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Dans l'actualité des ...

 27 février

Samedi
27 février 1897

LES RAYONS X.

Opération dangereuse évitée — Il était temps.

Marseille, 26- février. D'un correspondant. M. Vasseur, préparateur à la Faculté des sciences, avait avalé un os qui s'était arrêté dans la gorge. Des souffrances très vives et des difficultés dans la respiration inquiétaient les médecins.

On décida l'opération fort délicate et dangereuse de l'ouverture de l'œsophage pour extraire le corps étranger.

Au moment de commencer, on eut, fort heureusement, l'idée de photographier avec les rayons X. la partie malade. L'épreuve montra que l'os avait glissé pendant les sondages faits par les médecins et qu'il était tombé -dans l'estomac, où il n'y avait pas lieu de le rechercher. Les souffrances persistantes provenaient des lésions des tissus produites par le séjour momentané du corps étranger dans l'œsophage.

Il n'y avait plus lieu, dès lors, de recourir à l'opération douloureuse et redoutable que l'on se disposait à faire subir à M. Vasseur.


On annonce que l'amiral Vallon, député du Finistère, est gravement malade. Ce soir, dîner suivi de réception ouverte offert par le président de la Chambre et Mme Henri Brisson aux membres du corps diplomatique.


Le ministre du commerce et Mme Henry Boucher donneront, le samedi 6 mars, une grande soirée dans les salons du ministère de la rue de Grenelle.


Le comité des Dames de l'Union centrale des arts décoratifs organise un concours de dessin industriel qui sera ouvert, du 1er au mars prochain, à l'Ecole des Beaux-Arts, 14, rue Bonaparte.


Pour se guérir et se préserver des rhumes, toux, bronchites, catarrhes, grippe, asthme, pour se fortifier les bronches, l'estomac et la poitrine, il suffit de prendre à chaque repas deux Gouttes livoniennes de Trouette-Perret.


Par décision du cardinal-archevêque de Paris, l'usage de la viande sera permis les dimanche, lundi, mardi, jeudi et samedi, depuis le 4 mars jusqu'au 13 avril, à l'exception du samedi 13 mars.


Avec MM. Méline et Rambaud, MM. Loubet, Henri Brisson, Barthou, André Lebon, ont également accepté l'invitation de l'Association des journalistes parlementaires à son banquet du 14 mars.


En raison des transformations des salons de l'Élysée, par suite des bals dont le second aura lieu, le Il mars, Mme Félix Faure ne pourra pas reprendre ses réceptions hebdomadaires avant le 20 du mois prochain.


Oller n'est jamais à bout de ressources pour trouver des distractions pour les Parisiens.

Dans son musée du sous-sol de l'Olympia, il vient d'établir des courses de bicyclettes sur cyclodrome qui attirent chaque soir une nombreuse et élégante assistance. 

Le Matin 27 février 1897

 28 février

Dimanche
28 février 1897

On annonce comme très prochaine la promotion du général Tournier, secrétaire général de la Présidence, au grade de général de division.


Trente batteries d'artillerie, dont vingt-cinq batteries montées et cinq batteries à cheval, prendront part aux manœuvres d'ensemble qui auront lieu, au mois de juillet prochain, au camp de Châlons, et qui seront dirigées parle général Nismes, président du Comité d'artillerie. La 24° brigade d'infanterie et la 6° brigade de cavalerie assisteront à ces manœuvres qui offriront le plus vif intérêt.


On a distribué hier, à la Chambre des députés, un rapport qui empruntait à une erreur typographique un caractère singulièrement révolutionnaire. On y lisait, en effet

Votre seizième Commission d'initiative a été saisie d'une proposition de loi de M. Michelin ayant pour objet l'abolition légale de la femme mariée.

Fort heureusement, M. Michelin ne nourrissait pas d'aussi noirs projets il réclamait simplement l'abolition de l'incapacité légale de la femme mariée, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.


Nous avons eu hier, le premier mariage en automobile. C'est à l'église de Sainte-Marie des Bâti gnolles qu'hier, à midi, s'arrêtait une élégante victoria dans laquelle faisait fort bonne figure la mariée, conduite par son père, chauffeur en la circonstance.

Il n'y a que le premier pas qui coûte. Dans quelque temps, nous verrons les noces en automobiles au bois de Boulogne.


Les « rigolos » interdits.

Après avoir interdit l'usage des confetti et des serpentins sur les voies autres que celles que doit suivre le cortège du Bœuf gras, pendant les trois jours de fête, le préfet de police vient de prohiber la vente des rigolos, qui ne sont autres que des animaux et des objets en carton découpé et destinés à être accrochés dans le dos des promeneurs.

Ces rigolos sont munis de petites griffes en fer qui peuvent occasionner de sérieux accrocs aux vêtements.


Le peintre Louis Béroud, qui termine pour le prochain Salon une grande toile destinée à commémorer la. visite du tsar Nicolas II et de la Tsarine au tombeau de Napoléon Ier, doit se rendre à Saint-Pétersbourg pour y exécuter les portraits des souverains russes.

L'œuvre de M. Béroud est d'une composition impressionnante. A quelques pas du sarcophage en granit rouge où reposent les restes de l'Empereur, le tsar Nicolas se tient debout, dans une attitude méditative. Derrière lui, l'impératrice Alexandra Feodorovna au bras du Président de la République, et, sur la gauche, le général Billot, ministre de la guerre; le général Arnoux, commandant les Invalides; le général de Boisdeffre, chef de l'état-major général de l'armée, et l'amiral Gervais.

Sauf les souverains russes, tous les personnages ainsi mis en scène ont posé devant l'artiste. C'est pour parfaire son œuvre que M. Béroud se rend en Russie.


NÉCROLOGIE

Le prince Démètre Ghika, président du Sénat de Roumanie, est mort, hier, à Bucharest, dans sa quatre-vingt-unième année.

Il était fils du prince Grégoire Ghika, ancien hospodar de Valachie, et s'occupait, en ces dernières années, surtout d'œuvres de bienfaisance.


Notes d'hygiène.

On sait que le diabète est une localisation hépatique de la diathèse qu'on combat par le fer, et une exagération des féculents, qu'on fait disparaître par la chaux. Or, l'eau de Pougues contient l'un et l'autre de ces principes. Aussi voit-on chaque année accourir à Pougues de nombreux diabétiques qui en reviennent guéris.

 1er mars

Lundi
1er mars 1897

On avait beaucoup remarqué, dans les milieux politiques, l'absence de M. Brisson aux funérailles de M. Le Royer. Mais le président de la Chambre ayant argué de ses devoirs présidentiels et de l'obligation où il était de présider ce jour-là la séance, il avait fallu s'incliner, quoique la raison ne parût pas extrêmement sérieuse.

Elle l'a paru beaucoup moins encore lorsqu'on a vu, aux deux séances suivantes, le même M. Brisson, si soucieux des prérogatives présidentielles, abandonner cependant la présidence à M. Isambert et à M. Sarrien, et s'en aller, comme un simple mortel, faire l'école buissonnière.


Le record du marronnier du 20 mars est décidément battu à peu près partout. A Paris, la plupart des marronniers bourgeonnent déjà ; mais dans le Midi, ils ont non seulement de belles feuilles, mais des fleurs, depuis le 20 février. Un de nos lecteurs de Lodève, craignant sans doute que son affirmation seule n'ait un petit air méridional, a pris la peine de nous adresser deux rameaux de marronniers absolument conformes au degré de développement que nous indiquons plus haut.

Il faut se rendre à l'évidence. La légende du marronnier du 20 mars a vécu.


Un arrêt de la cour de cassation.

Cet arrêt décide que le vélocipédiste doit agiter d'une façon continue l'appareil avertisseur du vélocipède tout le temps qu'il est en marche, afin que les passants puissent être avertis sans interruption du danger auquel ils sont exposés Voilà qui sera beaucoup plus fatigant que de couvrir des kilomètres.

Comme elle émane bien, cette décision, d'une magistrature assise !


M. l'abbé Adam vient d'envoyer au cardinal Richard sa démission de curé de Saint-Jean-Baptiste de Belleville.

Cette démission d'un curé âge à peine de cinquante-cinq ans est motivée par le mauvais état de sa santé, qui ne lui permet plus d'administrer une paroisse importante de plus de soixante mille habitants.

Saint-Jean-Baptiste de Belleville étant cure de première classe, le successeur de M. l'abbé Adam sera présenté au gouvernement par le cardinal Richard.


ACCIDENTS

Avant-hier soir, vers onze heures, une voiture de vidangeurs a accroché, quai de Billy, le fiacre 3.350, conduit par le cocher Joseph Claudet. Celui-ci, par suite de la violence du choc, a été précipité de son siège sur la chaussée. Relevé aussitôt par des passants, le malheureux a été transporté à l'hôpital Beaujon, où son état a été considéré comme très grave.

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M. Jean-Louis Pont, âgé de soixante-sept ans, bijoutier, rue Viollet-le-Duc, à Saint-Maur, avait été renversé, avant-hier matin, par un bicycliste, boulevard de Champigny. Malgré les soins dont il a été l'objet, le vieillard a succombé quelques heures plus tard. Son corps a été transporté à la Morgue, aux fins d'autopsie.

L'auteur de cet accident a été consigné à la disposition de la justice.


LE BANQUET DE L'INSTITUT DOSIMÉTRIQUE.

Samedi prochain 6 mars aura lieu, à l'Hôtel Terminus, le banquet annuel de l'Institut dosimétrique.

On sait que ce banquet est donné chaque année en l'honneur des lauréats du concours de la « Société de thérapeutique dosimétrique ».


Pastilles Poncelet

N°7 ― Le feuilleton du journal

 Il ferma la porte

Les trois jours, pendant lesquels Guépin, très affairé, fit attendre sa décision parurent à Paul une éternité. Il était trop discret pour se montrer à Florence, et passait comme une ombre dans l'escalier commun pour se rendre au lycée. Il avait le cœur battant d'angoisse, le cerveau rongé par l'incertitude. Il supputait ce que pouvaient produire tous ses efforts de travail. En dehors de ses trois mille huit cents francs d'appointements, il avait la répétition qu'il donnait au fils du préfet, et le cours de littérature du pensionnat de Mlle Magimel, en tout quatre mille neuf. Était-ce assez pour être agréé par Mlle Guépin ? Il se plaisait à mettre la fille du menuisier sur un piédestal. Il l'avait transfigurée. Ce n'était plus une gentille petite personne appartenant à la classe ouvrière de Beaumont, quelque chose comme une grisette. C'était une jeune princesse égarée dans un milieu qui n'était pas le sien, et sur lequel, par la grâce de ses charmes, elle rayonnait d'un éclat merveilleux. Le brave Paul était en pleine féérie. Il commençait à douter qu'il fût digne de sa bien-aimée, et cherchait avec angoisse quel homme, dans le département, serait en mesure d'épouser Florence, sans que celle-ci parût être une victime de la destinée.

— Mon cher enfant, interrompit Mgr Espérandieu, vous devenez étrangement prolixe, votre récit entamé avec sobriété commence à se noyer dans les développements.

— Ah ! Monseigneur, si vous ne me permettez pas de vous dépeindre mes personnages, comment puis-je espérer vous inté- resser à leurs aventures ?

— Il va donc y avoir des aventures ?

— Votre Grandeur ne croit pas qu'une préparation pareille ne servira à rien ? Je pensais que mes articles de la Semaine religieuse avaient donné à Monseigneur une opinion plus favorable de mes facultés imaginatives.

— Poursuivez donc, puisqu'il faut que je subisse vos explications...

— « Subisse » est dur... Eh bien. Monseigneur, puisqu'il en est ainsi, je vais passer sur les accordailles de Paul Daniel et de Florence Guépin, qui m'auraient fourni cependant la matière d'un petit tableau de la vie provinciale tout à fait piquant. Je comptais tirer parti du jardin ensoleillé, comme cadre, et de la margelle du puits, comme siège, pour asseoir mes amoureux. Vous voyez la belle jeune fille blonde, dans un rayon de lumière, et les pampres de la vigne grimpante verdissant au-dessus d'elle. Son fiancé presque à ses pieds... C'eût été très joli. Mais vous m'accuseriez de me perdre dans le détail... J'en viens donc tout de suite à l'évènement grave, à l'acte décisif, à la péripétie dramatique de cette histoire d'amour.

— Je ne peux pas vous exprimer combien je trouve choquante cette intrigue d'un homme destiné à être prêtre, dit Mgr Espérandieu. Ces passions mondaines jettent dans ma pensée un insurmontable discrédit sur l'abbé Daniel. Il me semble qu'il est impossible qu'un cœur qui a éprouvé des sentiments si violents, soit jamais pacifié.

— Ah ! Monseigneur, et les Saints : saint Paul, saint Augustin, et Marie-Magdeleine...

— Oui, mon enfant, sans doute, mais tous ces personnages sont jugés par nous, dans le lointain du passé, ils ne sont pas nos contemporains, nous avons devant l'esprit, en même temps que la connaissance de leurs fautes premières, l'exemple des vertus qu'ils montrèrent par la suite. Tandis que ce prêtre, qui a subi tous les entraînements des hommes, j'ai beau savoir que c'est un modèle de charité, de sagesse et de piété, j'ai toujours peur qu'à un moment donné les passions ne recommencent à bouillonner en lui et qu'il ne retourne à son vomissement... Je crois que vous avez tort de vouloir me faire pénétrer le mystère de sa vie passée : il n'aura qu'à y perdre.

— Non, Monseigneur, car nous arrivons aux évènements qui ont décidé de son entrée dans les ordres, et vous jugerez qu'un renoncement aussi complet aux espérances et aux joies humaines ne peut être que définitif.

— Avez-vous la prétention de me faire croire que la douleur d'avoir été supplanté par M. Lefrançois ait poussé Paul Daniel à un tel excès de désespoir qu'il se soit jeté dans le sein de l'Église, comme dans un précipice, pour y engloutir sa vie, sa pensée, ses regrets, tout de lui enfin ?

— Mais, Monseigneur, cela est; je n'aurai pas à vous le faire croire. Vous le croirez de vous-même et par la suite naturelle du récit. Vous êtes trop bien informé des choses de la religion pour ne pas savoir comJiien ces conversions sont courantes. ? N'a-t-on pas raconté qu'un soir, à la table du roi des Belges, pas celui d'aujourd'hui, le précédent; celui qui, chaque fois que son peuple s'agitait, commandait de faire ses malles, de sorte que les émeutes s'apaisaient comme par enchantement tant la Belgique avait peur de rester sans roi, — à la table donc de ce singulier monarque, il y avait des généraux et un évêque, Mgr de Mercy-Argenteau. On se mit à causer de l'armée, des soldats, des manœuvres. Le prélat parlait avec tant de compétence qu'on l'interrogea curieusement et il fut établi que, de tous les convives, dont la plupart commandaient des divisions, le prêtre seul avait fait campagne et vu le feu. Il est vrai que c'était comme colonel de hussards et sous Napoléon qui l'avait décoré de sa main. Ce brillant soldat avait eu le malheur de perdre sa fiancée qu'il adorait, et de chagrin il était entré dans les ordres. Je vous en citerais cent autres exemples, Monseigneur, et qui seraient tous aussi probants. Et je n'irai pas jusqu'à invoquer la Trappe comme argument, quoique ce soit de circonstance.

— Ah ! Richard, notre curé de Favières a en vous un avocat bien éloquent, dit Mgr Espérandieu. Mais je ne sais pas si vous lui rendez service en le défendant comme vous le faites. La prudence commanderait de biaiser et déterminer les choses en douceur, au lieu de pousser ce maire aux dernières extrémités par une résistance qui va l'exaspérer. Je me reprochais déjà d'avoir été, ce matin, trop autoritaire, et voilà, mon cher enfant, que vous l'êtes plus que moi.

— Oh ! Monseigneur, je ne suis rien, dit le jeune abbé avec une souriante humilité, rien que votre fidèle serviteur... Et, si vous me commandez de me taire, je ne prononcerai plus une parole.

Au même moment, une cloche au son voilé tinta dans la cour agitée par une main discrète. Le prélat se leva et regardant son secrétaire :

— Voici le déjeuner. Donnez-moi votre bras, Richard; à table vous me continuerez votre récit; car maintenant que vous l'avez commencé, je regretterais de n'en pas connaître la suite.

Et appuyé sur son favori, plus par affectueuse familiarité que par maladive faiblesse, l’Évêque se dirigea vers la salle à manger.

GEORGES OHNET
A suivre...
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