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Dans l'actualité des ...

 13 mars

Samedi
13 mars 1897

On continue à s'entretenir, en Russie, de la visite probable que le président de la République doit faire au tsar, l'été prochain.

A ce propos, il est question, dans les milieux militaires et administratifs de Moscou, de rendre à la France les affûts et boulets de canon pris en 1812 et conservés, depuis, au Kremlin.

Ce serait, là, affirment les promoteurs de ce nouveau témoignage d'amitié, la meilleure façon de reconnaître la restitution récemment faite par la France à la Russie de différents trophées militaires provenant de la guerre de Crimée, notamment des bannières de l'église d'Eupatoria.


Ce soir samedi, au Palais, de Glace des Champs-Élysées, grande soirée de gala, parée et costumée, pour les adieux de miss Mabel Davidson, avec concours de costumes originaux pour les dames patineuses ou non.

Huit prix, s'élevant à trois mille francs, seront décernés par un jury composé de MM. Forain, Caran d'Ache, A. Guillaume, Paul Renard et Jules Roques.

Le Tout-Paris élégant et mondain sera, ce soir, au Palais de Glace.


La plupart des salons et cabinets particuliers du restaurant Larue ont été retenus pour cette nuit par nos jolies patineuses qui, au sortir de la grande fête de gala parée et costumée que donne aujourd'hui le Palais de Glace, viendront joyeusement terminer leur soirée en cet élégant cabaret également réputé pour l'ordonnance de ses menus et l'excellence, de sa cave.


Les choses les plus abracadabrantes, si elles ont Oller pour auteur, nous paraîtront toujours vraisemblables.

Qui se serait imaginé, qu'un jour, parmi les nombreuses attractions déjà existantes dans le musée Oller, on établirait des courses de bicyclettes ?

C'est chose faite aujourd'hui et nos plus jolies mondaines ne dédaignent pas de matcher sur le cyclodrome du sous-sol de l'Olympia.


Mordue par son chien.

Mlle Jeanne Pierny, la gracieuse divette des Folies-Dramatiques, a été mordue, ces jours derniers, par son carlin favori. Il parait que l'animai était enragé.

Mite Pierny, en présence de cette affreuse révélation, s'est immédiatement rendue à l'Institut Pasteur pour y suivre le traitement antirabique.


La péniche-poubelle.

Une péniche, chargée d'ordures ménagères, remontait la Seine, hier matin, remorquée par un vapeur. Au quai de Passy, une voie d'eau se déclara et le bateau fut aussitôt amarré mais pas assez solidement cependant pour qu'il ne coulât à pic quelques, instants après.

M. Paulin Foucher, patron de la péniche, a eu juste le temps de quitter son bord avec sa femme. Ils ont même dû regagner la berge à la nage.


LA. REINE D'ANGLETERRE A NICE

La Reine d'Angleterre est arrivée, hier, à midi quarante-cinq, à Toulon. Des mesures d'ordre avaient été prises et le service de police était assuré par trois commissaires et par la gendarmerie.

Sur les quais de la gare, les agents des chemins de fer dont la présence était strictement nécessaire étaient seuls admis.

Le public était peu nombreux et tenu à distance quelques personnes, toutefois, avaient réussi à monter dans des wagons placés sur une voie de garage, en face du train royal.

Le vice-consul d'Angleterre s'est approché du compartiment où se trouvait la Reine, qu'il a saluée respectueusement. A son tour, le sous-préfet de Toulon a été admis à présenter ses hommages à la souveraine, bien que celle-ci voyageât incognito.

Plusieurs gerbes de Heurs ont été remises à !a Reine, qui a remercié en inclinant la tête. Après la manœuvre, qui s'est effectuée dans le plus complet silence, te tram est reparti pour Nice à midi cinquante. Il est arrivé en cette ville à trois heures quarante-cinq minutes.

 14 mars

Dimanche
14 mars 1897

Funèbre bagage.

Les employés de l'octroi de service à la gare de l'Est ont fait arrêter hier matin une femme nommée Eugénie J. venant de Chaumont, qui portait dans un volumineux paquet, dont elle ne voulait point déclarer le contenu, le cadavre d'un enfant nouveau-né.

Cette mégère, qui est âgée de quarante-six ans et possède une certaine situation de fortune, a avoué avoir étranglé son enfant elle-même, le lendemain de sa naissance. Elle a été envoyée au Dépôt par M. Walter, .commissaire spécial de police.


Le conseil municipal de Niort vient de décider d'inviter le président de la République à venir visiter Niort, lors de son voyage en Vendée et en Bretagne, et a voté, à cet effet, un crédit de cinq mille francs.


L’ALCOOLISME EN BRETAGNE

Drame dans un cabaret — Un pari stupide.

Loudéac, 13 mars. De notre correspondant particulier. On annonce que cette semaine, à Saint-Connec. (canton de Mur-de-Bretagne), à la suite d'une altercation dans une auberge, un sabotier, nommé Vincent Ribouchon, a tué d'un coup de couteau au cœur le boucher Briend, qui laisse une veuve enceinte et quatre jeunes enfants.

Le prétexte de la querelle était des plus futiles : Ribouchon reprochait à Briend de l'avoir laissé payer de suite deux bolées de cidre. Le meurtrier a été arrêté aussitôt et écroué à la prison de Loudéac.

L'alcoolisme avait causé la veille, dans la même région, une mort non moins étrange : à la suite d'un pari stupide, un domestique de Clussulien, Pierre Boscher, âgé de vingt-cinq ans, but un litre d'eau-de-vie en une demi-heure. Quand il se leva de table, il chancela et tomba foudroyé.


LES RAYONS X DANS LES HÔPITAUX

Du Petit Journal

Le conseil municipal vient de mettre un crédit de 1,000 francs à la disposition de l'administration de l'hôpital Bichat pour organiser dans le service de chirurgie l'examen des malades par les rayons x.

C'est la première fois que la ville de Paris intervient ainsi directement comme propagatrice des méthodes de Crooks.

Mais il existe déjà depuis plus d'un an des laboratoires d'études par rayons x dans différents hôpitaux.

Le docteur Lannelongue, à l'hôpital Trousseau, fut un des premiers enthousiastes de la nouvelle méthode, puis les photographies obtenues par M. Londe à la Salpêtrière firent naître dans l'esprit du corps médical tout entier l'espoir de résultats merveilleux.

A la Charité et à Tenon, des laboratoires s'installèrent à l'aide de subventions de l'Assistance publique.

Mais les faibles résultats obtenus tout d'abord firent renoncer au projet qu'avait conçu l'administration d'installer de semblables laboratoires dans tous les établissements hospitaliers.

On était à la période des tâtonnements et les expériences Roentgens ne semblaient pas tout d’abord, avoir l'intérêt semblaient pas, a reconnu depuis.

A l'heure actuelle, après les chirurgiens, les médecins eux-mêmes se préoccupent de l'étude des rayons x.

Certains espèrent — et pourquoi non ? — arriver un jour à découvrir ainsi les localisations de lésions tuberculeuses.

 15 mars

Lundi
15 mars 1897

Le président de la République est parti, hier matin, à neuf heures, accompagné de Mme Félix Faure, de Mlle Lucie Faure et de M. Rambaud, ministre de l'instruction publique, pour Rambouillet, où il devait assister à la destruction des lapins dans les tirés

Un déjeuner a été servi au château, puis la battue a commencé à midi sous la direction du commandant de Lagarenne et de M. Leddet, inspecteur des forêts.

A, six heures du soir, M. Félix Faure et son entourage descendaient de wagon à. la gare Montparnasse.


LE VOYAGE DE M. FÉLIX FAURE

On sait que c'est le 20 avril prochain que le président de la République, profitant des vacances de Pâques, doit faire un voyage d'une semaine dans l'Ouest. Il doit se rendre dans la Loire-Inférieure, la Vendée, les Deux-Sèvres et la Charente-Inférieure. Le conseil des ministres a désigné trois de ses membres pour accompagner le président de la République. Ce sont MM. Barthou, André Lebon et l'amiral Besnard.

Le président du conseil, qui raccompagne le plus souvent le chef de l'État dans ses déplacements, ne pourra le faire à ce voyage. M. Méline, en vertu d'engagements antérieurs, doit aller présider le concours régional.


L'assemblée générale de la Société protectrice de l'enfance s'est tenue hier, à deux heures de l'après-midi, dans la salle de la Société des agriculteurs de France, rue d'Athènes.

M. le docteur Gouraud présidait, assisté de MM. le docteur Blache, Carlier, etc.

Après une allocution du président, M. Arthur Desjardins, de l'Institut, a prononcé un fort intéressant discours sur les moyens de soulager les misères de l'enfance. MM. Blache et Carlier ont lu ensuite leurs rapports sur la situation morale et financière de la Société, qui, durant ces quinze dernières années, a secouru 17,352 familles, distribué 12,140 berceaux, 23,500 layettes et 360,000 bons de viande et de lait.

Après la distribution de récompenses aux médecins-inspecteurs et aux mères-nourrices, un brillant concert a eu lieu, au cours duquel se sont fait entendre des artistes de valeur.


LE REPAS DU MATIN

Pour remplacer le Chocolat épais, souvent si écœurant, on peut se procurer une tasse d'excellent Chocolat léger, en versant de l'eau bouillante sur une cuillerée à café de Cacao Van Houten.

Le Chocolat au lait s'obtient en remplissant la seconde moitié de la tasse avec du lait. Le Cacao Van Houten occupe partout la première place et il ne doit ce succès incontestable et incontesté qu'à ses qualités indiscutables.


Le raseur ténébreux.

Ces jours derniers, un garçon coiffeur de Léopoldstadt, près de Vienne, paria de raser, d'aussi près que possible, un client au choix, dans l'obscurité la plus complète.

Le soir même, un patient complaisant prit place courageusement au fauteuil, les becs de gaz furent éteints, et rallumés dix minutes après, permirent de l’opéré « gratté » de frais sans la moindre égratignure.

Que ce virtuose du « sheffield » ait mené sa périlleuse tâche à bonne fin, c'est bien, mais qu'il ait trouvé un homme de bonne volonté disposé à lui prêter sa tête, c'est mieux ! Après tout, celui-là était peut-être un dégoûté de la vie ayant jugé l'occasion favorable de s'offrir une tentative de suicide.


Pastilles Poncelet

N°3 ― Le feuilleton du journal

 Mgr Espérandieu était un prélat

Mgr Espérandieu était un prélat courageux, mais prudent. Il voulait défendi'e son clergé, pourtant il voulait savoir pourquoi et comment il était attaqué. Il ouvrit la porte de son salon et passant dans la pièce voisine, qui servait de bibliothèque et d'archives, il chercha du regard son secrétaire. Debout devant la fenêtre ouverte, le jeune abbé s'occupait à émietter un morceau de pain aux nombreux pierrots qui nichaient dans les trous des vieilles murailles de l'Évêché. Un air doux montait du jardin et les tilleuls en fleurs embaumaient; dans les branches c'était une poursuite gazouillante et voletante. Et le prêtre, éclairé par un rayon de soleil, continuait sa distribution avec placidité, sans se douter que son maître, sou- riant à la suave et pure harmonie de ce tableau, se tenait derrière lui.

— Eh bien ! mon cher enfant, dit l'évêque en s'approchant, je vois que vos clients emplumés croissent et multiplient selon l'Écriture. Vous aurez bientôt à vos festins tous les oiseaux de la ville.

— Monseigneur, vous n'imaginez pas leur exigence et leur audace. Quand je ne suis pas, à l'heure exacte, prêt à leur distribuer la ration quotidienne, ils viennent frapper de l'aile et du bec aux car- reaux de la fenêtre. Et je crois que Votre Grandeur a raison : ils amènent des invités...

L'abbé ferma la croisée. Les derniers pépiements des oiseaux se perdirent dans les ramures des vieux tilleuls, et l'évêque et son secrétaire restèrent en présence dans la vaste pièce, claire et calme.

— Mon cher Richard, dit l'évêque à son favori, je viens d'avoir la visite de Mme Lefrançois toujours pour cette affaire de Favières. Vraiment le maire montre un acharnement extraordinaire contre notre pauvre curé. J'ai résisté aux sommations de ce fanatique, parce qu'il ne peut pas me convenir de paraître abandonner ma juste autorité, mais j'en suis à me demander s'il ne vaudrait, pas mieux, pour l'abbé Daniel, que je l'envoie dans une autre cure. Ce Lefrançois lui jouera quelque tour abominable, et nous compromettra tous avec lui.

Le jeune abbé Richard, appartenant par sa naissance à la noble famille de Préfont, se trouvait tout naturellement disposé à se montrer hostile aux prétentions du maire dont le ton, les manières, les tendances, choquaient ses habitudes, ses goûts et ses opinions. Il eut un sourire de dédain, et mettant dans la forme de sa réponse d'autant plus de respect que le fond en était plus hardi :

— Je m'étonne que Votre Grandeur songe à céder, sur le terrain ecclésiastique, à ce sectaire malappris. Dans la situation où vous êtes, vis-à-vis du gouvernement, vous pouvez vous offrir le luxe de la résistance. Un évêque bien pensant, rallié si l'on peut dire, doit avoir le droit de tenir tête à un tyranneau communal comme ce Lefrançois. Vous n'ignorez pas, Monseigneur, que le personnage jouit de la plus détestable réputation, encore qu'il soit par sa fortune l'homme le plus important du canton. Il a laissé à Beaumont des souvenirs détestables. Mon cousin de La Morandière affirme que le maire de Favières a fait plus d'usure que de banque, et tous les beaux fils de la ville ont perdu de leurs plumes à le fréquenter. Jusqu'à son mariage, il vivait dans la plus basse crapule. La belle hôtelière de l'Aigle-d'Or a été sa servante et la chronique scandaleuse attribue à Lefrançois les deux enfants qu'elle a eus de son union avec Regmalard.

L'évêque interrompit le jeune abbé, et avec un peu de sévérité :

— Il me semble, mon ami, que vous êtes bien au courant des racontars de la ville, et je trouve que vous les répétez avec une grande complaisance...

— Monseigneur, reprit le secrétaire en riant, je suis né dans le pays, et j'ai été élevé au milieu de ces gens-là. Il m'a suffi d'entendre parler les domestiques de mon père, pour savoir à quoi m'en tenir sur la valeur matérielle et morale de tous les habitants de la ville. J'ai une très bonne mémoire, de sorte que ces dires sont classés. Il n'y a qu'à ouvrir un casier dans mon cerveau, pour que le flot des renseignements déborde. Mais si vous désapprouvez mon langage, je me tais...

GEORGES OHNET
A suivre...
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