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24 décembre

Vendredi
24 décembre 1897

Le Tout-Paris

L'Annuaire si connu, si apprécié de la société parisienne, le Tout-Paris, vient de faire paraître son édition de 1898, édition revue, corrigée avec soin, et augmentée de plus de 150 pages.

Pour répondre aux besoins de son élégante clientèle, de nombreuses améliorations ont été apportées dans cette publication : plans de Paris en couleurs, des professions libérales, indication des cercles dont font partie les personnes appartenant au high-life, numéros téléphoniques, etc., etc., qui viennent s'ajouter aux nombreux renseignements publiés déjà par cet Annuaire.

Le Tout-Paris sera donc de plus en plus indispensable à tous les Parisiens.


La Rose+Croix kabbalistique est en deuil. Son grand maître, M. Stanislas de Guaita, vient de mourir, à peine âgé de quarante ans, en son château d'Yeuse en Alsace.

M. de Guaita fut, dans le principe, un poète charmant qui chantait les roses et l'amour; un beau jour, il se réveilla kabba et, dès lors, publia »de gros ouvrages très savants et très sérieux. On se souvient de ses démêlés avec le Sâr Pela et. Jules Bois.

C'est probablement le docteur Encausse, connu sous le nom de Papus, qui succèdera à M. Stanislas de Guaita en qualité de grand maître de la Rose + Croix kabbalistique. L'élection, d'ailleurs, n'aura pas lieu avant quelques mois.


Nos ancêtres, après avoir détruit la Bastille, voulaient qu'en disparût même le souvenir.

Nous nous attachons au contraire à le perpétuer, et ceux qui nous suivront nous sauront gré du petit travail que font en ce moment d'habiles paveurs municipaux, artistes en mosaïque des rues, qui sur la place de la Bastille retracent la place de l'ancienne prison. On a commencé hier, en effet, à refaire, en dalles de granit les limites de la Bastille, tracées primitivement en porphyre et que les passants avaient usées jusqu'à les effacer presque complètement.


MÊME A GRANDE MALADIE
BONNE MÉDECINE REMÉDIE

Ne vous laissez pas gagner par le fléau, prévenez la maladie avant d'être atteint par l'affaiblissement du sang. Pour cela faites usage, sans tarder, du délicieux sirop de Sœur Louise, des Filles de la Charité, tonique, reconstituant, éminemment assimilable, dont l'action prompte et énergique assure la guérison de l'anémie. Exiger le nom de Sœur Louise sur le flacon, seule garantie de l'authenticité du produit.

Poulain, pharmacien, 9, rue Laffitte, Paris, toutes pharmacies et couvent des Filles de la Charité, 159, rue de l'Université, Paris.


Pour remercier le public du succès, extrêmement flatteur, que les sympathies générales ont fait à la récente inauguration de ses nouveaux magasins, le directeur du Petit Saint-Thomas a décidé que la distribution des jolies primes offertes à tout acheteur serait continuée, pour Paris et la province. De plus, l'acquisition de l'Agenda-Foyer 1898 donnera droit à un portrait photographique exécuté gratuitement, selon le goût de la personne, par la Société artistique des portraits en couleurs.

Ces charmantes surprises, jointes aux attraits de l'Exposition spéciale des Étrennes, qui commence demain, vont attirer une affluence énorme dans le bel immeuble nouvellement édifié du Petit Saint-Thomas. 


On n'ose quelquefois pas offrir un objet utile, alors qu'il serait si bien reçu ! Ainsi, aujourd'hui que le luxe des appartements se développe de plus en plus, un éventail Louis XVI, dont les feuilles de bronze doré se .déplacent si gracieusement devant le feu, ou encore un écran doré style Louis XV, se peut envoyer parfaitement en cadeau familier.

Ces très jolis articles, ainsi que tous ceux concernant la cheminée chenets, galeries, landiers, existent en un choix aussi complet qu'avantageux dans les vastes magasins des établissements Allez frères, dont le catalogue est déjà précieux à consulter.


A tous les âges et dans toutes les situations on peut faire usage du quinquina Dubonnet comme apéritif et tonique. Dans grand nombre de familles il remplace définitivement le vermout et le madère, et déjà on le voit figurer en tête des menus des grands dîners.

Attendons-nous à lui voir donner bientôt la consécration officielle qu'il mérite à tous les égards.


PLAISIRS DE LA SOIRÉE

C'était jadis un plaisir réservé à de rares élus que de passer une bonne soirée à lire au coin du feu. Maintenant, ce plaisir est à la portée de tout le monde. Plus de fatigue, plus de nuages devant les yeux la lecture est devenue un charme exquis, grâce aux merveilleux verres isométropes, dont le seul dépôt à Paris est chez le savant opticien Fischer, 19, avenue de l'Opéra.

25 décembre

Samedi
25 décembre 1897

M. Milliard, le nouveau garde des sceaux, n'a pas voulu aller habiter l'hôtel du ministère de la justice; il a gardé son appartement particulier du faubourg Saint-Honoré et ne se rend tous les jours à la chancellerie, place Vendôme, que pour diriger son département ministériel. Ce n'est pas qu'il ait des doutes sur la longévité du cabinet; mais c'est par goût personnel.

M. Milliard n'a fait, en cela, qu'imiter plusieurs de ses collègues du cabinet, et notamment le président du Conseil. M. Méline, en effet, depuis vingt mois qu'il dirige le ministère, n'a pas cessé d'habiter son modeste appartement de la rue de Commaille.

Les ministres des affaires étrangères, des finances et des colonies ont fait de même. M. Hanotaux habite un cinquième étage de la maison sise au coin du boulevard Saint-Germain et de la rue de Bellechasse. C'est là qu'il continue à se livrer à ses études personnelles, à ses travaux de prédilection, dans les loisirs que lui laissent les affaires extérieures. M. Cochery continue à résider dans son appartement du quartier de Chaillot, et M. André Lebon continue à habiter rue de Tournon, à quelques pas du Sénat.


Les fêtes de Noël.

Voici Paris en proie à la fièvre des étrennes. On a beau dire, on a des obligations à remplir, et plus on tarde, plus on a à courir pour trouver l'étrenne rêvée, idéale.

Comprenant cela, quelques-uns de nos principaux négociants ont eu la bonne idée de laisser leurs magasins ouverts, malgré les fêtes, aujourd'hui et demain. Parmi ces intelligents nous citerons : Les magasins de céramique d'art du Grand Dépôt, rue Drouot ; Les galeries de bronzes et étains de Susse frères, place de la Bourse ; Le dépôt des jumelles Flammarion, avenue de l'Opéra ; Les galeries Goldscheider, terres cuites polychromées, bronzes, étains et marbres, à l'angle de l'avenue de l'Opéra et de la rue des Petits-Champs ; Pihan, le grand chocolatier parisien, dont les bonbons sont au-dessus de tout éloge, dont les sacs, bourses, etc., font fureur.


PETITES NOUVELLES

M. Turrel, ministre des travaux publics, qui, comme nous l'avons dit, doit inaugurer aujourd'hui la ligne de Nérac à Mont-de-Marsan, ira, ensuite, passer une huitaine de jours dans son département natal de l'Aude.


Le prince Philippe de Saxe-Cobourg;Gotha, duc de Saxe, venant de. Vienne, est arrivé à Paris hier matin.


On a exécuté, avant-hier, à Greenbero, dans la Caroline du Nord, un homme qui, au moins, n'aura pas à se plaindre des lenteurs de la justice.

Arrêté deux heures après avoir assassiné sa femme, il avouait immédiatement son crime ; dès le lendemain, il comparaissait devant la cour d'assises, qui le condamnait à mort, en une séance, et, exactement quarante-neuf heures après l'accomplissement de son crime, il passait de vie à trépas.

C'est surtout en Amérique que l'on droit trouver que les morts vont vite.


Une forêt en vente.

Le 5 janvier seront adjugés aux enchères publiques les cent quarante-neuf arbres de haute futaie spontanément poussés au long des ruines de la Cour des comptes.

Il y a là cinq acacias, deux ormes, cinquante et un érables et quatre-vingt-onze sycomore dé belle venue, représentant environ vingt-neuf mètres cubes de bois.

 

La statue en bronze de Charcot, par Falguière, vient de sortir de la fonte et sera prochainement transportée la Salpêtrière.


Ce matin, samedi, à huit heures, sera donnée, 12, boulevard Montmartre, la fête de l'arbre de Noël que M. Georges Berry. député offre tous les ans aux enfants pauvres du neuvième arrondissement.

Il y aura distribution de jouets, de vêtements, de chaussures, de surprises et de deux cents livrets de caisse d'épargne de dix francs.


Le comte Balny d'Avricourt, ministre de France au Chili, en ce moment en congé dans son château d'Avricourt, dans l'Oise, a été victime d'un accident de voiture.

En revenant de la station de Beauvraignes, un des chevaux de sa Victoria, dans laquelle avait pris place également la comtesse, cassa l'un de ses traits et s'emballa. Le cocher devenant impuissant à maîtriser son attelage, M. d'Avricourt sauta à terre pour tenter de saisir les guides, mais il fut projeté sur la chaussée, et une roue lui passa dessus. Presque en même temps, le cocher était renversé de son siège, et la voiture versait sur un tas de pierres.

Mme Balny d'Avricourt put heureusement être dégagée sans aucun mal. Quant à M. Balny d'Avricourt, il a de fortes meurtrissures aux jambes qui, sans inspirer d'inquiétudes, nécessiteront, pourtant, un assez long repos.


Pour se guérir et se préserver des rhumes, toux, bronchite, catarrhes, grippe, asthme, pour se fortifier les bronches, l'estomac et la poitrine, il suffit do prendre à chaque repas deux Gouttes Livoniennes de Trouette-Perret

26 décembre

Dimanche
26 décembre 1897

Les amateurs de monnaies d'argent du nouveau type qui n'avaient, pu se procurer les nouvelles pièces de cinquante centimes frappées il y a quelques jours peuvent se consoler.

Le ministre des finances, en effet, va faire frapper, en janvier et février, pour sept millions de monnaies divisionnaires du nouveau type dû au fameux graveur Roty. On ne limitera pas la fabrication aux pièces de cinquante centimes. On fabriquera aussi des pièces de un franc et de deux francs.

La face de toutes ces pièces sera la même elle reproduira la femme coiffée du bonnet phrygien qui jette la semence sur la terre, aux rayons du soleil levant. Seul, le revers sera différent, en raison de la nécessité de marquer la différence de valeur des pièces.


Voulez-vous, sans bourse délier, vous offrir un spectacle aussi éblouissant que la Loïe Fuller ?

Allez mardi., en flânant, admirer la splendide exposition de Vaillant-Rozeau, le grand fleuriste du boulevard des Capucines.

Cinq cents corbeilles de fleurs garnies avec un art infini, et où les roses, les muguets, les orchidées, les lilas, les azalées, les cyclamens, les œillets, les lis. seront répandus par milliers, prouveront au public extasié et ravi que Vaillant-Rozeau est toujours le premier fleuriste du monde.


La Science, qui toujours veille,

Ainsi qu'un Ange de Bonté,

Offre à l'Humanité trop vieille

Le doux remède souhaité.

 

Et quand retient parmi les brumes

L'hiver malsain, stupide et laid,

La Science guérit les rhumes

Par les Pastilles Poncelet.


Comment échapper à la congestion pulmonaire et aux pneumonies infectieuses, auxquelles nous livre la malencontreuse influenza ?

En fortifiant à la fois le cœur et les poumons, en facilitant la circulation et la nutrition, répondent les docteurs les plus estimés.

C'est pourquoi le Vin Bravais à la kola, coca, guarana et cacao, est actuellement considéra comme le remède sauveur combien dé malades lui doivent leur résurrection !


LE GRAND BAZAR MÉTROPOLE

On y trouve tout : jouets, livres, maroquinerie, bijouterie, orfèvrerie, papeterie, bronzes, jeux de salons, articles pour fumeurs, porcelaines, cristaux, bonneterie, chaussures, tapis, meubles, etc., etc.
On peut se promener librement aux trois étages de ce superbe établissement, constater que tout y est de premier ordre et que les prix sont plus que modérés. Voilà ce qui explique suffisamment le succès considérable obtenu par le grand bazar Métropole, 16 et 18, faubourg Montmartre, ouvert tous les jours de 8 heures du matin à 11 heures du soir.


Toutes les bonnes maisons s'empressent de s'approvisionner de cette vaisselle en cuivre et argent purs qui est la vaisselle vraiment hygiénique, et qui, par sa durée et son facile entretien, supprime tous les dangers de l'étamage mêlé de plomb, et revient en somme meilleur marché, au bout d'un certain temps, que la vaisselle étamée ou émaillée. Aussi, les demandes de catalogues affluent de tous les points de la province et de l'étranger, aux magasins du Bi-Métal, 30, boulevard des Capucines.


Pastilles Poncelet

N°3 ― Le feuilleton du journal

 Mgr Espérandieu était un prélat

Mgr Espérandieu était un prélat courageux, mais prudent. Il voulait défendi'e son clergé, pourtant il voulait savoir pourquoi et comment il était attaqué. Il ouvrit la porte de son salon et passant dans la pièce voisine, qui servait de bibliothèque et d'archives, il chercha du regard son secrétaire. Debout devant la fenêtre ouverte, le jeune abbé s'occupait à émietter un morceau de pain aux nombreux pierrots qui nichaient dans les trous des vieilles murailles de l'Évêché. Un air doux montait du jardin et les tilleuls en fleurs embaumaient; dans les branches c'était une poursuite gazouillante et voletante. Et le prêtre, éclairé par un rayon de soleil, continuait sa distribution avec placidité, sans se douter que son maître, sou- riant à la suave et pure harmonie de ce tableau, se tenait derrière lui.

— Eh bien ! mon cher enfant, dit l'évêque en s'approchant, je vois que vos clients emplumés croissent et multiplient selon l'Écriture. Vous aurez bientôt à vos festins tous les oiseaux de la ville.

— Monseigneur, vous n'imaginez pas leur exigence et leur audace. Quand je ne suis pas, à l'heure exacte, prêt à leur distribuer la ration quotidienne, ils viennent frapper de l'aile et du bec aux car- reaux de la fenêtre. Et je crois que Votre Grandeur a raison : ils amènent des invités...

L'abbé ferma la croisée. Les derniers pépiements des oiseaux se perdirent dans les ramures des vieux tilleuls, et l'évêque et son secrétaire restèrent en présence dans la vaste pièce, claire et calme.

— Mon cher Richard, dit l'évêque à son favori, je viens d'avoir la visite de Mme Lefrançois toujours pour cette affaire de Favières. Vraiment le maire montre un acharnement extraordinaire contre notre pauvre curé. J'ai résisté aux sommations de ce fanatique, parce qu'il ne peut pas me convenir de paraître abandonner ma juste autorité, mais j'en suis à me demander s'il ne vaudrait, pas mieux, pour l'abbé Daniel, que je l'envoie dans une autre cure. Ce Lefrançois lui jouera quelque tour abominable, et nous compromettra tous avec lui.

Le jeune abbé Richard, appartenant par sa naissance à la noble famille de Préfont, se trouvait tout naturellement disposé à se montrer hostile aux prétentions du maire dont le ton, les manières, les tendances, choquaient ses habitudes, ses goûts et ses opinions. Il eut un sourire de dédain, et mettant dans la forme de sa réponse d'autant plus de respect que le fond en était plus hardi :

— Je m'étonne que Votre Grandeur songe à céder, sur le terrain ecclésiastique, à ce sectaire malappris. Dans la situation où vous êtes, vis-à-vis du gouvernement, vous pouvez vous offrir le luxe de la résistance. Un évêque bien pensant, rallié si l'on peut dire, doit avoir le droit de tenir tête à un tyranneau communal comme ce Lefrançois. Vous n'ignorez pas, Monseigneur, que le personnage jouit de la plus détestable réputation, encore qu'il soit par sa fortune l'homme le plus important du canton. Il a laissé à Beaumont des souvenirs détestables. Mon cousin de La Morandière affirme que le maire de Favières a fait plus d'usure que de banque, et tous les beaux fils de la ville ont perdu de leurs plumes à le fréquenter. Jusqu'à son mariage, il vivait dans la plus basse crapule. La belle hôtelière de l'Aigle-d'Or a été sa servante et la chronique scandaleuse attribue à Lefrançois les deux enfants qu'elle a eus de son union avec Regmalard.

L'évêque interrompit le jeune abbé, et avec un peu de sévérité :

— Il me semble, mon ami, que vous êtes bien au courant des racontars de la ville, et je trouve que vous les répétez avec une grande complaisance...

— Monseigneur, reprit le secrétaire en riant, je suis né dans le pays, et j'ai été élevé au milieu de ces gens-là. Il m'a suffi d'entendre parler les domestiques de mon père, pour savoir à quoi m'en tenir sur la valeur matérielle et morale de tous les habitants de la ville. J'ai une très bonne mémoire, de sorte que ces dires sont classés. Il n'y a qu'à ouvrir un casier dans mon cerveau, pour que le flot des renseignements déborde. Mais si vous désapprouvez mon langage, je me tais...

GEORGES OHNET
A suivre...
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