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SIXIEME ANNÉE N°3102

 

141ème jour de l'année

   


Lundi
21
Mai 1897

 Le scandale des Folies-Bergère évité - 15 avril 1897

Le scandale
des Folies-Bergère évité

Une indisposition de commande.
Intervention du préfet de police. — Exhibition interdite

Le Gaulois — 15 avril 1897

Le Gaulois avait signalé avec une indignation légitime les débuts prochains, sur la scène des Folies-Bergère, de l'ex-princesse et nos confrères, convaincus comme nous du scandale formidable que cette exhibition devait fatalement soulever, nous avaient emboîté le pas. Notre juste appel a été entendu. La « débutante » ne débutera pas. Nous en sommes un peu la cause et nous nous en félicitons hautement. En cette circonstance, M. Lépine a droit à nos remerciements et nous les lui marchanderons d'autant moins qu'on sait que les fonctionnaires de la république nous donnent rarement l'occasion de les féliciter.

On lira plus loin à la rubrique du « Courrier -des spectacles » la note officielle que le théâtre des Folies-Bergère nous a adressée pour nous faire savoir que l'ex-princesse ne débutait .pas ce soir sur la scène de la rue Richer.

Cette note nous montre la débutante empêchée par un état maladif d'une certaine gravité. Il y est question d'influenza, de fièvre intense, de complication pulmonaire. A la vérité, et fort heureusement pour l'héroïne en cause, sa santé est excellente et les raisons pour lesquelles les amateurs de scandales ne. la verront pas ce soir sont à un ordre-tout à fait différent.. Les voici dans toute leur simplicité.. Hier matin, M. Marchand, directeur des-Folies-Bergère, était appelé chez le préfet de police, qui lui demandait officieusement de renoncera faire débuter celle qui sur l'affiche devait porter le nom de l'ex-princesse.

Le scandale, prétendait le préfet, serait extraordinaire et des renseignements qui lui étaient fournis, il ressortait que la débutante serait huée, qu'une foule de gens s'étaient procurés des sifflets à roulette et qu'on lui jetterait à la face des lapins vivants, des pelures de pommes de terre et d'autres objets innommables.

M. Marchand répondit au préfet qu'il redoutait autant que lui ce scandale et que si la « débutante » consentait à renoncer à ses projets de paraître sur son théâtre,  il s'en montrerait fort heureux pour sa part. D'ailleurs il craignait si fort les manifestations brutales qu'il avait interdit qu'on servit aucune consommation dans la salle et qu'il avait fait supprimer les petits bancs et les lorgnettes automatiques.

— Puisque vous partagez mon avis lui, dit le préfet, voyez l'ex-princesse, et tâchez qu'elle ne soit pas hostile à nos sages projets.

» D'ailleurs, je vais la convoquer pour ce soir, six heures, et je vous prie de revenir à mon cabinet à la même heure. »

Puis, congédiant M. Marchand, le préfet ajouta :

— Allons, je commence à croire que nous parviendrons peut-être à éviter tout scandale.

A six heures précisés, M. Marchand arrivait à l'hôtel du boulevard du Palais, où, depuis un quart d'heure, la débutante l'avait précédé. L'héroïne fut reçue la première. Le préfet fit valoir à ses yeux les motifs les plus sérieux qui devaient la détourner de s’exhiber à la foule. Comme la « débutante » semblait ne pas goûter ces raisons et qu'elle prétendait avoir le droit de débuter, le préfet lui fit comprendre qu'il ne voulait prendre officiellement aucune mesure vexatoire avant la représentation, mais que si celle-ci était scandaleuse, ce qui était absolument certain, il se verrait dans la nécessité cruelle de sévir en fermant le théâtre où elle aurait eu lieu et en invitant peut-être la «débutante » a quitter le territoire français — mesure qu'il la suppliait de ne pas l'obliger à employer.

Puis, très amicalement, très paternellement, M. Lépine insista sur des questions d'ordre privé.

Il fut éloquent et persuasif, car à six heures et demie précises, l'ex-princesse, très émue, renonçait à paraître sur la scène des Folies-Bergère.

Ce début à sensation n'aura donc pas lieu, et le scandale que nous redoutions et qui eût été plus formidable que nul ne peut le soupçonner, est heureusement étouffé.

La Presse a quelquefois du bon !

*
*      *

En quittant l'hôtel du Palais, Mme Clara Ward est rentrée à son hôtel, où à peine installée, elle a reçu la visite d'un médecin, elle n'a pas eu de peine à jouer le rôle de malade qui doit expliquer au public sa décision de ne pas paraître aux Folies, car elle était effectivement souffrante.

Le docteur a indiqué l'ordonnance suivante:
Prendre par jour, en deux ou trois fois, deux à trois cuillers à potage de la potion suivante, diluée dans un verre de tisane de mauve :

    Acétate d'ammoniaque 15 gr
    Alcool de racine d'aconit 30 gouttes
    Sirop de codéine 100 gr.
    Eau de fleurs d'oranger 40 gr.

Mme Clara Ward n'a pas décidé encore si elle resterait à Paris ou si elle repartirait pour Berlin, où des offres brillantes lui sont faites par la Belle-Alliance, un music-hall renommé sur les bords de la Sprée.

Ce que nous savons, c'est qu'aujourd'hui même l'héroïne de ce petit roman doit aller poser chez un de nos grands photographes dans le costume suggestif qu'elle devait endosser aux Folies-Bergère.

Enfin, cette tragédie finit heureusement en opérette Mme Clara Ward renonce au théâtre, en France du moins, et rentre ainsi dans la vie privée. Nous n'avons plus à nous occuper d'elle, et nous espérons bien qu'il en sera toujours ainsi.

Ajoutons que Mme Clara Ward qui s'est sagement abstenue d'envoyer du papier timbré au Gaulois aurait moins sagement décidé d'en adresser à un de nos confrères.

Maubersac

 EFFROYABLE DRAME

EFFROYABLE DRAME

UNE MÈRE TUE SES FILLES ET SE SUICIDE

Après les jours de bonheur — De spéculations en spéculations — La peur de la misère — Les bols empoisonnés — Le père.

Une mère a eut le criminel courage, de donner la mort à ses deux enfants, deux êtres adorés, et elle a bu ensuite ce qui restait de la coupe empoisonnée. Morte aussi, la mère !

Cette femme n'était point du peuple elle appartenait, au contraire, de par son mariage, à la noblesse provinciale. Causes de ce drame douloureux, la peur de la misère, la crainte de la déchéance sociale avec toutes ses conséquences mesquines et offensantes. Cette mère de famille, jeune encore et d'une santé robuste, aurait pu faire comme ses pareilles de la caste inférieure travailler opiniâtrement pour assurer l'existence de ses enfants et celle de son mari, malade mais elle a préféré s'abstraire violemment d'une humanité où l'effort pour vivre, s'il est souvent pénible, est, du moins, toujours méritoire et souvent glorieux.

Faiblesse de corps et lâcheté d'âme, diront sans doute les chroniqueurs qui, demain, épilogueront sur cet événement tragique, à moins qu'ils ne magnifient l'acte insensé de cette mère qui a préféré se débarrasser de ses enfants, puis disparaître elle-même plutôt que de voir le somptueux mobilier qui servait de cadre à sa jeunesse et à sa beauté tomber aux mains avides des brocanteurs.

C'est à Neuilly que le drame s'est déroulé c'est là que nous sommes allés chercher nos renseignements, et voici ce que nous avons appris.

 

Le ménage Huot de Grancourt.

M. Huot de Grancourt, âgé de quarante et un ans, fils d'un riche propriétaire du département du Nord, habitant Lille, épousait, il y a six ans, une jeune fille de treize ans plus jeune que lui, appartenant à une aristocratique famille du pays, et qui lui apportait une dot des plus respectables. Peu auprès, le père de M. de Grancourt décédait, laissant a son fils une fortune évaluée à douze cent mille francs, représentée surtout par des fermes et des terrains à bâtir situés dans les environs de Lille et dans le voisinage de plusieurs autres villes du département du Nord.

Les premières années du ménage furent heureuses, et M. de Grancourt, en 1893, devint père d'une petite fille, qu'il fit baptiser Edmée, et, en d'une autre fillette, à laquelle on donna le prénom de Jeanne. En M. Huot de Grancourt vint à Paris, où il séjourna pendant quelques mois; puis il alla habiter Neuilly, où il avait loué un très confortable appartement, au n° 106 de l'avenue de Neuilly, au quatrième étage d'un somptueux immeuble moderne. Les habitudes de luxe des époux de Grancourt, les difficultés qu'ils rencontraient pour faire rentrer le produit de leurs fermes obligèrent le mari à chercher des ressources ailleurs. M. de Grancourt tenta quelques opérations de Bourse qui lui réussirent, et il réalisa notamment sur les Mines d'or des gains très appréciables. Grisé par ce premier succès, M. de Grancourt s'aboucha avec des hommes d'affaires, dont les manœuvres entraînèrent bientôt sa ruine.

Après avoir vendu, toutes ses propriétés, il s'engagea dans des spéculations qui le laissèrent sans un sou vaillant.

M. de Grancourt et sa famille habitaient Neuilly depuis six mois l'appartement se composait de cinq pièces. et était d'un loyer annuel de quinze cents francs. Quand il quitta Paris, le ménage ne possédait plus que six mille francs. Le trimestre fut payé d'avance, et M. de Grancourt, espérant toujours se relever, essaya avec ce qui lui restait d'argent de refaire sa fortune.

Hélas la chance l'avait complètement abandonné, et M. de Grancourt dut avouer, un beau matin, sa jeune femme qu'il ne lui restait plus rien… rien !...

La malheureuse femme perdit alors complètement la tète. Elle écrivit à toutes ses amies de pension des lettres désespérées; on lui promit de venir à son aide, et, en effet, elle reçut diverses sommes d'argent, qu'elle dépensa pour tenir son train de maison. Elle dépensa même tant et si bien que le terme d'avril arriva et qu'il lui fut impossible de payer le propriétaire.

Une saisie fut opérée, et M. de Grancourt reçut son congé.

 

De l'argent !

A ce moment, la jeune femme s'employa par tous les moyens possibles à trouver de l'argent elle se rendit chez divers amis de la famille et réussit encore à réunir une certaine somme, que le mari risqua dans une spéculation désastreuse.

Pour comble de malheur, M. de Grancourt, sur ces entrefaites, fut pris de douleurs sciatiques et dut garder le lit espérait à ce moment rétablir sa fortune, car il avait été sollicité de prendre la direction d'une importante affaire industrielle. Ce dernier coup du sort désespéra complètement le ménage. Mme de Grancourt persuada à son mari de mourir avec elle; mais; avant, elle se rendit auprès de ses amies afin d'obtenir le placement de ses deux petites filles, dont elle ne rêvait pas encore la mort. On ne lui indiqua que des maisons où le prix de la pension était très élevé. Et l'orgueilleuse mère ne voulut pas avouer quelle n'avait pas d'argent. D'autre part, elle n'aurait jamais consenti à placer ses deux fillettes dans un orphelinat gratuit, elle ne voulait pas qu'Edmée et Jeanne fussent élevées avec des enfants d'ouvriers, qu'elles subissent leur promiscuité !

«J'aime mieux mourir, écrivait-elle, plutôt que mes deux filles soient en proie aux luttes de la vie. » Elle se rendit cependant dans plusieurs établissements où on lui avait promis que ses enfants seraient bien traitées, notamment à l'Enfant-Jésus mais elle ne put se résoudre à accomplir ce sacrifice. Cette fois, elle proposa à son mari de s'asphyxier avec les deux fillettes:

M. de Grancourt temporisa, toujours confiant en l'avenir. Effrayé par les propositions de sa femme, il disait à un ami :

— J'adore Marguerite mais elle-est affolée ; j'ai peur d'un coup de tête. Si j'étais valide, je travaillerais et nous vivrions, modestement sans doute, mais nous vivrions.

Depuis le 15 avril, Mme de Grancourt était dans un état de surexcitation extraordinaire. Elle écrivait à tout le monde, annonçant sa détermination d'en finir avec la vie, et, chaque fois qu'un secours se présentait, elle le refusait, ne voulant pas, disait-elle, accepter d’aumône.

 

Les lettres.

Bref, ce qui devait arriver arriva. Avant-hier soir, Mme Marguerite-Louise de Grancourt s'enferma, vers dix heures et demie, après avoir couché ses enfants, dans son cabinet de toilette, et elle écrivit cinq lettres.

Dans l'une, adressée à son mari, elle disait en substance :

« Pardon, mon pauvre ami mais, après nos efforts pour la lutte, il vaut mieux que nous te quittions tous les trois le fardeau sera moindre. »

Et elle ajoutait : « Nous t'attendons. »

Dans une autre missive, adressée à une amie, elle écrivait :

« Je préfère à la vie horrible qui nous menace, la mort, qui va nous délivrer, mes enfants et moi, des étreintes dé la misère. » Puis, dans une troisième, elle demandait pardon à Dieu et aux hommes d'avoir « assassiné » ses enfants.

Jusqu'à minuit, elle écrivit ainsi. Puis, vers minuit un quart, elle pénétra dans la salle à manger, où dormaient dans leurs berceaux les deux fillettes.

Elle s'avança sur la pointe des pieds, car le père, qui prévoyait le drame et était inerte sur sa couche, surveillait anxieusement la porte de communication.

 

Le drame.

Alors, comme elle faisait tous les soirs, Mme de Grancourt s'approcha d'Edmée, la baisa sur le front et lui demanda, tout bas, bien bas :

— Tu as soif, ma chérie ?

— Oui, maman, répondit l'enfant.

Edmée but et tomba foudroyée sur sa couchette.

La mère venait de lui faire absorber du cyanure potassium.

Puis la mère se dirigea vers le berceau de Jeanne et lui fit également boire le mortel liquide.

Elle embrassa encore une fois les deux petits cadavres, puis absorba elle-même, d'un seul trait, ce qui restait de poison au fond du flacon

Elle poussa un cri terrible et se dirigea, chancelante; vers la chambre à coucher. M. Huot de Grancourt se dressa sur son lit de douleur et vit sa femme s'avancer vers lui, puis s’affaisser, comme une masse sur le parquet, en s'écriant, dans un râle suprême :  — Elles sont mortes !... Je les ai tuées… Pardon !

La bonne, qui couche dans une pièce continue à celle de son maître, ayant entendu le cri d'angoisse de la jeune femme, se précipita dans la chambre à coucher et se trouva en présence d'un terrifiant spectacle.

Sa mairesse était étendue au pied du lit. Une écume blanchâtre floconnait aux commissures de ses lèvres, et M. de Grancourt, les yeux agrandis par l'effroi; était penché vers elle, essayant vainement de se soulever sur sa couche de douleur.

Alors ce fut dans la maison un véritable affolement. La bonne se précipita dans l'escalier et appela au secours. Les voisins accoururent et trouvèrent les enfants morts dans leur barcelonnette et la mère inanimée près du mari paralysé par l'horreur.

 

Les constatations.

La concierge et son fils allèrent prévenir M. Cotillon, commissaire de police, qui arriva accompagné des agents du poste, car dans la rue, malgré l'heure tardive, la foule s'attroupait et voulait forcer la porte de la maison pour pénétrer et voir;

Le magistrat a reçu la déposition de M. Huot de Grancourt. Son récit est celui que nous venons de faire nous-même. Le magistrat a pris les lettres écrites par Mme Marguerite de Grancourt et les a expédiées à leurs adresses, puis il s'est retiré.

Quand il- fut seul, M. de Grancourt, toujours immobilisé sur son lit par son mal, voulut contempler les traits des trois êtres qu'il avait adorés. Des voisins apportèrent dans leurs bras les corps des deux fillettes, et les lèvres du malheureux père longuement restèrent collées au front des enfants Puis les deux petites filles ont été replacées chacune dans son berceau, tout proche de leur mère, étendue sur un lit semé de fleurs printanières. Des cierges ont été allumés, puis M. de Grancourt a prié tout le monde de se retirer, et il est reste seul avec ses chères mortes.

 

Douleur poignante.

Le malheureux mari, que nous avons pu voir hier soir, est dans un état d'abattement tel que l'on craint pour sa raison. Il ne sait plus ce qui s'est passé. Il pleure, et ses sanglots sont coupés à chaque instant par des cris que lui arrache la souffrance.

La bonne, très émotionnée par l'événement, est couchée dans sa chambre voisine et est chargée de surveiller l'infortuné mari afin qu'il n'attente pas à ses jours. Une seule personne s'est rendue, hier après midi, 106, avenue de Neuilly mais, sur les conseils mêmes des voisins, elle n'a pas cru devoir monter.

Ce douloureux événement a produit une grosse émotion à Neuilly.

La famille, qui habite, comme nous l'avons dit, le département du Nord, a été prévenue.

La date des obsèques des trois victimes de cet horrible drame ne sera fixée qu'aujourd'hui.

Le Matin — 2 mai 1897

L'actualité dramatique

 LE DRAME DE LA PLACE DES VICTOIRES - 2

LE DRAME DE LA PLACE DES VICTOIRES

II paraît hors de doute maintenant que M. le comte de Malmignati, dont nous avons raconté hier la tragique aventure, place des Victoires, a été la victime d'un dément alcoolique.

Rue de Buffon, 5, on nous a déclaré qu'Octave Blin avait habile l'immeuble d'août 1895 au.8 octobre dernier.

— Il vivait alors avec sa seconde femme et un enfant qu'il en avait eu, nous dit le concierge. Il n'était reste que neuf mois en ménage avec sa première femme et le divorce avait été prononcé entre eux.

» Blin s’était remarié, mais sa seconde femme fut obligée de le quitter et d'emmener son enfant. Les brutalités de son mari n'étaient pas supportables. Blin, qui, était alors porteur au panier, ne parvenait pas à gagner sa propre vie. Son père, ancien boucher en province, lui payait son loyer et l'entretenait pour ainsi dire.

» Blin a fait ses études au lycée de Blois et a un frère médecin de la mariné. Sa sœur est mariée à un huissier de Pau.

» Il n'est nullement anarchiste et ne s'est jamais occupé de politique. Il buvait énormément et il ne saurait y avoir de doute. Il a agi sous l'influence d'un accès de folie alcoolique, »

Même note rue Poliveau, 17, où Blin, nous l'avons dit, était allé habiter en quittant la rue de Buffon. Il rentrait chaque jour dans un état d'ébriété avancé, toujours gorgé d'absinthe, prodiguant grossièretés et menaces. Depuis dimanche, nous ne l'avions pas vu.

» Blin ne faisait jamais de politique. Tous les locataires sont unanimes à croire à un accès de folie alcoolique.

» D'autre part, le parquet n'exclurait pas toute préméditation de l'acte inqualifiable accompli par Blin.

» Car il a maintes fois déclaré.et verbalement et par écrit, qu'il « ferait un coup d'éclat pour déshonorer sa famille ».

Nous l'avons dit, la blessure du comte de Malmignati n'est pas grave. Le cuir chevelu, seul a été entamé, et les médecins ont recousu sa blessure, qui paraissait tout d'abord horrible.

M. de Malmignati est très affaibli par l'énorme quantité de sang qu'il a perdu.

Le Gaulois — 9 janvier 1897

 LE FEU

LE FEU

Hier matin, à sept heures, l'alarme était donnée aux pompiers le feu venait de se déclarer dans une chambre de la maison sise, 144, boulevard de La Villette. Deux lances furent mises en manœuvre quelques instants plus tard et, au bout d'une demi-heure d'efforts, le feu était éteint.
Mais, en procédant à la reconnaissance des dégâts, on découvrit dans le fond de la chambre, étendu sur un lit, le cadavre d'un homme asphyxié. Les flammes avaient commencé à le défigurer.
On croit que ce malheureux, qui se nommait Charles B. et était locataire de la pièce incendiée, aura voulu se suicider au moyen de charbon et que le feu aura été mis accidentellement à la chambre.
Autre feu, à onze heures et demie, rue du Faubourg-Saint-Denis, 2, chez M. Deloille, pharmacien. Il a été rapidement éteint par les pompiers de la caserne du Château d'Eau.
Les pertes sont peu importantes.

Le Figaro - 3 août 1897

 RAFLE DE VAGABONDS

RAFLE DE VAGABONDS

Un charmeur de rats

La Sûreté a opéré l'avant-dernière nuit une rafle parmi les vagabonds qui cherchent un abri sous les ponts. Quarante-cinq individus ont été arrêtés. Sous le pont des Arts, les agents se sont livrés à véritable chasse à l'homme pour s'emparer des vagabonds abrités dans les ferments servant de soutien au tablier du pont. Pour ne pas tomber dans la Seine, les malheureux qui passent la nuit sous ce pont s'accrochent avec leur ceinture et leurs bretelles. Lorsqu'ils ont vu les agents, ils se sont sauvés d'arche en arche pour gagner l'autre rive, mais des agents les y attendaient et les ont capturés au fur et à mesure de leur arrivée.

Parmi les individus arrêtés se trouve un type très curieux, un nommé Émile Schwartz, âge de quarante ans, qui est sans domicile depuis vingt ans. Schwartz qui parcourt la France à pied, de village en village, est un barnum d'un nouveau genre. Il montre des souris blanches et des rats, qu'il loge sur sa poitrine, au-dessus de la ceinture de son pantalon. En même temps que lui, les agents ont amené à la Sûreté ses pensionnaires. Une odeur insupportable due aux croûtes de fromages avariées et aux fruits gâtés dont Schwartz nourrissait rais et souris, s'échappait des poches du vieux vagabond.

Quand on a fouillé Schwartz, les inspecteurs durent sortir de leur asile rats et souris et les déposer à terre. Chose curieuse, aucun de ces animaux ne se sauva et tous se groupèrent autour de leur maître. Ils attendirent derrière la porte du cabinet de M. Cochefert que leur maître sortit de chez le chef de la Sûreté.

Schwartz a été remis en liberté hier matin, et il a quitté la Sûreté avec ses rats et ses souris, qui y avaient trouvé un asile momentané.

Le Gaulois — 10 septembre 1897

Dans l'actualité du ...

 7 février

Dimanche
7 février 1897

Le comte de Munster a reçu hier matin un télégramme de l'empereur d'Allemagne lui ordonnant de se présenter chez le général de Galliffet dont il avait appris la maladie.

Aux termes de la dépêche du souverain, l'ambassadeur devait se rendre chez le général de Galliffet «pour prendre de ses nouvelles et lui porter l'expression des vœux de l'Empereur pour son prompt rétablissement ».

Haute et flatteuse courtoisie entre deux soldats.

Le comte de Munster s'est acquitté dès la première heure de l'après-midi de cette mission.

Ajoutons que le général de Galliffet est tout à fait hors de danger, mais son rétablissement nécessite encore un repos de plusieurs semaines.


C'est ce soir que M. Berteaux, l'agent de change socialiste bien connu, donne, à l'hôtel Continental, ce grand banquet où le radicalisme triomphant doit célébrer, sous la présidence de M. Léon Bourgeois, la grande victoire des élections municipale.

On nous annonçait une manifestation monstre ; on nous disait « Vous verrez là des hommes dont la présence vous surprendra. » Mais il en est de ce festin comme du festin ridicule on n'aura ni Lambert ni Molière. Ils seront remplacés par les Baduel, les Isambert, les Bérard et autres Mesureurs.

Tout compté, on sera, tant sénateurs que députés, cent cinquante à table.


M. Baduel ne pouvait se consoler d'avoir perdu son fauteuil et, depuis qu'il ne présidait plus la gauche démocratique, son visage, autrefois radieux, était comme voilé d'un crêpe. Cet homme, invariablement satisfait et content de soi-même, devenait morose et lugubre. Ce ne fut, par bonheur, qu'une éclipse. Le voilà redevenu souriant; sa joue est de nouveau fleurie et son œil, qui s'éteignait, se rallume. Il ne préside plus la gauche démocratique, c'est vrai; mais le Club des 100 kilos vient de l'élire président d'honneur.


Parmi les nominations au grade de chevalier de la Légion d'honneur du ministère de l'instruction publique, figurait le nom de J.-H. Rosny. Comme ce nom étiquette la collaboration des deux frères Rosny, nous avons demandé auquel des deux était attribué le ruban rouge.

L'un des Rosny nous répond « A l'aîné. »

C'est parfait. Mais le mystère n'est pas éclairci pour cela. Quel est l'aîné des deux? celui qu'on connaît ou l'autre?


Une délicate attention de l'empereur et de l'impératrice de Russie.

Les seize jeunes filles qui prirent part à la pose de la première pierre du pont Alexandre-III et offrirent aux souverains russes, au nom du haut commerce parisien, un magnifique vase ciselé rempli de fleurs, viennent de recevoir chacune la photographie de la famille impériale dans un superbe cadre aux armes de la Russie.


Une rencontre au pistolet a eu lieu hier, dans les environs de Paris, entre MM. Marcel Proust et Jean Lorrain, à la suite d'un article publié par ce dernier sous la signature Raitif de La Bretonne. Deux balles ont été échangées sans résultat. Les témoins de M. Marcel Proust étaient MM. Gustave de Borda et Jean Béraud ceux de M. Jean Lorrain, MM. Octave Uzanne et Paul Adam.


L'arme la plus puissante pour combattre la pléthore abdominale est la célèbre eau de Carabana. Prendre tous les matins à jeun, immédiatement avant le petit déjeuner, un verre de cette eau salutaire, c'est acquérir une sorte d'immunité contre les maladies de l'estomac.


La jolie salle de spectacle de la Maison d'Art, du boulevard de Clichy, prête en ce moment ses murs aux paysages de M. Beauverie. Toute la journée et le soir, c'est un défilé de connaisseurs qui applaudissent à l'œuvre de l'artiste, et qui, en descendant, s'arrêtent longuement dans les salles de cette parisienne institution, particulièrement à l'exposition des tableaux sans cadres, une idée que Louis Levens est en train de faire triompher.


Bien qu'à l'exemple de toutes les stations hivernales, Dax ait été quelque peu troublé par les intempéries, le mouvement des étrangers qui viennent demander la santé aux Grands Thermes ne laisse pas d'être satisfaisant. Au surplus, on sait quelles ingénieuses précautions sont prises pour protéger les hôtes de cet établissement contre les secousses climatériques. Les Grands Thermes sont un modèle en ce genre, et un modèle unique.

sans titre 1
sans titre 1

A. ALLAISLe bon mot
d'Alphonse Allais

 Je comprends que le clergé soit partisan du repos dominical: c'est le dimanche que ces messieurs travaillent le plus.


329. Le 22 mars 1897, la colonie allemande de Paris célébrait le centenaire de la naissance de L'empereur Guillaume Ier , grand-père de l'empereur d'Allemagne actuel, par un banquet de cent cinquante couverts, servi dans la grande salle des fêtes de l'hôtel Continental, sous la présidence du baron de Tann, chargé d'affaires de Bavière.
On ne saurait rêver plus aristocratique société que celle qui se presse autour des sources de Royat. Aperçu entre les buvettes, le parc et l'établissement le prince Louis de Broglie, le baron et la baronne de Maleprade, la comtesse de Moré-Pontgibaud, la comtesse d'Adhémar, le colonel et Mme Campbell, la baronne de Bressolles, H. de Lahoze, etc., etc.
 Un garçon de recettes disparu - la reconstitution

L'assassinat du garçon de recettes

Comme nous l'avons annoncé la reconstitution de l'assassinat du garçon de recettes Lamare a été faite, hier matin , à Gentilly.

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 La Migration de Paris.

La Migration de Paris.

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Le boa de la rue du Sentier

Un serpent boa, né au Sénégal l'année derniers et échoué à Paris par suite de circonstances que nous racontons plus loin, s'est permis, hier, une petite fugue qui n'a pas été sans causer quelque émotion dans un des quartiers les plus commerçants du deuxième arrondissement.

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L'homme aux 18 coups de revolver

Le commissaire de police du quartier du Mail recevait, hier matin, une longue épitre dans laquelle le signataire, habitant le quartier d'Auteuil, lui annonçait qu'il allait se suicider dans son quartier parce qu'il connaissait sa discrétion.

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 L'ART DE BIEN VIVRE

L'ART DE BIEN VIVRE

Naitre c'est le bonjour, mourir c'est le bonsoir.

Entre .ces deux saluts, parfumez-vous sans cesse

Au savon du Congo, source de douce ivresse,

Ainsi vous vieillirez sans vous apercevoir.

Pierre Joyeux au savonnier Victor Vaissier

Nouvelles à la main

 Entre bohèmes — Tu n

Entre bohèmes
— Tu n'aurais pas une pièce de cent sous dont tu ne saurais que faire?
— Si, la voilà.
L'autre, après l'avoir regardée :
— Mais elle est fausse
— Dame tu me demandes une pièce dont je ne saurais que faire !

Scène de ménage

Scène de ménage.
— Je ne suis pas d’humeur, ma chère, à. supporter plus longtemps que ce grand flandrin de Gaston vous fasse la cour.
— Mais, mon ami, il ma promis de m’épouser si je devenais veuve... Ses intentions sont pures

On parle de Z

On parle de Z. un confrère très rosse.
— Où demeure-t-il ? demande quelqu'un.
— Rue des Bons-Enfants.
— Quel roublard ! C'est pour donner le change

 En remettant quelque monnaie à un mendiant qui se tient sous sa porte

En remettant quelque monnaie à un mendiant qui se tient sous sa porte cochère, un bon bourgeois s'informe de ses charges de famille et ajoute avec intérêt
— Vous n'avez pas de parents?
— Pardon, monsieur, répond l'homme à la sébile j'ai un frère qui est aveugle comme moi, mais nous ne nous voyons plus.

 Les deux adversaires se rendant

Les deux adversaires se rendant au lieu de rendez-vous dans le bois de Vincennes, se rencontrent au guichet de la gare de la Bastille.

X... demande un billet aller et retour.

― Vous êtes donc bien sûr de revenir ? dit Z... narquois.

— Absolument sûr.

— Alors je vous fais des excuses, poursuit Z... subitement radouci.


Echos et nouvelles

 Et la pluie continuait de tomber

Et la pluie continuait de tomber !

Depuis que le pluviomètre à l'usage des observatoires a été inventé, c'est-à-dire depuis plus de deux cents ans, il ne s'est jamais rencontré, paraît-il, un mois de septembre aussi mouillé qu'en l'an de grâce 1897.

Aussi les météorologistes sont fort embarrassés d'expliquer ce phénomène. Songez donc que l'observatoire de la tour Saint-Jacques a enregistré dans l'après-midi d'hier, de midi à trois heures seulement, 10 millimètres d'eau ! Cela représente une moyenne de 100 mètres cubes d'eau par hectare.

On essaye de nous consoler en nous rappelant le souvenir de journées plus désagréables encore, celle du 10 septembre de l'année dernière, par exemple, qui, par suite d'une trombe, de funeste mémoire, nous gratifia de 50 millimètres d'eau dans le court espace de deux heures et demie. Mais toutes ces consolations ne valent pas un bon parapluie !

Le Gaulois — 7 septembre 1897

 LA VOITURE ARTICULÉE POUR ENFANTS - 1897

UNE NOUVELLE INVENTION

LA VOITURE ARTICULÉE
POUR ENFANTS

La locomotion, qui subit, depuis quelques années, les transformations les plus imprévues, nous ménage chaque jour une nouvelle surprise. Après la bicyclette, après les automobiles, voici maintenant que les enfants prennent leur part à cette évolution scientifique, car nos ingénieurs, toujours à la recherche du progrès et du confortable, viennent de bouleverser les systèmes jusqu'ici employés pour le transport de ces frêles mais intéressantes créatures, en mettant au monde un nouveau véhicule la Voiture articulée.
De tout temps, les médecins ont, avec raison, protesté contre l'incommode, lourde et encombrante voiture actuellement en usage. N'encaissez pas l'enfant, disaient-ils ; pas de voitures à coussins ! le bébé s'échauffe dans ce réduit étroit où les fonctions respiratoires de la peau ne peuvent s'opérer : Pas davantage de charrette anglaise ce véhicule est trop cahoteux Que MM. les médecins, que les mères se rassurent ! leurs vœux sont exaucés.
Aujourd'hui la voiture d'enfant est devenue un véritable jouet, s'ouvrant, se fermant à volonté comme un parapluie.
L' «Articulée » est une merveille mécanique par sa simplicité et son extrême solidité. Sa construction en métal recouvert d'une sangle riche, de couleurs variées et charmantes, en fait un véhicule essentiellement hygiénique, si gracieux, si élégant, qu'il arrache à tous les spectateurs un cri d'admiration. Aussi les ateliers du 28, avenue de Saint-Ouen, à Paris, siège de l' « Articulée », regorgent-ils d'acheteurs qui emportent par surcroît, pour leurs parents, leurs amis, la notice que la direction de l' « Articulée » envoie, du reste, gratuitement à toutes les personnes qui en font la demande.
Cette intéressante invention, toute française, prendra dans notre pays la plus grande extension, car nous savons que de nombreux négociants désirent la propager et se font inscrire afin d'en obtenir le dépôt. A l'étranger, on n'est pas moins ému ; les propositions les plus avantageuses émanent de tous les pays, et bientôt, sans doute, la voiture articulée aura fait le tour du monde. Quelle joie pour la famille ! La mère peut maintenant gravir les étages, monter en fiacre, en chemin de fer, parcourir les magasins, sa voiture d'une main et Bébé de l'autre Et pour justifier la popularité qui l'a accueillie, la Voiture articulée qui, fermée, est devenue si petite qu'elle a, 0m 15 d'épaisseur, s'est mise aussi à la portée de toutes les bourses, défiant ainsi toute rivalité par la modicité de son prix, sa commodité, ses qualités hygiéniques, sa rigidité, et enfin par son élégance.

Paul Bernier.

Le Figaro - 23 mars 1897

 Un toutou philanthrope - 1897

Un toutou philanthrope

Actuellement, à l’Exposition du «Ladies Kennel Club » de Londres, figure, avec tous les honneurs dus à ses vertus, un retriever répondant au nom de Tim.
Ce chien; bien connu des habitués de la ligne du Great Western Railway, arpente sans cesse les quais de la station de Paddington, portant, fixée sur sa tête, une boite en forme de tirelire. Ainsi harnaché, l'intelligent animal va se poster devant chaque personne qui débouche sur la plateforme et solliciter son obole. Les sommes recueillies par- lui sont destinées aux veuves et aux orphelins des employés de la Compagnie. Voici près de cinq années qu’il se livre à cette généreuse occupation et pendant ce laps de temps il a récolté plus de huit mille francs.
Tim semble tout indique pour une médaille d’or !

L'Echo de Paris - 20/12/97

 LA SANTÉ DE NOS SOLDATS - 1897

LA SANTÉ DE NOS SOLDATS

Depuis quelque temps, les dépêches se succèdent annonçant la fièvre typhoïde s'est déclarée parmi des troupes en garnison.

C'est Senlis, Reims, Saint-Dié, Troyes, Ancenis, d'autres villes encore peut-être. Et toujours et partout, c'est l'eau qui engendre la maladie,

Quand il s'agit d'obtenir des troupes qui, apportent un mouvement d'affaires dans une ville, les municipalités n'épargnent ni les démarches, ni les sollicitations ; ni les promesses. La plupart du temps, la faveur demandée est accordée pour des motifs politiques, avec la constante préoccupation des élections.

Aussi, comme les villes n'ignorent pas ce détail, elles se gardent bien de faire les- dépenses qui peuvent assurer .le bien-être et la santé des garnisons qu'un leur donne. L'armée devient ainsi, dans bien des cas, une marchandise électorale, quoique ce ne soit pas précisément pour cela qu'elle existe.

Il devrait être entendu que, lorsqu'il s'agit d'établir une garnison dans une localité, la question d'hygiène — en dehors des considérations stratégiques — peut seule entrer en ligne de compte.

Il faudrait, par exemple, que, quelqu'envie qu'il en ait, un ministre soit lié à ce point qu'il ne puisse accorder une garnison à une ville, où la question de l'eau potable, cette nécessité première, n'est pas résolue.

A Troyes et à Sainte-Savine, les cabarets viennent d'être consignés à la troupe, et il en sera ainsi tant que Troyes ne sera pas pourvu d'eau, potable. Pourquoi de semblables mesures ne sont-elles prises que quand une épidémie a déjà éclaté et fait des victimes ? On sait bien, cependant, que, partout où l'eau n'est pas saine, la lièvre typhoïde, si elle n'éclate pas aujourd'hui, éclatera demain...

Le Matin - 20 septembre 1897

 APTITUDE UNIVERSELLE

APTITUDE UNIVERSELLE

Ce qui caractérise le véritable fonctionnaire français et surtout le haut fonctionnaire, c'est son aptitude universelle à toutes les fonctions.

Un employé supérieur de la marine peut parfaitement devenir préfet de police du jour au lendemain, et être remplacé à la marine par un receveur de l'enregistrement. Quand il sera préfet de police depuis quelques années, il faudra lui trouver un autre poste, attendu qu'un fonctionnaire a besoin de changer de temps en temps de fonction ; et pour utiliser sa connaissance approfondie des bas-fonds parisiens, on l'enverra ambassadeur à Constantinople, par exemple, ou à Vienne. Il y restera trois ou quatre ans, je suppose. Il apprendra la langue du pays l'allemand ou le turc et se créera des relations. Dès que la langue turque n'aura plus de secrets pour lui, surviendra un vaste mouvement administratif. L'ambassadeur à Constantinople sera nommé gouverneur du Tonkin. Au bout de six mois, il ne saura plus un mot de turc et Constantinople lui apparaîtra comme dans un rêve.

Tout cela ne l'empêchera pas, entre deux nominations, de devenir ministre de l'instruction publique et des beaux-arts ou bien de la guerre.

Et il finira peut-être sa carrière comme receveur général, à moins qu'on ne le choisisse pour diriger un théâtre subventionné, la Comédie-Française ou l'Opéra.

Mais qu'il soit directeur de l'Opéra ou préfet de police, ministre des beaux-arts ou gouverneur du Tonkin, il sera toujours traité d'habile administrateur et de dévoué fonctionnaire par une partie de l'opinion, tandis que l'autre le considérera comme le dernier des intrigants et une basse canaille.

Ce qui est exact pour les grands personnages l'est également pour les petits.

Aussitôt qu'un homme est entré dans l'administration française, ne serait-il encore qu'un piètre surnuméraire, il doit s'attendre à exercer dans sa vie toutes les fonctions et à être toujours à la hauteur de sa tâche.

Il doit connaître la finance, la diplomatie, l'agriculture, la colonisation, la- marine, la littérature,1 les travaux publics, etc. Enfin, il doit tout savoir et il, n'a qu'un moyen de s'en tirer, c'est de ne- rien savoir du tout. De là, les désordres périodiques que l'on constaté dans nos diverses administrations.

Alfred Capus.
Le Figaro — 21 septembre 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

Le Journal de 1897

Le journal de 1897 et des environs doit être vu avec un exploreur prenant en charge la mise en colonnes.
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Les textes en ligne sont des reflets de la société française de la fin du XIXème siècle. La question est : "le Monde change-t-il vraiment ?".

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