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SIXIEME ANNÉE N°3906

 

214ème jour de l'année

   


Dimanche
2
Août 1897

 Le scandale des Folies-Bergère évité - 15 avril 1897

Le scandale
des Folies-Bergère évité

Une indisposition de commande.
Intervention du préfet de police. — Exhibition interdite

Le Gaulois — 15 avril 1897

Le Gaulois avait signalé avec une indignation légitime les débuts prochains, sur la scène des Folies-Bergère, de l'ex-princesse et nos confrères, convaincus comme nous du scandale formidable que cette exhibition devait fatalement soulever, nous avaient emboîté le pas. Notre juste appel a été entendu. La « débutante » ne débutera pas. Nous en sommes un peu la cause et nous nous en félicitons hautement. En cette circonstance, M. Lépine a droit à nos remerciements et nous les lui marchanderons d'autant moins qu'on sait que les fonctionnaires de la république nous donnent rarement l'occasion de les féliciter.

On lira plus loin à la rubrique du « Courrier -des spectacles » la note officielle que le théâtre des Folies-Bergère nous a adressée pour nous faire savoir que l'ex-princesse ne débutait .pas ce soir sur la scène de la rue Richer.

Cette note nous montre la débutante empêchée par un état maladif d'une certaine gravité. Il y est question d'influenza, de fièvre intense, de complication pulmonaire. A la vérité, et fort heureusement pour l'héroïne en cause, sa santé est excellente et les raisons pour lesquelles les amateurs de scandales ne. la verront pas ce soir sont à un ordre-tout à fait différent.. Les voici dans toute leur simplicité.. Hier matin, M. Marchand, directeur des-Folies-Bergère, était appelé chez le préfet de police, qui lui demandait officieusement de renoncera faire débuter celle qui sur l'affiche devait porter le nom de l'ex-princesse.

Le scandale, prétendait le préfet, serait extraordinaire et des renseignements qui lui étaient fournis, il ressortait que la débutante serait huée, qu'une foule de gens s'étaient procurés des sifflets à roulette et qu'on lui jetterait à la face des lapins vivants, des pelures de pommes de terre et d'autres objets innommables.

M. Marchand répondit au préfet qu'il redoutait autant que lui ce scandale et que si la « débutante » consentait à renoncer à ses projets de paraître sur son théâtre,  il s'en montrerait fort heureux pour sa part. D'ailleurs il craignait si fort les manifestations brutales qu'il avait interdit qu'on servit aucune consommation dans la salle et qu'il avait fait supprimer les petits bancs et les lorgnettes automatiques.

— Puisque vous partagez mon avis lui, dit le préfet, voyez l'ex-princesse, et tâchez qu'elle ne soit pas hostile à nos sages projets.

» D'ailleurs, je vais la convoquer pour ce soir, six heures, et je vous prie de revenir à mon cabinet à la même heure. »

Puis, congédiant M. Marchand, le préfet ajouta :

— Allons, je commence à croire que nous parviendrons peut-être à éviter tout scandale.

A six heures précisés, M. Marchand arrivait à l'hôtel du boulevard du Palais, où, depuis un quart d'heure, la débutante l'avait précédé. L'héroïne fut reçue la première. Le préfet fit valoir à ses yeux les motifs les plus sérieux qui devaient la détourner de s’exhiber à la foule. Comme la « débutante » semblait ne pas goûter ces raisons et qu'elle prétendait avoir le droit de débuter, le préfet lui fit comprendre qu'il ne voulait prendre officiellement aucune mesure vexatoire avant la représentation, mais que si celle-ci était scandaleuse, ce qui était absolument certain, il se verrait dans la nécessité cruelle de sévir en fermant le théâtre où elle aurait eu lieu et en invitant peut-être la «débutante » a quitter le territoire français — mesure qu'il la suppliait de ne pas l'obliger à employer.

Puis, très amicalement, très paternellement, M. Lépine insista sur des questions d'ordre privé.

Il fut éloquent et persuasif, car à six heures et demie précises, l'ex-princesse, très émue, renonçait à paraître sur la scène des Folies-Bergère.

Ce début à sensation n'aura donc pas lieu, et le scandale que nous redoutions et qui eût été plus formidable que nul ne peut le soupçonner, est heureusement étouffé.

La Presse a quelquefois du bon !

*
*      *

En quittant l'hôtel du Palais, Mme Clara Ward est rentrée à son hôtel, où à peine installée, elle a reçu la visite d'un médecin, elle n'a pas eu de peine à jouer le rôle de malade qui doit expliquer au public sa décision de ne pas paraître aux Folies, car elle était effectivement souffrante.

Le docteur a indiqué l'ordonnance suivante:
Prendre par jour, en deux ou trois fois, deux à trois cuillers à potage de la potion suivante, diluée dans un verre de tisane de mauve :

    Acétate d'ammoniaque 15 gr
    Alcool de racine d'aconit 30 gouttes
    Sirop de codéine 100 gr.
    Eau de fleurs d'oranger 40 gr.

Mme Clara Ward n'a pas décidé encore si elle resterait à Paris ou si elle repartirait pour Berlin, où des offres brillantes lui sont faites par la Belle-Alliance, un music-hall renommé sur les bords de la Sprée.

Ce que nous savons, c'est qu'aujourd'hui même l'héroïne de ce petit roman doit aller poser chez un de nos grands photographes dans le costume suggestif qu'elle devait endosser aux Folies-Bergère.

Enfin, cette tragédie finit heureusement en opérette Mme Clara Ward renonce au théâtre, en France du moins, et rentre ainsi dans la vie privée. Nous n'avons plus à nous occuper d'elle, et nous espérons bien qu'il en sera toujours ainsi.

Ajoutons que Mme Clara Ward qui s'est sagement abstenue d'envoyer du papier timbré au Gaulois aurait moins sagement décidé d'en adresser à un de nos confrères.

Maubersac

 LE DUEL PARISIEN

LE DUEL PARISIEN

MM. CASELLA ET THOMEGUEX SE BATTENT EN DUEL

Dans l'or du bois de Meudon — A la tour de Villebon — Amis et invités — Les deux adversaires — Blessure à la joue.

Nous ne serons jamais assez reconnaissants à MM. Casella et Thomeguex de la promenade champêtre que nous fîmes hier.

La campagne était en or. Les arbres, des chandeliers d'église. Le soleil, un ostensoir. Jamais la tour de Villebon ne fut plus belle en son décor automnal du bois de Meudon. Les feuilles innombrables faisaient sur la terre des allées un vaste tapis rouge. Un tapis choisi « Le sang ne s'y voit pas. »

Il eut peu de sang, du reste. Ce duel fût plutôt gai que tragique. Non point, naturellement, pendant les deux minutes qu'il dura, car un duel, si anodin qu'il s'annonce, peut toujours entraîner mort d'homme ou blessure grave, mais durant la demi-heure qui le précéda et les trois quarts d'heure qui le suivirent.

Commençons par la première demi-heure. A la tour de Villebon, on s'était préparé à recevoir, en cet, après midi historique, nous parlons de l'histoire du duel beaucoup de monde. M.Thomeguex, champion français, ne déteste point, en effet, combattre devant des compatriotes susceptibles d'apprécier son jeu, et M. Gasella, champion italien, ne demande certainement pas mieux que de mettre au vent sa flamberge nationale sous le regard admiratif de quelques Sujets du roi Humbert.

D'où la double foule de curieux qui, prévenus à temps par les amis indiscrets des deux adversaires, frappaient, hier, à la grille de Villebon.

Nous devons dire que cette foule se compostait de ce que nous possédons de mieux en fait de public de premières. Tout le « high life » des grandes solennités parisiennes se trouvait là. Citons quelques noms : comtes de Rochefort, Jacques de Reverseaux, de Murat, marquis de Chasse-loup-Laubat, et MM. de Lagrange, de Subercaseaux, Paul et Jacques Breittmayer, colonel Dèrué, de Blest Gana, Toulouze, député, le peintre Jean Béraud, Maxime Dreyfus, marquis de Fuentès-Hermosa, de Santa-Maria, Gaston Legrand, Lafourcade-Costina, Bowden, Belz de Villas, Letellier, Xau, et les professionnels, les maîtres, les professeurs Rouleau, Megie, Lucien Mérignac, Middelair, Spinne-wyn, Conté, Bougnol ; citons enfin le coureur national Jacquelin et… le « joyeux Fordyce ».

Et puis la multitude de nos confrères. Toute la publicité désirable était là.

Il y eut bien, à la grille, un semblant de contrôle, mais on finit par y renoncer, et l'on entra dans cette tour comme en un moulin.

Comme chez soi.

Sur les pelouses, la « maison » avait disposé des tables, des guéridons, des chaises. Un café en plein air. Chacun fit apporter des bocks. Ce café était séparé par l'allée du milieu, l'arène où devait avoir lieu le combat. On attendit les combattants en fumant des cigarettes et en devisant sur les motifs du combat. Nous les connaissons. Nous savons qu’ils étaient futiles. Une discussion sur l'importance du plastron de chemise empesé en matière de duel, question soulevée par M. Maurice Leudet dans le Journal des sports.

A trois heures moins quelques minutes, M. Thomeguex arrive avec ses témoins, MM. Rosé et Adrien Guyon. Les conversations deviennent moins bruyante, on règle en silence les consommations, on lache les tables et l'on commence a se caser « pour mieux voir ». M. Thomeguex, calme et souriant distribue quelques poignées de main.

— Place, messieurs !

C'est M. Joseph Renaud, avec M. Filiberto Fonst, témoins, suivis de leur client, M. Henri Gasella. Celui-ci, de la plus agréable humeur du monde. Il se tient beaucoup mieux que Pini, qui faisait des tours de torse devant les photographes.

Nous passons sur les petits arrangements entre témoins: La direction du combat échoit à M. Joseph-Renaud.

On a mis habit bas. Voici M. Casella en chemise empesée et faux-col haut et cravate. Voici M. Thomeguex avec sa chemise bleue, nullement empesée, que tout le monde connaît depuis le duel Pini. Ici, un premier incident. Les témoins de M. Thomeguex font observer à M. Casella qu'il serait bon qu'il retirât sa cravate. Il la retire. Ils lui font ensuite observer qu'il a une chemise empesée, alors que leur client n'en possède point. Il la retire, de la meilleure grâce, alors que le procès-verbal lui permettait de la conserver. Mais ce n'est pas tout. M. Casella a une ceinture de cuir. On le prie d'enlever cette ceinture; Il la retire.

— Je n’ai jamais porté de bretelles de ma vie, dit-il ; je n'ai même pas de boutons ad hoc à mon pantalon. II va tomber.

De fait, le pantalon tombe.

Alors, un témoin cherche sur les assistants une ceinture qui ne serait pas en cuir. Il la trouve. Le pantalon ne tombe plus.

En garde !

M. Casella est prêt; il n'a plus de chemise. Il a un petit tricot bleu canotier sur le torse. Alors, M. Thomeguex juge qu'il ne saurait se mettre moins nu que M. Casella et, lui aussi, retire la chemise bleue.

Il apparaît en tricot caca-d'oie. On leur donne les épées. Ils les regardent. Ils fouettent l'air de ces épées.

— Reculez-vous, messieurs. Ne dépassez pas la limite du gazon.

C'est le moment solennel, m'est toujours. Pour les raisons que j'ai dites plus haut, il ne faut jamais avoir vu deux hommes, la poitrine nue, ferraillant de leurs épées pour parler «en blaguant » de ce moment-là. Les allées de Villebon en savent quelque chose.

Et, hier, ça ne dura que deux minutes et demie, et nous fûmes un peu volés, étant venus de si loin, mais ces deux minutes furent suffisamment dramatiques, Ce n'était pas plus le duel Pini. Le tireur italien n'attendait plus son adversaire comme au début du combat de Saint-Ouen. M. Casella chargea M. Thomeguex avec une vigueur et une promptitude très grandes. M. Thomeguex dut rompre. A cette impétuosité il répondit par le plus grand sang-froid. Il para et porta quelques coups. Aux attaques dans ta ligne basse il riposta dans la ligne haute et en dehors.

Enfin, voici M. Casella qui se tend. Son fer vient effleurer la vaste poitrine de M. Thomeguex. Mais celui-ci a tendu le bras après avoir paré, et son épée entre dans la joue de M. Casella.

La joue et le menton de M. Casella se couvrent de sang. Le sang coule abondamment et macule son tricot. Ses amis l'entourent. M. Joseph-Renaud se dirige vers M. Thomeguex et lui demande de soulever son tricot, croyant que l'attaque de M. Casella avait porté. Mais le torse de M. Thomeguex ne porte aucune égratignure.

Le coup des médecins.

On discute le coup. On parle de parade par septime enveloppée. D'autres disent : « coup d'arrêt». En somme, la chose a été si rapide que le coup est difficile à établir. M. Casella veut continuer. M. Thomeguex ne veut pas en entendre parler.

— On ne m'a pas laissé continuer quand j'ai été blessé par Pini !Et on voudrait que je continue aujourd'hui ! La blessure était à peu près la même.

Et une discussion homérique s'engage entre les médecins et les témoins. Les témoins de M. Casella trouvent que la blessure de leur client est insignifiante. On a étanché le sang, et, maintenant, elle est imperceptible. Les témoins de M. Thomeguex rejettent toute responsabilité.sur les médecins.

Or ceux-ci ne sont pas d'accord.

Le médecin de M. Thomeguex trouve que M. Casella est dans un état d'infériorité absolue celui de M. Casella estime qu'il est en état d'infériorité relative.

Or on peut continuer avec cette infériorité-ci ; on ne peut pas continuer avec celle-là.

En attendant qu'il soit statué, on redemande des bocks. Des femmes, qui s'étaient jusqu'alors cachées en des endroits mystérieux, apparaissent. On les chasse.

Les médecins, tour à tour, viennent palper la joue de M. Casella.

La discussion ne se termine pas. Elle ne se terminera jamais. M. Casella demande une glace a un de nos confrères d'un journal très parisien.

— Comment, vous ! vous n'avez pas de glace !

— Je n'en apporte que dans les duels de femmes !

Touché ! s'écrie M. Gasella en riant fort.

On lui retâte la joue.

— Voyez, dit le médecin qui ne veut pas le remettre en face de M. Thomeguex. Voyez et palpez Autour de la blessure, la joue est indurée. On dirait une pièce de cinq francs !

— Monsieur, dit le malade, je vous en prie. Mettons une pièce de quarante sous. Mais il faut en finir. Et voici comme :

Les médecins ont trouvé celle-ci, qui n'est pas mauvaise: De leur avis commun, au moment où M. Casella a reçu sa blessure, il était en état de continuer le combat. Mais, depuis que les médecins discutent, c'est-à-dire depuis un quart d'heure, une induration s'est produite qui met M. Gasella en infériorité absolue.

Tout le monde est content. Les adversaires se saluent. On remonte dans les fiacres. Soixante fiacres et voitures de maître qui dégringolent par le bois et défilent tempétueusement dans Meudon. Toute la ville est aux fenêtres. Les femmes agitent des mouchoirs. Les chiens aboient.

GASTON LEROUX.
Le Matin - 26 oct. 1897

L'actualité dramatique

 DRAME DE LA MISÈRE - Le Figaro - 27 déc.1897

DRAME DE LA MISÈRE

M. Pelatan, commissaire de police du quartier Saint-Fargeau, était requis, hier, par le patron d'un hôtel situé au n° 14 du passage Julien-Lacroix, de venir constater le suicide d'une de ses locataires, Léonie Lamy, courtilière, âgée de dix-neuf ans, qui avait entraîné avec elle dans la mort son petit garçon, âgé de quatorze mois.

Le logeur raconta au magistrat qu'il avait dû enfoncer la porte de sa locataire qui avait l'habitude de déjeuner avec lui et dont l'absence lui avait paru singulière. De fortes émanations d'acide carbonique ne lui avaient laissé aucun doute sur le drame qui venait de se produire. Il savait, ajouta-t-il, que Léonie Lamy avait été abandonnée par son amant qui l'avait laissée sans ressources. Accompagné d'un médecin, M. Pélatan se rendit rue Julien-Lacroix. Le praticien, au cours de son examen, reconnut que la couturière donnait encore de très faibles signes de vie. A l'aide d'inhalations, il réussit à la rappeler à la vie et la fit transporter à l'hôpital Tenon. Le bébé était mort.

Malgré l'extrême gravité de son état, la malheureuse couturière a pu reprocher à ses sauveurs de l'avoir ranimée.

J'ai dépensé mes quatre derniers sous pour l'achat d'un boisseau de charbon. Si je reviens à la santé, que ferai-je maintenant ?

Le Figaro - 27 déc.1897

 Courageux militaire

Courageux militaire

Le capitaine Tupinier, appartenant au 94e régiment de ligne, achevait de déjeuner dans l'appartement qu'il occupe, 94, rue Lafayette, au cinquième étage, lorsqu'il entendit marcher à l'étage supérieur, dans la chambre de sa domestique.

— Il doit y avoir quelqu'un chez vous, dit-il à la bonne, allez donc voir.

Celle-ci monta et se trouva en présence d'un cambrioleur très occupé à fouiller ses tiroirs.

— Au voleur au voleur cria-t-elle. Tais-toi ! ou je te tue menaça le malfaiteur qui, d'un coup de poing en plein visage, envoya rouler la pauvre fille dans un coin de la pièce.

Aux cris de sa servante, le capitaine accourut. Il ne put barrer le chemin au cambrioleur qui, le bousculant, descendit deux étages en courant. Mais, là, la retraite lui était barrée. Plusieurs locataires arrivaient. La fenêtre donnant du carré sur la cour était ouverte. Le bandit s'élança et, avec une agilité d'acrobate, il descendit jusqu'au premier étage, en s'aidant du tuyau de descente des eaux. Avant d'atteindre l'entresol, ses forces le trahirent et il tomba lourdement sur les dalles de la cour. Quand on arriva auprès de lui, il se plaignait de vives douleurs internes.

On l'a transporté à Lariboisière. Il a refusé de faire connaître son nom et son adresse.

Le Figaro — 29 août 1897

 RAFLE DE VAGABONDS

RAFLE DE VAGABONDS

Un charmeur de rats

La Sûreté a opéré l'avant-dernière nuit une rafle parmi les vagabonds qui cherchent un abri sous les ponts. Quarante-cinq individus ont été arrêtés. Sous le pont des Arts, les agents se sont livrés à véritable chasse à l'homme pour s'emparer des vagabonds abrités dans les ferments servant de soutien au tablier du pont. Pour ne pas tomber dans la Seine, les malheureux qui passent la nuit sous ce pont s'accrochent avec leur ceinture et leurs bretelles. Lorsqu'ils ont vu les agents, ils se sont sauvés d'arche en arche pour gagner l'autre rive, mais des agents les y attendaient et les ont capturés au fur et à mesure de leur arrivée.

Parmi les individus arrêtés se trouve un type très curieux, un nommé Émile Schwartz, âge de quarante ans, qui est sans domicile depuis vingt ans. Schwartz qui parcourt la France à pied, de village en village, est un barnum d'un nouveau genre. Il montre des souris blanches et des rats, qu'il loge sur sa poitrine, au-dessus de la ceinture de son pantalon. En même temps que lui, les agents ont amené à la Sûreté ses pensionnaires. Une odeur insupportable due aux croûtes de fromages avariées et aux fruits gâtés dont Schwartz nourrissait rais et souris, s'échappait des poches du vieux vagabond.

Quand on a fouillé Schwartz, les inspecteurs durent sortir de leur asile rats et souris et les déposer à terre. Chose curieuse, aucun de ces animaux ne se sauva et tous se groupèrent autour de leur maître. Ils attendirent derrière la porte du cabinet de M. Cochefert que leur maître sortit de chez le chef de la Sûreté.

Schwartz a été remis en liberté hier matin, et il a quitté la Sûreté avec ses rats et ses souris, qui y avaient trouvé un asile momentané.

Le Gaulois — 10 septembre 1897
Flash janvier

Dans l'actualité du ...

 3 mars

Mercredi
3 mars 1897

Note turque.

CONSTANTINOPLE, 2, mars. D'un correspondant. La Porte a envoyé aux puissances une note leur demandant de faire tous leurs efforts pour forcer la Grèce à retirer de Crète ses troupes militaires et navales.

La Porte base cette demande sur l'engagement solennel pris par les puissances qui, au moment de signer le traité de Berlin, en 1856, ont promis de maintenir l'intégrité de l'empire ottoman.


LONDRES, 2 mars. Par fil spécial, L'ambassadeur de Turquie a eu, cet après-midi, une entrevue avec lord Salisbury.


LA SITUATION A CUBA

MADRID, 2 mars.- D'un correspondant. Le général Weyler, dans une lettre adressée de Santa-Clara au ministre de la guerre, déclare que, malgré les nouvelles pessimistes dont quelques journaux se sont faits l'écho, les rebelles continuent de reculer vers la partie orientale de l'île. Il ajoute que l'état sanitaire des troupes est, dans ce moment-ci, en sérieuse amélioration. Les malades soignés dans les hôpitaux ne dépassent pas 2,000, tandis qu'au commencement de décembre, ils s'élevaient à 10.000.


CONSEIL DES MINISTRES

Le conseil, réuni, hier matin, à l'Élysée, s'est occupé des questions qui vont venir en discussion devant les Chambres. M. Hanotaux a mis ses collègues au courant de la situation des événements d'Orient.

Le ministre de la guerre a fait signer un décret portant promotion au grade de général de division du général de brigade de Geoffre de Chabrignac, commandant l'artillerie du 4ème corps d'armée.


M. de Selves, préfet de la Seine, a quitté Paris pour quelques jours, se rendant dans le Tarn-et-Garonne.


M. Paul Bonnetain, qui fut pendant quelques mois directeur des affaires indigènes au Soudan, vient d'être chargé d'une mission au Laos.


Le bruit court, à Toulon, que le vice-amiral Gervais remplacera à la tête du 5e arrondissement maritime le vice-amiral Brown de Colstoun.


Il est question de profiter des vacances pour construire, à l'Élysée, une plus vaste salle des Fêtes, dont le récent bal .de la présidence a démontré l'insuffisance une fois déplus.

En ce cas, on utiliserait une partie de la cour des écuries pour prolonger la grande salle à manger presque jusqu'au faubourg Saint-Honoré.

D'autres légères modifications seraient apportées également à la serre et à la petite salle des Fêtes.


Le prince de Galles a été reçu, hier, à trois heures et demie, par le président de la République, qui lui a rendu sa visite à cinq heures, à l'hôtel Bristol.


M. Pierre de Coubertin vient d'être informé par le secrétariat général de la présidence que M. Félix Faure accepte la présidence d'honneur du congrès international des Jeux olympiques qui doit se tenir au Havre, cette année, du 23 juillet au 1er août.


Les apéritifs nuisibles et de mauvaise qualité amers, bitters, absinthe, vermouths, sont remplacés par le Quinquina Dubonnet.

sans titre 1
Flash janvier
Ce qui fait le désespoir de l'un fait le bonheur de l'autre.
L'absentéisme parisien qui, en ces mois de vacances, préjudicie tant d'industries, amène au contraire dans d'autres un énorme surcroît d'affaires. Tel est le cas d'un de nos plus grands tailleurs dont les élégants complets à 69 fr. 50 sur mesure, pour les voyages, la plage, les sports, le casino, etc., font florès On a reconnu High Life Tailor, rue Richelieu (coin du boulevard).
sans titre 1

A. ALLAISLe bon mot
d'Alphonse Allais

 Un gentleman est un monsieur qui se sert d'une pince à sucre, même quand il est seul.


312. Le 3 janvier 1897, le tramway à vapeur d'Auteuil à Boulogne culbutait, à la grille de Boulogne, un tombereau dont le conducteur a eu littéralement la tête mise en bouillie.
Il n'est plus de mauvaises digestions avec les Pastilles de Vichy-État, les estomacs les plus délicats sont délivrés par ce délicieux bonbon, de leurs aigreurs et de leur lourdeur. Préparées avec le Sel Vichy-État ou sel extrait à Vichy des sources de l'État, ces Pastilles sont comme le reflet adouci de ces célèbres sources Célestins, Grande-Grille et Hôpital. Exigez donc toujours les Pastilles de Vichy-État, si supérieures aux pastilles de Vichy du commerce.
 A Montmartre

A Montmartre

Montmartre est au-dessous de ses affaires. On parle d'un huissier qui se disposerait à saisir la Butte.

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 Le sentier Durand

Le Sentier

par Pierre Durand

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Un fou criminel

Un attentat criminel a été commis hier, en plein jour, rue La Feuillade, près de la place des Victoires. Un jeune homme, le comte Guy de Malmignati, docteur en droit, qui se trouvait à Paris depuis une quinzaine de jours seulement, s'arrêtait là pour lire une des nombreuses affiches qui tapissent la muraille, quand, tout à coup, un individu armé d'un rasoir s'est approché de lui.

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Un drame à Saint-Ouen

A la hauteur du n° 118, avenue des Batignolles, à Saint-Ouen, s'ouvre l'impasse des Deux-Sœurs. Là, presque à l'extrémité, habitait la famille Lanté, composée du père, Arthur Lanté, âgé de quarante-trois ans, ferblantier de sa femme, laveuse au lavoir Raspail, et de leurs quatre enfants Désiré, neuf ans, Albert, six ans, Émilienne, quatre ans, et Camille, âgée de dix-sept mois.

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 LE PAIN CHER

LE PAIN CHER

— Non, le pain n’est pas cher, car il est vraiment bon,

Et pendant quinze jours, au moins, on a le même...

— De quel pain parlez-vous ? —Mais du pain de savon

Le plus pur, le plus fin, du doux Congo que j’aime.

A. Boulanger au parfumeur Vaissier.

Nouvelles à la main

M. et Mme de Z, qui étaient comme chien et chat a

M. et Mme de Z, qui étaient comme chien et chat avant que le Tribunal eût prononcé la dissolution légale de leur ménage, ont l'air de vivre maintenant dans la meilleure intelligence.
- C'est drôle, disait quelqu'un, depuis qu'ils sont séparés, on les rencontre toujours ensemble.
- Oui, ajouta la petite vicomtesse de de Troisétoiles, c'est le divorce le plus uni qu'on ait jamais vu.

En soirée

En soirée.
Un jeune monsieur au chef fortement dénudé, et qui n'a pas toujours le sentiment de cette légère disgrâce, prend à part un ami dans une embrasure :
— Tout à l'heure, quand j'ai salué Mlle de Z. elle a eu un regard ironique. Qu'est-ce que cela signifie?
— Je devine: tu l'auras saluée. trop bas. !...

Chalumeau qui par goût ne quitte jamais Paris,

Chalumeau, qui par goût ne quitte jamais Paris, se lamente de voir ses camarades filer un à un vers les villégiatures maritimes et autres
— C'est insensé tout le monde fiche le camp. Si cela continue, on en sera réduit à mettre une annonce dans les journaux pour trouver un quatrième à la manille.

 Un très distrait météorologiste

Un très distrait météorologiste vient prendre des nouvelles d'un ami gravement malade.

— Il est bien bas, bien bas lui est-il répondu.

Le savant, ne songeant qu'au baromètre :

— Diable! nous aurons encore de l'eau !

 Les deux adversaires se rendant

Les deux adversaires se rendant au lieu de rendez-vous dans le bois de Vincennes, se rencontrent au guichet de la gare de la Bastille.

X... demande un billet aller et retour.

― Vous êtes donc bien sûr de revenir ? dit Z... narquois.

— Absolument sûr.

— Alors je vous fais des excuses, poursuit Z... subitement radouci.


Echos et nouvelles

 Et la pluie continuait de tomber

Et la pluie continuait de tomber !

Depuis que le pluviomètre à l'usage des observatoires a été inventé, c'est-à-dire depuis plus de deux cents ans, il ne s'est jamais rencontré, paraît-il, un mois de septembre aussi mouillé qu'en l'an de grâce 1897.

Aussi les météorologistes sont fort embarrassés d'expliquer ce phénomène. Songez donc que l'observatoire de la tour Saint-Jacques a enregistré dans l'après-midi d'hier, de midi à trois heures seulement, 10 millimètres d'eau ! Cela représente une moyenne de 100 mètres cubes d'eau par hectare.

On essaye de nous consoler en nous rappelant le souvenir de journées plus désagréables encore, celle du 10 septembre de l'année dernière, par exemple, qui, par suite d'une trombe, de funeste mémoire, nous gratifia de 50 millimètres d'eau dans le court espace de deux heures et demie. Mais toutes ces consolations ne valent pas un bon parapluie !

Le Gaulois — 7 septembre 1897

 quinquina Dubonnet - Fig 27/02/97

D'après un savant anglais, la proportion des femmes dépassant cent ans est de 43 contre 23 hommes. Cela est dû à la suppression de l'alcool et des apéritifs de l'alimentation des femmes. Non pas qu'elles se privent totalement d'apéritifs, seulement, au lieu d'absinthe et de vermout de mauvaise qualité, elles prennent simplement du quinquina Dubonnet, qui est aussi tonique qu'apéritif.

 Le jouet de l'année.- 1897

Le jouet de l'année.

Le jour de l'An approche, et depuis longtemps déjà on cherche le fameux « jouet de l'année », le petit joujou accessible à toutes les bourses, c'est-à-dire ne dépassant pas les trente-neuf sous réglementaires, qui sera vendu sur les boulevards pendant le séjour des traditionnelles et encombrantes baraques. Un rédacteur du Gaulois a visité, hier, quelques-unes des grandes manufactures de jouets, et il a constaté douloureusement que plusieurs sont encore indécises sur la « dernière création » à lancer.
— Autant que possible, il faut que le « jouet de l'année » rappelle un fait parisien très récent, lui a-t-on dit ; c'est pour cela que nous attendons le dernier moment. Sait-on jamais ce qui peut arriver d'un jour à l'autre ?
Cependant une des plus importantes manufactures confectionne par milliers..... savez-vous quoi ?... des petits bateaux en fer !
Un coup d'œil vous ferait tout comprendre. Sur la coque, on lit ce mot : Pothuau ; sur le pont, le tsar et M. Félix Faure, entourés d'officiers français et russes, sont représentés la main dans la main...
— Ah ! la fameuse entrevue de...
— Vous y êtes !

Les Annales Politiques et Littéraires – 12 décembre 1897

 Votre peinture était à l'envers- APL 14/02/97

Petite nouvelle de l'étranger...

Sir Henry Irving, le célèbre tragédien du Lyceum, est, tout comme Coquelin, grand amateur de peinture. Il a rassemblé, dans son hôtel de Londres, une collection de tableaux signés de nos plus illustres contemporains et montre avec orgueil, parmi d'autres chefs-d’œuvre, deux paysages de M. Whistler. Il y a quelques semaines (nous dit le Journal des Débats), il réunissait à dîner des littérateurs et des artistes; le peintre des Nocturnes était au nombre des invités. A peine assis, M. Whistler commença de manifester une certaine inquiétude. Deux des toiles accrochées aux murs attiraient irrésistiblement son attention. C'étaient deux peintures délicates, d'une harmonie subtile, mais dont la composition présentait je ne sais quoi d'indistinct et de paradoxal. L'artiste, visiblement intrigué, ne pouvait en détourner ses regards ; plusieurs fois même, au cours du dîner, il se leva et, quittant la table, s'avança vers le mur pour les considérer de plus près. Enfin, après un dernier et plus long examen :
— Irving! Irving! s'écria-t-il d'un ton de douloureux reproche, qu'avez-vous fait?
— Et qu'y a-t-il ? demanda le tragédien.
— Ce qu'il y a ? malheureux ! mais il y a que mes tableaux sont pendus à l'envers et que vous ne vous en êtes même pas aperçu ! Et voilà plusieurs mois, peut-être, qu'il en est ainsi !
Irving, un instant, resta songeur ; puis, avec le plus grand calme :
— C'est possible, après tout. On peut s'y tromper. Il vous a bien fallu une heure pour découvrir que votre peinture était à l'envers.

APL – 14 février 1897

 Les personnes superstitieuses - APL - 24 janvier 1897

Les personnes superstitieuses ont vu, avec effroi, l'année 1897 commencer un vendredi. Celles qui rougiraient de leur pusillanimité apprendront volontiers que le prince de Bismarck, l'ex-chancelier de fer, partage avec elles cette faiblesse de pensée. Il n'entreprend qu'à contre-cœur une affaire le vendredi. Il a gardé surtout le souvenir d'un vendredi qui lui valut toute sorte de désagréments.
C'était  à Versailles, le 25 novembre 1870. La Russie réclamait alors, pour prix de sa neutralité, la révision du traite de 1856 qui avait interdit la mer Noire à ses navires de guerre, et l'Angleterre, se refusant à perdre le bénéfice des victoires de Crimée, avait envoyé à Versailles Odo Russell pour protester contre cette prétention. Bismarck tenait à ménager égale- ment la Russie et l'Angleterre. Il accorda une entrevue à Odo Russell ; mais, lorsque celui-ci se présenta, Bismarck, occupé, le fit prier d'attendre et Russell, froissé, se retira. Le chancelier en fut fort ému :
— De ce quart d'heure de retard, s'écria- t-il, dépend peut-être la paix de l'Europe ! Et, en toute hâte, il courut chez le roi. Dans l'antichambre, il rencontra un ambassadeur qui lui communiqua une lettre d'importance secondaire, mais que Bismarck dut lire et discuter. Une heure encore se perdit ainsi.
 —Pendant ce temps., disait le chancelier, j'aurais dû conférer avec le roi, envoyer des dépêches de la plus haute importance. Ces contretemps pouvaient avoir pour l'Europe entière des conséquences désastreuses. En vérité, il n'y a qu'un vendredi qui puisse me donner de pareilles inquiétudes ! Le vendredi m'a toujours été fatal !

APL - 24 janvier 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

Le Journal de 1897

Le journal de 1897 et des environs doit être vu avec un exploreur prenant en charge la mise en colonnes.
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Les textes en ligne sont des reflets de la société française de la fin du XIXème siècle. La question est : "le Monde change-t-il vraiment ?".

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