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Dans l'actualité des ...

 29 mars

Lundi
29 mars 1897

Ce soir, bal donne au Petit-Luxembourg par !e président du Sénat et Mme Loubet.


C'est M. Mendeleïev, le célèbre chimiste, qui représenlera le gouvernement russe aux séances du comité du bureau international des poids et mesures, qui s'ouvriront au mois d'avril, à Paris.


Le prince de Galles est parti hier, de Cannes, à bord du Britannisa, se rendant à Nice pour prendre part aux régates.

Le prince Nicolas de Monténégro a quitté Cettigné hier, se rendant à Nice.


Le contre-amiral Bienaimé, membre du conseil des travaux de la marine, est nommé membre du conseil de l'observatoire de Paris et du conseil de l'observatoire de Meudon, en remplacement du vice-amiral de Maigret, appelé aux fonctions de préfet de la circonscription maritime.


M. S. Rosenthal, le célèbre professeur d'échecs, s'est livré, hier soir, au Grand Cercle, à un Jeu d'effrayant casse-tête, où il excelle,

Il a soutenu, contre les partners les plus habilles, huit parties simultanées sans regarder les échiquiers. Isolé dans un coin de la salle, il répondait successivement à l'appel des coups annoncés par chaque joueur. Après le quinzième coup, et après une demi-heure de repos, M. Rosenthal a récapitulé les 125 coups joués et déterminé la place -respective des 256 pièces réparties entre les huit échiquiers.

Il y a là un phénomène de mémoire digne d'intéresser les psychologues.

Sur les huit parties engagées, M. Rosenthal en a gagné six, une perdue contre M. Maureau; une nulle, contre M. Rousseau,


Le brusque changement de saison qui s'opère fatigue les estomacs débilités. La digestion est pénible et accompagnée de lourdeurs de tête. Pour dissiper ces malaises, il faut prendre après le repas quelques gouttes d'alcool de menthe de Ricqlés, soit sur du sucre, soit dans un verre d'eau sucrée très chaude.

Agréable an goût, le Ricqlés est le digestif le plus simple et le plus efficace.


EXPLOSION DE GAZ

Une assez violente explosion de gaz a eu lieu, l'avant-dernière nuit, à. Vincennes, à l'école d'administration.

Plusieurs soldats et un officier d'administration ont été blessés. On les a immédiatement transportés à l'hôpital militaire de la ville. Leurs blessures ne présentent pas, fort heureusement, une inquiétante gravité.


LE SOUVENIR FRANÇAIS.

Le Souvenir français, société nationale pour l'entretien des tombes des militaires et marins morts pour la patrie, donne le jeudi 1er avril, dans la grande salle du palais du Trocadéro, une matinée au bénéfice de la caisse de la Société.

Les premiers artistes de nos théâtres parisiens ont bien voulu prêter le concours de leur talent pour cette belle œuvre si patriotique.

Aussi, de toute part, demande-t-on des places, et tout fait prévoir le plus grand succès.

Le Président de la République, M. Méline, le général Billot, l'amiral Besnard, M. Lebon, le général Saussier, le Préfet de la Seine, de Préfet de police, etc., ont fait retenir leurs loges. Nous croyons même savoir que Nansen, le glorieux explorateur du pôle Nord, assistera à cette fête.

Un conseil pratique pour finir. Pour ce beau concert, on peut se procurer des billets soit au palais du Trocadéro, soit au siège social, 229, rue du Faubourg Saint-Honoré.

 30 mars Mardi

Mardi
30 mars 1897

Dans l'après-midi d'hier, à quatre heures, le président de la République a reçu le duc de Cambridge, cousin de la reine d'Angleterre, et lui a rendu sa visite à cinq' heures et demie.

 

Entre temps, MM. Édouard Hervé, directeur, Anatole France, chancelier, et Gaston Boissier, secrétaire perpétuel de l'Académie française, avaient présenté à M. Félix Faure le marquis Costa de Beauregard, élu membre de la Compagnie le 28 février dernier.


Si les rois, jadis, épousaient des bergères, les. princesses, aujourd'hui, préfèrent les Millionnaires.

D'après le World, il serait question, à Londres, d'un prochain mariage entre la princesse Victoria, seconde fille du prince de Galles, seule de ses enfants qui ne soit pas mariée, et le richissime Américain, M. William Astor, propriétaire de la Pall Mall Gazette, lequel serait, pour l'occasion, créé duc.

Le nouvel époux deviendrait ainsi le beau-frère du duc de Fife, marié à l'aînée des filles du « Prince of Wales », qui descendant d'une famille Duff, ne fut créé comte du Royaume-Uni qu'en 1885 et, duc qu'eu 1889.


Plus que jamais Madagascar est d'actualité. L'exil de la reine, les complots anglo-protestants, le débat engagé devant les Chambres, rendent indispensable la lecture du curieux et précieux volume de notre confrère Émile Blavet « Au Pays malgache », qui continue à s'enlever en librairie.


Par décret du mikado, empereur du Japon le président de la République reçoit le grand-cordon de l'ordre du Chrysanthème; M. Hanotaux, l'amiral de Beaumont, commandant, l'escadre française d'Extrême-Orient, et le général de Boisdeffre sont nommés grand-croix du Soleil levant, et, enfin, l'amiral Sallandrouze de Lamornaix grand-cordon du Trésor sacré.


La route de Madagascar.

Des dépêches du parquet de Charleville signalent aux commissaires spéciaux des gares de chemins de fer A Paris la fugue de deux collégiens appartenant à d'honorables familles de cette ville.

Ces deux jeunes gens, André Siméoni, dix-sept ans, et Louis Becquart, quinze ans, ont réussi, on ne sait comment, à se procurer une somme de 500 francs et, avant de partir, samedi soir, ont raconté qu'ils avaient l'intention d'aller s'embarquer a Marseille à destination de Madagascar.

 31 mars

Mercredi
31 mars 1897

ACCIDENT MORTEL

Un vieillard de soixante ans, Jean Gallier, nettoyeur de rails, a été victime, avant-hier, après midi, rue du Faubourg-Saint-Antoine, d'un accident qui a eu pour lui les plus funestes conséquences.

Ce pauvre homme poussait devant lui l'instrument servant à nettoyer l'intérieur des rails, lorsqu'arriva sur lui le tramway faisant le trajet du Louvre' à Vincennes. Le malheureux, qui était très sourd, n'entendit pas les appels de la trompe. Le cocher ne put arrêter à temps son attelage et le vieillard, renversé par le timon, eut la jambe droite broyée au-dessus du genou par les roues de la lourde voiture.

Gallier fut transporté à l'hôpital Saint-Antoine où l'amputation fut pratiquée sur-le-champ. Quelques heures plus tard; il rendait le dernier soupir.


Demain jeudi, de 3 h. à 6 h., concert dans la salle des fêtes des Grands Magasins Dufayel. Séance du Cinématographe Lumière. Tableaux animés et scènes parlées par M. Darthenay. Il sera offert à toute personne assistant à une séance un étui de Suprêmes Pernot. Exposition de mobiliers par milliers toujours prêts à être livrés, articles de chauffage, de ménage, literie, articles de jardin, etc., etc. Le succès toujours croissant de cet établissement est dû à la bonne qualité et au bon marché exceptionnel de ses marchandises.


Nansen à Rouen

Rouen. Nansen est arrivé aujourd'hui, à 3 h. 1/2, désireux, a-t-il dit en acceptant l'invitation de la Société de géographie, de renouer connaissance avec « ses cousins les Normands ».

L'explorateur a été reçu officiellement à la gare par la municipalité et par le consul de Suède et Norvège. La foule l'a acclamé sur tout le parcours de la gare à l'Hôtel de Ville.

Après une courte réception à la mairie, Nansen a visité, le palais de Justice, la statue de Rollon, la Grosse Horloge, où les enfants des écoles ont poussé des hourras, et enfin la cathédrale où il a été reçu par Mgr Sourrieu, archevêque de Rouen, Des bouquets ont été offerts a Mme Nansen. Dans la soirée, le Tout-Rouen avait envahi le théâtre pour écouter la conférence de l'orateur qui, au milieu d'applaudissements enthousiastes, a raconté son voyage au pôle Nord.


TONIFIER SANS IRRITER

Voilà le programme du toni-nutritif digne de ce nom. Ce programme a été fort bien rempli, de nos jours, par le Vin Désiles, dont tous les principes reconstituants et revivifiants se pénètrent, s'équilibrent et se pondèrent par une association scientifiquement antidiathésique. Dans tous les dépérissements chroniques, dans les anémies graves, dans les bronchites anciennes, d'une si désespérante ténacité, l'emploi du Vin Désiles vient à la rescousse des médications spécifiques. Employé seul, à la dose de deux verres à madère chaque jour, le Vin Désiles ranime les nutritions défaillantes ou incomplètes. La maigreur et la pâleur des enfants, les palpitations et les retards de la jeune fille, les crampes d'estomac réfractaires aux meilleurs traitements, le vice lymphatique ou chloro-anémique, qui sert de tremplin aux évolutions des plus graves maladies constitutionnelles, trouvent dans le toni-nutritif moderne un précieux médicament-aliment.

Dr  Cendre.

Pastilles Poncelet

N°1 ― Le feuilleton du journal

 Dans son cabinet

Dans son cabinet, sévèrement meublé de chêne sculpté, aux murs tendus de serge verte, à bordure violette, assis près de la fenêtre qui versait sur son noble et grave visage une magnifique clarté, Mgr Espérandieu, évêque de Beaumont, écoutait avec une attention mêlée de contrariété les doléances de M. Lefrançois, maire de la commune de Favières. C'était un petit homme, chauve, à barbe clairsemée et grisâtre, d'aspect menaçant et mesquin, que ce magistrat municipal. Ses gros souliers de campagnard avaient sali le tapis soigneusement balayé du cabinet de l'évêque. Entre ses jambes, il serrait un lourd bâton propre à conduire les bœufs, et son chapeau melon qu'il avait posé sur la table, sans façon, offrait au regard une coiffe déteinte et graissée par la sueur. Ses mains, qu'il croisait et tordait alternativement en parlant, avaient des doigts courts, noueux, spatules du bout, comme ceux des avares. Le pouce, révélateur de volonté, était par sa grosseur digne d'un assassin. Le costume de M. Lefrançois était celui d'un bourgeois aisé, mais chiche, qui porte ses vêtements râpés pour ne pas avoir le crève-cœur de les donner à son domestique. En ce moment, il regardait Mgr Espérandieu avec un air féroce, et sa bouche pincée semblait mordre les mots au passage :

— Je vous dis, Monseigneur, que vous ne pourrez pas laisser le curé Daniel à Favières, il vous compromettra et vous aurez l'ennui de faire par nécessité ce que je vous demande aujourd'hui de m'accorder de bon gré.

Le prélat sourit doucement, et chiquenaudant d'un doigt léger et délicat sa soutane violette :

— Mais, mon cher monsieur, je n'ai aucune raison de consentir à ce que vous me demandez, autre que votre bon plaisir. J'ai à cœur de vous complaire, mais épargnez à ma conscience une injustice. L'abbé Daniel est un prêtre remarquable...

— C'est mon ennemi, interrompit le maire avec force, en relevant brusquement la tête et en faisant peser sur l'évêque le regard inquiétant de ses yeux jaunes.

— Ah ! monsieur le maire, voilà vraiment qui n'est pas chrétien ! Comment, vous poursuivez de votre haine un prêtre dont la mission est toute de concorde et qui a pour devoir de vous rendre le bien pour le mal. Est-ce généreux ?

— Eh ! Monseigneur, je ne fais que payer à l'abbé Daniel ce que je lui dois, et c'est avec la monnaie dont il se sert...

— Jamais un mot de plainte, sur votre compte, n'est sorti de ses lèvres...

— Je le crois parbleu bien, je suis sa victime...

— Quoique vous en juriez, dit finement l'évêque, j'en doute... Vous n'avez pas l'air, à vous franchement parler, d'un homme qui se laisse martyriser... Et, si j'avais à choisir, d'être à Favières, au presbytère ou à la mairie, je crois que, pour n'être pas un martyr, je serais obligé d'opter pour les fonctions laïques, ce qui me serait une admirable occasion de réconcilier le curé avec son maire.

GEORGES OHNET
A suivre...
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