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Dans l'actualité des ...

 Jeudi 25 février

Jeudi
25 février 1897

La réception officielle de M. le marquis Costa de Beauregard, élu membre de l'Académie française en remplacement de M. Camille Doucet, aura lieu aujourd'hui, à deux heures, à l'Institut de France, sous la présidence de M. Édouard Hervé, qui répondra au récipiendaire. M. le marquis Costa de Beauregard sera assisté de ses deux parrains, Mgr le duc d'Aumale et M. Edmond Rousse. Le prince, en endossant pour cette cérémonie, le costume d'académicien qu'il n'a point mis depuis bien longtemps déjà, a voulu donner, au nouvel académicien un témoignage de particulière sympathie.


Sir Edmund Monson, ambassadeur d'Angleterre, se rend pour quelques jours à Londres afin d'assister, selon l'usage, à la première réception officielle du prince de Galles et de présenter ses hommages à la Reine, avant le départ de Sa Majesté pour le continent.


Le général Galliéni a demandé an gouvernement que le bénéfice de la médaille de Madagascar soit étendu aux militaires du corps d'occupation pour les années 1896 et 1897.

Cette demande est justifiée par les services que rend l'armée d'occupation. Il est souvent plus difficile de pacifier un pays que de le conquérir.

C'est le cas à Madagascar. D'ailleurs l'œuvre de pacification exige de lourds sacrifices. Rien qu'en décembre dernier les troupes placées sous le commandement du général Galliéni ont eu 7 tués et 18 blessés à l'ennemi, et 52 décès dans les hôpitaux

Ces chiffres montrent combien serait méritée la médaille que demande le général pour ses soldats.


De Londres

« La reine Victoria, accompagnée de l'impératrice Frédéric est arrivée aujourd'hui à Londres pour la réception de gala qui doit avoir lieu demain au palais de Buckingham.

» Dès son arrivée, la souveraine a reçu lord Salisbury avec qui elle a eu un long entretien. »


L'île sans hommes.

Il y a dans le Pacifique une petite île qui est menacée de ne plus avoir de population et pour laquelle le Courrier des États-Unis s'occupe de réclamer une cargaison de. maris. Il ne reste, en effet, dans cette île que des femmes, la mort ayant fauché un à un tous les représentants du sexe fort.

Dès que cette situation a été connue, il s'est formé à San-Francisco une société ayant pour but de fournir des maris aux veuves et aux jeunes filles résidant dans cette île. De nombreuses adhésions sont déjà parvenues. Dès qu'on aura réuni une centaine de candidats matrimoniaux, un navire les transportera dans l'ile en question.

Est-il besoin d'ajouter qu'ils y sont impatiemment attendus ?


UN DIAMANT DANS UN MATELAS

Mme T. demeurant rue Lafayette, confiait, il y a quelques jours, à un ouvrier bijoutier, Hector S. un bracelet dont un brillant se détachait de la monture. L'ouvrier fit la réparation et rapporta avant-hier le bijou. Mais Mme T. crut remarquer que le brillant avait été remplacé par un «simili». Pour s'en assurer, elle alla consulter un bijoutier. Elle ne s'était pas trompée. Plainte fut immédiatement déposée par elle chez M. Maurice, commissaire de police. Ce magistrat se rendit chez l'ouvrier, et la perquisition qu'il y fit amena la découverte du brillant, dans la laine d'un matelas.

Hector S. a été aussitôt arrêté et mis à la disposition du Parquet.


LES ÉRUPTIONS DE MARS

Aux approches du mois de mars, les éruptions la rougeur et les irritations de la peau sont assez fréquentes.

On les calme ou on les fait disparaître complètement avec des lotions d'Eau de BiBorax oriental, ou simplement par l'emploi quotidien d'un peu de Bi-Borax en poudre dans l'eau des ablutions.

En vente chez tous les épiciers ou herboristes, par boîtes cachetées de 10 centimes, 20 centimes et 1 franc.


Conseil pratique

Ce que l'on doit prendre :

Dans les five o'clock les plus select on donne maintenant, avec les biscuits, les gâteaux et autres douceurs, l'exquis Quinquina Monceau qui donne la santé et excite l'appétit.

Aucun produit de ce genre n'est mieux préparé nous trouvons la preuve de ses rares mérites dans les nombreuses récompenses qui lui ont été décernées par les jurys des diverses expositions: 15 médailles d'or, diplômes d'honneur ou grands prix.

C'est le plus ancien et le plus médaillé des quinquinas.

 26 février

Vendredi
26 février 1897

La Société des. artistes russes, dont le siège social est rue de Rome, ouvrira son exposition annuelle de peinture et de sculpture dimanche prochain, en présence de l'ambassadeur, M. le baron de Mohrenheim.


Le président de la République a accepté, hier matin, l'invitation des membres du bureau de la Société des anciens élèves des écoles d'arts et métiers, qui venaient le prier d'assister, le 13 mars, au bal de la Société.


Le volume d'Émile Blavet Au Pays Malgache, que vient de lancer Ollendorff, s'enlève en librairie. Ce livre, plein d'une verve étincelante et légère, d'observation, aigue et pittoresque, est amusant comme, un roman et utile comme un véritable guide. Madagascar nous intéresse trop pour que tout le monde ne veuille pas lire ce curieux et précieux volume.


Le roi et la reine de Saxe, dont nous avons annoncé l'arrivée sur le littoral, ont rendu visite, dans l'après-midi d'hier, à l'archiduc Renier d'Autriche, au duc de Cumberland, au prince de Tour et Taxis et au grand-duc Michel.

Ils sont rentrés le soir, à sept heures, au cap Martin.

Sont arrivés également hier à Cannes, pour passer la saison, le prince et la princesse Philippe de Saxe-Gobourg.


Patinage et cyclisme qui aurait cru ces deux 'sports susceptibles d'être un jour réunis sur la même piste ?
C'est cependant ce que miss Mabel Davidson, la célèbre patineuse américaine, montrera ce soir sur la' piste du Palais de Glace des Champs-Élysées, où elle évoluera montée sur une bicyclette avec autant d'aisance que sur ses patins.
Tous les cyclistes parisiens iront applaudir ces exercices jusqu'alors absolument inconnus .en France.


Plus de six mille personnes ont assisté, hier soir, au premier des deux grands bals annuels de l'Élysée.
Même décoration qu'aux fêtes précédentes.
A l'entrée du salon des Aides de Camp se tenaient le président de la République, Mme Félix Faure et Mlle Lucie Faure, entourés de tout le personnel de la maison civile et militaire.
Mme Félix Faure portait une toilette de soie briochée bleue traversée d'une écharpé de tulle noir brodée de pierreries et agrémentée de dentelles de Venise.
La robe de Mlle Lucie Faure était en moire blanche brodée de perles et ornée de velours rosé son corsage, de même étoffe, était garni de dentelles.
La serre, décorée de fleurs et d'arbustes, la salle des, fêtes, dont la décoration du plafond est achevée, la -salle des Souverains, transformée en salon diplomatique, le buffet dressé dans la salle à manger ordinaire, la galerie tendue, suivant l'usage; des tapisseries de Cozette retraçant l'histoire, de Don Quichotte la galerie des glaces du premier étage, au milieu de laquelle est exposée la selle chamarrée d'or offerte, au président par l'agha Si-Eddin-ben-Si-Hânya le cabinet de travail .présidentiel, avec ses portraits de M. Félix Faure et du tsar Alexandre III enfin, la. salle à manger privée réservée au souper debout, n'ont pas désempli jusqu'à cinq heures du matin.

 27 février

Samedi
27 février 1897

LES RAYONS X.

Opération dangereuse évitée — Il était temps.

Marseille, 26- février. D'un correspondant. M. Vasseur, préparateur à la Faculté des sciences, avait avalé un os qui s'était arrêté dans la gorge. Des souffrances très vives et des difficultés dans la respiration inquiétaient les médecins.

On décida l'opération fort délicate et dangereuse de l'ouverture de l'œsophage pour extraire le corps étranger.

Au moment de commencer, on eut, fort heureusement, l'idée de photographier avec les rayons X. la partie malade. L'épreuve montra que l'os avait glissé pendant les sondages faits par les médecins et qu'il était tombé -dans l'estomac, où il n'y avait pas lieu de le rechercher. Les souffrances persistantes provenaient des lésions des tissus produites par le séjour momentané du corps étranger dans l'œsophage.

Il n'y avait plus lieu, dès lors, de recourir à l'opération douloureuse et redoutable que l'on se disposait à faire subir à M. Vasseur.


On annonce que l'amiral Vallon, député du Finistère, est gravement malade. Ce soir, dîner suivi de réception ouverte offert par le président de la Chambre et Mme Henri Brisson aux membres du corps diplomatique.


Le ministre du commerce et Mme Henry Boucher donneront, le samedi 6 mars, une grande soirée dans les salons du ministère de la rue de Grenelle.


Le comité des Dames de l'Union centrale des arts décoratifs organise un concours de dessin industriel qui sera ouvert, du 1er au mars prochain, à l'Ecole des Beaux-Arts, 14, rue Bonaparte.


Pour se guérir et se préserver des rhumes, toux, bronchites, catarrhes, grippe, asthme, pour se fortifier les bronches, l'estomac et la poitrine, il suffit de prendre à chaque repas deux Gouttes livoniennes de Trouette-Perret.


Par décision du cardinal-archevêque de Paris, l'usage de la viande sera permis les dimanche, lundi, mardi, jeudi et samedi, depuis le 4 mars jusqu'au 13 avril, à l'exception du samedi 13 mars.


Avec MM. Méline et Rambaud, MM. Loubet, Henri Brisson, Barthou, André Lebon, ont également accepté l'invitation de l'Association des journalistes parlementaires à son banquet du 14 mars.


En raison des transformations des salons de l'Élysée, par suite des bals dont le second aura lieu, le Il mars, Mme Félix Faure ne pourra pas reprendre ses réceptions hebdomadaires avant le 20 du mois prochain.


Oller n'est jamais à bout de ressources pour trouver des distractions pour les Parisiens.

Dans son musée du sous-sol de l'Olympia, il vient d'établir des courses de bicyclettes sur cyclodrome qui attirent chaque soir une nombreuse et élégante assistance. 

Le Matin 27 février 1897


Pastilles Poncelet

N°3 ― Le feuilleton du journal

 Mgr Espérandieu était un prélat

Mgr Espérandieu était un prélat courageux, mais prudent. Il voulait défendi'e son clergé, pourtant il voulait savoir pourquoi et comment il était attaqué. Il ouvrit la porte de son salon et passant dans la pièce voisine, qui servait de bibliothèque et d'archives, il chercha du regard son secrétaire. Debout devant la fenêtre ouverte, le jeune abbé s'occupait à émietter un morceau de pain aux nombreux pierrots qui nichaient dans les trous des vieilles murailles de l'Évêché. Un air doux montait du jardin et les tilleuls en fleurs embaumaient; dans les branches c'était une poursuite gazouillante et voletante. Et le prêtre, éclairé par un rayon de soleil, continuait sa distribution avec placidité, sans se douter que son maître, sou- riant à la suave et pure harmonie de ce tableau, se tenait derrière lui.

— Eh bien ! mon cher enfant, dit l'évêque en s'approchant, je vois que vos clients emplumés croissent et multiplient selon l'Écriture. Vous aurez bientôt à vos festins tous les oiseaux de la ville.

— Monseigneur, vous n'imaginez pas leur exigence et leur audace. Quand je ne suis pas, à l'heure exacte, prêt à leur distribuer la ration quotidienne, ils viennent frapper de l'aile et du bec aux car- reaux de la fenêtre. Et je crois que Votre Grandeur a raison : ils amènent des invités...

L'abbé ferma la croisée. Les derniers pépiements des oiseaux se perdirent dans les ramures des vieux tilleuls, et l'évêque et son secrétaire restèrent en présence dans la vaste pièce, claire et calme.

— Mon cher Richard, dit l'évêque à son favori, je viens d'avoir la visite de Mme Lefrançois toujours pour cette affaire de Favières. Vraiment le maire montre un acharnement extraordinaire contre notre pauvre curé. J'ai résisté aux sommations de ce fanatique, parce qu'il ne peut pas me convenir de paraître abandonner ma juste autorité, mais j'en suis à me demander s'il ne vaudrait, pas mieux, pour l'abbé Daniel, que je l'envoie dans une autre cure. Ce Lefrançois lui jouera quelque tour abominable, et nous compromettra tous avec lui.

Le jeune abbé Richard, appartenant par sa naissance à la noble famille de Préfont, se trouvait tout naturellement disposé à se montrer hostile aux prétentions du maire dont le ton, les manières, les tendances, choquaient ses habitudes, ses goûts et ses opinions. Il eut un sourire de dédain, et mettant dans la forme de sa réponse d'autant plus de respect que le fond en était plus hardi :

— Je m'étonne que Votre Grandeur songe à céder, sur le terrain ecclésiastique, à ce sectaire malappris. Dans la situation où vous êtes, vis-à-vis du gouvernement, vous pouvez vous offrir le luxe de la résistance. Un évêque bien pensant, rallié si l'on peut dire, doit avoir le droit de tenir tête à un tyranneau communal comme ce Lefrançois. Vous n'ignorez pas, Monseigneur, que le personnage jouit de la plus détestable réputation, encore qu'il soit par sa fortune l'homme le plus important du canton. Il a laissé à Beaumont des souvenirs détestables. Mon cousin de La Morandière affirme que le maire de Favières a fait plus d'usure que de banque, et tous les beaux fils de la ville ont perdu de leurs plumes à le fréquenter. Jusqu'à son mariage, il vivait dans la plus basse crapule. La belle hôtelière de l'Aigle-d'Or a été sa servante et la chronique scandaleuse attribue à Lefrançois les deux enfants qu'elle a eus de son union avec Regmalard.

L'évêque interrompit le jeune abbé, et avec un peu de sévérité :

— Il me semble, mon ami, que vous êtes bien au courant des racontars de la ville, et je trouve que vous les répétez avec une grande complaisance...

— Monseigneur, reprit le secrétaire en riant, je suis né dans le pays, et j'ai été élevé au milieu de ces gens-là. Il m'a suffi d'entendre parler les domestiques de mon père, pour savoir à quoi m'en tenir sur la valeur matérielle et morale de tous les habitants de la ville. J'ai une très bonne mémoire, de sorte que ces dires sont classés. Il n'y a qu'à ouvrir un casier dans mon cerveau, pour que le flot des renseignements déborde. Mais si vous désapprouvez mon langage, je me tais...

GEORGES OHNET
A suivre...
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