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Dans l'actualité des ...

 9 avril

Vendredi
9 avril 1897

A l’occasion du concours général agricole, le président du conseil et Mme Méline donneront, lundi prochain, un diner à l‘hôtel du ministère 8, rue de Varenne. Ce diner sera suivi, á dix heures, d’une réception officielle à la quelle les exposants sont invités.


Pléiade de sauveteurs.

Un employé de commerce, résolu à se donner la mort, se précipitait hier matin dans la Seine du haut du pont au Change. Spectacle rare: on vit alors six passants faire successivement le plongeon pour porter secours au désespéré. Ces braves sauveteurs, l'imprimeur Brussini le mécanicien Signol, le camelot Lallays, le journalier Jallaguier, un soldat du 115è de ligne nommé Maurice et, finalement, un agent des brigades de réserve, réussirent, après de nombreux efforts, à ramener l'employé de commerce sur la berge.

La foule a fait une ovation enthousiaste aux six sauveteurs.


M. Barthou, ministre de l’intérieur, présidera, dimanche, dans la salle des fêtes du Trocadéro, l’assemblée générale de la société philanthropique L’Union du Commerce.


L’affaire Pini-Thomeguex. ,

M Thomeguex a chargé deux de ses amis, MM. Ch. Philippe et Denis Thomas, de demander à Pini une rétractation écrite ou une réparation par les armes.

Ces messieurs ont donc prié par dépêche M. Pini, en ce moment à Barcelone, de constituer ici des témoins.

L’affaire en est là.


Le ministre de l’instruction publique a autorisé les professeurs de l’enseignenient secondaire se réunir en congrès, à Paris, les 22, 23 et 24 avril, dans une des salles de l’Université.


M. Delpeuch, sous-secrétaire d’État des postes et télégraphes, représentera le gouvernement, dimanche prochain, à  l’inauguration du monument élevé à Sèvres à la mémoire de Journault.


L’illustre sculpteur Paul Dubois vient d’être nommé grand’croix de l’ordre d’Orange-Nassau par la Reine-Régente des Pays-Bas.

La Reine a. voulu exprimer ainsi sa satisfaction de l’accueil fait aux jeunes Néerlandais, qui ont été plusieurs années élèves de notre École des beaux-arts, dont M. Dubois, comme l’on sait, est directeur.


« La Force alliée à la Précision ». C’est la  devise des « Cycles de la maison Petitjean », 93, rue Richelieu, qui apporte à leur construction le même soin qu’a ses coffres-forts, qui ont fait sa réputation. Envoi franco du catalogue sur demande.


On a annoncé la mise en vente de la maison paternelle de J.-F. Millet, à Gréville (Manche).

Cette maison appartient à un frère de Millet, et les enfants du célèbre peintre disent ignorer les intentions du reste de la famille relativement à cette vente.

Pour eux, c’est à Barbizon, où ils sont nés, où a vécu leur père, où il a lutté et où il repose en fin, que sont concentrés tous leurs souvenirs.


Le drame du boulevard Saint-Germain

Un cantonnier nommé Charles Goquillat, demeurant rue de l’Exposition, 12, faisait chaque jour des scènes de jalousie à sa femme qui quittait avant-hier le domicile conjugal.

Le mari délaissé se mettait bientôt à la recherche de l’infidèle et hier, il la rencontrait boulevard Saint-Germain, en face le numéro 124.

Une discussion des plus violentes s’éleva entre les deux époux. Tout à coup Goquillat tira un revolver de sa poche et fit feu trois fois sur sa femme.

Atteinte à la joue droite et à l’épaule, Mme Gocquillat s’affaissa sur le trottoir. Elle a été transportée à l’Hôtel-Dieu. Son état est très grave. Le meurtrier a été arrêté.


Rien de plus joli que Notes sur Londres, par Mme Alphonse Daudet, ce premier volume d’une nouvelle collection dite « Collection parisienne » qu’inaugure aujourd’hui l’éditeur Eugène Fasquelle. Henri Lanoz a illustré ce délicieux volume dont la couverture originale en fait en même temps un bibelot de salon très moderne.


On n’oserait affirmer que servir à sa table ces truites si exquises que l’on trouve vivantes au dépôt de Bessemont, 54, faubourg Montmartre, constitue une mortification de carême! Non! mais ce «maigre » vous met en règle avec les préceptes sacrés. Dès lors...

 10 avril

Samedi
10 avril 1897

Ce soir, dîner suivi de réception, offert par le ministre de la justice aux présidents et vice-présidents des Chambres, aux ministres et aux chefs des corps et des compagnies judiciaires.


Après le déjeuner intime qui lui a été offert par la Société des agriculteurs du Nord, M. Méline, président du conseil, ministre de l'agriculture, a visité longuement, hier, le concours agricole. Il a, maintes reprises, exprimé sa satisfaction de voir les efforts des agriculteurs si bien mis en relief dans un cadre merveilleux.


Le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts a reçu hier matin MM. Carolus-Duran, vice-président de la Société nationale des beaux-arts, et Jean Béraud, président du Jury de peinture, qui venaient l'inviter à assister au vernissage officiel du Salon du Champ-de-Mars, qui aura lieu le 23 courant.

On sait que le président de la République, qui voyagera, à ce moment, en Vendée, ne pourra visiter l'Exposition qu'à son retour. En revanche, M. Édouard Detaille fera, le samedi 17, à M. Félix Faure, les honneurs du Salon du palais de l'Industrie. Vernissage, le lundi de Pâques, ouverture le lendemain.


Du Gaulois

Un de nos confrères a annoncé le prochain mariage d'Yvette Guilbert.

La divette de la Scala, interviewée, a répondu que le jour où elle consentirait à confier à un autre qu'à elle-même le soin de sa personne et de sa vie, elle en aviserait le monde de la presse avec lequel elle a « toujours échangé d'amicaux rapports ».

Jusque-là, toutes les nouvelles que l'on donnera sur son mariage devront être considérées comme fantaisistes. Yvette Guilbert n'a pas encore divorcé avec le succès. Qu'on se le dise !


Voici comment viennent d'être fixées les vacances de Pâques pour les élèves des lycées et collèges du ressort de l'Académie de Paris Sortie, mercredi prochain 14 avril, à huit heures du matin rentrée, le lundi 26 neuf heures du soir. Les classes reprendront le mardi matin.


Les froids et les pluies vont, dit-on, continuer ; dyspeptiques et gastralgiques, plus atteints par ces variations de température que tous autres malades, continueront aussi à boire cette eau alcaline reconstituante de Pougues, qui est une manière de panacée des maladies de l'estomac.


L'incendie de la rue Broca.

Un incendié se déclarait, hier matin, au n° 54 de la rue Broca, dans une boutique occupée par une imprimerie. Bientôt, les flammes gagnaient l'arrière-magasin et envahissaient l'escalier de la maison.

On vit alors, à l'une des fenêtres du premier étage, deux pauvres femmes, la mère et  la fille, qui poussaient des cris déchirants, alors que, derrière elles, leur logement commençait à flamber. Les pompiers de la caserne de Port-Royal arrivèrent au moment précis où les deux infortunées créatures voulaient se précipiter dans, la rue pour échapper aux flammes qui les serraient de près. La mère et la fille furent sauvées par les pompiers, qui se rendirent ensuite assez facilement maîtres du sinistre.


PRÉVENEZ LE MAL

 

Travailleurs qui peinez dans vos ateliers au milieu d'une atmosphère et de poussières souvent malsaines, vous êtes exposés à un empoisonnement lent. N'attendez pas à être complètement malades, votre femme et vos enfants comptent sur votre salaire pour vivre. Au moindre symptôme, purgez-vous avec l'Apenta. C'est l'eau purgative naturelle par excellence. Elle vous débarrassera l'intestin, et par les sels qu'elle tient en dissolution, elle le tonifiera et neutralisera les principes morbides qu'il peut contenir.


Les bicyclettes de toutes marques sont vendues aux Grands Magasins Dufayel aux conditions suivantes : le dixième du montant de l'achat comptant et le reste en douze mensualités. Seule maison faisant d'aussi grands avantages et vendant le même prix que les fabricants.

 11 avril

Dimanche
11 avril 1897

Situation diplomatique.

Constantinople, 10 avril.- D'un correspondant. La situation diplomatique actuelle se résume ainsi: L'Angleterre, la France et l'Italie se prononcent en faveur de certaines concessions facilitant à la Grèce le retrait de ses troupes en Crète. La Russie, qui était opposée au début à toute concession, et l'Autriche paraissent disposées à se rallier à la majorité des puissances. D'autre part, la Turquie, encouragée tant par l'attitude de l'Allemagne que par son regain de vitalité militaire, commence à prendre une attitude beaucoup moins pacifique, et qui démontre qu'elle interprète tout autrement qu'on ne le croit généralement en Europe l'autonomie projetée de la Crète.


FRANÇOIS-JOSEPH A SAINT-PÉTERSBOURG

VIENNE, 10 avril. D'un correspondant. -Parmi la suite qui accompagnera l'empereur François-Joseph dans le voyage qu'il entreprendra le 25 avril à Saint-Pétersbourg se trouveront, indépendamment de l'archiduc Otto, le comte Goluchowski, ministre des affaires étrangères, l'envoyé extraordinaire baron Zwiedinek de Sudenhorst et le conseiller de Section K. Merey de Kaspomère.


Grégoire sauvera sa tête

Du Matin

L'arrêt de la chambre des mises en accusation Meurtre simple. Contrairement à ce qui a été annoncé, la chambre des mises en accusation a renvoyé le misérable Grégoire en cour d'assises, non pour assassinat, mais pour simple meurtre, c'est-à-dire, pour un crime n'emportant pas la peine capitale.

Bref, l'auteur de la mort du petit Pierre a la certitude de sauver sa tête.

II se gardera donc bien de se pourvoir en cassation contre l'arrêt de la chambre des mises en accusation, rendu sur le mémoire de Me Lagasse et on contradiction formelle avec la thèse juridique de M. l'avocat général Blondel, qui soutenait, dans ses conclusions, que Grégoire devait être renvoyé devant les jurés parisiens sous l'accusation, non de meurtre simple, mais de meurtre avec préméditation.

Selon toute vraisemblance, l'affaire viendra aux assises dans la seconde quinzaine de mai, présidée par M. Martinet.


A L'HÔTEL DE VILLE

Le Métropolitain — Constitution de la commission — Propositions retenues.

La commission spéciale chargée de l'examen des demandes en concession d'exploitation du Métropolitain s'est réunie hier matin, sous la présidence du préfet de la Seine.

Elle s'est constituée aussitôt et a nommé une sous-commission composée de MM: Thuillier et Berthelot, conseillers municipaux Huet, directeur administratif des travaux, et des ingénieurs de la Ville. Cette sous-commission devra présenter le 14 avril, à la commission, un rapport détaillé et des conclusions fermes. Des six demandes en concession, deux sont déjà écartées celle de M. de Montmore et celle de M. Buisson de Leyzes, comme ne présentant pas de garanties assez sérieuses. Quatre sont retenues, celles de la Compagnie de traction (Creusot) Faye (rivesLille): Grosselin et Coignet ('l'homsonHouston) et Lalance (procédés Siemens).


DINER OFFICIEL

Soixante couverts au dîner donné, hier soir, par M. Darlan, ministre de la justice et des cultes, en l'honneur des présidents et vice-présidents des Chambres, des ministres et des chefs de corps et des compagnies judiciaires.

M. Darlan avait à sa droite M. Loubet, président du Sénat, et à sa gauche M. Brisson, président de la Chambre des députés. M. Méline, président du conseil, qui se trouvait en face du garde des sceaux, avait à sa droite M.. Hanotaux, ministre des affaires étrangères, et, à sa gauche, M. Barthou, ministre de l'intérieur.

Le dîner a été suivi d'une réception des plus brillantes.


LES EMPOISONNEUSES HONGROISES

Budapest, 10 avril. D'un correspondant.– On a arrêté ces jours-ci, à Miskolcz, sept femmes qui faisaient partie d'une bande d'empoisonneuses à laquelle on n'attribue pas moins de vingt-trois crimes. On sait qu'un procès monstre du même genre se déroule actuellement devant la cour d'assises de Hod-Mezar-Vasarheljv


Exposition d'articles de ménage et de jardin, porcelaines, cristaux, faïences, cannes, parapluies, ombrelles et mobiliers complets aux grands magasins Dufayel.


Au quai d'Austerlitz.

Une voiture, chargée de ciment, a été entraînée hier soir dans la Seine, au quai d'Austerlitz.

Malgré les efforts de deux citoyens courageux qui s'étaient jetés à la tête des chevaux, la voiture fut submergée, la pente étant très rapide à cet endroit.

Le cocher, qui était resté sur son siège, a pu être repêché par des mariniers. Il a été impossible de retirer les deux chevaux, qui ont été noyés.


Pastilles Poncelet

N°2 ― Le feuilleton du journal

 M. Lefrançois baissa de nouveau la tête

M. Lefrançois baissa de nouveau la tête, non par humilité, mais par prudence. Il sentit la nécessité de dissimuler à Mgr Espérandieu la contraction atroce de ses mâchoires qui se serrèrent comme celles d'un loup. Ses mains nouées firent craquer leurs phalanges, et d'une voix qui s'enrouait de colère, il dit :

— Je vois bien. Monseigneur, que votre parti est pris, mais le mien aussi. Je ne me laisserai pas faire la guerre sans me défendre. Vous allez déchaîner le scandale. Le curé de Favières s'est jeté très imprudemment dans des affaires de construction, pour l'École libre, qui le mèneront loin s'il n'est pas aidé puissamment par vous... Car il est inutile qu'il compte sur la municipalité. Nous sommes comptables des deniers de nos commettants et nous ne les emploierons pas à subventionner des entreprises hostiles au gouvernement... Nous sommes républicains à Favières...

— Eh ! monsieur le maire, dit le prélat, on l'est aussi à l'Évêché... Vous savez bien que nous ne faisons pas d'opposition.

— Je sais, Monseigneur, que vous êtes très fin, et que vous conduisez très habilement votre barque...

— C'est celle de saint Pierre, qui était un pauvre pêcheur, et, comme tous les apôtres, un homme du peuple. Monsieur le maire, le clergé a pour premier devoir d'être humble et de se rapprocher des humbles. Les heureux de la terre n'ont pas besoin de lui, tandis que les déshérités, les souffrants, les désespérés sont ses clients habituels. Qui s'occupera des petits enfants et qui les instruira si les curés ne s'en chargent pas ?

— Nous, Monseigneur.

— Oui, mais vous ne leur apprendrez pas à faire leur prière. La culture de l'esprit est excellente, mais celle de l'âme est indispensable. Quelle douleur pour nous de voir que l'éternel malentendu persiste et que vous et vos amis vous demeuriez convaincus qu'il est impossible d'être bon républicain tout en allant à la messe ! Voyons, mon cher monsieur Lefrançois, vous qui avez une véritable supériorité intellectuelle, ne donnerez-vous pas l'exemple de la modération et de la conciliation ? Ce serait un beau rôle à jouer, et digne de vous tenter.

— Que diraient mes électeurs ?

— Est-ce donc uniquement pour satisfaire votre parti que vous pensez, que vous agissez ? Ah ! monsieur le maire, vous voulez être conseiller général, puis député... Et c'est mon pauvre curé de Favières que vous méditez d'offrir en holocauste à vos sectaires de l'arrondissement... pour, sa tête à la main, demander ce salaire !... Non ! Vous ne l'aurez pas !

L'évêque riait, mais une émotion savamment dissimulée faisait trembler sa voix. Il leva sa main fine, ornée de l'anneau pastoral, et menaçant le maire avec un geste gracieux

— Prenez garde ! Je recruterai des alliés contre vous, dans votre propre maison. La charmante Mme Lefrançois ne fera pas cause commune avec tous vos affreux radicaux. Je la mettrai dans mes intérêts, et je la crois très puissante...

— Ma femme ne sera pas si sotte que de se mêler à ces affaires, grogna le maire. Elle sait à quoi s'en tenir sur mes sentiments à l'égard du curé, et tout ce qu'elle pouvait tenter en sa faveur elle l'a essayé. Elle le connaît de longue date... Elle sait qu'il me hait. Si vous comptez sur son appui. Monseigneur, vous vous trompez singulièrement. Au fond, je crois qu'elle ne serait pas fâchée de voir partir l'abbé Daniel...

— Comment ! les femmes elles-mêmes le lapideraient, ce pauvre enfant ? Voyons, monsieur Lefrançois, combien doit-il ? Vous devez connaître le chiffre, vous y avez intérêt.

— Monseigneur, le curé de Favières a répondu pour quarante-deux mille francs, sur lesquels il n'a pas le premier sou... Si vous connaissez un banquier qui les lui prêtera avec sa soutane comme seul gage, indiquez-le-lui, il en est temps...

— Quarante-deux mille francs ! Et qui sont dus ?

— A de petits entrepreneurs : maçons, menuisiers, peintres...

— Ces braves gens attendront...

— Ils attendent déjà, depuis deux ans... Voulez-vous, Monseigneur, voir saisir votre curé ? Ce sera un spectacle édifiant !

— Monsieur le maire, dit Mgr Espérandieu avec gravité, si j'avais la somme nécessaire, l'abbé Daniel la recevrait demain pour faire face à ses engagements; mais je suis pauvre. Cet argent a été dépensé pour la gloire de Dieu, soyez sûr que Dieu y pourvoira.

— Amen ! dit le maire, avec un ricanement.

Il se leva, ramassa son chapeau, frappa le tapis de son bâton, et se courbant ironiquement devant l'évêque :

— Monseigneur, vous vous rappellerez, un jour, que j'étais venu vous apporter la paix et que vous l'avez repoussée.

— Parce que vous me l'avez offerte au prix d'une injustice.

— Vous regretterez votre refus, mais il sera trop tard.

— Monsieur le maire, ma conscience sera toujours en repos. Je souhaite qu'il en soit de même de la vôtre.

Il se leva, fit à son dur interlocuteur un signe de tête, pour indiquer que l'audience était terminée, et svelte, dans sa robe violette, glissant plutôt que marchant, il le reconduisit jusqu'à la porte. Là, comme le maire radical lui lançait un dernier regard de marchandage, il sourit, et de ses doigts évangéliquement réunis, il lui envoya sa bénédiction. Lefrançois se secoua, comme s'il avait été chargé d'un mauvais sort, il grommela quelques paroles, qui n'étaient ni bienveillantes ni révérencieuses, et hors de la présence de l'évêque il descendit l'escalier de l'Évêché, et regagna son cabriolet qui l'attendait dans la cour.

GEORGES OHNET
A suivre...
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