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Nouvelles diverses
 M. et Mme T. couturière, rue du Faubourg-Saint-Honoré,

M. et Mme T. couturière, rue du Faubourg-Saint-Honoré, étaient partis, avant-hier soir, faire une promenade à bicyclette.

Pendant leur absence, la bonne, Clémence R. eut une idée. Elle s'empara de sept coupons de soie et de divers autres objets de valeur, en fit un paquet et se disposa à partir.

A ce moment, comme dans la scène finale des Domestiques, ou comme au deuxième acte de l'Auberge du Tohu-Bohu, rentrèrent inopinément les maîtres.

Surprise, Clémence ne perdit pas la carte.

Elle jeta son paquet dans un coin et tira son mouchoir

— Ah madame, s'écria-t-elle. Je viens de recevoir un télégramme. Mon enfant se meurt. Il faut que je parte au plus vite !

— Où est ce télégramme ? demanda le mari un peu soupçonneux.

— Je l'ai perdu. Mais laissez-moi m'en aller vite. Je serai en retard pour le train.

M. T. descendit chez la concierge. Il n'était arrivé aucun télégramme à l'adresse de la bonne. Pendant ce temps, Mme T. apercevait le paquet et y trouvait les objets volés.

Bien que Clémence ait juré, sur la tête de son enfant, qu'elle ignorait qui avait mis là ce paquet, elle a été conduite chez M. Mourgues, commissaire de police, qui l'a envoyée au Dépôt.

Le Figaro - 1er juin 1897
Séparation Un ouvrier charpentier, nommé Émile Boulanger

Un ouvrier charpentier, nommé Émile Boulanger, âgé de cinquante-sept ans, est un socialiste enragé. Considérant comme un déshonneur de porter le même nom que le « brave général », Émile avait adressé une requête au garde des sceaux pour être autorisé changer de nom. Au ministère, on considéra avec juste raison que 'le motif invoqué ne pouvait être pris en considération et on répondit, avant-hier matin, par un refus formel.

Émile ne trouva rien de mieux que de noyer sa déception dans des flots de vin. Il rentra, le soir, ivre-mort, dans la chambre qu'il occupe rue de la Chapelle et fit tous ses préparatifs pour s'envoyer dans un monde meilleur. Il chargea jusqu'à la gueule un vieux pistolet et, se plaçant le canon de l'arme sur la poitrine, il pressa la détente.

Le coup partit, mais le pistolet qui était vieux et rouillé éclata et l'infortuné Boulanger tomba ensanglanté sur le parquet ; il n'était heureusement pour lui que légèrement blessé.

Le Figaro - 1er juin 1897
Séparation Les drames de l'alcool

Les drames de l'alcool.

Un ouvrier mécanicien nommé Henri Terrien rentrait, hier soir, à son domicile, 14, passage Bosquet, gris comme toute la Pologne. Comme il avait égrené sa paye chez les marchands de vin du quartier, sa femme lui adressa quelques reproches bien sentis.

Terrien eut alors un véritable accès de folie alcoolique. Il renversa sa femme sur le plancher et tenta de l'étrangler. Comme des voisins, accourus aux cris de la malheureuse, tentaient d'enfoncer la porte, le mécanicien s'empara d'un tiers-point et en frappa sa victime de plusieurs coups à la poitrine. Puis il réussit à prendre la fuite.

Mme Terrien a été transportée à l'hôpital Necker dans un état qui laisse peu d'espoir de la sauver.

Le mari meurtrier a été arrêté quelques heures après il était complètement dégrisé et a manifesté le plus vif repentir.

M. Danjou, commissaire, de police, l'a envoyé au Dépôt.

Le Matin – 27 juin 1897

Séparation On a tué ma fille

On a tué ma fille !

Un individu, les yeux hagards, la chevelure en coup de vent, pénétrait, hier matin, dans le poste de police de la' rue de l'Abbé-Grégoire et déclarait au brigadier : — Monsieur l'agent, il vient de se passer chez moi une chose épouvantable un malfaiteur est entré dans ma chambre, s'est jeté sur ma fille et lui a, coupé la gorge avec un rasoir. L'assassin est encore dans la maison ; si vous voulez l'arrêter, dépêchez-vous. J'habite rue Bréa.

Les agents accoururent à l'adresse indiquée, où ils apprirent que le père de la jeune fille soi-disant assassinée était un malheureux fou, du nom de Vermorel, âgé de quarante ans, employé de commerce. Ce pauvre diable a été envoyé à l'infirmerie spéciale du Dépôt.

Le Matin - 14 septembre 1897
SéparationLes Compagnies de chemins de fer en Amérique sont menacées d'une gréve de mécaniciens. Ceux-ci seraient, au dire des médecins américains, beaucoup plus sujets au diabète que les autres professionnels, par suite de la difficulté pour eux de respirer la quantité d'oxygène nécessaire ; d'où cette altération du sang.
Les nombreux chargements d'eau de Pougues embarqués par la Compagnie transatlantique, pour New-York, sont destinés à ces victimes de la vie à toute vapeur.Séparation Le drame de la rue des Maraichers

Le drame de la rue des Maraichers

La cité des chiffonniers — Un mari qui tue sa femme — Les suites d'une querelle de ménage — Croquemorts dans l’embarras

Au numéro 48 de la rue des Maraîchers, à Charonne, près de la rue des Pyrénées, contigu à la ligne du chemin de ceinture, existe un vaste terrain qui se loue 1 franc le mètre carré et où se trouvent, semées dans un pittoresque désordre, au milieu de jardins minuscules, des roulotes de forains, des baraques en bois du en pisé, des constructions hétéroclites, abritant les chiffonniers ou les gadouards du quartier.

C'est une sorte de cour des Miracles où l'industriel du trottoir vit côte à côte avec le mendiant ou le malfaiteur.

Cette agglomération de cahutes est connue sous le nom de cité des Singes. M. Guillaud, l'ancien commissaire de police du quartier, l'avait baptisée la cité des Bleus, car il ne se passait pas de jour où ce magistrat n'eût à intervenir pour constater des coups et blessures, des tentatives de meurtre ou pour réprimer des rixes sanglantes.

Souventes fois, la police ferme les yeux sur ce qui se passe dans la cité et laisse les habitants régler leurs différends à coups dé poing.

La « cité des Bleus vient d'être le théâtre d'un événement encore mystérieux, dont on s'entretient beaucoup dans le quartier.

Un gardien de la paix qui passait, hier matin, devant le numéro 48 de la rue des Maraîchers était informé que l'on allait procéder à l'inhumation d'une femme Marie Poirel, née Laurent, âgée de cinquante-trois ans, qui, disait-on, avait été assassinée par son mari.

Veillée mortuaire.

L'agent avertit M. Durand, commissaire de police du quartier, qui se rendit aussitôt dans la cité et pénétra dans une bicoque où, près d'un cadavre, veillaient deux femmes et un ouvrier.

Le cadavre était celui de Mme Poirel. L'ouvrier était le mari de la défunte, un sieur François Poirel, âgé de cinquante-neuf ans, manœuvre; à l'usine à gaz de la rue de Lagny. La plus âgée des femmes était la fille aînée des époux Poirel, demeurant 50, rue d'Avron, mère de deux enfants en bas âge; la plus jeune était la cadette fiancée à un employé subalterne de la préfecture de la Seine.

M. Durand était accompagné d'un médecin, qui examina le corps et releva au front une blessure de six centimètres de profondeur partant de l'œil gauche et se continuant jusqu'à la tempe. Dans la plaie, il remarqua quatre fragments de faïence, provenant sans doute d'un ustensile de cuisine, assiette ou soupière brisée,

Le commissaire de police interrogea aussitôt François Poirel sur la cause de la blessure que sa femme portait au front.

— C'est bien simple, répondit le vieil ouvrier. Dans la nuit de mercredi à jeudi, ma femme s'est levée pour aller vider le vase de nuit dans le jardin. En rentrant, elle a trébuché et est tombée la tête sur le vase, qui s'est brisé. Comme elle était grièvement blessée, je l'ai remontée dans le lit, puis je lui ai proposé d'aller chercher un médecin. Elle a refusé, et, quelques heures après, elle expirait dans mes bras. Alors, j'ai prévenu ma fille, qui habite rue d'Avron, Le médecin de l'état civil, auquel j'ai raconté l'accident, a délivré le permis d'inhumer, et nous attendons le cercueil. L'enterrement est pour tantôt, trois heures.

La fille aînée de M. Poirel, interrogée à son tour, confirma le récit de son père.

M. Durand procéda alors à une enquête et apprit que, mercredi soir, un jeune homme nommé Hugon, pensionnaire chez les époux Poirel, avait quitté vers huit heures le domicile de ces derniers en disant :

— Ils sont encore en train de se battre ils vont se tuer sûrement. Je ne veux pas voir ça et je vais dîner ailleurs.

Hugon, qui est âgé de seize ans, fut entendu par le commissaire de police, auquel il fit la déclaration suivante :

« — Mon père, chauffeur à l'usine à gaz, est depuis deux ans l'ami et le voisin de Poirel. Dernièrement, il a loué une maison à Bagnolet; mais, en attendant de pouvoir s'y installer et comme il n'a plus son pavillon dans la cité, il prend ses repas chez les Poirel, et je dîne avec lui.

« Mercredi soir, vers huit heures, j'attendais, en compagnie de la mère Poirel, l'arrivée de mon père et de Poiret. Ce dernier vint le premier, but un verre de vin, et, sans mot dire, se leva pour aller sa coucher.

« — Tu ne peux pas attendre M. Hugon?» lui demanda sa femme.

« François Poirel répondit par une injure. La femme riposta par une autre. Bref, le mari revint sur ses pas et s'élança sur sa femme.

« — Ça se gâte, me dis-je. Filons. »

« Je ne sais rien autre, si ce n'est qu'eu sortant, ayant rencontré mon père, je le mis au courant de la discussion et que nous décidâmes d'aller dîner autre part. »

Sans le faire exprès.

En présence de cette déclaration, M. Durand ordonna de surseoir aux obsèques de la victime et fit conduire François Poirel à son cabinet. Là, il confronta le manœuvre avec le jeune Hugon, qui renouvela sa déposition. Après avoir essayé de nier, Poirel finit par avouer qu'il avait saisi une assiette sur le buffet et l'avait brisée sur là tête de sa femme. En voyant, le sang couler, il avait abandonné la blessée pour aller prévenir sa fille. Cette dernière lui avait conseillé de cacher l'affaire, afin que le scandale ne fût pas un obstacle au mariage de sa jeune sœur.

Mlle Poirel confirma le récit de son père :

— Il voulait aller prévenir la police, dit elle, mais c'est moi qui l'en ai empêché, à cause de ma sœur, d'abord, et ensuite parce que je ne voulais pas qu'on le mît en prison.

Le cadavre de la femme Poirel a été transporté à la Morgue, et le mari meurtrier conduit au Dépôt.

A trois heures de l'après-midi, au moment où M. Durand revenait 48, rue des Maraîchers, un corbillard s'arrêtait devant la bicoque des époux Poirel. Les croquemorts, ne comprenant rien à cette macabre aventure, voulurent à toute force procéder à la mise en bière du cadavre déjà enlevé sur l'ordre du commissaire, et ce dernier eut toutes les peines du monde à leur faire exécuter demi-tour avec leur corbillard vide.

Le Matin — 11 septembre 1897

MISE EN LIBERTÉ

La police avait arrêté, il y a quelques jours, M. Poirel, demeurant rue des Maraîchers, soupçonné d'avoir tué sa femme à la suite d'une querelle. L'innocence de M. Poirel vient d'être établie, l'autopsie du corps ayant démontré que la mort a été causée par une congestion pulmonaire, et le pauvre mari a été remis en liberté.

Gil Blas - 17 septembre 1897
Séparation Aux Folies-Bergère

Aux Folies-Bergère.

Gros émoi, hier soir, .dans le personnel du music-hall de la rue Richer. Dans la journée, M. Archer, commissaire de police du Faubourg-Montmartre, avait procédé à l'arrestation de M. Alfred Woss, régisseur général des Folies-Bergère.

Depuis la réouverture de cet établissement, les artistes se plaignaient de vols de bijoux et même d'argent commis dans leurs loges pendant qu'ils étaient en scène.

C'est ainsi que, ces jours derniers, on dérobait à Mme Dora Parnez, qui figure sur l’affiche sous le nom très alléchant de la « Belle Napolitaine », une superbe parure en brillants et quelques menus objets de prix. L'administration des Folies-Bergère fit l'impossible pour découvrir l'autour de ces vols réitérés, mais elle n'y parvint pas.

A n'en pas douter, le coupable appartenait .au personnel du théâtre, et même à celui de la scène.

Une plainte ayant été déposée au commissariat de police, des inspecteurs de la sûreté furent chargés de surveiller les loges des artistes. Les patientes observations des agents les conduisirent à penser que l'introuvable voleur n'était autre que M. Alfred Woss. Ils avaient presque des preuves matérielles contra le régisseur général.

En conséquence, ce dernier fut convoqué devant M. Archer. Il comparut souriant, .mais il devint livide et se troubla quand il apprit l'accusation qui pesait sur lui. C'était déjà un demi-aveu.

M. Alfred Woss fut conduit par le magistrat et deux agents à son domicile, 16, rue Baudin, où une minutieuse perquisition fut pratiquée en sa présence.

On finit par trouver, sous un tapis, un grand nombre de bijoux et de perles, ainsi que des billets de banque allemands et belges, le tout provenant des vols commis aux Folies-Bergère et représentant une valeur de quatre à cinq mille francs. En présence de cette découverte, M. Alfred Woss n'avait plus qu'à avouer. C'est ce qu'il fit.

On pensa un instant que Mlle X. la maîtresse du régisseur général des Folies-Bergère, pouvait avoir été sa complice; mais, finalement, l'innocence de cette jeune personne fut reconnue.

M. Alfred Voss a été envoyé au dépôt de la préfecture de police. C'est un jeune homme de vingt-neuf ans, de nationalité belge.

Ajoutons que M. Marchand, directeur des Folies-Bergère, a promis de désintéresser ceux de ses pensionnaires qui ont été lésés par son régisseur général.

Le Matin – 26 sept. 1897
Séparation Courageux militaire

Courageux militaire

Le capitaine Tupinier, appartenant au 94e régiment de ligne, achevait de déjeuner dans l'appartement qu'il occupe, 94, rue Lafayette, au cinquième étage, lorsqu'il entendit marcher à l'étage supérieur, dans la chambre de sa domestique.

— Il doit y avoir quelqu'un chez vous, dit-il à la bonne, allez donc voir.

Celle-ci monta et se trouva en présence d'un cambrioleur très occupé à fouiller ses tiroirs.

— Au voleur au voleur cria-t-elle. Tais-toi ! ou je te tue menaça le malfaiteur qui, d'un coup de poing en plein visage, envoya rouler la pauvre fille dans un coin de la pièce.

Aux cris de sa servante, le capitaine accourut. Il ne put barrer le chemin au cambrioleur qui, le bousculant, descendit deux étages en courant. Mais, là, la retraite lui était barrée. Plusieurs locataires arrivaient. La fenêtre donnant du carré sur la cour était ouverte. Le bandit s'élança et, avec une agilité d'acrobate, il descendit jusqu'au premier étage, en s'aidant du tuyau de descente des eaux. Avant d'atteindre l'entresol, ses forces le trahirent et il tomba lourdement sur les dalles de la cour. Quand on arriva auprès de lui, il se plaignait de vives douleurs internes.

On l'a transporté à Lariboisière. Il a refusé de faire connaître son nom et son adresse.

Le Figaro — 29 août 1897
Séparation Le brouillard et la santé.

Causerie du foyer - Vin Désiles


Le brouillard et la santé.

L'absence de lumière solaire met les organismes en état de réceptivité morbide. Lorsque le soleil est caché, pendant quelques jours, sous un écran brumeux, les êtres vivants se sentent mal à leur aise. Les vieillards, les femmes et les valétudinaires souffrent les premiers de cette privation la chloro-anémie est si vite installée chez les organismes à temps, rament lymphatique, dont les tissus alanguis et le système nerveux surmené mettent l'économie tout entière en état prononcé de moindre résistance.
Sous une forme éminemment assimilable et qui ne rappelle en rien le médicament, le Vin Désiles nous offre les moyens physiologiques de résister à la débilitation saisonnière. Cette excellente préparation contient, en effet, toutes les substances capables de régulariser la constitution fatiguée et de relever la nutrition défaillante. Tonique du sang par le quinquina, du système nerveux par la coca et le phosphate de chaux, stimulant du cœur par le cacao et la kola, stomachique et eupeptique par l'ensemble de ses composants, dépuratif, enfin, par l'iode qu'il renferme, le Vin Désiles est le succédané le plus efficace do l'huile de foie de morue, avec des effets immédiats beaucoup plus sensibles et beaucoup plus marqués et des effets à longue échéance fort appréciés des médecins et des valétudinaires.
Nos lecteurs savent que le véritable Vin Désiles se reconnaît à ce qu'il porte sur l'étiquette, au-dessous du titre VIN DESILES, la mention « Formule du docteur A. C, ex-médecin de la marine. »

Dr HADET

Séparation Accident de pêche

Accident de pêche

Deux habitants de Paris, MM. Célestin Araudel, bijoutier, rue Tiquetonne, et JosephClerc, employé au Crédit lyonnais, s'étaient rendus, avant-hier, à Villeneuve-Saint-Georges pour se livrer aux douceurs de la pêche a la ligne. Ils se trouvaient dans un bachot, vers deux heures de l'après-midi, en face du hameau des Chalets, lorsqu'ils virent arriver dans leur direction le bateau parisien n° 32, faisant le trajet de Paris à Corbeil.

C'est en vain que les deux pêcheurs, peu expérimentés dans l'art de manœuvrer une embarcation, cherchèrent à éviter le bateau à vapeur. Leur barque fut coupée en deux et les deux hommes furent précipités dans la Seine.

Grâce au courageux dévouement de deux passagers du bateau parisien, MM. Raguin et Sandoz, M. Araudel put être sauvé. Son compagnon, Clerc, fut moins heureux et ce n'est qu'après trois heures de recherches qu'on a retrouvé son cadavre.

Une enquête a été aussitôt ouverte pour établir à qui incombe la responsabilité de ce déplorable accident.

Le Figaro — 31 août 1897
Séparation UN SCANDALE AU SACRÉ-CŒUR

UN SCANDALE AU SACRÉ-CŒUR

La grand'messe, que disait hier matin, à neuf heures et. demie au Sacré-Cœur, M. le chapelain Pierre Girard, a été troublée par la manifestation violente d'un déséquilibré, nommé Barthélemy Thomas, né à Paris en 1851, et demeurant à Colombes, 10, rue Jean-Goujon.

L'abbé en était arrivé au moment de l'élévation lorsqu'un individu, vêtu misérablement d'un veston et d'un pantalon noirs, les cheveux et la barbe incultes, les yeux sortant des orbites, ayant à la main gauche un rouleau de papier, et qui s'était tenu depuis le commencement de l'office à proximité du maître-autel, se précipita sur le prêtre en bousculant les enfants de chœur, saisit le calice et le brisa sur le marbre en criant :

— En voilà assez de ces errements

M. le chapelain Girard repoussa violemment le profanateur qui s'apprêtait à lire aux fidèles un factum composé de seize pages.

Le suisse et les enfants de chœur se saisirent de lui et l'entraînaient dehors, quand on s'aperçut que le vin consacré s'était répandu sur ses vêtements. En conformité des lois de l'Église, on emmena Thomas à la sacristie et on lui enleva son veston, qui fut purifié. Pendant que s'accomplissait cette opération, l'abbé Girard prononçait des prières de réparation et continuait sa messe en se servant d'un autre calice. L'hostie n'avait été ni brisée ni souillée et, après un court instant d'émotion, tous les fidèles avaient regagné leurs chaises. La messe se termina donc au milieu d'un recueillement profond.

Des agents furent alors mandés et appréhendèrent Thomas que des fidèles houspillèrent à sa sortie de l'église.

— Je vous en supplie, messieurs les agents, implorait celui qu'on emmenait, protégez-moi, car ils vont m'écharper.

Débarrassé de cette crainte, après avoir franchi l'enceinte de la basilique, Thomas reprit toute son assurance.

Escorté par une centaine de badauds, Thomas arriva au commissariat de M. Dupuis, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières, qui procéda aussitôt à son interrogatoire.

Monsieur le commissaire, commença emphatiquement le déséquilibré, je suis l'auteur de la nouvelle doctrine vérithodiste et intégrale, ainsi que de nombreux autres systèmes destinés à empêcher le genre humain de continuer à perpétrer d'une façon calme et sereine les errements religieux dans lesquels il patauge (sic). Ma doctrine à moi est la véritable. Elle se résume en ceci: « Aimez-vous les uns les autres dans un but de vérité.- Ennemi de l'anarchie, je, vois d'un assez bon œil la' doctrine ecclésiastique qui est assez belle, mais je suis l'ennemi déclaré de l'erreur. Je veux suivre le Code qui dit « Jurez » de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité »

Et Thomas continua pendant une demi- heure à déclamer ses théories toutes plus abracadabrantes les unes que les autres. Le commissaire a envoyé l'aliéné à l'infirmerie spéciale du Dépôt.

Entre temps, on avait informé Mgr Richard, cardinal-archevêque de Paris, de ce qui s'était passé. Sur son ordre, le Parce et le Miserere ont été chantés dans la basilique, pendant l'office de trois heures, en signe de « réconciliation ».

Le calice brisé par Thomas avait été offert aux Pères oblats par un vénérable prêtre de quatre-vingt-quinze ans, M. l'abbé Cornu, qui, malgré son grand âge, vient encore de temps en temps dire sa messe au Sacré-Cœur.

Le Figaro - 2 aout 1897
Séparation Nouveau-cirque

Ainsi que toute la presse l'a constaté, la nouvelle pantomime du Nouveau-Cirque, de la rue Saint-Honoré, Pierrot aux Enfers, obtient le plus grand succès à toutes les représentations. Le dernier tableau est un vrai clou qui fera courir certainement tout Paris, tant par son originalité que par la richesse du décor.

Fig. 17/02/97


Pastilles Poncelet
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