté, en effet, l'existence de brouillards suspendus sur une large étendue, tout autour de la calotte polaire — accumulations de neige ou de glace — dont est coiffée chaque extrémité de la planète.


LE CACAO VAN HOUTEN

Beaucoup de personnes ne peuvent consommer habituellement du chocolat sans éprouver tôt ou tard des troubles digestifs plus ou moins prononcés. Cela tient à ce qu'il renferme un excès de substances grasses.

Elles n'ont qu'à le remplacer par le Cacao van Houten, d'un goût plus fin et d'une digestion plus aisée, et elles verront rapidement disparaître toute trace d'indisposition.

Le Cacao van Houten constitue le breuvage par excellence pour le repas du matin.

 3 janvier

Dimanche
3 janvier 1897

Présidence de la République

Le Président de la République, en réponse au télégramme qu'il avait reçu du tsar Nicolas II, a adressé à l'empereur de Russie la dépêche suivante :

 

A Sa Majesté Nicolas II,
Empereur de toutes les Russies,
au palais de
Tsarshoë-Selo.

 

Paris, le 1er janvier 1897 (10h. matin).

Je suis profondément touché des termes dans lesquels Votre Majesté m'adresse ses félicitations, et je La remercie, ainsi que Sa Majesté l'Impératrice, des sentiments qu'Elle exprime pour la France.

Nous évoquons, nous aussi, avec une vive émotion, le souvenir si précieux de votre présence parmi nous, et vous prions de recevoir les vœux que nous formons pour le bonheur de Votre Majesté et de Sa Majesté l'Impératrice, pour celui de Son Altesse Impériale la grande-duchesse Olga et pour la grandeur de la Russie.

Félix FAURE.


Déplacements ministériels.

M. Méline, président du Conseil, parti de Paris avant-hier soir, est arrivé hier à deux heures à Cannes, où il a été reçu par MM. Hibert, maire ; Capron et Raymond, adjoints.

MM. Hanotaux, ministre des affaires étrangères,- et Henry Boucher, ministre du commerce, ont quitté Paris hier matin, à neuf heures et demie, se rendant également sur le littoral méditerranéen. M. Hanotaux se reposera quelques jours à Hyères, ainsi que nous l'avions annoncé. M. Boucher rejoindra M. Méline à Cannes, où- tous deux se rencontreront aujourd'hui ou demain avec M. Rambaud, ministre de l'instruction publique, actuellement à Beaulieu.

D'autre part, M. Darlan, ministre de la justice; a également quitté Paris avant-hier soir pour se rendre dans le Lot-et-Garonne où il compte passer une semaine.


M. Henri Meilhac, qui souffrait depuis un mois d'un violent accès de goutte, va beaucoup mieux et a pu faire hier sa première sortie au Bois.


Les gaietés du reportage.

Un de nos confrères, interviewant hier M. Émile Zola sur tes résultats de « l'Année littéraire », lui fait dire qu'en somme le Symbolisme a produit quelques garçons de talent, tel « ce pauvre Paul Adam, qui vient de mourir ».

Or, M. Paul Adam se porte à merveille. Tandis qu'on enterrait ainsi le jeune écrivain, celui-ci publiait dans un autre journal un article qui ne sentait en rien le « posthume ».

 4 janvier

Lundi
4 janvier 1897

ÉCHOS DU MATIN

Dans l’après-midi d'hier, M. Doumer, le nouveau gouverneur général de l'Indo Chine, a eu un long entretien avec M. André Lebon ministre des colonies.


Le président de la République, accompagné du général Tournier et du commandant de Lagarenne, a chassé hier à Rambouillet, chez le comte Potocki.

Un train spécial, commandé par le comte, a conduit M. Félix Faure et son; entourage, à dix heures vingt-cinq, à la  gare du Perray.

Les battues ont commencé à midi, après un déjeuner servi au château.

A six heures, par la gare Montparnasse, le président était de retour à Paris.


La 113e réunion mensuelle de la Société internationale des électriciens aura lieu le mercredi 6 janvier 1897, à 8 heures 1/4 précises du soir, dans la salle des séances de la Société d'encouragement, 44, rue de Rennes (place Saint-Germain-des-Prés), à Paris.

Ordre du jour 1. Présentation des demandes d'admission et vote 2. Communications et compte rendu des mémoires adressés à la Société 3. Voiture électrique, par M. L. Krieger; 4. La traction mécanique dans Paris (suite de la discussion sur), MM. Barbet, P. Lauriol, E. Védovelli, H. Maréchal.


L'exposition de peinture et de sculpture du Cercle artistique et littéraire de la rue Volney ouvrira, cette année, le jeudi 21 de ce mois, pour prendre fin le 19 février.

Les œuvres seront reçues les vendredi 8 et samedi 9 jusqu’à minuit; aucun délai ne sera accorde.

Les critiques d'art, selon la coutume, seront convoqués la veille de l'ouverture, c'est-à-dire le mercredi 20, jour du vernissage.

Quant à l'exposition de dessins, aquarelles, eaux-fortes, émaux, etc., elle ouvrira le samedi 25 février pour être close le dimanche 7 mars.


Le record matrimonial.

On vient de célébrer à Providence, ville de Rhode-Island, aux États-Unis, le sixième mariage de Mme Eleonor Linter, une des personnes les plus riches de la localité.

Mme Linter a divorcé cinq foisdans l'espace de dix ans.

Quatre de ses précédents maris assistaient ce, sixième mariage. Si le cinquième mari n'était pas présent, c'est seulement parce qu'il soufrait d'une grave affection. Une chose digne de remarque: les six « gentlemen » qui, tour à tour, ont eu les faveurs de Mme Linter sont des amis intimes ils font partie du même club. Partagent les mêmes opinions politiques.

Mme Linter est une femme très jolie et très spirituelle.


Pastilles Poncelet

N°6 ― Le feuilleton du journal

 La malicieuse personne avait app

La malicieuse personne avait appris à son pensionnat que les jeunes gens n'ont été créés que pour la commodité et la distraction des belles personnes, et comme elle se savait très jolie, elle cherchait en quoi le voisin de son père pourrait lui être utile ou agréable. Elle l'avait trouvé assez gauche dans ses mouvements, assez mal tourné dans ses vêtements noirs. Son visage, à vrai dire, lui avait paru sup- portable, encore qu'il fût déparé par un air de timidité qui le rendait glacial. Ce monsieur riait-il quelquefois, causait-il seulement, était-il capable de danser ? Enfin quelle ressource pouvait-il être pour une jeune fille, qui sortait des classes de Mlle Formentin, après dix ans de compression pédagogique, avec un désir immodéré de s'amuser ?

Paul Daniel ne paraissait pas vraiment offrir de sérieuses garanties, et il faut avouer que la première impression qu'il produisit fut défavorable. Mais il n'avait pas encore parlé, et tous ceux qui le connaissent savent quelle puissance de grâce et de séduction réside dans sa voix et dans son regard, quand il s'anime et veut convaincre. Le lendemain, après avoir étonné ses élèves par la distraction inusitée qu'il eut en faisant son cours, vers quatre heures, comme Mlle Guépin se promenait dans le petit jardinet qui s'étendait derrière la maison, juste assez grand pour contenir deux carrés de légumes, un puits et une plate-bande de giroflées, Paul se hasarda à pénétrer dans cet Éden. La jeune fille paraissait s'y ennuyer prodigieusement. Depuis le déjeuner, elle y faisait prendre l'air à sa rêverie, peut-être y cherchait-elle le serpent. Elle n'y trouva qu'un professeur de philosophie. Mais, ce jour-là, Daniel n'était plus paralysé par une terreur folle, il osa faire la conversation, et comme il avait de l'esprit, et surtout comme il désirait plaire, il sut distraire la charmante Florence qui dut s'avouer que la vie serait vraiment acceptable, à Beaumont, pour peu qu'il s'y trouvât une demi-douzaine de jeunes gens, professeurs ou autres, qui songeraient à mettre en commun leur ingéniosité et leur verve afin de lui procurer de l'amusement.

En attendant elle s'accommoda de son voisin, lui prodigua les sourires, les coquetteries, et l'affola si bien qu'il s'en ouvrit naïvement à sa mère, comme un véritable enfant qu'il était resté pour elle, lui déclarant que, hors de la possession de cette aimable fille, il ne connaissait pas de bonheur possible pour lui dans la vie. La mère Daniel fut très étonnée de cette soudaine éruption que rien n'avait fait prévoir, elle en fut même inquiète. Elle avait à peine soupçonné la présence de la jeune Florence dans la maison, et déjà elle en voyait les effets foudroyants. Son fils, à n'en pas douter, était en proie à une fièvre d'amour qui ne lui laissait plus la libre disposition de ses facultés. Et si le malheur voulait que du côté de la jeune fille il se heurtât à une résistance, très possible sinon probable, qu'allait-il devenir et qu'en pourrait-elle faire ?

Elle essaya de le raisonner, de lui remontrer qu'il était bien jeune, que sa situation, pour assurée qu'elle fût, n'était pas brillante, que la fille de M. Guépin montrait un goût d'élégance et un raffinement de toilette qui détonnaient avec le métier modeste de son père. Elle insinua que la jeune Florence lui semblait évaporée et coquette, et que la gravité du caractère de Paul s'accommoderait mal de cette légèreté. Les femmes de messieurs les professeurs étaient toutes personnes sérieuses et même un peu sévères; elle n'ajouta pas qu'elles étaient toutes laides, ce qui était vrai, et qu'il fallait que la femme de Paul le fût aussi. Il ne lui parut pas que le devoir d'un membre de l'Université dût aller jusqu'à un pareil renoncement professionnel. Elle ajouta à son discours beaucoup d'exclamations et un nombre considérable de soupirs, mais elle n'eut aucune prise sur l'esprit de son fils qui lui déclara, après comme avant, qu'il voulait devenir le mari de Mlle Florence, sous peine de ne prendre aucun plaisir à la vie. La mère Daniel était une brave femme, elle n'avait pas pensé une seule fois à elle-même, à son avenir, en tenant à son fils le langage raisonnable qui venait de le laisser si insensible. Elle dit alors : « Tu veux épouser cette jeune personne. C'est bien, je vais demain en parler à son père. »

Guépin était extrêmement appliqué à cheviller une persienne, quand Mme Daniel se présenta pour parler à son voisin. Celui-ci, sans remettre sa veste, introduisit la mère du jeune professeur dans sa salle à manger, qui était contigüe à son atelier, et pendant que ses ouvriers sciaient, rabotaient, clouaient avec un bruit diabolique, il fit asseoir la visiteuse et lui demanda, en criant, pour se faire entendre, ce qui lui valait le plaisir de la voir. Il se disait en lui-même : « Voilà une brave dame qui a besoin d'une bonne caisse pour serrer ses affaires à l'abri des mites et des papillons, pendant l'été, et qui vient me la commander. » Mme Daniel aussitôt, sans précaution oratoire déclara, en criant aussi, que son fils était amoureux fou de Mlle Florence et qu'il en perdait le boire et le manger. Le menuisier dit : « Fichtre ! » et comprenant qu'il n'était guère possible de continuer une conversation aussi importante au milieu d'un pareil vacarme, il se leva, ouvrit la porte de l'atelier, regarda l'heure au coucou qui battait, ajoutant son tic tac à tous les bruits du travail, et dit : « Garçons, il est 4 heures, tournez-moi les talons, allez goûter. Vous reviendrez à la demie. »

Il ferma la porte, se rapprocha de Mme Daniel et la regardant avec une surprise attendrie : « Alors comme ça, votre fils trouve ma Florence à son gré ? Ça ne m'étonne pas, car c'est une personne très instruite et qui sait se tenir comme dans la société. Il est sûr qu'elle n'est point faite pour épouser un ouvrier comme son père. Mais vous savez, ma voisine, je ne la contrarierai pas, et avant tout il faut que M. le professeur lui plaise. Pour ce qui est de l'instruction, je trouve flatteur d'avoir un gendre savant, moi qui ne suis qu'un âne. Ma Florence aura un joli sac, quand j'aurai fini de travailler le bois, et pour l'instant je lui constitue dix mille francs en dot. » Mme Daniel dut confesser avec un peu de souci que son fils n'aurait rien que ses appointements, mais qu'il pouvait compter sur l'avenir. Un homme de sa valeur n'était pas fait pour s'enterrer toute sa vie dans un lycée de province. Elle prononça le mot de « Paris » et vit la figure du menuisier s'épanouir. Il était évident que le brave homme, si simple et presque humble quand il s'agissait de lui-même, avait rêvé pour sa fille de brillantes destinées. Mais il devint réservé, presque silencieux, à partir de ce moment-là, et accueillit les amplifications de Mme Daniel avec un air de gravité. Il déclara à la voisine qu'il parlerait à sa fille de la proposition qui lui était faite, et que si elle ne la repoussait pas de prime abord, il consulterait certaines gens dans lesquels il avait grande confiance, afin de savoir au juste ce que la carrière d'un professeur de philosophie pouvait offrir de satisfaction à la juste ambition d'une femme.

Mme Daniel, comprenant qu'il n'y avait plus une parole utile à échanger avec Guépin, prit congé de lui en le priant de ne pas laisser languir son fils qui se morfondrait en attendant une réponse. Le menuisier retrouva sa langue pour dire qu'il savait ce que c'était qu'aimer, et qu'il ne voulait faire de chagrin à personne. Il se montra bonhomme, comme au début de l'entretien, et ses ouvriers recommençant à faire rage dans l'atelier, il reconduisit Mme Daniel jusqu'à l'escalier, et lui fit ses adieux en pantomime.

GEORGES OHNET
A suivre...
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