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26 décembre

Dimanche
26 décembre 1897

Les amateurs de monnaies d'argent du nouveau type qui n'avaient, pu se procurer les nouvelles pièces de cinquante centimes frappées il y a quelques jours peuvent se consoler.

Le ministre des finances, en effet, va faire frapper, en janvier et février, pour sept millions de monnaies divisionnaires du nouveau type dû au fameux graveur Roty. On ne limitera pas la fabrication aux pièces de cinquante centimes. On fabriquera aussi des pièces de un franc et de deux francs.

La face de toutes ces pièces sera la même elle reproduira la femme coiffée du bonnet phrygien qui jette la semence sur la terre, aux rayons du soleil levant. Seul, le revers sera différent, en raison de la nécessité de marquer la différence de valeur des pièces.


Voulez-vous, sans bourse délier, vous offrir un spectacle aussi éblouissant que la Loïe Fuller ?

Allez mardi., en flânant, admirer la splendide exposition de Vaillant-Rozeau, le grand fleuriste du boulevard des Capucines.

Cinq cents corbeilles de fleurs garnies avec un art infini, et où les roses, les muguets, les orchidées, les lilas, les azalées, les cyclamens, les œillets, les lis. seront répandus par milliers, prouveront au public extasié et ravi que Vaillant-Rozeau est toujours le premier fleuriste du monde.


La Science, qui toujours veille,

Ainsi qu'un Ange de Bonté,

Offre à l'Humanité trop vieille

Le doux remède souhaité.

 

Et quand retient parmi les brumes

L'hiver malsain, stupide et laid,

La Science guérit les rhumes

Par les Pastilles Poncelet.


Comment échapper à la congestion pulmonaire et aux pneumonies infectieuses, auxquelles nous livre la malencontreuse influenza ?

En fortifiant à la fois le cœur et les poumons, en facilitant la circulation et la nutrition, répondent les docteurs les plus estimés.

C'est pourquoi le Vin Bravais à la kola, coca, guarana et cacao, est actuellement considéra comme le remède sauveur combien dé malades lui doivent leur résurrection !


LE GRAND BAZAR MÉTROPOLE

On y trouve tout : jouets, livres, maroquinerie, bijouterie, orfèvrerie, papeterie, bronzes, jeux de salons, articles pour fumeurs, porcelaines, cristaux, bonneterie, chaussures, tapis, meubles, etc., etc.
On peut se promener librement aux trois étages de ce superbe établissement, constater que tout y est de premier ordre et que les prix sont plus que modérés. Voilà ce qui explique suffisamment le succès considérable obtenu par le grand bazar Métropole, 16 et 18, faubourg Montmartre, ouvert tous les jours de 8 heures du matin à 11 heures du soir.


Toutes les bonnes maisons s'empressent de s'approvisionner de cette vaisselle en cuivre et argent purs qui est la vaisselle vraiment hygiénique, et qui, par sa durée et son facile entretien, supprime tous les dangers de l'étamage mêlé de plomb, et revient en somme meilleur marché, au bout d'un certain temps, que la vaisselle étamée ou émaillée. Aussi, les demandes de catalogues affluent de tous les points de la province et de l'étranger, aux magasins du Bi-Métal, 30, boulevard des Capucines.

27 décembre

Lundi
27 décembre 1897

M. André Lebon, ministre des colonies, vient de faire paraître à Londres, sous le titre Modern France, un ouvrage qui lui a été commandé par un grand éditeur anglais et qui est un résumé de l'histoire politique de la France de 1789 à 1897. Cet ouvrage a paru il y a quelques jours; il est édité en langue anglaise, mais il paraît avoir été écrit en français par M. Lebon et traduit en anglais par les soins de la librairie qui l'a édité.


M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères, outre le troisième volume de son histoire de Richelieu, qu'il continue petit à petit, vient de mettre la dernière main à son discours de réception à l'Académie française l'éloge de M. Challemel-Lacour, qu'il a été appelé à remplacer.


Parmi les légendes qui ont la vie dure, il faut citer celle qui prétend que les jours commencent à croître à partir du décembre, erreur d'autant plus difficile à déraciner qu'elle repose sur un dicton populaire, et Dieu sait si les dictons populaires sont tenaces 1 « A la Sainte-Luce, le jour croît du saut d'une puce », dit la sagesse des nations. Il n'en est rien, pourtant. Le jour augmente bien le soir, à partir du 15, mais il diminue le, matin et le gain du soir ne compense-pas là perte du matin, d'où une décroissance sensible jusqu'au 25 décembre.

Ce n'est pas à là Noël, pourtant, que les jours augmentent, mais deux jours après, le 27, et cette augmentation, qui n'est d'abord que d'une minute, a toujours lieu le soir, le soleil persistant à se lever à la même heure, du décembre au 5 janvier. Le 6 janvier, changement complet le jour, qui ne grandissait que le soir, se décide enfin à grandir en même temps le matin, d'une minute, il est vrai, mais l'élan est donné et il ne s'arrêtera que le 22 juin prochain. Il y a donc un écart de près de trois semaines entre la légende qui place au 15 décembre la croissance des jours et la science qui la fixe au 27 décembre et au 6 janvier.


Chacun sait que les nombreux agrandissements successifs des grands magasins Dufayel et le nombre extraordinaire de clients qui va augmentant de jour en jour, sont dus à l'immense choix des marchandises se trouvant dans les magasins et au principe de cette maison de vendre tous les articles uniformément bon marché, dans ses magasins de Paris et Versailles, tout en les garantissant trois années.


LA BRISE EXOTIQUE balaye la ride d'un coup d'aile, et emporte les taches de rousseur sur son souffle réparateur de la beauté.

Parfumerie Exotique, 35, r. du 4-Septembre.


Grande foule tous les jours dans les magasins « A la Paix », 34, avenue de l'Opéra, où amateurs et acheteurs sont unanimes à rendre justice aux efforts des directeurs qui ont su mettre à la portée de toutes les bourses les verreries et meubles d'art d'Émile Gallé, les faïences grand feu de Laurent-Desrousseaux, les Carrier-Belleuse, etc.

 28 décembre

Mardi
28 décembre 1897

Peut-être ?

Une expérience thérapeutique saisissante, et dont les résultats acquis sont déjà considérables, se poursuit silencieusement, depuis plusieurs mois déjà, à l'Institut médical, 28, rue de La Boëtie, à Paris. La tuberculose, attaquée vigoureusement par un traitement rationnel, semble céder et, dans les milieux scientifiques, on paraît concevoir la possibilité de juguler la terrible maladie. En tout cas, il est d'ores et déjà certain que les poitrinaires du premier et du second degré sont curables.

La méthode employée n'a rien de mystérieux ou de charlatanesque elle consiste purement et simplement en l'application simultanée de trois manières bien connues du monde médical, et dont les résultats individuels étaient déjà satisfaisants les inhalations de formaldéhyde, les injections sous-cutanées de sérum de bouc, et enfin l'adjonction du bain électrique statique.

Le pouvoir antiseptique puissant de l'aldéhyde formique est bien connu. De l'aveu de tous les spécialistes en matière dé tuberculose, son action sur le bacille de Koch est décisive. La difficulté, qu'on pouvait croire insurmontable, gisait dans l'application. On sait, en effet, que l'inspiration des vapeurs de formol, à l'état pur, provoque de violents accès de toux, des picotements intolérables des muqueuses, et qu'on ne soumettrait pas impunément des organes respiratoires délicats ou malades à leur efficace toxicité microbienne. Il a donc fallu découvrir un moyen terme, et ce n'est pas un des moindres mérites de l'Institut médical de Paris que d'avoir mis en pratique la combinaison de la formaldéhyde et du gaz acide carbonique, cet anesthésique, dont l'association rend possibles des inhalations quotidiennes de vingt-cinq minutes et plus. Le bacille de Koch, combattu directement dans les cavernes où il prolifère, voit si rapidement s'affaiblir sa vitalité qu'il cesse de se reproduire en un court laps de temps. Les expectorations débilitantes ne tardent pas à s'atténuer et le malade, de ce chef, ressent déjà un soulagement marqué.

Les lecteurs du Figaro n'ont point oublié les polémiques passionnées auxquelles donna lieu la découverte des injections sous-cutanées. Il est admis aujourd'hui que leur action dynamique est considérable et que le seul fait d'introduire, par la voie hypodermique, quelques centimètres d'eau distillée dans l'économie humaine provoque un relèvement considérable des forces. Si au lieu de l'aqua simplex on emploie un sérum stérilisé suivant les procédés en usage à l'Institut Pasteur, et que de plus ce sérum soit extrait du sang du bouc, l'animal essentiellement réfractaire à la tuberculose, le bacille de Koch, atteint à nouveau dans sa vitalité, baignant dans un liquide impropre à sa fécondation, s'étiole à son tour dans une anémie salutaire au sujet qu'il épuisait par sa présence.

C'est l'assemblage des deux traitements précités qui constitue la base actuelle de la thérapeutique employée à l'Hôpital des jeunes poitrinaires de Villepinte, ou la mortalité est descendue dans des proportions si probantes. Malgré cela, l'institut médical de la rue de La Boëtie adjoint encore aux deux premiers un troisième mode de procéder qui consiste en l'application au relèvement du malade des curieuses propriétés de l'effluva statique. Sous l'influence de l'électricité statique, action sur les causes de laquelle on n'est encore qu'imparfaitement fixé, le sujet reprend sa vitalité, sa résistance s'accentue et il n'est pas rare de voir des gens littéralement aux abois se redresser, reconquérir l'appétit et engraisser avec rapidité de plusieurs kilogrammes.

Les premiers résultats du traitement inauguré par l'Institut médical de Paris sont tellement concluants, les contre-expériences sont tellement favorables, qu'il est permis de tout espérer. La Phtisie pulmonaire serait-elle enfin vaincue? Peut-être!

Dr P Langevin.


Pastilles Poncelet

N°6 ― Le feuilleton du journal

 La malicieuse personne avait app

La malicieuse personne avait appris à son pensionnat que les jeunes gens n'ont été créés que pour la commodité et la distraction des belles personnes, et comme elle se savait très jolie, elle cherchait en quoi le voisin de son père pourrait lui être utile ou agréable. Elle l'avait trouvé assez gauche dans ses mouvements, assez mal tourné dans ses vêtements noirs. Son visage, à vrai dire, lui avait paru sup- portable, encore qu'il fût déparé par un air de timidité qui le rendait glacial. Ce monsieur riait-il quelquefois, causait-il seulement, était-il capable de danser ? Enfin quelle ressource pouvait-il être pour une jeune fille, qui sortait des classes de Mlle Formentin, après dix ans de compression pédagogique, avec un désir immodéré de s'amuser ?

Paul Daniel ne paraissait pas vraiment offrir de sérieuses garanties, et il faut avouer que la première impression qu'il produisit fut défavorable. Mais il n'avait pas encore parlé, et tous ceux qui le connaissent savent quelle puissance de grâce et de séduction réside dans sa voix et dans son regard, quand il s'anime et veut convaincre. Le lendemain, après avoir étonné ses élèves par la distraction inusitée qu'il eut en faisant son cours, vers quatre heures, comme Mlle Guépin se promenait dans le petit jardinet qui s'étendait derrière la maison, juste assez grand pour contenir deux carrés de légumes, un puits et une plate-bande de giroflées, Paul se hasarda à pénétrer dans cet Éden. La jeune fille paraissait s'y ennuyer prodigieusement. Depuis le déjeuner, elle y faisait prendre l'air à sa rêverie, peut-être y cherchait-elle le serpent. Elle n'y trouva qu'un professeur de philosophie. Mais, ce jour-là, Daniel n'était plus paralysé par une terreur folle, il osa faire la conversation, et comme il avait de l'esprit, et surtout comme il désirait plaire, il sut distraire la charmante Florence qui dut s'avouer que la vie serait vraiment acceptable, à Beaumont, pour peu qu'il s'y trouvât une demi-douzaine de jeunes gens, professeurs ou autres, qui songeraient à mettre en commun leur ingéniosité et leur verve afin de lui procurer de l'amusement.

En attendant elle s'accommoda de son voisin, lui prodigua les sourires, les coquetteries, et l'affola si bien qu'il s'en ouvrit naïvement à sa mère, comme un véritable enfant qu'il était resté pour elle, lui déclarant que, hors de la possession de cette aimable fille, il ne connaissait pas de bonheur possible pour lui dans la vie. La mère Daniel fut très étonnée de cette soudaine éruption que rien n'avait fait prévoir, elle en fut même inquiète. Elle avait à peine soupçonné la présence de la jeune Florence dans la maison, et déjà elle en voyait les effets foudroyants. Son fils, à n'en pas douter, était en proie à une fièvre d'amour qui ne lui laissait plus la libre disposition de ses facultés. Et si le malheur voulait que du côté de la jeune fille il se heurtât à une résistance, très possible sinon probable, qu'allait-il devenir et qu'en pourrait-elle faire ?

Elle essaya de le raisonner, de lui remontrer qu'il était bien jeune, que sa situation, pour assurée qu'elle fût, n'était pas brillante, que la fille de M. Guépin montrait un goût d'élégance et un raffinement de toilette qui détonnaient avec le métier modeste de son père. Elle insinua que la jeune Florence lui semblait évaporée et coquette, et que la gravité du caractère de Paul s'accommoderait mal de cette légèreté. Les femmes de messieurs les professeurs étaient toutes personnes sérieuses et même un peu sévères; elle n'ajouta pas qu'elles étaient toutes laides, ce qui était vrai, et qu'il fallait que la femme de Paul le fût aussi. Il ne lui parut pas que le devoir d'un membre de l'Université dût aller jusqu'à un pareil renoncement professionnel. Elle ajouta à son discours beaucoup d'exclamations et un nombre considérable de soupirs, mais elle n'eut aucune prise sur l'esprit de son fils qui lui déclara, après comme avant, qu'il voulait devenir le mari de Mlle Florence, sous peine de ne prendre aucun plaisir à la vie. La mère Daniel était une brave femme, elle n'avait pas pensé une seule fois à elle-même, à son avenir, en tenant à son fils le langage raisonnable qui venait de le laisser si insensible. Elle dit alors : « Tu veux épouser cette jeune personne. C'est bien, je vais demain en parler à son père. »

Guépin était extrêmement appliqué à cheviller une persienne, quand Mme Daniel se présenta pour parler à son voisin. Celui-ci, sans remettre sa veste, introduisit la mère du jeune professeur dans sa salle à manger, qui était contigüe à son atelier, et pendant que ses ouvriers sciaient, rabotaient, clouaient avec un bruit diabolique, il fit asseoir la visiteuse et lui demanda, en criant, pour se faire entendre, ce qui lui valait le plaisir de la voir. Il se disait en lui-même : « Voilà une brave dame qui a besoin d'une bonne caisse pour serrer ses affaires à l'abri des mites et des papillons, pendant l'été, et qui vient me la commander. » Mme Daniel aussitôt, sans précaution oratoire déclara, en criant aussi, que son fils était amoureux fou de Mlle Florence et qu'il en perdait le boire et le manger. Le menuisier dit : « Fichtre ! » et comprenant qu'il n'était guère possible de continuer une conversation aussi importante au milieu d'un pareil vacarme, il se leva, ouvrit la porte de l'atelier, regarda l'heure au coucou qui battait, ajoutant son tic tac à tous les bruits du travail, et dit : « Garçons, il est 4 heures, tournez-moi les talons, allez goûter. Vous reviendrez à la demie. »

Il ferma la porte, se rapprocha de Mme Daniel et la regardant avec une surprise attendrie : « Alors comme ça, votre fils trouve ma Florence à son gré ? Ça ne m'étonne pas, car c'est une personne très instruite et qui sait se tenir comme dans la société. Il est sûr qu'elle n'est point faite pour épouser un ouvrier comme son père. Mais vous savez, ma voisine, je ne la contrarierai pas, et avant tout il faut que M. le professeur lui plaise. Pour ce qui est de l'instruction, je trouve flatteur d'avoir un gendre savant, moi qui ne suis qu'un âne. Ma Florence aura un joli sac, quand j'aurai fini de travailler le bois, et pour l'instant je lui constitue dix mille francs en dot. » Mme Daniel dut confesser avec un peu de souci que son fils n'aurait rien que ses appointements, mais qu'il pouvait compter sur l'avenir. Un homme de sa valeur n'était pas fait pour s'enterrer toute sa vie dans un lycée de province. Elle prononça le mot de « Paris » et vit la figure du menuisier s'épanouir. Il était évident que le brave homme, si simple et presque humble quand il s'agissait de lui-même, avait rêvé pour sa fille de brillantes destinées. Mais il devint réservé, presque silencieux, à partir de ce moment-là, et accueillit les amplifications de Mme Daniel avec un air de gravité. Il déclara à la voisine qu'il parlerait à sa fille de la proposition qui lui était faite, et que si elle ne la repoussait pas de prime abord, il consulterait certaines gens dans lesquels il avait grande confiance, afin de savoir au juste ce que la carrière d'un professeur de philosophie pouvait offrir de satisfaction à la juste ambition d'une femme.

Mme Daniel, comprenant qu'il n'y avait plus une parole utile à échanger avec Guépin, prit congé de lui en le priant de ne pas laisser languir son fils qui se morfondrait en attendant une réponse. Le menuisier retrouva sa langue pour dire qu'il savait ce que c'était qu'aimer, et qu'il ne voulait faire de chagrin à personne. Il se montra bonhomme, comme au début de l'entretien, et ses ouvriers recommençant à faire rage dans l'atelier, il reconduisit Mme Daniel jusqu'à l'escalier, et lui fit ses adieux en pantomime.

GEORGES OHNET
A suivre...
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