Menu haut

SIXIEME ANNÉE N°3513

 

187ème jour de l'année

   


Samedi
5
Juillet 1897

 Le scandale des Folies-Bergère évité - 15 avril 1897

Le scandale
des Folies-Bergère évité

Une indisposition de commande.
Intervention du préfet de police. — Exhibition interdite

Le Gaulois — 15 avril 1897

Le Gaulois avait signalé avec une indignation légitime les débuts prochains, sur la scène des Folies-Bergère, de l'ex-princesse et nos confrères, convaincus comme nous du scandale formidable que cette exhibition devait fatalement soulever, nous avaient emboîté le pas. Notre juste appel a été entendu. La « débutante » ne débutera pas. Nous en sommes un peu la cause et nous nous en félicitons hautement. En cette circonstance, M. Lépine a droit à nos remerciements et nous les lui marchanderons d'autant moins qu'on sait que les fonctionnaires de la république nous donnent rarement l'occasion de les féliciter.

On lira plus loin à la rubrique du « Courrier -des spectacles » la note officielle que le théâtre des Folies-Bergère nous a adressée pour nous faire savoir que l'ex-princesse ne débutait .pas ce soir sur la scène de la rue Richer.

Cette note nous montre la débutante empêchée par un état maladif d'une certaine gravité. Il y est question d'influenza, de fièvre intense, de complication pulmonaire. A la vérité, et fort heureusement pour l'héroïne en cause, sa santé est excellente et les raisons pour lesquelles les amateurs de scandales ne. la verront pas ce soir sont à un ordre-tout à fait différent.. Les voici dans toute leur simplicité.. Hier matin, M. Marchand, directeur des-Folies-Bergère, était appelé chez le préfet de police, qui lui demandait officieusement de renoncera faire débuter celle qui sur l'affiche devait porter le nom de l'ex-princesse.

Le scandale, prétendait le préfet, serait extraordinaire et des renseignements qui lui étaient fournis, il ressortait que la débutante serait huée, qu'une foule de gens s'étaient procurés des sifflets à roulette et qu'on lui jetterait à la face des lapins vivants, des pelures de pommes de terre et d'autres objets innommables.

M. Marchand répondit au préfet qu'il redoutait autant que lui ce scandale et que si la « débutante » consentait à renoncer à ses projets de paraître sur son théâtre,  il s'en montrerait fort heureux pour sa part. D'ailleurs il craignait si fort les manifestations brutales qu'il avait interdit qu'on servit aucune consommation dans la salle et qu'il avait fait supprimer les petits bancs et les lorgnettes automatiques.

— Puisque vous partagez mon avis lui, dit le préfet, voyez l'ex-princesse, et tâchez qu'elle ne soit pas hostile à nos sages projets.

» D'ailleurs, je vais la convoquer pour ce soir, six heures, et je vous prie de revenir à mon cabinet à la même heure. »

Puis, congédiant M. Marchand, le préfet ajouta :

— Allons, je commence à croire que nous parviendrons peut-être à éviter tout scandale.

A six heures précisés, M. Marchand arrivait à l'hôtel du boulevard du Palais, où, depuis un quart d'heure, la débutante l'avait précédé. L'héroïne fut reçue la première. Le préfet fit valoir à ses yeux les motifs les plus sérieux qui devaient la détourner de s’exhiber à la foule. Comme la « débutante » semblait ne pas goûter ces raisons et qu'elle prétendait avoir le droit de débuter, le préfet lui fit comprendre qu'il ne voulait prendre officiellement aucune mesure vexatoire avant la représentation, mais que si celle-ci était scandaleuse, ce qui était absolument certain, il se verrait dans la nécessité cruelle de sévir en fermant le théâtre où elle aurait eu lieu et en invitant peut-être la «débutante » a quitter le territoire français — mesure qu'il la suppliait de ne pas l'obliger à employer.

Puis, très amicalement, très paternellement, M. Lépine insista sur des questions d'ordre privé.

Il fut éloquent et persuasif, car à six heures et demie précises, l'ex-princesse, très émue, renonçait à paraître sur la scène des Folies-Bergère.

Ce début à sensation n'aura donc pas lieu, et le scandale que nous redoutions et qui eût été plus formidable que nul ne peut le soupçonner, est heureusement étouffé.

La Presse a quelquefois du bon !

*
*      *

En quittant l'hôtel du Palais, Mme Clara Ward est rentrée à son hôtel, où à peine installée, elle a reçu la visite d'un médecin, elle n'a pas eu de peine à jouer le rôle de malade qui doit expliquer au public sa décision de ne pas paraître aux Folies, car elle était effectivement souffrante.

Le docteur a indiqué l'ordonnance suivante:
Prendre par jour, en deux ou trois fois, deux à trois cuillers à potage de la potion suivante, diluée dans un verre de tisane de mauve :

    Acétate d'ammoniaque 15 gr
    Alcool de racine d'aconit 30 gouttes
    Sirop de codéine 100 gr.
    Eau de fleurs d'oranger 40 gr.

Mme Clara Ward n'a pas décidé encore si elle resterait à Paris ou si elle repartirait pour Berlin, où des offres brillantes lui sont faites par la Belle-Alliance, un music-hall renommé sur les bords de la Sprée.

Ce que nous savons, c'est qu'aujourd'hui même l'héroïne de ce petit roman doit aller poser chez un de nos grands photographes dans le costume suggestif qu'elle devait endosser aux Folies-Bergère.

Enfin, cette tragédie finit heureusement en opérette Mme Clara Ward renonce au théâtre, en France du moins, et rentre ainsi dans la vie privée. Nous n'avons plus à nous occuper d'elle, et nous espérons bien qu'il en sera toujours ainsi.

Ajoutons que Mme Clara Ward qui s'est sagement abstenue d'envoyer du papier timbré au Gaulois aurait moins sagement décidé d'en adresser à un de nos confrères.

Maubersac

 RUE RÉAUMUR

RUE RÉAUMUR

INAUGURATION PAR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

M. Baudin à droite – M. de Selves à gauche – Pour plaire à l'inventeur d'un thermomètre – Projetée par Haussmann – La rue de la concentration.


Les cérémonies officielles ont leur public spécial, la foule de leurs fidèles qui ne manquent ni une inauguration, ni un défilé, ni un discours au pied d'une statue, ni une allocution à l'occasion d'un buste. C'est dire que l'inauguration d'une voie aussi importante que la rue Réaumur, avec déploiement de police et de troupe, groupes Protocolesques, ministres et président de la République, était pour eux une fête rare à laquelle chacun se faisait un devoir d'assister. Aussi, dès dix heures du matin, les rues voisines de la Bourse, tous les passages aboutissant à la rue Réaumur et les monuments, les bâtisses, situées sur le passage du cortège officiel- étaient-ils déjà envahis de curieux, qui attendaient patiemment l'heure où il leur serait permis de voir passer quelque chose.

La décoration était suffisante. Les mâts, où claquaient les oriflammes, reliés entre eux de guirlandes de feuillage, écussonnées des armes de la Ville, se dressaient sur la place, au pied des tribunes, qui regorgeaient de monde. De chaque côté de la nouvelle rue, deux estrades avaient été érigées. Dans l'une se tenaient les enfants des écoles du deuxième arrondissement; dans l'autre, les invités de la municipalité. À l'angle de la place de la Bourse, face à la rue Réaumur, s'élevait la tribune officielle, décorée presque luxueusement. À deux heures, les balcons, les échafaudages, les fenêtres béantes des maisons en démolition se chargeaient de groupes et des têtes apparaissaient, surgissaient des cheminées, ne perdant rien du spectacle qui ne méritait peut-être pas tant d'audace et d'ingéniosité.

Des gardes républicains défilent au galop, les agents bousculent les invités, des coudes s'enfoncent dans les côtes c'est le président !

A la barbe du protocole.

Ayant à sa droite M. Pierre Baudin, président du conseil municipal; M. Barthou, ministre de l'intérieur; M. Chautemps, député du troisième arrondissement; à sa gauche, M. de Selves, préfet de la Seine; M. Gervais, président du conseil général M. Mesureur, député du deuxième arrondissement, M. Félix Faure, ganté de blanc, tête nue sans pardessus par quatre degrés Réaumur, vient inaugurer la rue du même nom. Il se dirige vers la tribune officielle, où avaient déjà pris place nombre de conseillers municipaux et généraux et de hauts fonctionnaires de la municipalité. M. Bartbou avait, comme le président, des gants blancs. Mais MM. Baudin et de Selves avaient les mains nues et le pardessus boutonné jusqu'à la cravate blanche. Par un sentiment de haute courtoisie et que tout le monde comprendra, M. le préfet de la Seine, ne voulant pas éclipser M. le président du conseil municipal, n'avait pas revêtu son uniforme.

Tous-les yeux sont fixés sur la droite du président, où M. Baudin tient enfin cette fameuse place qui donna tant de tintouin au protocole, la présidence, au gouvernement et à la Ville. Il la tient et ne semble pas près de la lâcher, à ce que nous pouvons en juger par le volumineux cahier qu'il exhibe à l'assemblée et qu'il se dispose lui lire. Longuement M. Baudin discourt, le premier. Il doit dire des choses fort intéressantes, car le président, le préfet et le ministre sourient souvent. Mais les spectateurs des tribunes, n'entendant rien, en sont réduits à contempler le visage présidentiel, spectacle qui est parfois fort intéressant. Ils suivent le doigt blanc de M. Félix Faure, qui se pose incessamment sur ses lèvres rait pas aimable pour M. Baudin et ce qui serait injuste, car le discours du président du conseil municipal est plein d'enseignements.

Une pensée de l'empire.

Citons ces quelques passages :

Le baron Haussmann, dit M. Baudin avait compris la percée de la rue Réaumur dans un programme qu'il définissait ainsi devant la commission municipale :

« Ce n'est pas dans la seule pensée d'embellir ni même d'assainir Paris que, depuis plusieurs années, vous avez résolument entrepris, sous l'influence d'une auguste pensée, l'ouverture de-larges voies de communication.

» Vous avez été frappés tout d'abord de la nécessité de mettre la capitale de la France, à l'abri des entreprises des fauteurs de troubles, qui, encouragés par une étude savante des vieux quartiers, transformaient le centre de Paris et diverses parties des faubourgs en autant de citadelles périodiquement fortifiées par l'émeute.

» Traverser de part en part ces groupes serrés de maisons malsaines, où fermentaient à la fois la fièvre, la misère et trop souvent les passions anarchiques, dégager largement les Tuileries, l'Hôtel de Ville, éternels objets d'attaque pour les factieux, ménager aux forées militaires un accès facile et de vastes emplacements sur les points dangereux, telle a été votre première préoccupation. »

Dirigée contre l'Hôtel de Ville, reprend l'orateur, la rue Réaumur est aujourd'hui inaugurée par l'Hôtel de Ville. Conçue par l'empire pour malaxer Paris en brisant les bornes de ses carrefours, première tribune ders orateurs populaires en le démantelant par la démolition de ses vieilles maisons, d'où surgissaient soudain, à l'appel de la liberté, l'esprit de la Fronde et de la Révolution, voilà que la République poursuit et achève la rue Réaumur pour doter la cité d'une voie indispensable à sa circulation, pour l'accroître en salubrité, et je dirais même en beauté, si je ne craignais d'offenser ces ruines encore vivantes de tant de souvenirs. Ne trouvez-vous pas, messieurs, qu'il se dégage de cette comparaison une suggestive moralité ? Nous faisons souvent ce que faisaient nos adversaires; seulement, c'est pour d’autres raisons.

Cette suggestive moralité, M. Félix Faure, pas plus que M. Barthou n'ont l'air de la beaucoup goûter. Aussi le doigt blanc du président de la République s'appuie-t-il de plus en plus sur sa lèvre rosé, mais M. Baudin ne semblé pas -voir ces signes désespérés et continue :

La seule crainte qu'on pût raisonnablement concevoir était que l'exécution des travaux n'occasionnât une dépense excessive. Or la rue Réaumur n'a pas épuisé la dotation de 50 millions que le conseil municipal lui avait affectée.

Nous entrons ensuite dans l'historique de la rue Réaumur et nous assistons à toutes les transformations du quartier. Nous avons une petite conférence sur la cour des Miracles.

Cette conférence touchant de moins près à la politique du conseil municipal, la figure du président devint soudain agréablement souriante et le doigt blanc, glissant des lèvres ; caresse maintenant le menton.

Deux augures.

M. Baudin a fini, il s'assied» Sa physionomie est sévère, les traits sont tirés ;  de l'autre côté, la mine de M. de Selves est également rébarbative. Constatons que la victoire et la défaite peuvent laisser les mêmes impressions sur les figures des combattants. Quand M. Baudin s'assied, le public des tribunes comme celui des fenêtres, qui n’a rien entendu, manifeste fort, irrévérencieusement sa joie de voir l'orateur replier ses feuillets. Mais la tribune officielle applaudit chaleureusement.

Poignée de main du président à l’orateur. À ce moment critique, M. Félix Faure a mis son monocle dans l’œil droit.

Puis M. de Selves se lève. On l'entend un peu mieux que M. Baudin. Avec lui, du reste, c'est vite fait, et il faut l'en remercier.

Le conseil municipal, dit en terminant M. de Selves, toujours étroitement uni pour tout ce qui touche à Paris-et peut ajouter à sa gloire ou à sa beauté, ne nous marchandera jamais son précieux concours.

Avec lui, confondus dès lors dans un même amour de la grande cité, nous travaillerons avec joie, monsieur le président, à préparer à la France et au monde, qui se plaît à y venir, les éléments d'un Paris plus salubre, plus conforme aux exigences du siècle qui s'approche, mais aussi toujours plus resplendissant de beauté et de charme.

L'heure a sonné des récompenses.

MM. Caron, conseiller municipal, et Ristelhueber, chef du secrétariat du conseil, municipal, sont nommés officiers de la Légion d'honneur.

M. Rissler, maire du septième arrondissement, est nommé chevalier.

C'est aux applaudissements de l'assistance que le président de la République donne l’accolade aux nouveaux dignitaires.

M. Félix Faure remet ensuite la rosette d'officier de l'instruction publique à MM, Bonnevalle, chef de bureau à la préfecture de la Seine; Lyon-Caen, délégué cantonal; docteur Picard, médecin des enfants assistés du premier âge.

Les palmes académiques à MM. Bigorgne, Simonnet et Bonne, conducteurs des travaux de la ville de Paris; Guillot, directeur et fondateur de la Boule de Neige; Mme Feron, directrice d'école; MM. Orsatti, commissaire de police; Duvivier, officier de paix.

Puis des médailles d'honneur à de nombreux agents et à un sous-officier de pompiers.

Quand la distribution des récompenses, est close, le président se dispose à gagner le fond de la tribune où l'on a aménagé un buffet. C'est là que l'on va boire le verre de Champagne de rigueur.

Équilibre instable.

Mais voyez ce à quoi peut exposer un verre de Champagne ! M. le président se tournant a, par le fait de cette conversion, M. de Selves à sa droite et M. Baudin à sa gauche. M. Baudin, qui ne quitte pas des yeux la main droite du président, maintenant qu'il ne lit plus et qu'elle ne saurait l'inviter à moins de loquacité, M. Baudin suit le mouvement et vient se heurter contre M. de Selves qui comprend, sourit finement et reprend la gauche.

On arrive dans cet ordre devant le buffet. Nouvelle conversion. Tout se passe dans l'ordre, chacun est à sa place. On présente le dos au buffet. C'est alors que l'on verse le champagne inaugurateur dans les coupes. Le président se retourne pour prendre son verre. Mouvement fatal ! qui pour effet de faire perdre encore la droite à M. Baudin. Le président s'en est aperçu. Il se retourne vivement et le conflit est encore une fois évité. Mais chaque fois que M. Félix Faute veut prendre son verre, il se voit maintenant dans la nécessité de se livrer à une petite gymnastique du bras fort incommode. Il se tourne à peine de quart, prend derrière lui son verre sans remuer le buste et conserve ainsi les trois quarts de sa droite à M. Baudin ! Satisfait, cette fois-ci, M. Baudin choque son verre contre celui de M. Félix Faure, et, d'un trait, le vide ! À trois heures, le président quitte la tribune officielle et monte dans son landau. Il est acclamé et de nombreux cris de « Vive Félix Faure ! » retentissent.

Un peloton de cuirassiers précède le landau. Le cortège suit. On se rend à la mairie du deuxième arrondissement, où des discours sont encore prononcés. Présentations et délégations. Puis, le cortège reprend son essor, enfile toute la rue Réaumur, qu'il suit jusqu'au Temple, parmi les acclamations des nombreux curieux massés le long du parcours. On arrive ainsi à la mairie du troisième arrondissement. Dans le landau présidentiel, à la droite du président, M. Barthou, ministre de l'intérieur, qui ne paraît pas s'amuser follement. Et, sur la banquette de devant, réunis, ces deux pouvoirs faites pour s'entendre le président du conseil municipal et le préfet de la Seine

On discourt encore, on se présente, on se salue, on se souhaite un tas de félicités et l'on se congratule de remerciements. Et puis, c'est fini !

Le Matin - 8 février 1897

L'actualité dramatique

 LE DRAME DE LA RUE SAINT-MAUR

LE DRAME DE LA RUE SAINT-MAUR

Assassin de sa fille

Un drame terrible, sur les causes duquel la police n’est pas encore fixée, s’est déroulé l’avant-dernière nuit, 210, rue Saint-Maur. Un père a tué sa fille à coups de revolver et, son crime commis, a essayé de se trancher la gorge à coups de rasoir.

Le père assassin est un nommé Eugène Lamarre, âgé de quarante-deux ans, ouvrier en stores, qui habitait depuis six mois, avec sa fille Marthe, âgée de dix-sept ans, un petit logement situé au troisième étage.

Lamarre avait perdu sa, femme, il y a un an, et depuis lors, racontent les voisins, se livrait à la boisson.

Est-ce dans un accès d’ivresse que Lamarre a accompli son crime. On l’ignore, la jeune fille étant morte et le meurtrier n’ayant pas encore pu prononcer une parole.

— J’ai été réveillé en sursaut, a déclaré un voisin, au milieu de la nuit, par les cris d’appel de la jeune Marthe. Comme je me précipitais vers la porte du logement de mon voisin, j’entendis plusieurs détonations.

»En même temps que moi arrivaient d’autres per-, sonnes. On fit sauter la porte d’un coup d’épaule.

» Dans la chambre, un spectacle horrible s’offrit aux regards des arrivants. Dans une mare de sang, gisait le corps de Marthe. La malheureuse avait été atteinte de trois coups à la tête.

» A côté d’elle, son père, la gorge à moitié tranchée par un- coup de rasoir. »

Marthe est morte pendant qu’on la transportait à l’hôpital Saint-Louis. Quant au meurtrier, son état est désespéré.

Le Gaulois — 4 avril 1897

 Un grand entrepreneur de travaux

Un grand entrepreneur de travaux publics du quinzième arrondissement était victime, depuis plusieurs mois, de vols dont se rendaient coupables quelques-uns de ses charretiers qui, détournant des marchandises qu'ils étaient chargés de transporter, les revendaient à des tâcherons Un employé de l'entrepreneur, nommé Firmin Perrot, s'en étant aperçu, signala le fait à son patron. Celui-ci ne voulut pas porte plainte; il se contenta de prendre des mesures pour empêcher désormais lés détournements signalés.
Mais les charretiers apprirent que Perrot les avait dénoncés et ils jurèrent de se venger. Trop lâches pour le faire eux-mêmes, ils confièrent le soin de leur vengeance à des charretiers travaillant chez d'autres entrepreneurs. Ceux-ci, non moins lâches, se mirent à. cinq pour tomber sur le malheureux employé, au moment où il passait rue Péclet, une rue presque toujours déserte. Le pauvre garçon fut mis en piteux état par ces misérables qui s'enfuirent comme une volée d'urubus quand arrivèrent les agents, attirés par les appels de la victime. C'est dans un état très grave que le blessé a été transporté chez lui, rue de Vaugirard.
La police est à la recherche des cinq agresseurs, qui ne tarderont pas à être arrêtés.

Le Figaro - 3 août 1897

 RAFLE DE VAGABONDS

RAFLE DE VAGABONDS

Un charmeur de rats

La Sûreté a opéré l'avant-dernière nuit une rafle parmi les vagabonds qui cherchent un abri sous les ponts. Quarante-cinq individus ont été arrêtés. Sous le pont des Arts, les agents se sont livrés à véritable chasse à l'homme pour s'emparer des vagabonds abrités dans les ferments servant de soutien au tablier du pont. Pour ne pas tomber dans la Seine, les malheureux qui passent la nuit sous ce pont s'accrochent avec leur ceinture et leurs bretelles. Lorsqu'ils ont vu les agents, ils se sont sauvés d'arche en arche pour gagner l'autre rive, mais des agents les y attendaient et les ont capturés au fur et à mesure de leur arrivée.

Parmi les individus arrêtés se trouve un type très curieux, un nommé Émile Schwartz, âge de quarante ans, qui est sans domicile depuis vingt ans. Schwartz qui parcourt la France à pied, de village en village, est un barnum d'un nouveau genre. Il montre des souris blanches et des rats, qu'il loge sur sa poitrine, au-dessus de la ceinture de son pantalon. En même temps que lui, les agents ont amené à la Sûreté ses pensionnaires. Une odeur insupportable due aux croûtes de fromages avariées et aux fruits gâtés dont Schwartz nourrissait rais et souris, s'échappait des poches du vieux vagabond.

Quand on a fouillé Schwartz, les inspecteurs durent sortir de leur asile rats et souris et les déposer à terre. Chose curieuse, aucun de ces animaux ne se sauva et tous se groupèrent autour de leur maître. Ils attendirent derrière la porte du cabinet de M. Cochefert que leur maître sortit de chez le chef de la Sûreté.

Schwartz a été remis en liberté hier matin, et il a quitté la Sûreté avec ses rats et ses souris, qui y avaient trouvé un asile momentané.

Le Gaulois — 10 septembre 1897
Flash janvier

Dans l'actualité du ...

 4 juillet

Le prince Ferdinand de Bulgarie, de retour de Londres où il a assisté aux fêtes du Jubilé, est allé hier à cinq heures et demie à l'Élysée, accompagné du colonel Markoff, son aide de camp, pour saluer le Président de la République. Les honneurs militaires lui ont été rendus par le poste du palais. L'entretien. du prince et du Président, très cor dial, a duré vingt minutes environ. Une demi-heure plus tard, M. Félix Faure, accompagné du général Hagron, a rendu cette visite au prince de Bulgarie, à l'hôtel Mirabeau.  


Les nombreux amis de l’abbé Frémont apprendront avec plaisir que l'éloquent prédicateur, qu'une affection du larynx tenait depuis de longs mois éloigné de la chaire, est complètement rétabli. L'abbé Frémont fera sa rentrée jeudi prochain, à la salle de la- Société de géographie, où il a promis de donner une grande conférence en faveur des Arméniens.


Dans une station comme Vichy, tout marche de pair, la saison artistique et la saison mondaine. Le jour, c'est le concours hippique avec son fringant attirail. Le soir, c'est le Casino avec toutes les séductions de la musique, du bal ou du théâtre. Mais le vrai but de cette foule élégante, la véritable cause de ce succès ininterrompu, c'est toujours l'Établissement avec les Célestins, l'Hôpital et la Grande-Grille.

sans titre 1
Flash janvier
Gaillon (Eure). M. Hoche, employé de commerce â Gaillon, tient la disposition de son propriétaire un pigeon voyageur qui s'est réfugié chez lui. Ce pigeon porte à une patte un anneau en caoutchouc marqué n° 262 et sur une plume d'aile on lit : n°113, diplôme d'honneur.
sans titre 1

A. ALLAISLe bon mot
d'Alphonse Allais

 Dans la vie, il ne faut compter que sur soi-même et encore pas beaucoup.


312. Le 3 janvier 1897, le tramway à vapeur d'Auteuil à Boulogne culbutait, à la grille de Boulogne, un tombereau dont le conducteur a eu littéralement la tête mise en bouillie.

L'HOMME QUI LIT
— J'ai bien le temps d'écrire à la plume !
— Mais votre correspondant ? cet homme occupé, extrêmement occupé, dont vous désirez attirer l'attention par votre lettre, a-t-il le temps de la lire ?
« Ne savez-vous pas que cette lettre, écrite à la plume, court le risque d'être immédiatement jetée au panier, alors que la communication de votre concurrent, présentée avec l'impression nette d'une machine à écrire type, d'une « Remington », arrête immédiatement l'attention et — ce qui est encore plus important — se lit bien plus rapidement ?

 Trio avorteur

LE TRIO AVORTEUR

(Le jeune officier,
sa sœur, sa maitresse)
par

Gaston LEROUX

Lire de suite

 LES SENSATIONS D'UN PENDU

Les sensations d'un pendu

Lire

Le drame de la rue des Maraichers

Au numéro 48 de la rue des Maraîchers, à Charonne, près de la rue des Pyrénées, contigu à la ligne du chemin de ceinture, existe un vaste terrain qui se loue 1 franc le mètre carré et où se trouvent, semées dans un pittoresque désordre, au milieu de jardins minuscules, des roulotes de forains, des baraques en bois du en pisé, des constructions hétéroclites, abritant les chiffonniers ou les gadouards du quartier.

Lire la suite ...

Le drame de Javel

Un crime a été commis, avant-hier soir, rue Sainte-Lucie, dans le quartier de Javel. Un employé qui était l'amant de la femme de son patron a tué ce dernier d'un coup de couteau.

Lire la suite ...
 BEAU DIMANCHE

BEAU DIMANCHE

On avait projeté d’aller å la campagne,

Mais il plut... Adieu donc les châteaux en Espagne !

Et comme on ne savait que faire, grande soeur

Dit: « Prenons un bon bain de Congo, tous en chœur !» 

Gabrielle T... au savonnier Victor Vaissier,

Nouvelles à la main

Calino apprend le suicide d

Calino apprend le suicide d'un de ses amis qui vient de se loger une balle dans la tête.
— C'est terrible, lui dit-on il s'est tué net.
— Ce n'est pas étonnant, hélas! fait Calino. Il était de première force au pistolet !

 En Cour d'assises.

En Cour d'assises.

Au moment où « maîtresse X », avocate de l'accusé, se lève pour prendre la parole, un juré se penche, vers son voisin :

— Dites-donc, elle est délicieuse, cette petite-là.

— Je vous crois.

— On dit qu'elle a du talent.

— Un talent énorme.

— Vous la .connaissez ?

— C'est ma femme.

Il y a eu, au déjeuner, une scène assez vive entre Monsieur et Madame

Il y a eu, au déjeuner, une scène assez vive entre Monsieur et Madame. Depuis ils se boudent.
Dans l'après-midi leur fillette, voyant arriver l'accordeur
— Quand vous aurez fini pour le piano, tâchez donc d'accorder aussi papa et maman !

 Un jeune homme demande la main d

Un jeune homme demande la main de sa fille à M. Calino, qui refuse net.
— Laissez-moi espérer, implore l’amoureux, que votre décision n'est pas irrévocable.
Calino, d'un ton ferme :
— Elle est irrévocable tout au moins provisoirement!

 Les deux adversaires se rendant

Les deux adversaires se rendant au lieu de rendez-vous dans le bois de Vincennes, se rencontrent au guichet de la gare de la Bastille.

X... demande un billet aller et retour.

― Vous êtes donc bien sûr de revenir ? dit Z... narquois.

— Absolument sûr.

— Alors je vous fais des excuses, poursuit Z... subitement radouci.


Echos et nouvelles

 Et la pluie continuait de tomber

Et la pluie continuait de tomber !

Depuis que le pluviomètre à l'usage des observatoires a été inventé, c'est-à-dire depuis plus de deux cents ans, il ne s'est jamais rencontré, paraît-il, un mois de septembre aussi mouillé qu'en l'an de grâce 1897.

Aussi les météorologistes sont fort embarrassés d'expliquer ce phénomène. Songez donc que l'observatoire de la tour Saint-Jacques a enregistré dans l'après-midi d'hier, de midi à trois heures seulement, 10 millimètres d'eau ! Cela représente une moyenne de 100 mètres cubes d'eau par hectare.

On essaye de nous consoler en nous rappelant le souvenir de journées plus désagréables encore, celle du 10 septembre de l'année dernière, par exemple, qui, par suite d'une trombe, de funeste mémoire, nous gratifia de 50 millimètres d'eau dans le court espace de deux heures et demie. Mais toutes ces consolations ne valent pas un bon parapluie !

Le Gaulois — 7 septembre 1897

 Votre peinture était à l'envers- APL 14/02/97

Petite nouvelle de l'étranger...

Sir Henry Irving, le célèbre tragédien du Lyceum, est, tout comme Coquelin, grand amateur de peinture. Il a rassemblé, dans son hôtel de Londres, une collection de tableaux signés de nos plus illustres contemporains et montre avec orgueil, parmi d'autres chefs-d’œuvre, deux paysages de M. Whistler. Il y a quelques semaines (nous dit le Journal des Débats), il réunissait à dîner des littérateurs et des artistes; le peintre des Nocturnes était au nombre des invités. A peine assis, M. Whistler commença de manifester une certaine inquiétude. Deux des toiles accrochées aux murs attiraient irrésistiblement son attention. C'étaient deux peintures délicates, d'une harmonie subtile, mais dont la composition présentait je ne sais quoi d'indistinct et de paradoxal. L'artiste, visiblement intrigué, ne pouvait en détourner ses regards ; plusieurs fois même, au cours du dîner, il se leva et, quittant la table, s'avança vers le mur pour les considérer de plus près. Enfin, après un dernier et plus long examen :
— Irving! Irving! s'écria-t-il d'un ton de douloureux reproche, qu'avez-vous fait?
— Et qu'y a-t-il ? demanda le tragédien.
— Ce qu'il y a ? malheureux ! mais il y a que mes tableaux sont pendus à l'envers et que vous ne vous en êtes même pas aperçu ! Et voilà plusieurs mois, peut-être, qu'il en est ainsi !
Irving, un instant, resta songeur ; puis, avec le plus grand calme :
— C'est possible, après tout. On peut s'y tromper. Il vous a bien fallu une heure pour découvrir que votre peinture était à l'envers.

APL – 14 février 1897

 UN BON EXEMPLE - Fig 12/01/97

UN BON EXEMPLE

Comme tous les ans, après l'inventaire, M. Maurice Schwob, propriétaire des maisons des 100,000 Chemises, a réuni hier soir son nombreux personnel en un banquet chez Bonvalet.
Au dessert, M. Schwob a annoncé à ses collaborateurs que les affaires de l'exercice clos lui permettaient, comme les années précédentes, de distribuer des gratifications d'après le système habituel créé par la maison.
Cette fête commerciale, d'un aspect vraiment familial, a été des plus gaies et ne s'est terminée que fort tard dans la soirée.
On voudrait voir se propager des réunions semblables appelées à resserrer les liens entre les chefs de maison et leur personnel. C'est il y a sept ans que M. Schwob a commencé à distribuer à ses employés des gratifications basées sur les bénéfices et à les réunir dans une fête ; depuis, gratifications et réunions ont toujours eu lieu et il est bien probable qu'il en sera ainsi longtemps encore.

Le Figaro – 12 janvier 1897

 Écrevisses d'Amérique - 1897

Écrevisses d'Amérique. On sait que, depuis plusieurs années, une maladie a sévi, dans les rivières françaises, sur les écrevisses. Elles n'en mouraient pas toutes mais la race menaçait de s'éteindre, au grand effroi des restaurateurs parisiens.
De récentes expériences faites par un pisciculteur allemand auraient démontré qu'une certaine espèce de crustacés, le cambarus affinis était réfractaire à l'épidémie. Mais le cambarus affinis vit en Amérique, et, jusqu'ici, tous les efforts tentés pour en faire venir des spécimens vivants en France avaient échoué.
Le directeur de la station agricole du Nid-de-Verdier, à Fécamp, a été assez heureux pour recevoir, ces jours derniers, une quantité considérable de ces crustacés, en parfait état de santé, et il se propose d'en acclimater la race dans notre pays.
Les cambarus diffèrent de nos écrevisses en ce que leur appareil respiratoire, au lieu de présenter 36 branches, n'en présente que 34. Ils sont en outre d'une plus grande dimension. Les plus petits mesurent 14 centimètres de l'extrémité du rostre à celle de l'abdomen. Ils pèsent en moyennent 70 grammes. La cuisson leur donne une magnifique couleur rouge, et ils ont une chair fort délicate.

Le Temps – 9 janvier 1897

 l'or employé pour l'aurification des dents - 1897

Un statisticien américain ces gens sont sans pitié a calculé que l'or employé pour l'aurification des dents aux États-Unis représente la valeur de vingt millions de dollars.
Et dire que tous les dentistes américains sont en Europe !

Le Figaro – 18 juillet 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

Le Journal de 1897

Le journal de 1897 et des environs doit être vu avec un exploreur prenant en charge la mise en colonnes.
Chaque page se crée quand vous la consultez.
Les textes en ligne sont des reflets de la société française de la fin du XIXème siècle. La question est : "le Monde change-t-il vraiment ?".

                 Bonne lecture

menu-bas