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Dans l'actualité des ...

 26 mars

Vendredi
26 mars 1897

La Température

Le baromètre se relève rapidement sur l'ouest de l'Europe et les fortes pressions du Sud-Ouest se propagent sur toute la France. Néanmoins le vent est très fort de l'Ouest sur nos côtes de la Manche, où la mer est houleuse. Des pluies sont tombées dans le nord et le centre de l'Europe; en France on n'en signale nulle part.

La température, en baisse sur l'ouest du continent, donnait hier à Paris 12° au-dessus le matin à huit heures, 16° à midi et 17° à deux heures 17° à Alger et 14° au-dessous de I zéro à Moscou.


Lord Salisbury, venant de Londres par Calais, est arrivé hier soir à sept heures à Paris. Il a été reçu sur le quai de la gare du Nord par sir Edmund Monson, ambassadeur d'Angleterre.

M. Ph. Crozier, directeur du protocole, a salué le premier ministre anglais, au nom de M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères.

Lord Salisbury est descendu à l'ambassade d'Angleterre.


De Saint-Pétersbourg

« On assure que le prince Louis-Napoléon, récemment nommé commandant du régiment Alexandra-Feodorovna, sera promu au grade de général au mois de mai prochain, tout en conservant son commandement actuel. Cette nomination sera très bien vue dans les hautes sphères militaires où le prince Louis-Napoléon est entouré des plus chaleureuses sympathies. »


De Nice

La reine d'Angleterre a reçu avant-hier la visite du général Zurlinden, commandant du 15è corps d'armée. Dans la soirée, Sa Majesté a reçu le grand-duc et la grande-duchesse Pierre Nicolaïevitch.

La reine d'Angleterre, accompagnée de la princesse Béatrice et de la princesse Victoria de Schleswig-Holstein, s'était rendue, la veille, à Beaulieu, chez la marquise de Salisbury, à la villa La Bastide, où Sa Majesté a pris le thé.


MM. Carolus Duran, Billotte et le bureau de la Société nationale des beaux-arts ont invité le président de la République à assister, le 23 avril, à l'inauguration du Salon. M. Félix Faure a répondu qu'il ne pourrait, en raison de son voyage dans la région vendéenne, visiter l'exposition le jour de son ouverture, mais qu'il s'y rendrait dès son retour à Paris.


Le préfet de police et Mme Lépine recevront mardi prochain, à neuf heures et demie du soir, à l'hôtel de la préfecture de police.


N'est-il pas vraiment merveilleux de pouvoir transformer en un clin d'œil en voyage, en excursion, à la chasse, partout, l'eau potable ordinaire en une eau alcaline gazeuse, digestive et excellente à boire ? C'est là, cependant, un miracle des plus aisés avec les Comprimés de Vichy, fabriqués avec le sel Vichy-État (sel naturel retiré des sources de l'État), et offrant ainsi, sous le plus petit volume, la plupart des propriétés de l'eau des Célestins, de la Grande-Grille et de l'Hôpital.


Du Matin

C'est tout bombardés de confetti que les membres de l'Académie française sont venus prendre séance, hier, après-midi, non plus pour procéder au travail ordinaire du dictionnaire, mais pour s'entretenir de la double élection académique de la semaine prochaine.

Pour le fauteuil de M. J. Simon restent en présence, après les désistements successifs de MM. Delafosse et Francis Charmes MM. Émile Zola, Jules Noirit (de Bazas), Ferdinand Fabre, comte de Mun. Tout pronostic ici serait hasardé.

Il n'en est pas de même du second fauteuil, celui de M. Challemel-Lacour, où M. Gabriel Hanotaux n'a pour compétiteurs que MM. Émile Zola, Henri Second et Antoine Mosatille.

La double élection aura lieu jeudi le 1er avril, à une heure.


De Monte-Carlo

Peu de pays existent où les sports soient plus en honneur que sur ce ravissant littoral méditerranéen où le corps, trouvant une nouvelle vigueur dans l'air pur qui l'environne, exige des dépenses de forces qu'on ne saurait mieux appliquer qu'à ces exercices salutaires, avec juste raison si à la mode.

De tous les sports, l'escrime est un de ceux qui comptent le plus d'adeptes aussi rien d'étonnant à ce qu'elle soit l'objet d'un culte spécial. L'année dernière, à Monte-Carlo, en un mémorable assaut, deux maîtres, le français Rue et l'Italien Pini, ont rivalisé d'adresse et de science. Cette année, les organisateurs de la grande fête d'escrime ont ménagé une sensationnelle rencontre entre deux tireurs dont la renommée n'est plus à faire Kirchoffer, le vainqueur du grand tournoi international de 1896, et Antonio Conte, le célèbre maître italien dont les récents assauts ont été unanimement admirés. A qui restera. la victoire? Qui l'emportera, l'École française ou l'École italienne, à la soirée d'armes du 31 mars ? A côté de ces deux champions figureront en bonne place des amateurs d'une réelle valeur. En outre, Charlemont fils, le grand professeur de boxe française, a promis son concours. En des assauts de boxe anglaise se mesureront aussi plusieurs des premiers professionnels d'outre-Manche.

 27 mars Samedi

Samedi
27 mars 1897

Hier matin sont arrivés à Paris, en même temps que le comte de Lamsdorf, grand maitre de la cour de Russie, et M. G. Christy, grand-veneur du tsar, le grand duc Wladimir, venant de Berlin, et la grand-duc Michel Nicolaïevitch.

Ils ont été reçus, à la gare du Nord, par M. de Mohrenheim, ambassadeur de Russie, et par le général baron Freederickz attaché militaire.


Encore un accident en Seine.

Ils sont fréquents, depuis quelque temps.

Hier matin, vers sept heures, la péniche la Vénus, remorquée par le Pinson et chargée de pierres meulières, remontait le cours de la Seine. Par suite d'une fausse manœuvre, le bateau a si violemment heurté la patte d'oie posée en face du n° 29 du quai d'Austerlitz qu'elle l'a renversée.

Par suite de ce heurt, une voie d'eau s'est déclarée à bord, mais elle a été assez rapidement aveuglée par les pompiers de la rue Jeanne-d'Arc.


Nous avons enfin trouvé un homme qui est satisfait de voir traverser les Champs-Élysées par un tramway à vapeur. C'est le pharmacien du rond-point. Il est même enchanté de ce tramway, qui va lui amener un nombre incommensurable d'éclopés ou d'écrasés, et il agrandit son magasin pour les abriter jusqu'au moment où on les transportera dans les hôpitaux.

*
*  *

La discussion qui aura lieu aujourd'hui à. la Chambre avec l'interpellation Binder, va peut-être réduire à néant les doux rêves du pharmacien.

Souhaitons-le, sans respirer.


On va procéder, pendant les vacances, de Pâques, à un nettoyage à fond de la grande salle des imprimés de la Bibliothèque nationale.

Cette toilette est même déjà commencée, et l'on peut voir l'un des médaillons d'hommes célèbres qui décorent les contreforts des arcades se détacher en blanc et or sur les fonds gris que fit la poussière de plusieurs lustres on a lavé la tête à Hérodote.

La restauration de cette salle coûtera environ une trentaine de mille francs.


Une maison d'œuvres d'art ancien et moderne vient de se créer boulevard Saint-Germain, à l'angle de la rue Saint-Thomas-d'Aquin. Son enseigne : A Saint-Jean. On y a réuni des pièces curieuses qui appellent l'attention des amateurs, mais on y trouve aussi des objets religieux dont le choix se recommande au moment où vont se célébrer les premières communions. Les souvenirs qu'on offre s'y rencontrent à côté des pièces rares qu'on collectionne, telles que tableaux, bronzes, marbres, reproduction d'ancien, etc., etc.


NOTES D'UN PARISIEN

On va interpeler aujourd'hui, à la Chambre, sur le tramway, le fameux tramway. C'est donc le moment d'en dire un dernier mot. Il n'est que temps, d'abord, 'que cette interpellation se produise, car quelques jours de plus, et le tramway aurait passé. Je flânais par là avant-hier, et j'ai pu constater l'étendue du désastre. Déjà, l'avenue d'Antin est livrée aux rails, tout le sous-sol est bouleversé. Les voitures ne fonctionnent pas encore, mais on n'attend plus qu'elles et tout est déjà parfaitement organisé pour écraser le pauvre monde.

Les députés, qui ne sont pas très en faveur en ce moment, n'auront jamais meilleure occasion de se relever un peu aux yeux du public. C'est le cas où jamais pour eux, braves représentants de la province, de se montrer plus parisiens que les archiprovinciaux qui représentent Paris. Ce sera même la fin, très honorable et très spirituelle, d'une vieille querelle qui n'a que trop duré.

Bien des fois, en effet, on a dit que la province était jalouse de Paris. Et cela parce que, de temps à autre, un député de Brive-la-Gaillarde ou de Landerneau demandait qu'on supprimât la subvention de 'l'Opéra ou des Français. L'affaire du tramway est un admirable terrain de conciliation. Si elle n'existait pas, il aurait fallu l'inventer. Ce sera autour de nos bons villageois de sauver Paris malgré lui. John Lemoine disait autrefois que nous vivions en un temps où l'Obélisque était plus haut que les Pyramides: c'est le moment de montrer que les clochers de village sont plus hauts que l'Obélisque !

E.
 28 mars

Dimanche
28 mars 1897

CONSEIL DES MINISTRES

Le conseil des ministres s'est réuni hier à l'Élysée, sous la présidence de M. Félix Faure.

Le Conseil s'est occupé des diverses affaires intérieures en cours et des discussions qui se poursuivent devant les Chambres. Le ministre des finances a entretenu le conseil des points du budget de 1897 sur lesquels les deux Chambres n'ont pas encore rendu un vote conforme.

M. Hanotaux a rendu compte des allaires d'Orient.


Du Matin

LONDRES, 28 mars. De notre correspondant particulier'. Les journaux de ce matin dimanche, constatant que le blocus de la Crète n'a pas encore donné les résultats désirés, ils sont unanimes à espérer que l'entrevue de lord Salisbury et de M. Hanotaux hâtera la solution de la crise en Orient.

Le Sunday Times se promet beaucoup du concert européen.

L'Observer ne comprend pas que lord Salisbury prenne ses vacances en ce moment il espère que son entrevue avec le ministre français aura les résultats qu'on en attend.

« Il est certain, ajoute l'Observer, que le départ du chef du Foreign Office dans les conjonctures présentes, indique qu'aucun changement n'est à prévoir dans l'attitude d'aucune des six puissances. »


UNE RECRUE POUR LE CYCLISME

Du Gaulois:

M. Gladstone, actuellement à Cannes, publiait dernièrement force lettres et brochure pour faire connaître à l'Europe sa désapprobation de l'attitude de la diplomatie dans la question d'Orient.

Aujourd’hui, le « Grand Old Man » adresse à un de ses compatriotes les lignes suivantes « Je puis dire que je suis complètement maître de ma machine. »

Mais j’oublie de vous dire… M. Gladstone, qui a quatre-vingt-huit ans, apprend à montrer à bicyclette et commence à marcher comme un petit homme.


Le jour même de la visite-du tsar au président de la République, M. Félix Faure commanda à la manufacture de Sèvres un .groupe en biscuit, l'Offrande de l'hymen, destiné à être offert au général baron Freedericksz, aide de camp de l'empereur, premier attaché à l'ambassade de Russie, en reconnaissance des services rendus par lui aux deux pays alliés.

Ce cadeau, accompagné d'une lettre très cordiale du président, visent d'être remis à l'intéressé par M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères.


Les Grands Magasins du Louvre, qui tiennent le premier rang pour les Confections de Dames, et dont les splendides salons sont si assidûment fréquentés par le monde élégant, ont voulu donner à leur rayon de Vêtements pour Hommes le même cachet d'élégance, et ont ouvert, au premier étage, une superbe galerie, que nous engageons, tous nos lecteurs à visiter.


ENCORE UNE MARÂTRE

Du Gil Blas

Nîmes, 27 mars.

La femme Laval, habitant Saint-Gilles, a été arrêtée hier par la gendarmerie pour avoir fait subir des traitements atroces à un enfant de onze ans, Victorien Laval, fils de son second mari.

Pendant l'absence du père, cette marâtre frappait le pauvre petit de coups de bâton et lui serrait le cou, où il avait des glandes, afin de le faire souffrir davantage. Elle le faisant souvent coucher sans souper et lui disait : « Il faut que tu meures! »

Ce petit martyr portait des chaussures dans lesquelles les clous sortaient à l'intérieur, lui meurtrissant les pieds.

A la suite des coups et des privations, l'enfant, depuis quelques jours, devenait aveugle.

Après l'arrestation de la femme Laval, l'enfant a été admis à l'hospice de la ville pour recevoir les soins nécessaires.

La femme Laval, qui est née Rouzoul, a déjà été .condamnée en 1891 à deux ans de prison pour avoir noyé dans un puits son enfant nouveau-né.


RETOUR DES COURSES

Les sportsmen viendront au coin du boulevard et de la rue Richelieu prendre le ton de la mode pour la saison dans les riches vitrines du High Life Taylor (complets 69,50).


Pastilles Poncelet

N°4 ― Le feuilleton du journal

 Le prélat, sans répondre, fit quelques pas dans la bibliothèque

Le prélat, sans répondre, fit quelques pas dans la bibliothèque, réfléchissant, puis sans dissimuler son ennuî :

— Le curé de Favières est trop ardent, ce n'est pas douteux, et pourtant je ne puis blâmer son zèle, puisqu'il ne s'exerce qu'au pro- fit de la Religion. Ah ! le tact ! Le tact ! Dans la situation où le clergé se trouve, c'est la première des qualités, la seule peut-être qu'il faille exiger d'un prêtre. Et voilà cet abbé Daniel qui met sens des- sus dessous tout l'arrondissement, à l'heure où nous avons besoin de temporiser, presque de nous effacer. Vous voyez ce qui se passe dans le monde politique. Les modérés sont aux prises avec les violents. Le socialisme, par son audace, essaie de donner l'illusion de la force. Soixante insurgés prétendent opprimer le pays tout entier et détruire les assises séculaires de la société française. Il ne s'écoulera pas deux ans, avant que le gouvernement débordé se voie obligé, pour se défendre, de recourir à l'influence de l'Église, qui ne lui marchandera pas ses oflices pour une œuvre de sauvetage. Il faudrait donc ne fournir aucun motif d'inquiétude, ne se prêter à aucun conflit, tout apaiser, tout calmer, tout endormir. Et c'est juste le moment que le curé choisit pour déchaîner la guerre !

— Mais, Monseigneur, ce n'est pas lui qui la déchaîne, c'est ce Lefrançois. L'abbé Daniel fait, dans son village, ce que Votre Grandeur fait dans son diocèse. Seulement, au lieu d'avoir affaire, comme vous, à des indifférents, il se heurte, lui, à des ennemis. La religion, croyez-le bien, n'a rien à voir dans l'hostilité du maire. Si vous voulez que je vous dise les raisons véritables de cette animosité, vous comprendrez que, sous peine de livrer une victime à son bour- reau, vous ne pouvez abandonner votre curé à son maire. Mais vous allez me reprocher encore de faire des cancans, aussi je m'abstiens...

L'évêque s'assit près de la table, et regardant son jeune secrétaire avec une spirituelle bonhomie :

— Il faut bien que je vous entende, maintenant, sous peine de paraître ne pas vouloir m'éclairer. Allons, parlez, puisque vous avez tant de choses à dire. Mais tâchez de n'être pas trop scandaleux.

— Monseigneur, dit l'abbé de Préfont en riant, je n'ajouterai pas aux faits, ils suffiront. Mais votre curé Daniel, comme son glorieux patron, a eu affaire aux lions dévorants, et il les a domptés par la pureté de son regard. Il a été plongé dans la fournaise et il l'a traversée sans dommage, incessit per ignés, et il ne s'est pas brûlé.

— Allons ! Vous ne prêchez pas. Épargnez-moi les citations, interrompit gaiement Mgr Espérandieu.

— Donc, Monseigneur, l’abbé Daniel est né à Beaumont. Son père était ingénieur des ponts et chaussées. Il mourut jeune encore, lorsque son fils venait de faire sa première communion, ne laissant aucune fortune à sa veuve. Mme Daniel prit des résolutions très promptes et très fermes. Elle mit le petit Paul interne au collège de Beauvais, et se retira à Berthencourt, dans une modeste maison qui lui venait de ses parents, et où elle savait pouvoir vivre avec ses très faibles ressources. Pendant que Mme Daniel cultivait son jardin et se distrayait du binage des pommes de terre par la greffe des rosiers, son fils faisait de brillantes études. C'était un cerveau bien conformé que le travail échauffait sans le lasser. C'était aussi une nature ardente et très passionnée, incapable d'indifférence. Il aimait ou détestait, sans moyen terme. Vous voyez. Monseigneur, dès le début de sa vie, il se montrait tel qu'il devait être plus tard, avec ses larges enthousiasmes, ses répugnances obstinées, tout d'une pièce, et assurément déplacé dans le siècle d'opportunisme où nous vivons. Mettez ce tempérament d'apôtre et de martyr aux prises avec les convulsions religieuses et politiques du XVè siècle, vous avez un Savonarole, peut-être un Luther. Il s'était pris d'affection pour un de ses camarades de classe, Bernard Letourneur.

— Le fils de l'ancien Président du Conseil général de l'Oise ?

— Oui, Monseigneur, le grand éleveur de Sarmonville, celui qui possédait des trotteurs si extraordinaires et qui faisait courir. Ber nard était donc un gros garçon, beau, taillé en force, très paresseux, ayant beaucoup d'argent dans sa poche, car son père avait la main large avec lui. Tout l'opposé de Paul Daniel. Et peut-être ce contraste si complet entre l'insuffisance physique de l'un et la faiblesse intellectuelle de l'autre fut-il la raison déterminante de l'affection qui unit les deux écoliers. Dans toutes les circonstances on les trouvait unis. Quand il s'agissait de se battre, c'était Letourneur qui retroussait ses manches. Quand il fallait traduire une version ou débrouiller un thème, c'était Daniel qui fouillait le dictionnaire. Ils finirent ainsi leurs études. Seulement quand il s'agit de passer des examens, chacun dut s'y présenter pour son compte, et Daniel ne put aider Letourneur. Le beau garçon resta sur le carreau, pendant que son camarade triomphait. Mais il ne lui en voulut pas de cette différence de traitement. Ses puissants pectoraux et sa haute taille le consolèrent des succès scolaires de Paul. Et, à tout considérer, si on lui eût donné le choix entre les fortes connaissances acquises par son ami et la solide charpente dont l'avait doué la nature, il est plus que probable qu'il eût préféré rester un homme superbe que de devenir un savant remarquable. Mais l'existence qui s'offrait aux deux amis devait être si différente à raison de leurs tendances et de leurs aptitudes que l'intimité presque fraternelle qui les avait unis jusqu'à ce jour cessa brusquement. Daniel entra à l'École normale et Letourneur demeura auprès de son père, dans la large et plantureuse vie que menait le riche propriétaire de Sarmonville. Pendant que Paul continuait son labeur de bénédictin et se préparait à l'agrégation de philosophie, Bernard chassait, dépensait beaucoup d'argent, et obtenait de brillants succès auprès des dames. On connaît ses bonnes fortunes. Il n'était pas très discret. J'épargnerai ce dénombrement à Votre Grandeur pour arriver plus vite au point capital de mon récit, c'est-à-dire à l'entrée de Daniel dans les ordres et à ses différends avec M. Lefrançois.

GEORGES OHNET
A suivre...
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