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Dans l'actualité des ...

 20 décembre

Lundi
20 décembre 1897

Le beau temps a favorisé hier la chasse offerte par le Président de la République dans les tirés de Marly.

Parmi les invités, citons MM. le premier président Périvier Bertrand, procureur général; Forichon et Fabreguette, conseillers à la Cour de cassation; Sarrien, vice-président de la Chambre des députés; Decauville, sénateur; Drake, député etc.

Le tableau a été des plus fournis. M. Félix Faure et ses invités sont rentrés à Paris à six heures.


Les obsèques d'Alphonse Daudet ont lieu aujourd'hui, à midi; à Sainte-Clotilde. On se réunira à la maison mortuaire.

Les cordons du poêle, au nombre de six, seront tenus par MM. Émile Zola, Jules Lemaître, Édouard Drumont, Léon Hennique, Paul Hervieu et Hebner, le fidèle secrétaire d'Alphonse Daudet. A l'église, divers morceaux seront chantés par MM. Muratet et Clément, de l'Opéra-Comique.

Aussitôt après la cérémonie religieuse, le cortège se rendra au Père-Lachaise, où un discours sera prononcé par M. Émile Zola.

M. Chaplain, de l'Institut, termine en ce moment la maquette de la médaille commémorative de l'élection de M. Félix Faure à la présidence de la République. Nous avons pu admirer hier, dans son atelier, cette médaille, une des plus belles qui soient sorties des mains de l'illustre graveur, à qui l'on doit déjà les profils des présidents Mac-Mahon, Carnot et Casimir-Perier.

La reproduction des traits de M. Félix Faure est d'une finesse extrême et d'une parfaite exactitude. On sait avec quelle incomparable maîtrise Chaplain traite le portrait celui qu'il vient de faire du Président de la République restera un de ses plus merveilleux chefs-d'œuvre.

Le revers est encore à l'état de croquis et peut être modifié. Nous ne pouvons donc en parler encore.

Au reste, la médaille de l'élection de M. Félix Faure figurera au prochain Salon.


UNE VALISE !...

A ses paniers-étrennes, de plus en plus fleuris, la Grande Distillerie Cusenier ajoute, cette année, une création nouvelle. La  Valise Cusenier, qui, faite en osier tressé, devient, une fois privée des six, huit ou douze bouteilles d'exquises liqueurs qu'elle contient, un élégant et très pratique panier de voyage.

C'est, pour vingt-cinq, quarante ou soixante francs, le plus utile cadeau que l'on puisse offrir. La Valise Cusenier se trouve au magasin de détail de l'usine, 226, boulevard Voltaire, et dans les meilleures maisons de comestibles.

Le délicieux parfum de l'alcool de menthe de Ricqlès, la fraîcheur exquise qu'il donne il l'haleine le font apprécier comme le plus agréable des dentifrices.

Le Ricqlès conserve aux dents l'éclat et la blancheur; antiseptique puissant il purifie la bouche, détruit les micro-organismes qui s'y trouvent, prévient la carie et les autres maux de dents. Se méfier des imitations, exiger du Ricqlès.


LES CANDIDATS A LA PHTISIE

On ne naît pas phtisique, mais on naît prédisposé à la phtisie, ou « tuberculisable ». Voyez ces enfants mal venus, débiles, chétifs, lymphatiques et rachitiques ils sont prédisposés, prédestinés à l'évolution tuberculeuse. La gloire de la médecine moderne est de réprimer ces tares. Il faut de bonne heure parer à l'exiguïté thoracique, au manque de développement des poumons et du cœur, combattre l'anémie et la chlorose, qui font, comme l'a dit le docteur Monin, le lit à la phtisie.

Lorsqu'on peut fortifier une constitution débile et l'éloigner des foyers contagieux par l'élevage la campagne, c'est assurément l'idéal de la prophylaxie. Mais, dans les villes, il importe de recourir aux toniques-dont le vin Désiles, pris d'une façon suivie, est le type le plus perfectionné. Avec le vin Désiles, plus de teint pâle, de chairs molles, ni d'engorgements ganglionnaires; la poitrine se développe, la croissance se fait normalement et l'état souffreteux du candidat phtisique disparaît en quelques mois de traitement.

Dr Cendre.


LA SOMATOSE

On confond bien souvent les fortifiants avec les excitants l'effet produit par ces derniers est presque immédiat mais éphémère, tandis que la «Somatose», extraite des albumoses de viande, c'est- à-dire de la partie essentiellement nutritive, constitue un véritable reconstituant durable. C'est le remède souverain, que l'on trouve dans toutes les pharmacies, contre l'anémie, la tuberculose et la débilité en général.

 21 décembre

Mardi
21 décembre 1897

Le crime du Kremlin.

En vertu de la nouvelle loi sur l'instruction contradictoire, M. Josse a convoqué pour jeudi, trois heures, à son cabinet Mes Decori et Henri Robert afin qu'ils assistent à la confrontation qui doit avoir lieu entré leurs clients respectifs, Carrara et sa femme.


La glace merveilleuse.

Pas une jolie femme ne passe devant le 38, boulevard des Italiens sans jeter un coup d'œil dans la glace monstre (elle détient le record) qui orne le nouveau Palais des Diamants de Bluze, « plus beaux que les vrais ». Boulevards des Italiens, 9, des Capucines, 35, Sébastopol, 92.


Les pickpockets.

On raconte qu'un certain nombre de pickpockets se sont mêlés, avant-hier, à la foule qui assistait, à l’église Sainte-Clotilde, aux obsèques d'Alphonse Daudet et qu'ils ont commis plusieurs larcins. Parmi les personnes, volées et qui ont porté plainte se trouve Mme Caroline Sprow, rentière, à qui on a enlevé sa montre en or et son porte-monnaie, Mme Dumas-Bailleul et Mme Ebner, la mère du secrétaire d'Alphonse Daudet.


EXPOSITION D'ARTICLES D'ÉTRENNES aux Grands Magasins Dufayel, Paris et Versailles. II sera offert, demain jeudi, un étui de Suprêmes Pernot et un échantillon de Dentol à tout visiteur, à Versailles, des Grands Magasins Dufayel (maisons bleues) et, à Paris, à toute personne assistant à une séance du Cinématographe suivie de conférences et expériences sur les rayons X, au moyen de la Lorgnette humaine de l'ingénieur Séguy.


LA COMMISSION
DU VIEUX PARIS

Se conformant à une délibération du Conseil municipal en date du 15 novembre dernier, prise à la demande de M. Lamoureux, le savant conseiller du quartier des Halles, M. le préfet de la Seine a pris à la date d’hier un arrêté instituant une commission administrative qui portera le nom de « Commission du vieux Paris ».
Cette commission, composée de critiques d’art, d’hommes de lettres, de conseillers municipaux, de hauts fonctionnaires, sera chargée de rechercher les vestiges du vieux Paris, de constater leur état actuel, de veiller, dans la mesure du possible, à leur, conservation, de suivre, au jour le jour, les fouilles qui pourront être entreprises et les transformations jugées indispensables et d’en conserver les preuves authentiques. -
Un rapport des travaux de la commission sera soumis annuellement au Conseil municipal.


Une très gracieuse application de la récente loi sur l'extension des droits de la femme a eu lieu hier à la mairie de Villeneuve-Saint-Georges.
On célébrait le mariage de Mlle Blanche Guyon avec un industriel de Nancy,
M. Jules Francin. Les témoins de la jeune mariée étaient ses deux sœurs aînées, Mmes Brillié et Bellanger, qui sont jumelles.
On voit que la nouvelle loi, qui date seulement du 7 décembre, n'a pas tardé à entrer dans les mœurs.


L'impératrice d'Autriche est sortie hier dans la matinée pour faire une longue promenade à travers Paris et pour consulter ensuite le docteur Metzger. De retour à l'hôtel Dominici, Sa Majesté Impériale a reçu la visite de la comtesse de Wolkenstein-Trostburg, et à trois heures, celle de sa sœur, la reine des Deux-Siciles, avec laquelle elle a fait un tour au Bois de Boulogne.


Londres, 20 décembre.
Le prince Henri de Prusse, accompagné du prince Louis de Battenberg, est arrivé à Londres à cinq heures vingt.
On pense qu'ils se rendent chez le prince de Galles.


On a beaucoup discouru sur le brouillard de ces jours derniers et sur la gêne qu'il a causée à la circulation des voitures. En tout cas, quelque épais qu'il ait été, le brouillard n'a pas empêché les voitures de venir faubourg Saint-Honoré, pour amener la foule des dilettantes avides d'admirer la belle exposition de Pihan. Jamais on n'a tant envahi les magasins du grand chocolatier parisien.

22 décembre

Mercredi
22 décembre 1897

NOTES D'UN PARISIEN

A ces funérailles d'Alphonse Daudet, qui ont été d'admirables funérailles, deux hommes, autour du char mortuaire, tenant chacun un des cordons du poêle, formaient, aujourd'hui surtout, un contraste saisissant. C'étaient M. Émile Zola et M. Édouard Drumont. Je ne prétends pas faire d'eux, en ces courtes lignes, un portrait en pied, ni même une simple esquisse.
On les connaît. Ce sont deux tempéraments de polémistes, des hommes qui se plaisent dans la bataille. Plus d'une fois, ils se sont heurtés; sur aucun point ils ne sont d'accord. Leurs idées sont toutes contraires; leurs cœurs ne sympathisent pas. Et ces deux hommes, au milieu de ce grand deuil, se dirigeaient ensemble vers le cimetière, séparés par le cercueil fleuri, par le corps inerte et glacé de celui qui fut leur ami et pour qui sont finies désormais toutes les émotions et toutes les batailles, les joies et les tristesses de la vie Si chacun d'-eux, à ce retour d'enterrement, voulait écrire ses pensées, elles seraient peut-être, cette fois, les mêmes. Sur le chemin où ils allaient côte à côte, et au bout duquel tout se termine, il n'y a place que pour des réflexions apaisées et de tristes sentiments, très doux. On se bat, on se déteste, on s'injurie et puis, un jour, en pleine lutte, une même tristesse vous impose un armistice. La disparition d'un commun ami crée autour de vous le même vide, vous fait toucher du doigt le même néant. Il faut alors, des points les plus opposés, venir se pencher sur le même cercueil. Les tombes sont les rendez-vous suprêmes, et la mort est la grande pacificatrice.

E.

Le Figaro – 21 décembre 1897


Les petites pièces de 50 centimes.

Quand feront-elles leur apparition les jolies petites pièces toutes neuves gravées par Roty ? Combien de temps se passera-t-il avant qu'on nous en rende en omnibus ?

Lundi, douze mille de ces pièces ont été livrées par la Monnaie au ministère des finances. Hier, la Monnaie a fait au Trésor une seconde livraison de 12,000 piécettes du nouveau modèle. Elles vont être envoyées aux caisses du Sénat, de la Chambre des députés et à quelques autres caisses publiques. La Monnaie gardera quelques centaines de pièces qui ont été patinées pour être remises à des personnes munies d'autorisations spéciales.

Un petit jeu tout indiqué, mesdemoiselles Faire un vœu à la première petite pièce nouvelle qui passera dans votre porte-monnaie !


Rencontré sur le boulevard beaucoup de gens à la recherche d'un cadeau original, inédit et séduisant pour offrir en étrennes à une damé. Solution du problème : Aller faubourg Saint-Honoré, chercher Au Grand Frédéric la mignonne boîte contenant une paire de bas « d'un seul brin de soie », la merveille du jour, dont toute mondaine a envie et qu'elle sera bien heureuse de recevoir comme cadeau du nouvel an.


La trêve des confiseurs n'a qu'un temps ; la trêve des dyspeptiques peut être éternelle pour ceux de ces malades qui font de la source toni-alcaline de Pougues Saint-Léger leur eau de table favorite.


La glace merveilleuse.

Pas une jolie femme ne passe devant le 38, boulevard des Italiens sans jeter un coup d'œil dans la glace monstre (elle détient le record) qui orne le nouveau Palais des Diamants de Bluze, « plus beaux que les vrais ». Boulevards des Italiens, 9, des Capucines, 35, Sébastopol, 92.


EXPOSITION D'ARTICLES D'ÉTRENNES aux Grands Magasins Dufayel, Paris et Versailles. II sera offert, demain jeudi, un étui de Suprêmes Pernot et un échantillon de Dentol à tout visiteur, à Versailles, des Grands Magasins Dufayel (maisons bleues) et, à Paris, à toute personne assistant à une séance du Cinématographe suivie de conférences et expériences sur les rayons X, au moyen de la Lorgnette humaine de l'ingénieur Séguy.


Pastilles Poncelet

N°1 ― Le feuilleton du journal

 Dans son cabinet

Dans son cabinet, sévèrement meublé de chêne sculpté, aux murs tendus de serge verte, à bordure violette, assis près de la fenêtre qui versait sur son noble et grave visage une magnifique clarté, Mgr Espérandieu, évêque de Beaumont, écoutait avec une attention mêlée de contrariété les doléances de M. Lefrançois, maire de la commune de Favières. C'était un petit homme, chauve, à barbe clairsemée et grisâtre, d'aspect menaçant et mesquin, que ce magistrat municipal. Ses gros souliers de campagnard avaient sali le tapis soigneusement balayé du cabinet de l'évêque. Entre ses jambes, il serrait un lourd bâton propre à conduire les bœufs, et son chapeau melon qu'il avait posé sur la table, sans façon, offrait au regard une coiffe déteinte et graissée par la sueur. Ses mains, qu'il croisait et tordait alternativement en parlant, avaient des doigts courts, noueux, spatules du bout, comme ceux des avares. Le pouce, révélateur de volonté, était par sa grosseur digne d'un assassin. Le costume de M. Lefrançois était celui d'un bourgeois aisé, mais chiche, qui porte ses vêtements râpés pour ne pas avoir le crève-cœur de les donner à son domestique. En ce moment, il regardait Mgr Espérandieu avec un air féroce, et sa bouche pincée semblait mordre les mots au passage :

— Je vous dis, Monseigneur, que vous ne pourrez pas laisser le curé Daniel à Favières, il vous compromettra et vous aurez l'ennui de faire par nécessité ce que je vous demande aujourd'hui de m'accorder de bon gré.

Le prélat sourit doucement, et chiquenaudant d'un doigt léger et délicat sa soutane violette :

— Mais, mon cher monsieur, je n'ai aucune raison de consentir à ce que vous me demandez, autre que votre bon plaisir. J'ai à cœur de vous complaire, mais épargnez à ma conscience une injustice. L'abbé Daniel est un prêtre remarquable...

— C'est mon ennemi, interrompit le maire avec force, en relevant brusquement la tête et en faisant peser sur l'évêque le regard inquiétant de ses yeux jaunes.

— Ah ! monsieur le maire, voilà vraiment qui n'est pas chrétien ! Comment, vous poursuivez de votre haine un prêtre dont la mission est toute de concorde et qui a pour devoir de vous rendre le bien pour le mal. Est-ce généreux ?

— Eh ! Monseigneur, je ne fais que payer à l'abbé Daniel ce que je lui dois, et c'est avec la monnaie dont il se sert...

— Jamais un mot de plainte, sur votre compte, n'est sorti de ses lèvres...

— Je le crois parbleu bien, je suis sa victime...

— Quoique vous en juriez, dit finement l'évêque, j'en doute... Vous n'avez pas l'air, à vous franchement parler, d'un homme qui se laisse martyriser... Et, si j'avais à choisir, d'être à Favières, au presbytère ou à la mairie, je crois que, pour n'être pas un martyr, je serais obligé d'opter pour les fonctions laïques, ce qui me serait une admirable occasion de réconcilier le curé avec son maire.

GEORGES OHNET
A suivre...
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