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SIXIEME ANNÉE N°3163

 

202ème jour de l'année

   


Samedi
21
Juillet 1897

 Le scandale des Folies-Bergère évité - 15 avril 1897

Le scandale
des Folies-Bergère évité

Une indisposition de commande.
Intervention du préfet de police. — Exhibition interdite

Le Gaulois — 15 avril 1897

Le Gaulois avait signalé avec une indignation légitime les débuts prochains, sur la scène des Folies-Bergère, de l'ex-princesse et nos confrères, convaincus comme nous du scandale formidable que cette exhibition devait fatalement soulever, nous avaient emboîté le pas. Notre juste appel a été entendu. La « débutante » ne débutera pas. Nous en sommes un peu la cause et nous nous en félicitons hautement. En cette circonstance, M. Lépine a droit à nos remerciements et nous les lui marchanderons d'autant moins qu'on sait que les fonctionnaires de la république nous donnent rarement l'occasion de les féliciter.

On lira plus loin à la rubrique du « Courrier -des spectacles » la note officielle que le théâtre des Folies-Bergère nous a adressée pour nous faire savoir que l'ex-princesse ne débutait .pas ce soir sur la scène de la rue Richer.

Cette note nous montre la débutante empêchée par un état maladif d'une certaine gravité. Il y est question d'influenza, de fièvre intense, de complication pulmonaire. A la vérité, et fort heureusement pour l'héroïne en cause, sa santé est excellente et les raisons pour lesquelles les amateurs de scandales ne. la verront pas ce soir sont à un ordre-tout à fait différent.. Les voici dans toute leur simplicité.. Hier matin, M. Marchand, directeur des-Folies-Bergère, était appelé chez le préfet de police, qui lui demandait officieusement de renoncera faire débuter celle qui sur l'affiche devait porter le nom de l'ex-princesse.

Le scandale, prétendait le préfet, serait extraordinaire et des renseignements qui lui étaient fournis, il ressortait que la débutante serait huée, qu'une foule de gens s'étaient procurés des sifflets à roulette et qu'on lui jetterait à la face des lapins vivants, des pelures de pommes de terre et d'autres objets innommables.

M. Marchand répondit au préfet qu'il redoutait autant que lui ce scandale et que si la « débutante » consentait à renoncer à ses projets de paraître sur son théâtre,  il s'en montrerait fort heureux pour sa part. D'ailleurs il craignait si fort les manifestations brutales qu'il avait interdit qu'on servit aucune consommation dans la salle et qu'il avait fait supprimer les petits bancs et les lorgnettes automatiques.

— Puisque vous partagez mon avis lui, dit le préfet, voyez l'ex-princesse, et tâchez qu'elle ne soit pas hostile à nos sages projets.

» D'ailleurs, je vais la convoquer pour ce soir, six heures, et je vous prie de revenir à mon cabinet à la même heure. »

Puis, congédiant M. Marchand, le préfet ajouta :

— Allons, je commence à croire que nous parviendrons peut-être à éviter tout scandale.

A six heures précisés, M. Marchand arrivait à l'hôtel du boulevard du Palais, où, depuis un quart d'heure, la débutante l'avait précédé. L'héroïne fut reçue la première. Le préfet fit valoir à ses yeux les motifs les plus sérieux qui devaient la détourner de s’exhiber à la foule. Comme la « débutante » semblait ne pas goûter ces raisons et qu'elle prétendait avoir le droit de débuter, le préfet lui fit comprendre qu'il ne voulait prendre officiellement aucune mesure vexatoire avant la représentation, mais que si celle-ci était scandaleuse, ce qui était absolument certain, il se verrait dans la nécessité cruelle de sévir en fermant le théâtre où elle aurait eu lieu et en invitant peut-être la «débutante » a quitter le territoire français — mesure qu'il la suppliait de ne pas l'obliger à employer.

Puis, très amicalement, très paternellement, M. Lépine insista sur des questions d'ordre privé.

Il fut éloquent et persuasif, car à six heures et demie précises, l'ex-princesse, très émue, renonçait à paraître sur la scène des Folies-Bergère.

Ce début à sensation n'aura donc pas lieu, et le scandale que nous redoutions et qui eût été plus formidable que nul ne peut le soupçonner, est heureusement étouffé.

La Presse a quelquefois du bon !

*
*      *

En quittant l'hôtel du Palais, Mme Clara Ward est rentrée à son hôtel, où à peine installée, elle a reçu la visite d'un médecin, elle n'a pas eu de peine à jouer le rôle de malade qui doit expliquer au public sa décision de ne pas paraître aux Folies, car elle était effectivement souffrante.

Le docteur a indiqué l'ordonnance suivante:
Prendre par jour, en deux ou trois fois, deux à trois cuillers à potage de la potion suivante, diluée dans un verre de tisane de mauve :

    Acétate d'ammoniaque 15 gr
    Alcool de racine d'aconit 30 gouttes
    Sirop de codéine 100 gr.
    Eau de fleurs d'oranger 40 gr.

Mme Clara Ward n'a pas décidé encore si elle resterait à Paris ou si elle repartirait pour Berlin, où des offres brillantes lui sont faites par la Belle-Alliance, un music-hall renommé sur les bords de la Sprée.

Ce que nous savons, c'est qu'aujourd'hui même l'héroïne de ce petit roman doit aller poser chez un de nos grands photographes dans le costume suggestif qu'elle devait endosser aux Folies-Bergère.

Enfin, cette tragédie finit heureusement en opérette Mme Clara Ward renonce au théâtre, en France du moins, et rentre ainsi dans la vie privée. Nous n'avons plus à nous occuper d'elle, et nous espérons bien qu'il en sera toujours ainsi.

Ajoutons que Mme Clara Ward qui s'est sagement abstenue d'envoyer du papier timbré au Gaulois aurait moins sagement décidé d'en adresser à un de nos confrères.

Maubersac

 Le centenaire du Haut de forme APL 24/01/97

Le centenaire du « Haut de forme »

Gloire au chapeau dit "haut de forme"
Qui prend ses cent ans aujourd'hui !
S'il eut cette faveur énorme.
Si pendant un siècle il a lui

Sous les rois ou la République,
Sans que ses bords plats ou troussés,
Son fond rigide ou mécanique
Aient jamais été repoussés,

C'est que cet objet plein de chance,
Qui fait notre crâne étoffé
D'une étrange protubérance,
Est né coiffé !
 
 

D'où vient exactement le chapeau dit « haut de forme » ou, en d'autres termes, « tuyau de poêle » ? Une tradition veut que cette coiffure ait  fait son apparition à Londres le 17 janvier 1797. Cette date est attestée par une historiette qui a fait le tour des magazines et qui nous revient.

Le premier porteur d'un tuyau de poêle aurait été John Hetherington, un mercier du Strand.

L'inventeur de ce modèle de coiffure, destinée à révolutionner le monde, sortit dans la rue, devant sa boutique, et aussitôt la foule de se rassembler. Il y eut des bousculades. Finalement, John Hetherington fut poursuivi devant le tribunal du lord-maire, sous l'inculpation d'avoir troublé la paix publique.

Il déclara pour sa défense qu'un citoyen anglais a le droit de se coiffer comme bon lui semble.

Le Times, dans un article en date du 16 janvier 1797, rend compte de ce procès et déclare que John Hetherington est dans son droit.

Quelques excentriques adoptèrent la nouvelle coiffure. Un membre de la famille royale ayant trouvé le chapeau à son goût, le " tuyau de poêle » devint à la mode. De l'Angleterre il passa sur le continent.

C'est la légende. Elle n'a qu'un défaut : c'est d'être en quelque désaccord avec la vérité. Mais qui ne sait que les légendes ont souvent ce malheur, ce qui ne les gêne nullement, d'ailleurs, pour faire leur chemin dans le monde.

Si les Anglais voulaient servir la vérité, il leur faudrait être, à deux points de vue, moins présomptueux. Ils se trompent en assignant une date à l'apparition de cette coiffure et ils se trompent encore en affirmant que ce fut d'abord chez eux qu'elle apparut. Tout au moins s'exagèrent-ils leur savoir. On ne sait pas plus où se montra le premier de ces chapeaux qu'on ne sait à quelle date.

Un seul fait reste acquis. C'est que le «tuyau de poêle » est éternel, tyrannique et indémontable. Il reste à la tête de la civilisation, détesté, haï et porté.

Un jour, Alphonse Karr essaya une protestation. C'était en province. Il mit une casquette de loutre. Elle lui avait coûté trois louis. On lui refusa l'entrée du cercle... Il insista, on fut impitoyable. Il n'était pas en tenue convenable. Furieux, il écrivit sur le registre des visiteurs : « Alphonse Karr de Paris, en casquette. » Mais, le lendemain, il revint en chapeau,

Plus fidèle à ses modes, M. Aurélien Scholl garde le bonnet de loutre qu'il a adopté. Il l'arbore dans le monde, au théâtre, et j'imagine au cercle, et personne ne s'avise qu'il n'est pas convenable. Mais l'exemple d'un homme d'esprit n'a point décidé la multitude qui garde son chapeau haut de forme. Elle le gardera sans doute longtemps. La laideur est un goût qu'on ne prend point sans peine, mais qu'on s'en défait donc lentement pour la peine qu'on a eu à la prendre !

Les Annales Politiques et Littéraires
24 janvier 1897

L'actualité dramatique

 LE DRAME DE LA RUE CHARLES-V - Le Gaulois cf. 920

LE DRAME DE LA RUE CHARLES-V

Tentative de meurtre et suicide

Au mois de janvier dernier, M. Brigot vendait à M. Eugène Bouly son magasin de parfumerie en gros, situé 2, rue Charles-V (quatrième arrondissement).

Son employé, M. Jacob, poussait activement Bouly à l'achat de la maison. Des pourparlers s'engagèrent et aboutirent à la vente moyennant une somme de trente mille francs.

Bouly garda comme employé et associé M. Jacob. Mais au bout de quelques mois, la maison périclita et Bouly reprochait avec véhémence à Jacob de lui avoir fait faire ce marché.

Des scènes violentes éclataient chaque jour entre les deux associés. Bouly était d'une humeur acariâtre. Il souffrait en effet d'une maladie d'estomac et songeait au suicide.

Tout compte fait, i] devait à son prédécesseur une somme de dix-huit mille francs.

Hier, il achetait un revolver de gros calibre, et dans une longue lettre au commissaire de police du quartier de l'Arsenal, il annonçait à ce magistrat qu'il avait résolu de se tuer et le priait de prévenir de sa mort une jeune femme avec qui il entretenait des relations.

Vers deux heures de l'après-midi, Bouly prenait son revolver pour se brûler la cervelle, lorsque soudain Jacob entra dans la pièce où il se trouvait. Une dernière discussion éclate entre les deux hommes. Tout à coup, Bouly, au paroxysme de la fureur, dirigea son arme contre son associe et fit feu à trois reprises différentes.

Deux balles se perdirent. La troisième atteignit Jacob à la mâchoire inférieure.

Croyant avoir tué son adversaire, Bouly dirigea son arme contre lui-même et se logea une balle dans la tempe droite.

Transporté à l'Hôtel-Dieu, il y expirait dix minutes après son arrivée.

La blessure de M. Jacob, bien que présentant une certaine gravité, ne met pas sa vie en danger.

Le Gaulois — 2 septembre 1897

 Le crime de la rue Basfroi

Le crime de la rue Basfroi

Avant-hier, c'était un amant qui tuait sa maîtresse qu'il soupçonnait de trahison, aujourd'hui c'est un mari qui assassine l'amant de sa femme.

L'assassin se nomme Charles Jacquerey. II est âgé de trente-deux ans et travaillait en qualité de chauffeur chez MM. André et Cie, peaussiers, 87, rue Alexandre-Dumas. Il habitait avec sa femme et ses quatre enfants rue de Charonne, 147. Très bon ouvrier, mais n'ayant aucun sentiment de ses devoirs de père de famille, il ne rapportait à la maison qu'une faible partie de sa paye. Le reste, il le laissait dans les débits de vins.

Samedi dernier, il avait touché 30 francs. Quand il rentra, il n'avait plus en sa possession que 13 francs. Sa femme lui fit des reproches.

— Ah ! c'est ainsi, fit-il; eh bien au revoir.

Et il partit en remettant dans son portemonnaie les quelques francs qu'il venait de montrer, sans s'occuper si les siens n'allaient t pas mourir de faim. C'est ce qui serait peut- être arrivé, si sa femme n'était allée demander aide et secours à son parent Édouard Lauwers, qui avait quarante-cinq ans et habitait rue Basfroi, 46 ; Lauwers était ouvrier polisseur ; d'aucuns prétendent, dans le quartier mais rien n'est moins prouvé qu'il avait existé entre eux d'intimes relations avant le mariage de Jacquerey. Celui-ci avait-il eu vent de cette histoire ? On assure encore qu'il savait à quoi s'en tenir à ce sujet et, que, se bouchant les yeux pour ne rien voir, il laissait à sa femme toute liberté d'allure. Quoi qu'il en pût être, Jacquerey ne s'était montré jusqu'à présent, vis-à-vis de la mère de ses enfants, ni plus ni moins prévenant que ne le sont d'habitude les ouvriers pour lesquels le cabaret a plus d'attrait que l'intérieur familial. Il travaillait et buvait beaucoup, il ne désirait rien de plus.

Abandonnée à elle-même, la pauvre femme, entendant ses enfants crier famine, s'adressa à Lauwers à celui qui toujours s'était montré si bon, si affectueux pour elle et ses bébés. Que seraient-ils devenus sans lui ? Jacquerey ne reparaissait plus ; il s'inquiétait bien d'eux, vraiment !

Hier matin, vers cinq heures, Lauwers, avant de se rendre à son atelier, était monté chez la femme Jacquerey. Il lui apportait un peu d'argent.

Au moment où il s'en allait, la porte s'ouvrit brusquement, livrant passage à Jacquerey qui, ivre de vin et de fureur, s'élança vers sa femme en lui faisant les plus terribles menaces. Lauwers se jeta entre eux. Le malheureux a payé de sa vie sa généreuse intervention. Jacquerey sortit un couteau de sa poche et en frappa au défaut de l'épaule celui qu'à tort ou à raison il considérait comme son rival.

— Je suis blessé à mort s'écria l'ouvrier polisseur en s'adressant à la femme Jacquerey. Fuyez ! fuyez !... il vous tuera vous et vos enfants !...

Et il tomba sur le parquet, pour ne plus se relever. Quelques instants plus tard, en effet, il rendait le dernier soupir à l'hôpital Saint-Antoine où on l'avait transporté.

Quant à l'assassin qui était tranquillement sorti de la maison sans que personne osât lui barrer le chemin, il a été arrêté rue Alexandre-Dumas.

M. Le Jaïn, commissaire de police, l'a envoyé au Dépôt, en même temps qu'il faisait transporter à la Morgue le corps de la victime.

Le Figaro — 25 août 1897

 RAFLE DE VAGABONDS

RAFLE DE VAGABONDS

Un charmeur de rats

La Sûreté a opéré l'avant-dernière nuit une rafle parmi les vagabonds qui cherchent un abri sous les ponts. Quarante-cinq individus ont été arrêtés. Sous le pont des Arts, les agents se sont livrés à véritable chasse à l'homme pour s'emparer des vagabonds abrités dans les ferments servant de soutien au tablier du pont. Pour ne pas tomber dans la Seine, les malheureux qui passent la nuit sous ce pont s'accrochent avec leur ceinture et leurs bretelles. Lorsqu'ils ont vu les agents, ils se sont sauvés d'arche en arche pour gagner l'autre rive, mais des agents les y attendaient et les ont capturés au fur et à mesure de leur arrivée.

Parmi les individus arrêtés se trouve un type très curieux, un nommé Émile Schwartz, âge de quarante ans, qui est sans domicile depuis vingt ans. Schwartz qui parcourt la France à pied, de village en village, est un barnum d'un nouveau genre. Il montre des souris blanches et des rats, qu'il loge sur sa poitrine, au-dessus de la ceinture de son pantalon. En même temps que lui, les agents ont amené à la Sûreté ses pensionnaires. Une odeur insupportable due aux croûtes de fromages avariées et aux fruits gâtés dont Schwartz nourrissait rais et souris, s'échappait des poches du vieux vagabond.

Quand on a fouillé Schwartz, les inspecteurs durent sortir de leur asile rats et souris et les déposer à terre. Chose curieuse, aucun de ces animaux ne se sauva et tous se groupèrent autour de leur maître. Ils attendirent derrière la porte du cabinet de M. Cochefert que leur maître sortit de chez le chef de la Sûreté.

Schwartz a été remis en liberté hier matin, et il a quitté la Sûreté avec ses rats et ses souris, qui y avaient trouvé un asile momentané.

Le Gaulois — 10 septembre 1897
Flash janvier

Dans l'actualité du ...

 17 janvier

Dimanche 17 janvier 1897

Le Président de la République a reçu hier dans l'après-midi M. Anatole France, qui lui a été présenté par MM. Gréard, directeur, Sorel, chancelier, et Gaston Boissier, secrétaire perpétuel de l'Académie française.

Après la réception officielle du nouveau nonce, Mgr Clari, le Président de la République a également reçu M. Crisanto Medina, ministre de l'Uruguay, qui lui a présenté ses lettres de créance.


La troisième visite publique au tombeau de Pasteur a eu lieu hier, conformément au règlement qui fixe désormais ces visites aux premier et troisième samedis de chaque mois.

Plus de cinq cents personnes ont défilé de une heure à quatre heures devant le sarcophage, avec un recueillement profond. Un peintre, autorisé par la famille de Pasteur à prendre une vue du tombeau, a profité de ces heures de visite pour ébaucher son tableau à la lumière des cierges qui illuminaient la crypte.


L'explorateur Gabriel Bonvalot, qui doit faire aujourd'hui, à la Sorbonne, une conférence à l'occasion du bicentenaire de Dupleix, quittera Paris à la fin de ce mois, chargé d'une mission « scientifique » par le ministre de l'instruction publique et le ministre des colonies.


On sait que la plupart des arbres situés sur les Champs-Élysées et le Cours-là-Reine, à l'intérieur des clôtures de l'Exposition, vont incessamment disparaître. Cinq cents d'entre eux, reconnus transplantables, seront utilisés soit au bois de Boulogne, soit en remplacement d'arbres morts sur certains boulevards ou avenues. Il en restera une cinquantaine, auxquels leur beauté même sera fatale ce sont ceux qui faisaient l'admiration des promeneurs sur l'emplacement de l'ancien Jardin de Paris. Les dimensions considérables de ces « sujets a ne permet pas de les déplacer; une Commission spéciale va se réunir prochainement pour en estimer la valeur; puis, la hache du bûcheron nous allions dire du bourreau- fera son œuvre.


« Il faut ouvrir l'abée. » Tel était l'euphémisme des Spartiates pour désigner la médication contre la surcharge de l'intestin.

De nos jours, on dit « Il faut prendre un verre de Carabana.» L'universelle célébrité de cette eau salutaire rend cette expression euphémique compréhensible dans tous les pays du monde.


De notre correspondant de Rome

 « La galerie Borghese, la plus riche qui soit au monde et qui fait depuis des siècles l'admiration de tous les visiteurs de la Ville éternelle, va probablement devenir bientôt la propriété de l'Etat. Des négociations ont été engagées, hier même, entre le prince don Paolo Borghese et M. Gianturco, ministre de l'instruction publique et des beaux-arts. » La famille Borghese, qui, comme tant d'autres de l'aristocratie romaine, a été fort éprouvée par le krach du bâtiment, possède là un capital improductif de bon nombre de millions dont elle ne peut rien distraire en vertu de la loi interdisant la vente à l'étranger des objets d'art de haute valeur.

» Qu'il nous suffise de citer, entre autres, la Descente de Croix de Raphaël, la Chasse de Diane, du Dominiquin l'Amour divin et l'Amour profane, du Titien, etc.

» Le ministre, malgré les faibles ressources de son budget, désirerait voir l'État se rendre acquéreur de ces chefs-d'œuvre qui pourraient un jour être dispersés entre les héritiers de la famille Borghese, et il compte présenter dans ce sens un projet de loi au Parlement pour l'ouverture d'un crédit spécial. »


De Monte-Carlo

« La place du Casino a repris sa physionomie de la grande saison. La colonie aristocratique et étrangère a établi, comme toujours, ses assises à l'hôtel de Paris où, à l'heure du « tea room », et le soir, au restaurant, se retrouvent les personnalités de la société élégante en déplacement sur le littoral.


Aucun lait ne peut être comparé à celui de la laiterie du domaine des Pins, 54, rue Taitbout, à Paris.

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Flash janvier sans titre 1

A. ALLAISLe bon mot
d'Alphonse Allais

 Un qui se sait heureux avec une simple illusion est infiniment plus malin que celui qui se désespère avec la réalité.


334. Le Président de la République qui rentrait à Paris le 28 mars au matin, à huit heures et demie, par la gare Montparnasse, était salué à son arrivée par l'amiral Besnard, ministre de la marine; le général Billot, ministre de la guerre; MM. Mersey, chef du cabinet de M. Méline, représentant le président du Conseil absent Crozier, directeur du protocole Blondel, chef du secrétariat particulier du Président de la République; Blanc, directeur de la sûreté générale; Lépine, préfet de police, etc.
A Spa, la température est délicieuse ; on se croirait réellement au mois de mai, et la foule élégante qui est restée à Spa concourt à donner absolument l'illusion de l'été. Le Casino a élaboré un très brillant programme de fêtes pour tout l'hiver.
 Un garçon de recettes disparu - les aveux

Un garçon de recettes disparu

Les aveux des assassins

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 Les foins Theuriet

Les foins

par M. André Theuriet
de l'Académie Française

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Un drame rue Charles V

n terrible drame s'est passé hier, 2, rue Charles V, à la fabrique de parfums Brigot et Cie.

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Les économies de Jean Jollivet l'ont échappé belle

Jean Jollivet a dix-huit ans ; il exerce la profession de valet de chambre. Actuellement sans place, il flânait, avant-hier, dans le faubourg Montmartre, s'arrêtant devant les vitrines qui attiraient sa curiosité.

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 LA VOLTE-FACE DES KIOSQUES

LA VOLTE-FACE DES KIOSQUES

— Pourquoi retourne-t-on les kiosques à journaux?

— Parce que, dit Boireau, la foule trop pressée

Débordait très souvent jusque sur la chaussée

Pour lire les quatrains du célèbre Congo.

Une marchande au savonnier Victor Vaîssier.

Nouvelles à la main

 Le docteur à une de ses clientes

Le docteur à une de ses clientes
— Et votre mari, comment va-t-il? Toujours ses maux d'estomac. Il fume trop et prend trop d'apéritifs. Vous devriez le gronder sévèrement.
— C'est que, docteur. il souffre de l'estomac, mais il ne souffre pas de reproches

 Premiers froids

Premiers froids.
Emmitouflé de fourrures, un monsieur très frileux passe sur le boulevard. Un distributeur de prospectus lui tend un imprimé.
Alors, le monsieur, très poli, sans sortir de ses poches ses mains confortablement gantées :
— Mon ami, je vous remercie. Ayez l'obligeance de jeter vous-même ce papier sur le trottoir.

T... le financier véreux, causait hier

T... le financier véreux, causait hier, de la réorganisation de l'armée.
— Moi, s'écriait-il, si la France était menacée, je volerais à la frontière.
— Parbleu t murmura un assistant, là… ou ailleurs !...

Le jeune Henri sept ans aime à tirer au clair les choses

Le jeune Henri sept ans aime à tirer au clair les choses qu'il entend et qui lui paraissent anormales. Aussi, un beau matin, dit-il à son père:
— Maman dit que tu prends tous les jours une culotte au cercle. Pourquoi portes-tu toujours la même, alors ?

 Les deux adversaires se rendant

Les deux adversaires se rendant au lieu de rendez-vous dans le bois de Vincennes, se rencontrent au guichet de la gare de la Bastille.

X... demande un billet aller et retour.

― Vous êtes donc bien sûr de revenir ? dit Z... narquois.

— Absolument sûr.

— Alors je vous fais des excuses, poursuit Z... subitement radouci.


Echos et nouvelles

 Et la pluie continuait de tomber

Et la pluie continuait de tomber !

Depuis que le pluviomètre à l'usage des observatoires a été inventé, c'est-à-dire depuis plus de deux cents ans, il ne s'est jamais rencontré, paraît-il, un mois de septembre aussi mouillé qu'en l'an de grâce 1897.

Aussi les météorologistes sont fort embarrassés d'expliquer ce phénomène. Songez donc que l'observatoire de la tour Saint-Jacques a enregistré dans l'après-midi d'hier, de midi à trois heures seulement, 10 millimètres d'eau ! Cela représente une moyenne de 100 mètres cubes d'eau par hectare.

On essaye de nous consoler en nous rappelant le souvenir de journées plus désagréables encore, celle du 10 septembre de l'année dernière, par exemple, qui, par suite d'une trombe, de funeste mémoire, nous gratifia de 50 millimètres d'eau dans le court espace de deux heures et demie. Mais toutes ces consolations ne valent pas un bon parapluie !

Le Gaulois — 7 septembre 1897

 POUR LES PHOTOGRAPHES

POUR LES PHOTOGRAPHES

Les bagages et les rayons X — Un cas intéressant — Légitime préoccupation.

Nous avons annoncé qu'à la suite d'expériences faites à la gare du Nord, l'administration se montrerait décidée à installer dans les gares des appareils destinés à l'examen des colis au moyen des rayons X. Un de nos lecteurs, M. Charles Mendel, de la Photo-Revue, nous écrit pour nous signaler que ce système d'exploration du bagage deviendra le point de départ de préjudices toujours considérables pour les personnes qui s'occupent, de photographie. Les plaques sensibles sont très vivement impressionnées par les rayons Rœntgen, et,. pour peu qu'un colis renfermant de ces plaques soit suspecté de contenir des marchandises autres que celles désignées par l'expéditeur, -il sera aussitôt soumis aux expériences investigatrices,: et les plaques sensibles qu'il contient seront irrémissiblement perdues. J'ai donc pensé, monsieur et cher confrère, qu'il était de notre devoir de signaler à qui de droit le danger que peut présenter l'emploi trop généralisé l'instrument dont il s'agit, et j'ai cru bien faire en vous priant de vous joindre moi pour demander, par la voie de votre journal:

1° Qu'un laboratoire éclairé à la lumière rouge soit établi le plus tôt possible dans les gares où s'effectuent les visites et examens dont il s'agit

2° Que tout colis portant d'une façon apparente l'indication « Plaques photographiques » soit écarté soigneusement de la zone d'influence de l'ampoule et, s'il y a lieu, à l’examen, transporté dans le laboratoire rouge, ouvert par un employé compétent avec toutes les précautions d'usage, soigneusement refermé ensuite et réexpédié dans l'état de conservation où il se trouvait avant l'ouverture

3° Qu'il en soit de même pour tout bagage, tout colis porté à la main par le voyageur si celui-ci déclare qu'il contient des plaques sensibles.

Renvoyée qui de droit, cette demande, qui sera appuyée par tous les photographes amateurs.

Le Matin — 19 août 1897

 Plus de chauves - APL 21 mars 1897

Plus de chauves !...

Rassurez-vous, ce n'est pas une réclame. Il s'agit d'une découverte très sérieuse faite par M. le docteur Sabouraud et communiquée cette semaine à la Société de dermatologie. Le savant docteur serait parvenu, assure-t-on, à déterminer le microbe de la calvitie. Et ledit microbe qui, depuis tant de siècles, se prélassait tranquillement en son repaire et toute la colonie microbienne, qui infestait le follicule de tant de crânes, vont être sommés de déguerpir...

Chauve qui peut !

Jusqu'à présent, l'état de chauve était généralement très mal considéré. Les journalistes blaguaient assez volontiers les « boules de billard » de quelques honorables sénateurs. Les rapins prétendaient que tels de leurs professeurs avaient coutume de se mettre « le genou sur la tête ». Mille plaisanteries sur les porteurs de perruques étaient devenues légendaires.

Il va falloir en rabattre. Tout le monde aura des cheveux désormais. Oui, mesdames ! Des cheveux qu'il ne sera pas nécessaire d'aller emprunter aux Chinoises ou aux Napolitaines. Des cheveux à soi, qu'on n'aura plus crainte de voir s'éclaircir ou disparaître sous l'action des brosses, des fers à friser et des liquides corrosifs de maintes parfumeries.

Adieu les perruques, adieu les nattes fausses, adieu les recettes de toutes sortes qui avaient la prétention de faire pousser des moissons capillaires sur les terrains les plus arides !...

C'est un krach pour les coiffeurs.

Car ce n'est pas d'aujourd'hui que les moins chevelus d'entre eux offrent à leur clientèle des lotions régénératrices de la chevelure. Je retrouve dans mes notes une très vieille ordonnance, déchiffrée autrefois par le professeur Macalisber, de Cambridge, dans un papyrus égyptien. Il s'agit d'une eau destinée à faire repousser les cheveux de la mère d'un roi de la première dynastie égyptienne, qui régna je ne sais combien d'années avant Jésus-Christ.

Voici cette prescription :
- Bourrelets de pieds de chien : 1
- Dattes : 1
- Sabots d'âne :1
Faire bouillir le tout dans l'huile et s'en frotter énergiquement le cuir-chevelu.

Ce remède, après tout, n'était peut-être pas pire que de nombreuses mixtures préconisées depuis.

Mais j'y songe : Quand il sera si facile à tout le monde d'avoir le crâne plus touffu qu'Absalon, la calvitie n'aura-t-elle plus d'adeptes ? Que dis-je ! Elle en aura' plus que jamais. Elle sera la ressource suprême de ceux qui veulent à tout prix se distinguer. Les snobs la mettront à la mode. Les poètes chevelus, ne pouvant plus se faire remarquer autrement et craignant de passer inaperçus, deviendront des poètes chauves. Et j'imagine que, pour réparer le désastre que la science va leur causer, d'ingénieux coiffeurs ne tarderont pas à trouver quelques produits « infaillibles » destinés à combattre, à arrêter même pour toujours la... pousse des cheveux !

Sergines - APL - mars 1897

 LES PIGEONS VOYAGEURS

LES PIGEONS VOYAGEURS

Dans la Seine — Les entraînés et les non entraînés.

Le Bulletin municipal a publié, il y a quelques temps, l'avis relatif aux prescriptions de la loi du 22 juillet 1896 sur l'installation des pigeonniers.

A ce sujet, il .n'est pas sans intérêt de connaître le nombre de pigeons voyageurs existant à Paris et dans les communes des arrondissements de Saint-Denis et de Sceaux.

Conformément au décret du 15 septembre qui prescrit chaque année le recensement des pigeons voyageurs, ce recensement a été opéré en janvier 1896. Le résultat de cette opération vient d'être publié.

A Paris, il y a 16,364 pigeons-voyageurs se décomposant en 8,778 pigeons non entraînés et 7,586 pigeons entrainés et se répartissant entre 828 propriétaires.

Dans l'arrondissement de Saint-Denis, il y a 9,071 pigeons voyageurs 4,854 non entraînés et 4,217 entraînés, se répartissant entre 495 propriétaires.

Dans l'arrondissement de Sceaux, 369 propriétaires possèdent 4,800 pigeons dont 3,033 non entraînés et 1,677 entraînés.

Le département de la Seine possède donc 30,235 pigeons voyageurs, dont 16,665 non entraînés et 13,570 entraînés, appartenant à 1,692 propriétaires. Rappelons que la loi du 22 juillet 1896 substitue à la déclaration pure et simple, exigée sous l'ancienne législation, l'obligation pour toute personne voulant avoir un colombier, d'en obtenir préalablement l'autorisation du préfet, et pour toute personne qui reçoit un pigeon voyageur l'obligation d'en faire la déclaration à la mairie.

Le Matin — 4 mars 1897

 Le premier mouchoir de poche - 1897

Le premier mouchoir de poche

A propos des coryzas que déterminent les premiers froids de l'automne, il n'est point sans actualité de parler du mouchoir de poche.

Empruntons quelques détails à l'Echo du Public. Le premier mouchoir de poche connu fut porté en Europe, il y a trois cent cinquante ans. La femme qui fit faire ce grand pas à la civilisation était une belle Vénitienne à laquelle son fazzoletto valut un légitime succès.

L'Italie est donc le berceau des mouchoirs de poche ; bientôt, ils passèrent les Alpes et se répandirent en France, où ils furent adoptés par les seigneurs et les dames de la cour de Henri II.

Le mouchoir de cette époque, fabriqué avec les tissus les plus coûteux, orné de précieuses broderies, était un objet de grand luxe. Sous Henri III, on eut l'idée de le parfumer.

Ce n'est guère qu'en 1580 que l'Allemagne se familiarisa avec cet objet de toilette. Il ne servait qu'aux princes, aux personnes très riches. C'était aussi un cadeau que l'on faisait aux fiancés illustres. Il fut l'objet de lois somptuaires, et un édit, publié à Dresde en 1595, en interdit formellement l'usage aux gens du peuple.

Depuis, il s'est beaucoup vulgarisé, heureusement. Il convient donc, dit notre confrère, de rendre grâces à la belle Vénitienne qui inventa le mouchoir. N'est-il pas pénible, en effet, de songer que les beautés les plus célèbres du moyen âge ne connurent pas cet utile petit morceau d'étoffe, et que la Béatrice de Dante, par exemple, et la Laure de Pétrarque se mouchèrent peut-être dans leurs doigts ?...

APL - 3 octobre 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

Le Journal de 1897

Le journal de 1897 et des environs doit être vu avec un exploreur prenant en charge la mise en colonnes.
Chaque page se crée quand vous la consultez.
Les textes en ligne sont des reflets de la société française de la fin du XIXème siècle. La question est : "le Monde change-t-il vraiment ?".

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